
À l’origine, cet article était une chronique complète du livre Back Up de Paul Colize. Vous pouvez la retrouver sur mon blog littéraire Un K à part. C’est là-bas que j’œuvre désormais.
Il était temps de tourner la page ici. Le rythme des publications de l’année 2014 est éloquent : de moins en moins d’articles, de plus en plus hors sujet. Parce que moins de temps, mais pas que. Moins d’inspiration, moins d’envie, je m’éclatais moins sur la rédaction des articles. En fait, je me suis rendu compte que j’avais dit tout ce que j’avais à dire.
À travers ce blog, je voulais raconter “mon” Japon, je l’ai fait pendant un an et demi (mai 2012-décembre 2013) à un rythme très soutenu. J’ai pris un pied d’enfer.
Avec cette chronique littéraire, j’ai voulu essayer d’alimenter tant bien que mal, pour faire survivre le truc. Acharnement thérapeutique. Mauvaise idée. Ou pas, puisque cet article a été le point de départ d’une réflexion autour d’un nouveau blog. Donc ça s’appelle Un K à part et ça parle de livres.
J’avais esquissé tantôt l’apprentissage du japonais en France. Retour sur le sujet pour un petit complément.
Toi qui me lis, si tu envisages de partir au japon pour une semaine ou deux, apprendre le japonais ne te serviras pas à grand-chose. Contente-toi des formules standard – bonjour, merci, au revoir. Si tu veux prévoir large, apprends quelques phrases bonus pour les cas d’urgence, de préférence sur papier.
Quand mes parents viennent nous rendre visite, comme on les laisse parfois baguenauder tout seuls dans Kyōto, je vérifie toujours qu’ils partent avec la “fiche SOS”. A savoir un papelard sur lequel sont notées quelques phrases clés en français, anglais et japonais. S’ils sont incapables de déchiffrer cette dernière ligne, ils peuvent la faire lire au premier quidam venu qui leur indiquera le métro, hôpital, poste de police le plus proche. Et croyez-moi, aller chercher ses parents chez les flics comme deux gosses paumés dans un supermarché, ça n’a pas de prix !
Si tu comptes t’expatrier pour plusieurs mois ou années, tu vas très vite te rendre compte que la question du pourquoi ne se pose même pas. C’est un handicap de fou furieux que de vivre dans un pays dont on ne parle pas la langue. Sauf à bosser dans une entreprise étrangère où on ne baragouine que ta langue. Et encore, à moins d’y vivre H24, tu seras forcément confronté au monde du dehors avec de la VO à perte de vue.
N’importe quel expat’ te le dira, la chose est récurrente chez tous les bloggers et c’est bien le seul point sur lesquel on soit tous d’accord : ne pas parler japonais est très handicapant. Surtout si tu veux trouver du taf, ouvrir un compte en banque, régler tes démarches administratives, sociabiliser avec les indigènes, et pourquoi pas te trouver une copine parce que 6 mois à se tirer sur la nouille c’est long.
Je mets de côté ceux qui choisissent les solutions de facilité comme rester enfermé chez soi ou ne fréquenter que des Français ou à défaut d’autres étrangers sur la base commune de l’anglais. Idem les connards finis à la pisse qui partent la fleur au fusil, se plaignent de ne rien comprendre une fois sur place… et ne font rien pour y remédier. Reste deux cas : les départs sur un coup de tête ou dans l’urgence, et les adeptes du challenge et de la survie en terre inconnue.
Or donc, Survivor, comment vas-tu faire ?
Tu peux apprendre sur le tas. C’est pénible, très long surtout… et tu sauras te débrouiller pour mener une conversation quand il sera l’heure de rentrer dans ton pays natal.
Si tu as opté pour une guest house en guise d’hébergement, tu peux toujours tenter le coup auprès de tes collègues de chambrée. Beaucoup de ces établissements accueillent aussi bien des étrangers que des Japonais, principalement étudiants. Il y a donc moyen de se trouver des cours particuliers à domicile, et même gratos si tu peux enseigner en échange une langue que tu maîtrises. Là, il va de soi que l’anglais reste la meilleure niche par rapport à l’albanais.
Enfin, l’école de langue. On en trouve à tous les prix avec toutes les formules possibles en terme de volume, fréquence, horaires… Ici, il n’y a pas vraiment de “bon” choix, pas de solution parfaite et idéale, plutôt la bonne école qui va te correspondre à toi. Trois facteurs entrent en ligne de compte : le temps, les attentes, les facultés. Il va de soi que plus le séjour sera court, plus il sera nécessaire de se tourner soit vers les méthodes light qui n’abordent que les bases, soit vers les méthodes ultra intensives pour apprendre un maximum de choses en un minimum de temps. En termes d’attente, là c’est toi qui vois en fonction de ce que tu veux. S’il n’est question que de se débrouiller, l’oral suffira, pas la peine de s’encombrer de la maîtrise des kanji. La meilleure solution reste une école de conversation. Le genre de programme prévu avec des petits groupes (5-6 personnes), relativement peu de leçons (une quinzaine) et des cours brefs et dynamiques. A l’inverse, si tu veux maîtriser toute la langue, prévois du temps, de l’énergie, de la patience et de l’argent. Après, faut être réaliste, on n’est pas tous égaux devant l’apprentissage. Certains peuvent supporter 4 heures de grammaire rébarbative, d’autres non. Certains peuvent ingurgiter des carnets de vocabulaire entiers, d’autres en auront oublié les trois quarts la semaine d’après. Les aptitudes d’apprentissage et la perméabilité à l’enseignement guideront le choix vers une école type classique (classe de 15-20, 4h de cours magistral) ou vers une structure plus “fun”.
