Les mots écrits sur les poissons sont des extraits des textes que les deux femmes veulent mettre en valeur, au sujet des traités modernes autochtones du Yukon.
Née d’une collaboration entre l’artiste autochtone Cheryl McLean et l’artiste non-autochtone Nicole Bauberger, cette installation célèbre la réconciliation et l’interconnexion profonde entre la terre, l’eau, les animaux et les humains.
La collaboration entre les deux artistes est née de liens communs avec Judy Gingell, fille d’Annie Smith, une aînée de Kwanlin Dün.
Passer à travers les traités, littéralement
Cheryl McLean, artiste d’ascendance autochtone Cree Castor du nord de la Colombie-Britannique, explique qu’elle a été inspirée par Judy Gingell.
Elle était la présidente du Council for Yukon Indians (aujourd’hui connu sous le nom de Conseil des Premières Nations du Yukon ou Council of Yukon First Nations – CYFN en anglais) au moment de la négociation des traités modernes du Yukon.
« Les gens lui demandent souvent ce qui peut être fait, concrètement, pour la réconciliation. Sa réponse est toujours “lisez les traités et les accords de revendications territoriales” », explique l’artiste.
« On sait que les traités ne sont pas des documents facilement accessibles », concède Cheryl McLean. « Nous avons donc eu l’idée de découper des morceaux des traités, et de fabriquer des perles avec ». Ainsi, pour entrer dans la salle de l’exposition, les gens doivent littéralement traverser les traités. « On espère ainsi que, d’une certaine façon, ils vont en absorber un peu du sens », ajoute-t-elle.
Les traités dont il est question ici sont les traités modernes du Yukon, issus de plus de vingt années de négociations entre les Premières Nations du Yukon et les gouvernements du Yukon et du Canada.
Les deux artistes ne s’arrêtent pas à l’aspect symbolique de cette immersion dans les traités. Elles ont également organisé les 12, 19 et 26 septembre des lectures publiques de Together Today for our Children Tomorrow. Les personnes présentes ont ensuite été invitées à écrire sur des post-it ce qu’elles avaient retenu du texte. Ces feuillets font partie intégrante de l’exposition.
Car au cœur de Synergies, la réconciliation n’est pas une simple idée abstraite, mais un engagement relationnel, qui se construit.
L’esprit des traités : une relation vivante
En écho aux paroles de l’aînée Judy Gingell, l’installation intègre donc ce rideau de bandes de traités enroulées, mais aussi de perles faites d’argile du Yukon, de vertèbres de saumon et de verre recyclé trouvé sur les bords du fleuve Yukon. « Tout est relié », expliquent les deux artistes, qui ont conçu ce rideau à base du dessin géant d’un saumon.
« Un traité, c’est vraiment une question de relation : comment nous nous connectons et comment nous respectons l’autonomie de chacun, qu’il s’agisse d’individus ou d’un peuple. Entre, mais aussi avec leur environnement », ajoute Cheryl McLean.
Elle compare également la vision autochtone des traités à celle d’un mariage. « Nous entrons dans les traités en disant : travaillons ensemble, respectons l’autonomie de chacun et construisons quelque chose de grand ensemble ». Selon elle, les gouvernements pensent trop souvent les termes des traités comme des divorces, « où on doit savoir ce qui revient à chacun, où on sépare les responsabilités et les biens. Ce n’est pas la même vision que la vision autochtone. »
De son côté, Nicole Bauberger souligne la portée collective de cette démarche. « Nous sommes vraiment tous ici ensemble. C’est une célébration de nos accords, mais plus profondément, de nos réelles relations, entre l’humain et la nature. »
Cheryl McLean a tanné plusieurs des peaux de poissons avec des éléments naturels, variant ainsi les différentes couleurs des peaux. Elle a proposé des ateliers dans les écoles yukonnaises.
Le lien sacré entre la terre, l’eau, les animaux et les humains
L’élément central de l’exposition est une robe magistrale composée de plus de cent peaux de poissons de diverses espèces. « Cette œuvre, qui a pris des centaines d’heures à fabriquer, puisqu’elle implique le tannage d’autant de poissons, incarne la mémoire vivante et le lien indissociable entre l’écosystème et la communauté », expliquent les deux artistes.
Face à l’effondrement des stocks de saumon au Yukon, les artistes ont adapté leurs pratiques en utilisant d’autres espèces, « notamment du brochet pêché au lac Laberge ou au lac Fox, mais aussi quelques saumons achetés au Costco », déclare Cheryl en riant! Elle a utilisé ceux-là pour des ateliers de tannage dans des écoles yukonnaises.
