Advertise with Googlier.com Archives et intimités https://archivint.hypotheses.org Atelier de jeunes chercheuses et chercheurs Tue, 04 Jun 2019 10:43:44 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org?v=6.9.4 Journée d’étude – Genre et Intimités – 13 juin 2019 https://archivint.hypotheses.org/458 https://archivint.hypotheses.org/458#respond Mon, 20 May 2019 07:52:38 +0000 https://archivint.hypotheses.org/?p=458 Programme : Genre et intimités – 13 juinTélécharger
]]>
https://archivint.hypotheses.org/458/feed 0
CR – Séance 01/06/2018 – Dans l’intimité d’un groupe social : la correspondance de Joseph-Antoine Canasi https://archivint.hypotheses.org/368 https://archivint.hypotheses.org/368#respond Wed, 14 Nov 2018 08:20:28 +0000 https://archivint.hypotheses.org/?p=368 Continuer la lecture →]]> Pascal Bonacorsi

Cette présentation visait à réfléchir à ce qu’un fonds d’archives privées ajoutait à la compréhension d’un groupe social, en l’occurrence, les Corses d’Extrême-Orient. Le fonds mobilisé est celui de Joseph-Antoine Canasi, originaire de Nessa, en Corse, et parti au Tonkin au début du XXème siècle au sein de l’armée coloniale. Le fonds se compose de documents de natures diverses : photographies, correspondance familiale et amicale, poèmes, aquarelles… Cet ensemble documentaire est d’une grande importance pour ma recherche dans la mesure où il se démarque des autres papiers privés, en général beaucoup moins denses et constitués de photographies accompagnées parfois de quelques lettres. Aussi, il apporte une vision très différente de l’expérience coloniale et impériale, en passant par un autre filtre que celui de la presse, des bulletins d’amicales, ou des archives judiciaires.

Un premier apport de ce fonds réside dans l’aspect très informels des réseaux corses au début du XXème siècle. Ils ne se fondent pas, pour l’instant, sur des institutions campanilistes mais sur un ensemble de gestes comme l’échange de correspondance, la dédicace de poèmes, la commensalité,… Sur ces bases s’établissent des relations de confiance, nécessaires au développement des réseaux corses qui peuvent notamment optimiser les carrières ou porter le développement de divers trafics. Cette approche aide, dès lors, à expliquer la surreprésentation des insulaires dans certains réseaux interlopes. C’est également tout un système de valeurs qui transparaît au gré émotions et des aveux exprimés dans cette correspondance.

Ces documents nous plongent aussi au cœur d’une intimité en situation coloniale. Au fil des photographies et des lettres s’égrènent plusieurs aspects des relations entre colonisateurs et colonisés, qu’il s’agisse de la virilisation de l’homme blanc ou de la féminisation des indigènes. Les rapports de domination ne se limitent pas aux seuls discours, mais s’inscrivent directement dans les relations entre Européens et Asiatiques.

]]>
https://archivint.hypotheses.org/368/feed 0
CR – séance 06/04/18 – Travailler sur les sexualités/intimités en prison de femmes (Espagne, années 1960-70) https://archivint.hypotheses.org/252 https://archivint.hypotheses.org/252#respond Tue, 07 Aug 2018 10:02:00 +0000 http://archivint.hypotheses.org/?p=252 Continuer la lecture →]]> J’ai proposé lors de cette séance un rapide état de l’art, notamment des études de sociologie carcérale, un champ très dynamique, avant une relecture de mes archives sous l’angle des sexualités. Les sexualités constituent en effet une des dimensions de l’étude des intimités comme objet, à situer socialement et historiquement. Si la sexualité est pour la recherche en sciences sociales un objet auquel il est très rare d’accéder directement, cela est doublement vrai dans le cas de recherche sur les sexualités prisonnières.

« Non-objet des sciences sociales » (Joel-Lauf, 2017), la sexualité en prison de femmes souffre d’une triple oblitération du fait l’oblitération des femmes de la problématique de la sexualité et de la sexualité autonome, de l’invisibilisation des femmes prisonnières (en tant que population structurellement minoritaire) et des difficultés méthodologiques et éthiques qu’elle cristallise. G. Ricordeau évoque ainsi la « difficulté à investiguer des pratiques généralement tues » et les obstacles que constituent la pudeur, la honte ou le secret. La prison comme espace fantasmé (cf. Jean Genet) peut également constituer un obstacle à la saisie des pratiques sociales.

Les études sur les sexualités prisonnières ont été abordées sous l’angle de la privation (J. Lesage de la Haye, 1978) et de la violence (Welzer-Lang, Mathieu et Faure, 1996). Le sujet de la sexualité est toujours ici l’homme prisonnier. La sociologie anglosaxone a cherché des hypothèses explicatives pour les pratiques homosexuelles en prison, envisagées comme des sexualités compensatoires ou de substitut, ce qui a notamment conduit au concept de « prisonization » (Clemmer, 1958). L’homosexualité en prison serait ainsi la résultante d’une sous-culture carcérale (comme l’usage de la pornographie, les pratiques masturbatoires) et d’une importation / adaptation (il s’agirait alors d’une sexualité circonstanciée, produite par la prison). Le concept de « sous-culture carcérale » est toutefois problématique en ce qu’il postule l’homogénéité des milieux déviants et gomme les continuités des dispositions des individu.es.