Je suis plutôt adepte du bon gros cours traditionnel bien chiant. Ça n’engage que moi. Pour avoir testé un temps la méthode style école de conversation… ben j’étais largué alors que censé être plus simple (ce qui ne veut pas dire plus facile). Sauf que voilà, ce n’était pas le type d’enseignement qui me convenait parce que trop délétère. Et à l’arrivée, le résultat est pire que mieux. On n’avance pas, c’est décourageant et à l’arrivée faut quasiment tout reprendre de zéro ailleurs. Finalement, je m’en suis mieux sorti à me taper du 8h par jour à m’enfiler des exos de grammaire en série, des listes de vocabulaire bien longues bien lourdes. Mon pote Pierrot qui vit à Nara, c’est tout l’inverse. Au bout de 20 minutes le cul vissé sur une chaise à écouter blablater un gus sur les propositions subordonnées, il a envie de s’enfuir en hurlant. Comme il le dit si joliment “la grammaire m’emmerde et c’est réciproque”. Chacun avec des parcours diamétralement opposés (et très hétéroclites), des méthodes à mille années-lumière, on arrive au même résultat : on parle et lit couramment le japonais l’un comme l’autre.

Ah, les réseaux sociaux… L’art de n’avoir rien à dire et d’en faire profiter tout le monde.
En tête de liste, Mixi et Gree, les deux plus grands SNS (Social Network System) autochtones, qui tournent autour des 20 millions d’utilisateurs chacun.
Je ne vais pas me lancer dans un long exposé. Mixi reste très fermé aux étrangers donc vous avez peu de chances d’y atterrir. Gree intéresse surtout les adeptes du SNS+jeux, combo qui m’ennuie.
Sur Mixi, très axé sur les communautés, vous pouvez jeter un œil sur cet aperçu à peu près correct. Conçu par et pour les Japonais, vous pouvez faire une croix dessus si vous êtes hermétique à la langue de Mishima, si vous n’avez pas de mail/portable japonais et/ou si vous n’avez aucune connaissance qui puisse vous “présenter” à ses amis. Sur ce dernier point, il était auparavant indispensable sur Mixi d’être invité par quelqu’un. Si cette clause a disparu pour créer un compte, elle n’en reste pas moins indispensable en pratique. Les Japonais ont beaucoup moins la manie d’ajouter à tour de bras des “amis” parfaitement inconnus que les Occidentaux. Donc si vous sortez de nulle part, le contact n’est pas gagné.

Facebook est arrivé sur le tard en 2008 et a mis du temps à décoller, puisqu’il a fallu attendre 2011 pour qu’il commence à peser un tant soit peu. Et comparé aux chiffres en Europe ou en Amérique du Nord, les résultats restent moyens pour un pays de 127 millions d’habitants réputés pour être des grands malades de la connexion et du mobile. L’explosion de 2012 se révèle un souflé qui retombe très vite dès l’année suivante. Sur le “long terme” (ouaip, 6 ans, c’est énorme…), Facebook ne prend pas vraiment. Considéré comme archaïque (lol, comme dirait ma mère), il ne cadre pas avec la mentalité et les usages du web nippons. D’une part, les Japonais tiennent à leur anonymat sur le Net. Donc quand un SNS propose de s’inscrire sous son véritable patronyme, forcément, ça coince. D’autre part, Facebook… c’est Facebook. Et les Japonais ont vraiment du mal avec cette auo-hagiographie de tous les instants où le moindre rhume prend des allures de phase terminale, où un footing de deux bornes devient le treizième travail d’Hercule.
Twitter, lui, cartonne carrément… en tout cas pour le moment. Tout est là, je ne vais pas épiloguer.
Enfin, le petit dernier, Line.
S’il n’y en a qu’un à retenir, c’est bien celui-ci. Gree vous laissera de marbre si vous n’êtes pas adepte des jeux sur mobile. Mixi accuse son âge et s’érode gentiment. Facebook, c’est de la merde. Twitter trop limité.
Lancée en 2011 après le tremblement de terre qui a “légèrement” bousillé pas mal de lignes de communication, Line était à la base une bête appli de chat pour téléphones portables. Aujourd’hui, la voilà devenue une créature hybride à côté de laquelle la chimère passe pour un collage de maternelle. Chat, conférence vidéo, jeu, VOIP, partage audio/vidéo… on peut tout faire avec, même se la carrer dans le cul en mode vibreur. On peut même y raconter sa vie. Mixi, Facebook, Greed, Twitter et Skype en UNE SEULE application.
50 millions d’utilisateurs au Japon, soit quasiment 1 Japonais sur 2, excusez du peu. 400 millions d’utilisateurs dans le monde, avec un rythme de croissance qui renvoie Facebook au bac à sable.
Qu’est-ce qui a séduit les Japonais ? Déjà, à la base, il s’agit d’un système de communication privée, loin de l’étalage public et grandiloquent à la mode Facebook. Ensuite, pour des raisons pratiques, faut bien reconnaître le génie d’une appli tout-en-un plutôt que d’installer 12000 machins entre lesquels on passe son temps à sauter. Rien ne vous empêche d’y ajouter 200 applis complémentaires, mais basiquement vous avez déjà tout ce qu’il faut. A la décharge de ses concurrents, Line, tout jeune, tout récent, a été conçu directement pour les téléphones intelligents. Ses prédécesseurs ont dû faire avec les moyens “de l’époque”, assurer la transition vers la nouvelle génération de matériel et c’est pas simple ce genre de phase. Enfin, Line, c’est aussi du kawaii comme s’il en pleuvait. Là, on sent bien que le truc a été conçu à l’origine par et pour des Japonais. Une interface customisable que si tu veux peindre du rose bonbon en arrière-plan tu peux. Et des bitonios que tu peux coller partout, les fameux stamps ou stickers, ces smileys nouvelle génération. Des lapinous à la con, des zozios débiles, des chats crétins… Payants bien sûr. Et ça marche ! Rien d’étonnant auprès des plus jeunes. Mais même les adultes ! Le fait est que le kawaii, c’est culturel et face à ça, le Japonais lambda dispose de la maturité esthétique d’un gosse de 3 ans.