« Lorsque vous prenez des choses de la terre, prenez seulement ce dont vous avez besoin et utilisez tout ce que vous prenez », explique Cheryl McLean, soulignant que chaque chute de cuir de poisson a été valorisée sous forme de perles, ou de petites robes créées par Nicole Bauberger.
Les perles d’argile du Yukon, le verre repêché dans le fleuve Yukon et le bois flotté venu de l’océan Arctique qui tient le rideau rappellent ainsi que la terre, l’eau, les animaux et les humains forment un tout.
L’exposition Synergies sera présentée jusqu’au 30 septembre à la galerie Yukon Artists @ Work. Le 30 septembre, Nicole Bauberger et Cheryl McLean ouvriront la galerie pour un événement de clôture autour d’une discussion et d’un thé, à l’occasion de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation. L’événement aura lieu de 13 h à 15 h.
IJL – L’Aurore boréale
Les perles d’argile du Yukon, le verre repêché dans le fleuve Yukon et le bois flotté venu de l’océan Arctique qui tient le rideau rappellent que la terre, l’eau, les animaux et les humains forment un tout.
À lire aussi, lecture simple : Together Today for Our Children Tomorrow
Une fois de plus, le fil conducteur de cette édition s’est imposé de lui-même.
L’idée est venue alors que nous préparions la ligne du temps, présentée en pages centrales : L’évolution de la Commission scolaire francophone du Yukon (CSFY).
Je vis ici depuis plus de vingt ans et pourtant, comme pour la plupart de mes comparses francophones, l’éducation en français est un acquis. En travaillant sur ces pages, j’ai compris qu’il n’y a pas si longtemps que ça, envoyer ses enfants apprendre en français ne coulait pas de source. « Il a fallu se battre », explique Jeanne Beaudoin, en page 12. Et il va sans dire que c’est toute une communauté qui a appris dans le processus, gouvernement inclus!
Le gouvernement du Yukon doit d’ailleurs encore continuer à apprendre de ses erreurs. Rappelons que la communauté avait fait une demande pour une école secondaire de 250 élèves…. « Bien trop! », selon les pouvoirs en place à l’époque. Aujourd’hui, deux portatives devront être installées dans l’école qui déborde déjà des 150 places qui ont été prévues. Seulement cinq ans après l’ouverture d’une école toute neuve!
Au sein des écoles elles-mêmes aussi, les méthodes évoluent. On a vu récemment la remise en question des outils technologiques. Un autre changement majeur, mais qui s’est fait plus discrètement, a été l’intégration des apprentissages des Premières Nations au sein des institutions scolaires, et même celles de la CSFY. Il y a encore une dizaine d’années, la réconciliation occupait beaucoup moins de place dans les écoles francophones. Les choses ont changé. Nous avons appris, collectivement, qu’il est parfois nécessaire de sortir du cadre pour évoluer.
Aimons apprendre. Car apprécier l’apprentissage, c’est se dire qu’on ne peut jamais échouer : soit on réussit, soit on en tire une leçon. C’est d’ailleurs ma devise : « Apprendre au moins une chose par jour ». Ces quelques mots permettent de relativiser beaucoup de choses. Chaque jour est une occasion d’ajouter des connaissances dans notre vie, que ce soit une bonne ou une mauvaise journée, et ce, quel que soit notre âge.
En cette Semaine de la vérité et de la réconciliation, le moment est d’ailleurs parfait pour apprendre. Profitons-en pour aiguiser nos connaissances en matière d’histoire des peuples autochtones. L’Association franco-yukonnaise a, dans ce domaine, offert à ses employé·es une occasion de participer à l’exercice des couvertures. Une expérience immersive marquante qui permet de non seulement apprendre, mais aussi d’avoir un aperçu du ressenti qui accompagne l’histoire de la colonisation.
Apprendre, c’est aussi une occasion de remettre en question certains de nos acquis, de nos biais, même. Se défaire d’une façon de dire les choses, par exemple. Comprendre que le mot « autochtone » est plus approprié que le terme « indien ». Et que le mot Indigenous, « indigène », qu’on aura peut-être appris dans notre pays d’enfance n’est pas un mot péjoratif ici. Apprendre que certains mots blessent. Comprendre pourquoi. Et enfin, avoir le déclic de ne plus les utiliser.
« On se lasse de tout, excepté d’apprendre », déclarait Virgile, poète de l’Antiquité. C’est vrai, cesser d’apprendre, se reposer sur des acquis, ça reviendrait finalement à stagner, non?
