Ce document particulièrement complet (plus de 700 pages) a été analysé par Adrien Meunier, infirmier clinicien tabacologue et membre du comité scientifique du FARES. Après en avoir fait une lecture approfondie, il en propose ici une synthèse claire et accessible.
Le vapotage repose sur le chauffage d’un liquide sans combustion. Compte tenu de la forte croissance de cet usage, l’Anses a réalisé une évaluation spécifique des risques sanitaires liés au vapotage.
Cette expertise combine deux approches :
Des conclusions et recommandations ont ensuite été élaborées.
Evaluation des effets sanitaires liés à l’utilisation des produits de vapotage
Le rapport évalue le poids des preuves concernant la probabilité de survenue d’effets néfastes chez l’humain en lien avec l’utilisation de la cigarette électronique.
L’Agence conclut notamment à :
Concernant les effets respiratoires : La question de la bronchopneumopathie chronique obstructive ou BPCO est plus complexe, car il s’agit d’une maladie chronique nécessitant une longue durée d’exposition à un ou plusieurs facteurs de risque. Certaines études suggèrent une association possible entre l’usage quotidien de la cigarette électronique et la survenue d’une BPCO, mais elles présentent plusieurs limites. D’une part, les études incluent souvent des populations dont l’historique tabagique est mal caractérisé, rendant incertaine l’attribution spécifique au vapotage. D’autre part, les durées d’exposition aux émissions de cigarette électronique rapportées dans ces études sont inférieures à cinq ans. À noter que la BPCO se manifeste généralement au-delà d’une décennie d’exposition, avec une consommation tabagique cumulée souvent supérieure à 20 paquets/année.
Malgré ces limites, certaines études in vivo mettent en évidence des marqueurs précoces compatibles avec les mécanismes physiopathologiques impliqués dans la BPCO, ce qui justifie un niveau de preuve qualifié de « possible ». Toutefois, l’absence d’études longitudinales des sujets n’ayant jamais fumé rend difficile toute conclusion spécifique à l’exposition au vapotage.
Concernant les effets cancérogènes : aucune étude menée chez les utilisateurs de cigarette électronique n’a mis en évidence le développement de tumeurs. En revanche, plusieurs travaux expérimentaux chez l’animal, ainsi que quelques études chez l’humain montrent la survenue possible de modifications biologiques compatibles avec les premières étapes de cancérogenèse.
Il convient toutefois de souligner que, dans le cadre de ces travaux, les observations ne permettent ni de prédire la survenue d’un cancer, ni d’établir un lien de causalité.
En effet, le développement d’un cancer est un processus souvent long, progressif, et multifactoriel. Les données actuelles obtenues chez l’humain, issues d’études menées sur des durées d’exposition limitées (quelques mois à quelques années dans les études examinées), ne permettent pas d’évaluer ce risque. Pour rappel, l’apparition de la cigarette électronique est récente (15 ans au maximum).
En conclusion, pour :
Les connaissances actuelles permettent de conclure que les effets associés à l’usage de la cigarette électronique ne sont pas d’une gravité équivalente à ceux provoqués par le tabac (effets nocifs inférieurs à ceux associés au tabagisme).
A noter que le vapotage est un comportement relativement récent, si bien que l’évaluation du risque sanitaire lié à une telle pratique souffre d’un recul insuffisant.
L’absence actuelle de maladies chroniques avérées chez les vapoteurs n’ayant jamais fumé, pourrait ainsi être liée à ce manque de recul plutôt qu’à une réelle innocuité.
De plus, l’analyse des risques liés au vapotage se heurte à plusieurs limites méthodologiques :
Enfin, les études expérimentales de toxicité (in vitro et in vivo) présentent certaines limites spécifiques, notamment la difficulté de transposer les résultats des modèles animaux à l’humain.
Evaluation quantitative des risques sanitaires liés à l’exposition aux aldéhydes
L’évaluation quantitative des risques sanitaires (EQRS) liés à l’exposition aux aldéhydes, afin de déterminer, dans un contexte d’exposition chronique par inhalation, si les niveaux observés peuvent présenter ou non un risque pour le vapoteur.
Les risques liés à l’exposition aux aldéhydes ne peuvent être exclus dans le cas du vapotage, notamment pour ceux qui vapotent beaucoup.
L’exposition aux aldéhydes dépend :
du matériel utilisé (Box mod / pod) ;
Il est intéressant de remarquer que 54% des vapoteurs utilisent des e-cigarettes Box mod (qui produisent plus d’aldéhydes) avec des taux de nicotine entre 1 et 6 mg de nicotine/ml, ce qui entraîne d’une part des consommations moyennes/jour importantes de liquide (4,2 ml/jour) et d’autre part une exposition plus importante aux aldéhydes2.
Cependant, le vapotage conduit toujours à une forte réduction de l’exposition aux aldéhydes par rapport à la cigarette fumée.
Afin de réduire cette exposition, l’Agence :
Conclusions et recommandations
En l’état des connaissances actuelles, les risques sanitaires liés au vapotage ne dépassent, ni en gravité ni en niveau de preuve, ceux observés pour le tabac fumé ; l’absence de combustion reste l’avantage majeur du vapotage.
Un résumé d’Adrien Meunier, infirmier clinicien tabacologue et membre du Comité Scientifique au FARES.
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