Pour vérifier la vogue de la chose, un test tout simple. Si tu veux draguer, vaut mieux remballer ton Facebook de dinosaure sous peine de passer pour le dernier des gloglos. Avec Line, en revanche, un monde de stupre s’offre à toi sans avoir à lever le cul de ta chaise. A son corps défendant – mais les concepteurs devaient bien s’attendre à ce genre de développements –, Line regorge d’annonces on ne peut plus torrides explicites via des applications additionnelles. Du moins, c’est ce qu’on m’a dit. Moi, je suis marié, donc évidemment très sage et je n’ai absolument pas testé la véracité de cette dernière information. Et la Terre est plate.
Mon haut fait “le Grand Malade”, la tournée intégrale des temples et sanctuaires de ma bonne ville de Kyōto, m’oblige à me déplacer beaucoup. Sans parler des sorties à tire-larigot pour telle ou telle fête, des descentes à répétitions dans le Gion, des vadrouilles dans le reste de la ville, des escapades touristiques dans les alentours (Ōtsu, Uji, Nara) ou ailleurs dans l’archipel (Tōkyō).
Comment se déplacer au Japon, et plus spécifiquement à Kyōto ?
Je vais passer sur les modes de déplacements farfelus, ayant une expérience nulle en matière de rollers, skateboard, monocycle, fusée dorsale, dos de chameau ou d’éléphant, croiseur stellaire, et très limitée en pousse-pousse. Dans le domaine plus conventionnel des déplacements maritimes, du ferry au paquebot de croisière en passant par le sous-marin et la pirogue, j’avoue mon ignorance crasse faute d’occasion d’essayer depuis mon arrivée.

Avion
C’est le mode de transport le plus utilisé pour venir au Japon. Un scoop !…
Pour les aventuriers, il existe un train direct Paris-Moscou (38h de trajet) ; de là vous prenez le Transsibérien jusqu’à Vladivostock (1 semaine de trajet) ; puis le ferry jusqu’au Japon via la Corée (2 jours). Et qu’on ne vienne pas me dire que l’idée est délirante (la preuve). De toute façon, c’est hors sujet, j’ai parlé de se déplacer au Japon, pas vers le Japon.
Fait notable, Kyōto n’a pas d’aéroport à elle. Elle dépend de l’aéroport international du Kansai (関西国際空港) au sud d’Ōsaka à une heure et demie de train, qui dessert, comme son nom l’indique, l’international. Elle dépend également de l’aéroport international d’Ōsaka (大阪国際空港), également appelé aéroport d’Itami (伊丹空港) qui, comme son nom ne l’indique pas, est dédié aux vols intérieurs. Le nom trompeur vient du fait que l’aéroport d’Ōsaka-Itami, autrefois effectivement international, a été reconverti suite à la construction de l’aéroport du Kansai.
Donc l’avion, je n’ai testé qu’une fois sur une ligne intérieure. Pour aller à Tōkyō, ce qui est crétin, je sais. Le seul intérêt des lignes intérieures réside dans les déplacements longues distances, surtout pour les habitants des extrémités (Okinawa, Hokkaido…) et les touristes qui envisagent de couvrir le maximum de terrain pendant leur séjour.
(Explication très simple et qui donne son sens au titre gainsbourien de l’article : je voulais juste tirer un coup symbolique dans le ciel japonais – oui, je sais, je suis une mine inépuisable d’idées folles. Bilan : faut pas être gros. Les toilettes étant déjà petites pour une personne qui bouge peu, des galipettes à deux rendent vite claustrophobe. On sent tout de suite que ce n’est pas prévu pour, ce qui est dommage vu le nombre de personnes qui fantasment dessus. Honnêtement, il n’y a vraiment pas de quoi. On passe l’essentiel de l’acte soit à se contorsionner soit à se bidonner à cause desdites contorsions (en tout cas, moi ça me bidonne, mais je suis bon public). Enfin, marrant à tenter pour dire d’avoir essayé.)

Voiture
Sans permis ni véhicule, il me serait difficile de jouer les Fangio (encore que ce dernier n’ait obtenu son permis qu’une fois sa carrière terminée !). Mon expérience dans le domaine se limite donc aux emprunts occasionnels par Yumiko de la voiture de sa mère. Je ne suis qu’un modeste passager qui se laisse emporter par la conduite acrobatique et démentielle de mademoiselle ma dulcinée. Cardiaques s’abstenir… Il m’a par ailleurs été formellement interdit de toucher au dit véhicule au motif que je suis fan de L’Agence Tous Risques – d’où risque de customisation panzériforme.
A noter qu’on roule à gauche au Japon, ce qui est bon à savoir quand on est conducteur… mais aussi piéton. Avant de traverser, on ne regarde pas dans le même ordre qu’en France, sans quoi on peut se faire tailler un short… surtout quand on a comme moi la manie de s’engager d’abord et de regarder après, qui plus est en commençant par le mauvais côté.
Cas particulier, les taxis. Honnêtement, je déconseille à moins de ne pas avoir d’autre choix, genre horaire nocturne ou trois tonnes de bagages à trimballer. Vous en trouverez sans difficulté, ils pullulent dans tout Kyōto, mais le trajet vous coûtera environ 5 fois plus cher qu’en bus ou en métro. Comptez environ 630-640¥ pour les deux premiers kilomètres et la suite dépend du tarif de la compagnie, majoré de 20% après minuit.