Donner des occasions d’apprentissages tout au long de la vie, c’est aussi la mission que se donne la Coalition de la littéracie du Yukon. L’organisme proposera bientôt une série d’ateliers pour apprendre à faire de la bande dessinée, animés par l’artiste Annie Maheux.
Enfin, ce soir, en ce jour de sortie du journal, il y aura un spectacle de stand up. Depuis deux jours, des personnes s’entraînent pour cet exercice qui les mettra sans aucun doute en dehors de leur zone de confort. Mais l’humour n’est-il pas une des meilleures façons d’apprendre, et même de comprendre?
Alors, aujourd’hui, je vous souhaite de remettre en question vos acquis. De considérer que chaque personne autour de vous peut vous permettre d’apprendre.
Gardons aussi en tête que nos certitudes peuvent évoluer, et que l’apprentissage nous transforme : hier on ne savait pas, mais aujourd’hui, on sait.
Dans la foulée, pourrions-nous aller jusqu’à accepter que ce que l’on croit vrai aujourd’hui sera peut-être remis en question demain? Ce ne serait pas un échec, mais simplement le signe qu’on sera là, toujours présent·es et que l’on continuera d’avancer.
« L’éducation nous a mis dans ce pétrin et c’est l’éducation qui nous en sortira ». Cette citation de 2017 de Murray Sinclair, ancien président de la Commission de vérité et de réconciliation du Canada, reste toujours d’actualité.
L’historique menant à cette journée
En 1996, la Commission royale sur les peuples autochtones a attiré l’attention sur les séquelles à long terme des pensionnats autochtones. De plus en plus de survivantes et survivants, de même que leurs descendants et descendantes ont raconté leur histoire et ont réclamé que des gestes concrets soient posés.
Le 1er juin 2008, la Commission de vérité et réconciliation du Canada a été créée pour identifier les torts causés par le système des pensionnats autochtones.
Le 11 juin 2008, le premier ministre Stephen Harper a présenté des excuses officielles au nom du gouvernement canadien aux ancien·nes élèves des pensionnats pour autochtones.
La Commission de vérité et réconciliation a commencé son travail général en 2009 et les audiences publiques à travers le Canada ont commencé en 2010.
La Journée du chandail orange a vu le jour à Williams Lake, en Colombie-Britannique, le 30 septembre 2013, pour honorer les survivant·es des pensionnats, leurs familles et les enfants qui ne sont jamais rentré·es à la maison et rappeler que « chaque enfant compte ». La commémoration publique de ce chapitre tragique de l’histoire du Canada, et des effets durables, joue un rôle essentiel dans l’avancement de la vérité et de la réconciliation.
En 2013, le Centre national pour la vérité et la réconciliation est officiellement créé et il ouvre ses portes à l’Université du Manitoba en 2015. Son rôle est de préserver les archives de la Commission de vérité et réconciliation après la fin de son mandat. L’accès au centre est ouvert aux ancien·nes élèves, à leurs familles et collectivités, au grand public, aux chercheurs et chercheuses et aux éducateurs et éducatrices qui souhaitent inclure ces matières historiques dans les programmes d’études.
Le 2 juin 2015, le rapport de la Commission de vérité et réconciliation est présenté. Il contient 94 appels à l’action qui touchent divers secteurs, dont la justice, l’éducation, la santé et la mise en œuvre de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.
Le 3 juin 2021, le projet de loi C-5, qui a institué la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation comme jour férié fédéral, a reçu la sanction royale.
Le 30 septembre 2021, la première Journée nationale de la vérité et de la réconciliation est créée en réponse de l’appel 80 de la Commission de vérité et réconciliation, demandant au gouvernement fédéral, en collaboration avec les peuples autochtones, de créer un jour férié reconnaissant les survivant∙es, leurs familles et leurs communautés.
Une semaine de la vérité et de la réconciliation pour continuer l’apprentissage
La toute première édition de la Semaine de la vérité et de la réconciliation a eu lieu en septembre 2021.
Cet événement éducatif national a été mis sur pied par le Centre national pour la vérité et la réconciliation pour aborder l’histoire des pensionnats, des traités et des revendications territoriales et pour aider les élèves, le personnel enseignant et la communauté dans son ensemble à désapprendre les mythes qui entourent l’histoire coloniale au Canada.
Pour 2026, des dîners-causeries abordant des sujets tels que la réconciliation économique, le renforcement de la solidarité entre les autochtones et les nouveaux arrivants, le négationnisme des pensionnats et le leadership autochtone ont été présentés entre le 21 et le 25 septembre. Les vidéos des présentations se trouvent sur la chaîne YouTube du Centre national pour la vérité et la réconciliation.
Activités au Yukon et au Canada
Des activités pour souligner la Journée de la vérité et de la réconciliation auront lieu à Dawson et à Whitehorse.
Le rassemblement commémoratif national annuel Se souvenir des enfants : Journée nationale de la vérité et de la réconciliation qui a lieu sur la Colline du Parlement à Ottawa sera diffusé sur les ondes d’APTN et de Radio-Canada.
Alexis Gadiollet
Alexis Gadiollet, gestionnaire, Comptabilité et recrutement, AFY
Comment t’es-tu senti durant l’exercice?
J’ai ressenti de la tristesse devant les injustices vécues, de la honte face à certaines pages de notre histoire collective, mais surtout un profond sentiment de culpabilité. En tant qu’homme blanc et Français d’origine, issu d’une nation possédant elle aussi un lourd passé colonial, j’ai éprouvé une certaine forme de responsabilité face aux atrocités qui ont été commises envers les peuples autochtones.
Qu’est-ce que tu en as retiré?
La réconciliation passe d’abord par l’éducation. Si l’on souhaite s’intégrer et vivre sur un territoire comme le Yukon, il me semble essentiel d’en connaître l’histoire et de reconnaître avec humilité qu’il s’agit avant tout de terres autochtones, habitées et préservées depuis des millénaires.
Cet exercice nous invite également à réfléchir à notre propre rôle dans ce processus de réconciliation. Cela implique également de mettre de côté les jugements hâtifs et les préjugés afin de placer l’inclusion, le respect et l’ouverture aux autres au cœur de nos valeurs collectives.
Cette expérience a été intense et parfois inconfortable, mais elle a surtout été enrichissante. Cette réflexion m’amène également à une préoccupation plus large. Je suis inquiet de voir le retour de certains extrémismes dans plusieurs régions du monde ainsi que la remise en question, dans certains pays, des droits acquis par différentes minorités. L’histoire nous a démontré à maintes reprises les conséquences dramatiques de l’ignorance, de l’intolérance et de la déshumanisation de certains groupes de personnes.
Julie Croquison
Julie Croquison, gestionnaire, Justice et veille stratégique, AFY
Comment t’es-tu sentie durant l’exercice?
C’était une première pour moi, et j’ai beaucoup appris. Après l’exercice, je ne savais pas nécessairement quoi ressentir ni comment interpréter toutes les émotions que cela avait suscitées. Ça m’a beaucoup fait réfléchir, et ça m’a travaillé pendant plusieurs jours.
J’ai aussi trouvé très marquante l’évolution de l’espace pendant l’exercice. Au début, tout était bien organisé : les chaises étaient en place, les couvertures étaient belles et disposées avec soin, et nous avions accès à différents objets et éléments représentant les cultures des Premières Nations, que nous pouvions nous approprier dans le cadre de l’expérience. À la fin, l’espace était beaucoup plus désorganisé, les choses avaient été déplacées, retirées ou modifiées, et rien n’avait réellement été remis en place avant la fin de la session.
Cette image m’a laissé l’impression que le travail est encore en chantier, qu’il y a eu énormément de bouleversements et qu’on est encore collectivement dans un processus pour essayer de reconstruire, de réparer et de retrouver un certain équilibre.
Qu’est-ce que tu en as retiré?
C’est une occasion de reconnaître et de remercier les personnes qui sont présentes aujourd’hui, mais également les générations précédentes et les ancêtres qui se sont battus et qui ont posé des actions pour faire avancer les choses. Sans leur courage et leur travail, nous ne serions probablement pas aujourd’hui dans une position où nous pouvons vivre ce type d’expérience, en parler ouvertement et réfléchir ensemble à la suite.
Diane Grillet
Diane Grillet, coordinatrice du programme PCNP (bébés en santé, avenir en santé), les Essentielles
Comment t’es-tu sentie durant l’exercice?
C’était la première fois que je faisais l’exercice. Au début, j’étais plutôt curieuse. Je m’attendais à avoir une perspective très yukonnaise. Finalement, ce qui était agréable, c’était que c’était assez centré sur le Yukon et assez aussi général. Je me suis bien sentie immergée dans l’activité, dans l’exercice. Du fait qu’il y ait cette participation, qu’on nous demande de bouger, d’être actif. Je pense que ça m’a fait imaginer.