Niveau pratique :
Rail
Le trajet vers le monde onirique de la cocaïne n’est pas le sujet.
Le réseau ferroviaire est extrêment dense, efficace, rapide… et assez cher. Le touriste qui envisage de l’utiliser a intérêt a se munir du Japan Rail Pass ou JR Pass, amorti en un ou deux trajets.
Fait particulier par rapport à la France : les train sont à l’heure. Il y a quelque temps, je lisais un article où la SNCF s’enorgueillissait de respecter les horaires et se disait satisfaite de n’afficher un retard moyen “que” de 5-10 mn pour l’année 2011. Au Japon, un train qui a 1 mn de retard suscite un vent de panique sur les quais et un “retard acceptable français” fait la une des journaux. La moyenne de retard du Shinkansen (新幹線), le TGV local, tourne selon les années de 6 à 18 secondes.
La gare de Kyōto, une des plus grandes du Japon, est un véritable monstre avec magasins, hôtels, restos, cinéma, bureaux administratifs…
Article connexe : ici.
Sur rails, on peut également circuler en tramway et en métro. Les deux existent à Kyōto.
Avec ses 2 lignes (Karasuma Nord-Sud, Tozai Est-Ouest) et une trentaine de stations, le métro de Kyōto est comparable à celui de Toulouse et un poil plus petit que celui de Lille. Le trajet vous coûtera entre 210 et 350¥ selon la distance parcourue.
Qu’est-ce qui fait son charme ? L’exact opposé d’un métro français. Une propreté absolue tant sur les quais que dans les rames. Pas de papiers, de journaux, de canettes vides, d’odeur de pisse, de mendiants… Une discipline de fer où chacun attend sagement son tour pour monter, derrière la ligne, en rang et en silence. Et vous ne me croirez jamais, mais la RATP locale ne fait jamais grève. A noter aussi si vous êtes allergique à la langue de Mishima, les distributeurs sont accessibles en anglais.
Le métro de Tōkyō est quant à lui réputé pour sa grande simplicité (ironie inside). Le genre à faire s’arracher les cheveux aux vieux grognards du métro parisien.
Pour ce qui est du monorail, j’ai aperçu celui d’Ōsaka sans l’utiliser.

Bus
Je m’épargne un long discours : c’est à peu près comme en France, à savoir un gros véhicule qui transporte des gens le long d’une ligne où s’égrennent des stations.
Le site de la ville de Kyōto donne tous les détails à connaître en anglais (mais les fins lettrés peuvent se rabattre sur le japonais, le coréen ou le chinois). A noter que le réseau de bus comporte assez d’indications en anglais et de transcriptions en romaji pour qu’un touriste pas trop analphabète puisse s’y retrouver.
Je m’en sers surtout quand il drache comme pas permis vu que mon vélo n’est pas amphibie.
Le touriste qui débarque à Kyōto ira derechef au bureau minicipal des bus qui se trouve à la gare. Il y trouvera les plans, les tickets, les renseignements. Les bus circulent de 6h30 à 22h et fonctionnent à l’inverse de la France (on monte par la porte du fond, on descend par celle de devant ; on paie à la descente). Le trajet coûtent 230¥ pour un adulte, 120 pour un gnome. A noter qu’il existe des cartes forfaitaires à la journée (bus ou mixte bus-métro), pratiques et économiques pour enchaîner les visites vu l’éclatement des points touristiques à travers la ville (500¥).

L’huile de rotule
C’est comme l’huile de coude, mais à moins de marcher sur les mains…
Les gambettes et le vélo sont très prisées par chez moi. Kyōto, paradis de la pédale, où prendre une photo sans avoir un vélo garé dans le cadre n’est pas toujours évident…
La topographie de Kyōto étant relativement plate, monter la petite reine (un vélo, pas une Japonaise) présente l’avantage d’activer les sangs sans trop se crever et de rogner sur les frais de transport passé l’amortissement de la bête. On peut en plus se garer (presque) n’importe où gratuitement. Le sport et les économies, le beurre et l’argent du beurre.
C’est surtout le plus intéressant pour découvrir la ville et ses environs, multiplier les arrêts dans les coins sympas, les petits magasins, les temples, etc. A noter pour les amateurs de sensations fortes et de vélo sans selle, je connais une petite route de campagne qui donne l’impression de rouler sur de la tôle ondulée…
Le touriste lambda peut facilement louer un vélo pour 500-1500¥ la journée, plus un éventuel surcoût d’équipement selon vos besoins (panier, casque, siège bébé…).
Les vols de vélo sont relativement rares. Après avoir constaté qu’à part moi personne n’utilisant d’antivol, j’ai arrêté de m’en servir. Si votre biclou a disparu, il n’est pas exclu de penser que vous étiez garé n’importe où et qu’il a été embarqué par la fourrière. La gare et le centre ville sont les seuls endroits où on ne peut se garer à la ounegaine et où on doit impérativement utiliser les parkings payants.
Niveau sécurité routière, vu le nombre de vélos en circulation, les automobilistes sont carrément rodés et attentifs à ne pas jouer les cow-boys. En dépit d’une conception très personnelle de la conduite, je ne me suis encore jamais fait emplafonner.

Qu’est-ce que je fais quand j’arrive sur place ? Question pas conne qu’on m’a posé tantôt. Les premières heures sont en effet cruciales et s’agit pas de sauter des étapes sous peine de perdre pas mal de temps derrière.