Je me suis mis à la place des personnes qui ont vécu ces choses-là. Et puis j’ai ressenti beaucoup de tristesse aussi et d’empathie envers les personnes qui ont vécu toutes ces choses qui nous ont été expliquées. J’ai beaucoup aimé la fin du cercle où on pouvait parler. Tout le monde a pu donner un retour et une impression.
Et je trouvais ça intéressant qu’on n’ait pas tous retiré la même chose de ça. On n’a pas tous eu la même perception et on n’a pas tous posé les mêmes questions. Donc, ç’a m’a émue aussi d’écouter les autres parler.
Qu’est-ce que tu en as retiré?
Ça m’a donné du respect, une envie de travailler sur la réconciliation, une envie de visibiliser aussi ce qui s’est passé et ce qui se passe toujours d’ailleurs, visibiliser la situation, la colonisation. Et puis, aussi envie à ma hauteur de pouvoir éduquer les gens autour de moi.
Josée Jacques
Josée Jacques, directrice, Arts et culture, Jeunesse, Personnes aînées, AFY
Comment t’es-tu sentie durant l’exercice?
C’est sûr que j’ai ressenti de la tristesse. C’est un peu de honte à porter, mais ce que j’aimé, c’est comme l’ont expliqué les organisateurs, ils savent que ce n’est pas nécessairement nous, les gens d’aujourd’hui qui ont fait ça. Ils veulent qu’on se rappelle de l’histoire pour justement qu’elle ne se répète pas, et c’est ça qu’ils demandent, dans le fond, au pays de reconnaître.
C’est une bonne façon de le faire, puis ils ne veulent pas nécessairement qu’on porte cette honte, mais qu’on se sente visé par cette expérience.
Qu’est-ce que tu en as retiré?
Ça m’a permis de comprendre plus où commencer la réconciliation avec les Premières Nations. C’est une belle piste pour prendre conscience du passé, l’assumer et s’assurer de ne pas l’oublier. Ça fait partie de l’histoire du Canada.
C’est la deuxième fois que je le fais. La première fois, c’était il y a neuf ans et je n’avais pas encore d’enfants. Ça m’avait touchée à l’époque et vraiment troublée. C’était la première fois que je voyais autant l’histoire comme qu’est-ce qui s’est passé et les détails dans les différents rôles et à quel point ça devait être l’enfer pour eux autres. C’est sûr que ça m’a touchée encore plus maintenant. Je l’ai plus sentie comme mère. J’ai essayé de me mettre dans l’état d’esprit des Européens qui sont arrivés ici et qui ont fait ça.
IJL – L’Aurore boréale
Les Roses est un groupe et un programme sportif créé au Québec pour encourager les femmes à pratiquer l’activité physique et à relever des défis sportifs ensemble.
Le mouvement a été fondé par Marie-Josée Gervais et la Dre Chantal Guimont, qui avaient constaté que les femmes étaient très minoritaires dans certains événements sportifs. Au printemps 2026, appuyées par le Partenariat communauté en santé (PCS), une quinzaine de femmes franco-yukonnaises se sont jointes aux Roses, avec comme objectif de se préparer pour le relais de la route du Klondike. Le relais a eu lieu le 11 septembre dernier et, à cette occasion, trois équipes des Roses ont été créées, regroupant des femmes du Yukon et du Québec.
À lire aussi : Un partenariat entre des femmes du Québec et du Yukon : Courir pour rassembler
Monique Levesque a animé l’atelier de perlage avec les Roses Québec et Yukon.
Dès leur arrivée, les femmes du Québec ont pu rejoindre celles du Yukon pour participer à un atelier de perlage. Dans le cadre de cet atelier animé par Monique Levesque, les participantes ont pu non seulement perler une rose, mais surtout, en apprendre plus sur les terres ancestrales des Premières Nations du Yukon sur lesquelles le relais de la route du Klondike a pris place.
Activité rassembleuse
Marie-Josée Gervais, organisatrice des Roses Québec, a fait part que l’expérience vécue a été très mémorable. « L’atelier de perlage a vraiment été une belle façon de commencer notre aventure au Yukon. Il nous a permis de tisser des liens, d’apprendre à mieux nous connaître, tout en découvrant davantage la culture des Premières Nations.
Au début, nous étions très concentrées sur notre création, puis, au fil de l’atelier, les échanges se sont faits naturellement. On allait davantage vers l’autre, les conversations se créaient et les liens aussi.
C’est une activité qui rejoint profondément les valeurs des Roses : l’ouverture aux autres, le partage et la solidarité. Avant de vivre un défi sportif ensemble, prendre ce temps pour se rencontrer et créer des liens avait beaucoup de sens », explique-t-elle.
Pour Sandra St-Laurent, directrice générale du PCS, cette activité s’inscrit dans la volonté du PCS de travailler à la reconnaissance et à la réconciliation avec les Premières Nations du Yukon.
« Notre réseau croit en la reconnaissance des territoires traditionnels, des langues et cultures diverses qui y sont parlées et valorise le savoir des Premières Nations, notamment en matière d’éducation et de santé. Nous espérons créer conjointement des espaces de découvertes dans le respect et le partage qui permettent de créer des ponts, tisser des liens entre les communautés francophones et autochtones de notre région », mentionne Mme St-Laurent.
« Monique nous a guidées dans cette exploration dans un esprit de solidarité en nous apprenant à perler une épinglette de rose du Yukon pour porter un hommage aux Premières Nations et au courage des femmes », conclut-elle.
IJL – L’Aurore boréale
Anthony Quinn constate un manque de bungalows ou de maisons en rangée abordables pour les ainés souhaitant déménager et qui veulent réduire la taille de leur logement.
En 2024, Statistique Canada révèle que les jeunes sont les plus touchés par le manque d’abordabilité des logements.
Sur les réseaux sociaux notamment, plusieurs pointent du doigt les baby-boomers comme l’une des sources du problème. Ils estiment que cette génération a eu un accès plus facile à la propriété et qu’elle cherche aujourd’hui à s’enrichir en laissant les prix des maisons grimper de façon démesurée.
Blâmer le système et non les individus
« Certaines personnes considèrent que les Canadiens âgés accaparent les logements disponibles dans le pays. Ils disent des choses comme “ils sont surlogés” ou “ils devraient quitter leur maison et laisser les jeunes y accéder” », raconte le président de l’Association canadienne des personnes retraitées (CARP), Anthony Quinn.
Le chargé de cours à l’École d’urbanisme et d’aménagement du territoire de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC), Erick Villagomez, fait la même observation et ajoute qu’une forte proportion de la jeune génération va vers l’extrême en utilisant des propos « hyperagressifs », pouvant aller jusqu’à exprimer de la « haine » envers les baby-boomers. Selon lui, ces accusations ne sont pas productives et ne mènent pas à des solutions.
Il met en garde contre ce discours, qui crée des tensions intergénérationnelles, entretient des stéréotypes discriminatoires, aggrave l’âgisme et détourne l’attention des véritables enjeux économiques.
D’après lui, la majorité des propriétaires ainés réagissaient aux conditions de leur époque et n’ont pas délibérément créé la situation actuelle. Bien que la valeur de leurs maisons ait augmenté, beaucoup sont « riches en logements et pauvres en liquidités », rappelle Anthony Quinn.
Erick Villagomez précise également que la majorité des ainés ne possèdent qu’une seule propriété, et non plusieurs comme des actifs à des fins spéculatives.
L’universitaire raconte une conversation qu’il a eue avec son ami qui a plus de 70 ans et qui lui a dit qu’il faisait partie « d’une génération parfaite, qui n’avait pas à se soucier de quoi que ce soit. »
« Les ainés voient leurs propres enfants et petits-enfants affectés négativement et sont prêts à encaisser le coup si les prix du logement baissent », indique Anthony Quinn, « car ils reconnaissent la nécessité d’une redistribution pour corriger la situation. »
« L’accès au logement pour les jeunes – surtout les francophones en milieu minoritaire – est fortement affecté par leurs études, leur carrière et leur statut socioéconomique », selon Simon Thériault de la FJCF.
La jeunesse à la traine
« Les couts des logements augmentent sans cesse. Ça devient de plus en plus difficile pour les jeunes d’avoir accès au logement, surtout dans un contexte où les jeunes sont aux études [car] ils ont d’autres dépenses, comme des frais de scolarité », explique l’ancien président de la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF), Simon Thériault.
Selon une étude de Statistique Canada de 2021, 46 % des jeunes dans la vingtaine vivaient chez un de leurs parents, soit une augmentation significative par rapport à il y a 30 ans, lorsque seuls un tiers d’entre eux vivaient sous le toit familial.
Simon Thériault ajoute que le taux de chômage élevé chez les étudiants et la difficulté à trouver un emploi stable et payant, même avec un diplôme postsecondaire, réduisent directement leur capacité à se loger indépendamment.