Rappel pour les distraits, commencez donc par récupérer vos bagages. Je sais, c’est le conseil le plus con du monde. M’enfin pour avoir vu une tête en l’air qui a failli zapper cette étape (n’est-ce pas miss Cassandre ?…), la piqûre de rappel n’est pas complètement inutile.
Or donc, les choses à faire (touristes, sautez directement à l’étape 3 ; résidents longue durée, allez dans l’ordre) :
Ce qu’il ne faut pas faire :
Ben oui, deux doigts, c’est bon pour la vile roture. Le couple impérial en utilise cinq – non, cette phrase n’a rien d’une pub subliminale pour la Fistinière.
Or donc… Or donc rien en fait. C’est les vacances, j’ai la flemme, je suis imbibé d’apéro jusqu’au trognon. Trois bonnes raisons de ne pas me lancer dans un exposé, d’autant plus vain que la réponse est déjà connue. Vous la trouverez ici sur le site du Time.
Les non-anglophones se rabattront sur une imparfaite VF ici. Pourquoi imparfaite ? Parce qu’en ne parlant que du Japon, c’est oublier que ce signe fleurit sur les photos d’à peu près TOUT l’Extrême-Orient (Chine, Taiwan, et surtout Corée du Sud) et qu’il n’a rien de spécifiquement japonais ou en tout cas plus maintenant. Et faudrait corriger le titre, parce que la plupart des Japonais eux-mêmes sont infoutus de dire pourquoi ils le font. “Comment les Japonais en sont venus à faire le signe V sur les photos jusqu’à ce que la pratique devienne un réflexe pavlovien si ancré dans les mœurs que les intéressés en oublient le pourquoi ?” serait un titre plus approprié, quoiqu’un peu long, j’en conviens. Pour avoir posé moultes fois la question autour de moi, voici les réponses les plus courantes : “parce que c’est comme ça”, “parce que c’est la coutume”, “parce que c’est la tradition”, “parce que”, “par habitude”, ainsi que toutes les variantes de “je sais pas” et autres “…” pleins de perplexité.

– Juste deux doigts.
– Vous ne voulez pas une photo d’abord ?
Je déteste Noël, mais je l’ai déjà dit l’an dernier. Je préfère de loin me rabattre sur la fête des amoureux qui tombe le même jour… mais je l’ai déjà dit aussi à grand renfort de poésie.
A l’heure où cet article paraîtra sur le blog, je serai occupé ailleurs. Non, pas dans un plumard, bande de pervers ! Ce sera pour plus tard dans la soirée… Non, je dînerai avec Yumi au resto, dans le genre d’endroit où l’addition vous coûte un bras et une couille. Slip blindé et Psychogun de rigueur donc. Seront également de la partie roses, chandelles, champagne, l’attirail cul-cul la praline au complet.
La suite sera placée, vous vous en doutez, sous le signe de la gaudriole. Deuxième manche “dans le cul la praline”, si l’on veut bien me passer la trivialité de l’expression. Stupre, luxure, débauche, concupiscence… La chantilly dans le frigo ne servira pas pour un gâteau, oh non ! Sur l’air de “couvrez ce sein que je ne saurais voir” et “c’est pour mieux te manger, mon enfant”, la séance littéraire promet d’éliminer les calories sitôt ingérées. Mais parlerait-on de “fête des amoureux” autrement ? Foin des chastes bisous ! A nous, vit, râles, cochonne fourrée !… Fable frippone entre La Fontaine et Réage… histoire d’O, Perrette… La laitière muse avec le pot au foutre…
Entre les deux, petit intermède pour l’échange des cadeaux. On pourrait penser que mais aucun rapport avec Noël. Juste le rituel des amoureux qui s’échange tendrement babioles et verroterie entre deux léchouilles langoureuses. (Faut vraiment que j’arrête la colle…)
J’échappe aux pulls immondes et chaussettes Snoopy (je ne porte que du noir), aux cravates hideuses (avec un col officier, je la mettrais où la cravate ?), à toutes ces choses qui feraient pencher la balance côté meurtre plutôt que divorce. Je sais déjà que mon cadeau portera sur la thématique Cobra, ma marotte du moment – et objet d’un article prochain soit dit en passant. Je sais aussi qu’il ne s’agira pas d’un DVD, puisque je possède depuis belle lurette le film et la série originelle, et depuis mon anniversaire le coffret des OAV récents (en clair, j’ai l’intégrale vidéo). Ne reste que 3 options : a) le manga ; b) une figurine ; c) l’opération qui me dotera d’un gun à la place du bras. Je sais enfin que mon paquet n’est pas dans la maison. J’ai retourné la baraque en pure perte. C’est pas bien, blablabla. Je ne le faisais pas quand j’étais petit – une fessée est vite arrivée –, j’en profite donc maintenant que j’ai l’âge de rendre les coups. Bref, Cobra… Je vous laisse ergoter dans votre coin sur la dimension phallique et fist-fuckesque du Psychogun. Elle cadrera parfaitement avec le volet lubrique de la soirée.
De mon côté, doté du degré zéro d’imagination en matière de présents, j’ai opté pour une valeur sûre. Le péché mignon de Yumi : les grolles. Elle s’y attend, je lui fais le coup à chaque fois. Mais pas que. Histoire de ne pas être trop prévisible, j’ai dégotté LE bouquin idéal pour une soirée romantique à se murmurer des mots doux : Manuel de civilité pour les petites filles à l’usage des maisons d’éducation. Pierre Louÿs, un classique. Le cadeau de circonstance pour des tourteraux en rut.
En nous souhaitant une bonne fête et une bonne bourre…
]]>Bon, en fait, l’article initial n’énonçait pas vraiment tout. Juste une série de pistes à débroussailler en fonction de ce que vous envisagez. Celui-ci, idem, il se contente d’apporter de menues corrections et quelques précisions sur des points passés rapidement en revue ou carrément vagues.