Pour les jeunes francophones en milieu minoritaire, il précise que la situation est aggravée par la nécessité de déménager loin de leur foyer pour fréquenter des institutions postsecondaires francophones ou bilingues.
Itinérance cachée
« Les autres générations pouvaient quand même aspirer à avoir une maison et économiser pour tout ça, mais [les jeunes] ne se sentent pas ce même vouloir […]. Ils sont déçus qu’ils ne soient pas capables d’être propriétaires un jour », observe Simon Thériault.
Pour le professeur en études urbaines à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), Nick Revington, ce manque d’espoir est renforcé par l’augmentation de l’itinérance. Même les jeunes éduqués avec un emploi n’arrivent pas toujours à se loger et se retrouvent sans-abri.
L’itinérance dans cette démographie n’est pas toujours visible. Selon le chercheur, elle prend souvent la forme d’itinérance cachée. Ils dorment chez des amis ou dans des bibliothèques universitaires.
Marché instable, État absent
Les prix actuels sont également le résultat d’un désengagement progressif du gouvernement canadien du secteur du logement dans les années 1990. « En raison d’un certain nombre de variables différentes, le gouvernement s’est retiré et a en quelque sorte abandonné la fourniture de logements au marché et au secteur privé », explique Erick Villagomez.
« Le marché privé, volatil et imprévisible, ne peut à lui seul garantir un système de logement stable et équitable », remarque-t-il.
Selon Nick Revington, le désir d’échapper au marché locatif pousse paradoxalement certains jeunes vers l’achat d’une propriété, contribuant à la surchauffe du marché.
Nick Revington le rejoint et trouve que cette approche, axée sur la maximisation des profits, n’a pas réussi à proposer du logement abordable pour tous.
« Les incitatifs actuels du gouvernement fédéral, comme le Compte d’épargne libre d’impôt pour l’achat d’une première propriété (CELIAPP), bien qu’ils puissent aider à court terme, contribuent même à injecter plus d’argent dans le marché, faisant monter les prix davantage », critique le spécialiste.
Solutions sur mesure
Le professeur de l’INRS souligne que la définition de « logement abordable » par les politiques actuelles est souvent basée sur les prix du marché, plutôt que sur les besoins réels des ménages et leur capacité de payer. « Abordable, ça veut dire en dessous du prix du marché, ce qui n’est pas forcément abordable du point de vue d’un ménage. »
Anthony Quinn insiste sur le fait que les aides individuelles ne sont pas suffisantes; il faut des changements systémiques, comme des salaires plus élevés et une augmentation de l’offre de logements par le biais d’incitations à la construction.
« Les mesures telles que la bonification du CELIAPP, proposée par la FJCF ou la reconnaissance des frais de loyer dans la cote de crédit, viseraient à alléger le fardeau des jeunes », suggère Simon Thériault.
Erick Villagomez a étudié un grand nombre de politiques de logement à travers le monde.
Selon Erick Villagomez, une réallocation des ressources et une refonte du système fiscal pourraient dégager des fonds importants pour le logement social et communautaire, plutôt que de subventionner uniquement l’accès à la propriété.
Il poursuit : le gouvernement fédéral semble vouloir se réengager dans le logement en finançant des coopératives, des habitations sans but lucratif et des projets de logements publics, ce qui est un virage par rapport aux décennies précédentes.
« Si vous regardez les programmes de logement à travers le monde, ceux qui sont les plus efficaces sont ceux où le gouvernement fait partie intégrante de cette vision à long terme », avance Erick Villagomez.
Le gouvernement du Yukon a lancé MyBusStop, une application en ligne qui permet aux familles de suivre l’autobus scolaire de leur enfant en temps réel. L’application a d’abord été testée lors du projet pilote MyBusStop en juin 2026.
Sur l’application, les familles peuvent voir l’emplacement de l’autobus scolaire de leur enfant ainsi que des renseignements à jour sur son heure d’arrivée prévue. MyBusStop aide les familles à planifier les trajets quotidiens entre l’école et la maison et à réduire le temps d’attente à l’arrêt d’autobus.
Le service est maintenant offert pour tous les parcours d’autobus scolaire de Whitehorse, et l’étendre est prévue pour les parcours ruraux.
Les familles ayant un enfant inscrit au service d’autobus scolaire recevront par courriel le code d’accès unique de leur école à MyBusStop. Il faut un code d’accès pour créer un compte et accéder à l’application.