Les pré-requis
Attention à l’atterrissage
Du concret
Je vais revenir sur mon cas à moi-je, ayant été assez peu disert dans mon article de l’an dernier sur le détail des modalités.
A la base, je sortais avec une Japonaise, aujourd’hui ma femme. Je sais, on s’en fout, c’est pas indispensable pour le job, mais c’est comme ça que tout a commencé. De là, j’ai été amené à rencontrer son père qui est directeur d’un établissement scolaire privé. Vous comprenez mieux maintenant ?
Une fois qu’il a eu appris à connaître et apprécier le gaijin qui tronchait sa fille – poésie, tu me perdras –, il m’a proposé de venir enseigner chez lui. Pas juste sur ma bonne mine.
Niveau expérience professionnelle, je connaissais le monde de l’Education Nationale pour y avoir bossé à plusieurs reprises comme surveillant, maître d’internat et assistant d’éducation. J’ai également œuvré comme enseignant aussi bien en free lance via cours particuliers que pour des boîtes style Acadomia, et comme formateur pour Cepreco. Rien de bien prestigieux (ni bien considéré ni bien payé), mais bon, au total, ça faisait une bonne expérience de l’enseignement, du milieu éducatif, de la pédagogie, etc.
Niveau diplômes, je n’ai rien obtenu en-dessous de la mention bien quand elle existe. Brevet, Bac A2 (L aujourd’hui), licence d’Histoire, maîtrise d’Histoire (aujourd’hui master). Plus, hors sujet mais faut bien les mentionner, diverses qualifications en informatique : 2 certifications non diplômantes en conception web équivalant chacune à un bac+1, le titre professionnel de développeur logiciel correspondant à un bac+2. Depuis, j’ai ajouté le Kanken 2 et le JLPT N1, parce que j’ai tendance à collectionner les titres et diplômes comme d’autres les timbres. Vous me direz, il est où le DEUG d’Histoire dans tout ça ? Ben y en a pas. Je suis passé par une khâgne et à la sortie, on obtenait une équivalence dans notre matière de spécialité. Et dans l’absolu, on pouvait prétendre à n’importe quel DEUG de n’importe quelle matière enseignée dans notre prépa… ce qui techniquement nous donnait un DEUG virtuel en lettres modernes, lettres classiques, anglais, histoire, géographie et philosophie. Bref, au-delà de l’étalage, tout ça pour dire que niveau scolaire/universitaire/formation, y a matière dans le CV. En version ultra-courte : pour prétendre enseigner au Japon, ne partez pas sans biscuit niveau diplômes, on finira toujours par vous en demander.
L’expérience professionnelle n’est pas indispensable, mais constitue un plus indéniable quand il s’agit de demander la licence d’enseignement temporaire… dont l’octroi n’est pas automatique. L’accord de cette licence est à discrétion d’un comité d’éducation. Autant dire qu’il ne suffit pas de balancer un dossier et hop. Posséder le degré universitaire requis ne constitue en réalité que la première étape. S’agit de bétonner et étoffer le dossier. C’est là qu’interviennent d’autres critères de sélection dont certains pas officiels mais qui peuvent peser dans la balance. En vrac… Expérience ou pas dans le milieu comme je viens de le dire. Détention ou pas d’un diplôme de FLE, pas indispensable mais argument de poids si vous en avez un… Ce qui n’est pas mon cas, mais je me suis rattrapé sur mon boulot en collège avec des CLA (classes d’accueil pour les élèves peu ou pas francophones). Comme il n’y avait pas de case prévue à cet effet dans le dossier, les CLA ont fait l’objet d’un petit paragraphe dans ma lettre de motivation. Parce qu’il en faut une, oui. Et pas une bafouille synthétique, mais une bio intégrale et argumentée. Un peu comme rédiger à l’avance un entretien d’embauche complet. Tout ça en japonais, of course. Donc maîtrise de la langue obligatoire, à peu près de l’ordre d’un niveau JLPT 2, ne serait-ce que pour remplir les cases du dossier. Tout en VO, pas de sous-titres, pas d’interprète, pas de traducteur automatique. Donc déjà, si vous ne savez pas ce que signifient 履歴書 et 自己紹介文, vous pouvez oublier (CV et lettre de présentation/motivation).
Je ne vais pas vous apprendre à rédiger une lettre de motivation. Mais quand même… Que met-on dans cette bafouille ? Les tartes à la crème classique (présentation, cursus, parcours professionnel). La tartine sur la vocation enseignante, l’amour du savoir et de sa transmission. La justification sur le choix du Japon comme point de chute, occasion de claquer à quel point vous aimez la culture, que vous pratiquez tel art martial, blablabla. Dans mon cas, j’ai fait mention de ma fiancée japonaise, du projet de mariage, de l’installation à long terme, bref le côté stable, conformiste, durable. Faites sobre et humble, le plus standard possible en évitant les originalités, les traits d’humour et autres bidules qu’on peut être tenté de caser pour se démarquer. Vous devez passer pour quelqu’un de compétent, de motivé et surtout de désespérement normal.
Pour les resquilleurs qui envisageraient d’en appeler à un tiers pour la paperasse, sachez que votre candidature donnera lieu à entretien(s) avec une commission d’éducation. Rien de méchant, on reste dans du classique avec les questions attendues (parlez-moi de vous, cursus, parcours, motivation au poste, intérêt pour l’enseignement, blablabla). Petit point mode, oubliez les fantaisies vestimentaires, le mot d’ordre consiste à incarner la norme, la respectabilité, l’image d’Epinal. Les entretiens se passent impérativement en costard-cravate pour les hommes et tailleur pour les femmes avec chemise (ou chemisier) blanc, veste noire, pantalon (ou jupe) noir.