Des membres du Commandement des Forces d’opérations spéciales du Canada (COMFOSCAN) effectueront un entraînement dans la région jusqu’au 8 octobre 2026.
Trois hélicoptères CH-146 Griffon, un avion CC-130J Hercules, des sauts en parachute, des tirs d’armes, des bruits d’impact et des explosions pourraient être entendus ou observés.
La majeure partie de cet entraînement se déroulera dans des régions éloignées et ne présente aucun danger pour le public. Tous les exercices effectués sont coordonnés avec l’ensemble des autorités compétentes afin d’assurer la sécurité des Canadiens et Canadiennes et de notre personnel.
L’objectif est de bénéficier d’un entraînement réaliste et exigeant dans des environnements inconnus, ce qui prépare le personnel de COMFOSCAN à servir l’intérêt national où qu’il soit déployé.
Entre le 18 et le 25 août 2026, quatre décès soupçonnés d’être liés aux drogues toxiques ont été signalés au Bureau du coroner du Yukon.
La proximité de ces décès et les signalements, de la part de partenaires communautaires et des Services médicaux d’urgence, d’une hausse des surdoses liées à l’usage de substances ont soulevé de réelles inquiétudes quant à l’approvisionnement en drogues illicites à Whitehorse, qui demeure hautement toxique et imprévisible.
Au Yukon, des services de soutien sont offerts gratuitement aux personnes aux prises avec des problèmes liés à l’usage de substances. La page usagedesubstances.ca propose des renseignements pour en savoir plus sur les services offerts : counseling, réduction des risques, programmes de traitement, formation sur la bonne utilisation des trousses de naloxone, services itinérants et mise en relation avec des organismes locaux partout dans le territoire.
Ces services s’adressent aux personnes, aux familles et aux proches, à quelque étape que ce soit de leur cheminement, qu’elles souhaitent suivre un traitement, réduire les méfaits liés à l’usage de substances ou simplement parler avec quelqu’un.
Lettre à Jen Gehmair, ministre de l’Économie, du Tourisme et de la Culture
Je vous écris au sujet de l’avenir du Old Fire Hall, à la suite de l’annonce selon laquelle le Yukon Arts Centre ne renouvellera pas son entente avec le gouvernement du Yukon pour l’exploitation de cet espace. Je comprends que le gouvernement du Yukon devra prochainement lancer un appel de propositions afin de trouver un nouvel exploitant. Avant que ce processus ne soit enclenché, je tiens à souligner l’importance du Old Fire Hall pour la population yukonnaise et à demander que votre ministère prenne un engagement public clair quant à son avenir en tant qu’espace communautaire dédié aux arts et à la culture.
Depuis de nombreuses années, le Old Fire Hall constitue un lieu de travail essentiel, accueillant des centaines de répétitions et de représentations, en plus de servir d’espace communautaire pour les arts et la culture. Il s’agit également du seul lieu public dédié aux arts vivants dans le centre-ville de Whitehorse, sur lequel comptent depuis des générations les artistes, compagnies et organismes artistiques de tout le territoire.
Des Yukonnaises et des Yukonnais m’ont fait part de leur inquiétude face à cette transition, craignant la perte de cet espace. Ce qu’ils souhaitent avant tout, c’est la continuité, soit un Old Fire Hall qui continue de servir les artistes et l’ensemble de la communauté sans interruption.
Dans ce contexte, je demande à votre ministère de confirmer par écrit les engagements suivants :
• Que le Old Fire Hall continuera d’être désigné comme espace public dédié aux arts et à la culture.
• Que l’entente financière prévue dans la prochaine entente de transfert de paiements demeurera d’au moins 175 000,00 $ par année, ou plus, pour soutenir les opérations et l’entretien.
• Que l’échéancier de publication de l’appel de propositions sera rendu public, notamment sa date de lancement, la date à laquelle une décision sera prise, et les mesures prévues pour assurer la continuité d’usage pendant la période de transition suivant le 31 mars 2027.
• La manière dont le processus d’appel de propositions tiendra compte des commentaires des artistes, des organismes artistiques et des membres de la communauté qui utilisent actuellement cet espace et en dépendent.
• Les mesures qui seront prises pour éviter toute interruption d’accès ou de programmation pendant la transition vers un nouvel exploitant.
Je vous saurais gré de bien vouloir répondre par écrit aux questions ci-dessus, et j’attends avec intérêt l’engagement de votre ministère à maintenir cet espace ouvert, actif et accessible à la communauté des arts et de la culture.
Merci pour attention à ce sujet important.
Justin Ziegler, député de Riverdale Sud