Mêmes conseils pour les entretiens que pour la lettre. Rappelez-vous que vous ne postulez pas pour devenir animateur télé. Vous êtes un parfait inconnu à qui on pourrait confier des enfants, donc c’est pas le moment de faire le guignol.
Point essentiel à souligner, la recommandation d’un tiers joue beaucoup. Quand on n’est qu’un gaijin, mieux vaut avoir un appui sur place. Ce n’est pas mentionné officiellement où que ce soit, mais en pratique, c’est quasi-obligatoire. Une bonne mine ne suffit pas, un CV fourni ne suffit, la tchatche ne suffit pas… Ce contact sert à la fois d’éclaireur, de piston, de caution morale, d’avocat pour plaider votre cause, d’auteur de lettres de recommandation, d’interface avec tel ou tel gus qu’il vaut mieux avoir dans sa manche. A noter que votre piston assiste aux entretiens, y participe, voire les mène à votre place en parlant de vous comme si vous n’étiez pas là. Bienvenue dans le pays du piston et du népotisme ! On n’est pas chez MacDo, mais ça se passe comme ça.
Une fois muni du précieux sésame de la licence temporaire, normalement, on se dirige vers le concours public/privé ou la tournée des établissements privés en mode porte-à-porte “embauchez-moi”. Dans mon cas, j’avais déjà le poste assuré, l’étape passa donc à la trappe. J’ai quand même eu droit pour la forme à un énième entretien avec une énième commission, celle de l’établissement cette fois, ainsi qu’à une pseudo-épreuve pratique de principe. Et hop, adjugé.


J’en profite pour revenir sur Man-Yi. Un pote reprochait à mon article du mois dernier de manquer cruellement de photos. Bon… Déjà, y en a plein Internet. Ensuite, j’avais autre chose à foutre que baguenauder dans les rues avec mon appareil photo en bandoulière. D’autant que la première consigne quand le vent souffle à 120 km/h insiste sur l’importance de ne pas foutre le nez dehors. Enfin, je ne suis pas journaliste, je n’ai donc pas fait vœu de sensationnalisme sur ce blog. A ceux que les images d’un Japon dévasté font triper, je conseille l’achat d’un bouquin sur la guerre dans le Pacifique, on n’a pas fait mieux depuis.
Cela dit, histoire de donner à mon lectorat une idée de ce à quoi peut ressembler… Euh, j’y pense d’un coup. Vous n’avez jamais vu de tempête chez vous ? d’inondation ? Parce qu’en fait, c’est ça, ni plus ni moins.
J’ai donc choisi le Togetsukyō (渡月橋). On le trouve le plus souvent appelé “pont de Togetsukyō” ou “Togetsukyo Bridge”, ce que je trouve profondément débile, puisque son nom contient déjà le mot “pont” (橋). Aussi crétin que de parler du “mont Fujisan” (ou Fujiyama selon l’erreur de lecture fréquente), y a déjà montagne dans le nom (山). Vous dites souvent “le pont du Pont-Neuf” ou “la montagne Mont Blanc”. Bref, on s’en fout.
Le Togetsukyō a le mérite d’être archiconnu. Tu te souviens du pont qu’on traversait naguère pour passer la rivière tout près de la maison ? Ben c’est pas lui. Situé dans le district d’Arashiyama, à l’ouest de Kyōto, le Togetsukyō est un pont de bois de 155 m de long pour 11 m de large. Depuis sa première édification au IXe s., il a été moult fois détruit et reconstruit ; sa version actuelle a vu le jour en 1934. Il enjambe une rivière, rien d’étonnant pour un pont. A ceci près qu’il marque l’endroit où la rivière change de nom. Comme disait Michel Sardou, c’est toujours la même eau qui coule, mais Ōigawa (大堰川) devient Katsuragawa (桂川).
Le Togetsukyō donne un bon aperçu de la quantité de flotte à être tombé en quelques heures.
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Google est votre ami. Plus que moi en tout cas. Donc vous tapez, vous cliquez, vous cherchez, vous trouverez sans peine de quoi il retourne. Au moins les grandes lignes, parce que dans le détail, la presse francophone se montre fidèle à elle-même. Approximative. Partielle. Pitoyable. Facepalmesque.
Rendons à César ce qui lui revient. La presse anglophone ne vaut pas mieux, j’ai vérifié.
En soi, rien d’exceptionnel : un typhon traverse le Japon, il vente, il pleut, il mouille, c’est la fête à mes couilles la grenouille. En force, certes. Le fait est que Man-Yi est un costaud comme on n’en croise pas souvent. Mais bon, ce n’est ni le premier ni le dernier.
Man-Yi est le 18e typhon de la saison. Ou le 17e. Ou de l’année. L’âge du capitaine peut influer sur la précision de l’information. Petit indice, Man-Yi porte le numéro 1318 sur le site de l’agence méto japonaise – qui existe en version anglaise, langue accessible à n’importe quel journaliste pas trop demeuré. 18 comme 18e, 13 comme année 2013.
Man-Yi se déplace dans un espace à géométrie variable selon les articles qui tiennent compte ou pas du décalage horaire. Comme il n’est pas toujours précisé si l’heure mentionnée est locale ou française, ne vous étonnez pas de son don d’ubiquité.
“On” (qui ?) a procédé à l’évacuation de gens, 100000 ou 200000 ou 500000, ça dépend. Selon les organisateurs ? la police ? C’est pas une manif’, les gars… Montants qui laissent perplexes quand les journalistes parlent au plus fort de leur inénarrable précision d’un total d’un demi-million de personnes. La préfecture d’Aichi où Man-Yi a débarqué grimpe toute seule à 498000. C’est le chiffre qui a fait les gros titres ici et été repris ailleurs à la va-vite pour devenir canonique. En fait, faut pas juste lire les titres mais aussi tout le texte derrière. Ainsi, on apprendrait que Ōsaka et Kyōto doublent ce chiffre. Et on n’est encore qu’au point de départ ! Le trajet à travers le Japon n’a pas commencé que le score annoncé est largement pulvérisé. Il manque notamment Tōkyō, Fukushima et une bonne demie-douzaine d’autres préfectures. Les maths n’ont jamais été un de mes domaines d’excellence mais là quand même…
Dans les chiffres, toujours. Se fier aux estimations de précipitations de Météo France, qui n’est pas implantée sur place et se base donc sur son pifomètre à polarisation nawakesque, relève de l’incompétence crasse. Annoncer 190 mm de pluie à Kyōto au lieu des 300 qui sont réellement tombés… Décidément, on n’a pas le même système de calcul. Je préciserais juste qu’on trouve beaucoup d’infos de première main sur des sites japonais qui proposent une version anglaise aux lecteurs peu familiers des gribouillis tarabiscotés.
Dans la même veine de souci du détail, vous apprendrez qu’il est tombé des pluies “sans précédent”, avec guillemets de citation. Citation de ?… Ah, elle serait orpheline ?… Je ne suis certes pas passé par l’ESJ (et tant mieux, j’ai ma dignité), mais d’après mes études littéraires une citation s’accompagne d’un auteur, c’est même sa définition. La bonne réponse était la Japan Meteorological Agency (JMA). Et la phrase originale exacte était “unprecedented heavy rain”, témoignant d’une traduction approximative – heavy est passé où ?… On passera sur la moulinette des traducteurs automatiques qui pondent à propos d’une autre citation des “précipitations jamais expérimentées” fleurant bon l’anglicisme littéral.
Comme d’hab’, pour un phénomène qui concerne une bonne portion du Japon, une seule ville mérite qu’on s’y arrête : Tōkyō. Le vaste désert autour n’intéresse personne – sauf les 114 millions de Japonais provinciaux, mais c’est un détail. Quoique cette fois, le prestige de Tōkyō la Magnifique soit battu en brèche par Fukushima la Sinistre puisque Man-Yi lui est passé dessus.
Chapeau, enfin, pour désigner les préfectures comme des “provinces”. Le découpage en préfectures remonte à l’ère Meiji – 1885 pour sa version définitive. C’est pas récent quand même, faudrait se tenir au courant. J’imagine bien les journaux japonais parler d’élections en France dans le duché de Bourgogne…
Le tissu de conneries s’accompagne parfois de cartes qui valent leur pesant d’or.
Pourquoi la parenthèse “mer de l’Est” alors que cette appellation n’est utilisée qu’en Corée du Sud ? Pourquoi pas aussi “mer Orientale de Corée”, la version nordiste ? D’autant qu’à part les deux Corée, le monde entier parle de Mer du Japon. Même les Russes, pourtant rarement d’accord avec les Japonais. Et pourquoi accentuer Kobé ? Kōbe, à la limite Kobe, mais d’où sort cet accent ?…
Au-delà de ce détail orthographique trivial, une question essentielle. Selon quelles lois physiques se déplace Man-Yi ? D’un article l’autre, sa trajectoire varie jusqu’à 500 km. Et sur celle qui précède, le typhon aborde le Japon par un léger virage… avant de continuer en ligne droite mais alors droite de chez droite. Et fausse aussi, puisque selon cette carte, on se demande comment Tōkyō aurait pu être touchée, pourquoi une alerte a été émise pour Hokkaidō et surtout POURQUOI EVACUER UN QUART DE MILLIONS DE PERSONNES HORS DE KYOTO ?
Oui, parce que si je me fie à cette carte, je suis à mille années-lumière du moindre coup de vent, de la plus petite goutte de pluie. Pourtant, la seule préfecture de Kyōto compte 268000 évacuations ! 80000 foyers en sont revenus à frotter des silex faute d’électricité. Si j’avais eu des cheveux, les rafales à 120km/h auraient massacré mon brushing. On a vu dégringoler en une journée la pluie qui tombe d’habitude en l’espace d’un mois. Les autorités préfectorales ont même fait appel à l’armée – qui est un peu l’ultime recours au Japon quand on n’a vraiment plus le choix que d’en passer par elle. A deux pas de chez moi, la rivière Kamo a débordé et noyé les baraques sur ses rives. Le trafic du métro a été suspendu. J’en passe et des meilleures. Pourtant d’après la carte…
Au moins, on a pu tester le nouveau système des alertes d’urgence (特別警報, tokubetsu keihō) mis en place le 30 août dernier par la JMA. Un peu comme les alertes orange en France, sauf que là, on se situerait dans le rouge cramoisi vermillon écarlate. Je préfère me fier à leurs infos et à leurs cartes…

Le plus drôle, c’est que Man-Yi n’est même pas passé par chez nous. On se situe juste dans sa zone d’influence annexe dont j’ignore le nom technique. Quand je pense que ce qui s’est passé relève du collatéral, j’imagine à peine ce que ça peut donner de se retrouver en plein dedans.
A l’heure où j’écris ces lignes, le typhon relève déjà du souvenir. Le soleil brille, il fait 28°.
(Voilà qui devrais répondre à ta question, mon cher Enyoo.
)
Un détail me chagrine. Pas les dégâts, les morts, les blessés, les disparus. Pour ça, faudrait éprouver de la compassion et ça… Normalement, un binz pareil aurait dû se solder par l’annulation des cours et une petite journée de congé cadeau.
Lundi, c’était férié.