La construction de la prison comme bastion de la non-mixité, reposant sur une vision essentialiste et binaire du genre, tout comme du régime cellulaire, apparaît comme une réponse au « péril » de l’homosexualité et en réponses aux agressions des gardiens sur les prisonnières (Jacques Guy Petit). Les réorganisations contemporaines avec l’instauration de dispositifs d’humanisation des peines, de « droit à l’intimité » (sur les UVF cf notamment Camille Lancelevée, 2011). Le droit à la sexualité fait dorénavant partie des critères de l’ONU définissant les contours d’une « incarcération acceptable ». Malgré l’interdiction formelle qui porte sur les relations sexualités, la tolérance des surveillant.es, variable en fonction des espaces, situations et du genre, fait partie des modalités de gestion de la vie et du calme en détention. G. Ricordeau met en évidence la prévalence de la norme hétérosexuelle et invite à re-problématiser la question des sexualités en lien avec les différents espaces au sein des prisons (cf. également, pour les prisons pour hommes, Olivier Milhaud).

Les liens affectifs et familiaux ont été intégrés dans l’étude de prisons à partir de l’idée que l’univers carcéral (l’emprise de la prison et de ses normes) dépasse l’enceinte du centre pénitentiaire, non seulement de manière diachronique (arrestation, procès, période de réinsertion, stigmatisation) mais également synchronique (déstabilisation de l’économie familiale, étirement voire destruction des liens, transformation des sociabilités, etc). cf. Carole Cardon (sur la sexualité des condamnés à de longues peines), Estibaliz de Miguel (impact de la prison sur les relations amoureuses des femmes incarcérées).

Pour les prisons de femmes, l’angle d’approche majoritaire a été celui de la maternité, comme le souligne Carole Cardi. Hors de la maternité, les femmes prisonnières sont confrontées à une double déviance (comme délinquantes et sujets désirants). Il est d’ailleurs intéressant d’ailleurs de voir que la justification de l’instauration des Unités de Vie Familiale (la 1ère à la centrale de Rennes en 2003) : il s’agissait de renforcer les liens mère/enfants alors que dans les prisons pour hommes : rendre possible les relations conjugales pour éviter les violences sur les autres détenus.

Il faut signaler le rôle clef des travaux récents de Myriam Joel-Lauf, dont les travaux repose sur l’hypothèse de continuité avec les pratiques antérieures, la vie ordinaire : la prison actualise des dispositions socialement acquises antérieurement. Elle invite ainsi à des-exceptionnaliser la prison, à la « décarcéraliser » (Corentin Rostand) et à « détotaliser » notre regard sur l’institution (G. Chantraine). Tout comme dans les travaux de G. Ricordeau, la prison n’est pas une exception aux normes sociales mais un laboratoire qui les rend visible de manière aigüe. En termes de pratiques sexuelles, la prison donne à voir une grande conformité aux normes de genre et elle définit les prisons pour femmes comme un puissant relai du modèle légitime de sexualité féminines.

Elle construit son propos en termes de formes de sexualités (clandestine, invisible, ostensible…) en fonction des temporalités et des espaces. Ses travaux récents portent sur les femmes autrices de violences sexuelles.

Quand on parle de sexualités prisonnières, de quoi parle-t-on ?

Je reprends la définition de Bozon (2001 : 15) : « des constructions sociales, désignant des constellations très diverses de pratiques, d’interactions, d’émotions et de représentations, qui délimitent des territoires de relations d’ampleur plus ou moins grande et donnent lieu à des processus de construction de soi variés ».

De manière générale, on peut rappeler qu’en prison tout ce qui n’est pas explicitement autorisé est interdit, pratiques sexuelles comprises (donc interdiction formelle). Ensuite dans la pratique, variation entre répression forte, condamnation morale, tolérance comme moyen de gestion de la vie en détention (car sous effectif des surveillant.es) : moyen d’assurer la tranquillité (Cardon).

De premier abord, il semble alors que la sexualité soit une pratique impossible et que la prison soit un espace sans sexe, un espace d’abstinence. Mais la prison apparaît également comme un espace saturé de sexe, de discours sur les sexualités dans leurs différentes dimensions : conjugalité, hétéro-homosexualité/érotisme ; sociabilités, mais aussi registre émotionnel, sentimental, expérimental. Mais il s’agit aussi de normes, de modèles, de l’apposition d’un sceau de la légitimité qui induit la lisibilité et la dicibilité différenciée des pratiques. Il y a donc un « bon » et un « mauvais » sexe en prison (Giami, 1995), qu’il s’agisse d’une échelle interne à la prison ou des échanges intérieur/extérieur.

La réflexion s’est articulée autour des pratiques suivantes :

– violences et tortures sexuelles, viols

– sexualité contrainte et/ou tarifée au sein de la prison

– sexualités / affectivités consenties

– santé sexuelle, intimités des corps

– maternité, contraception, avortement

Où trouver les sexualités dans les archives ?

Dans la lignée de Michel Bozon, il s’est agi de réfléchir à cette question en tentant de lier la dimension corporelle à la dimension sociale et à celle des représentations, les trois étant toujours entremêlées. Plusieurs études de cas extraites de mes archives ont permis d’aborder différentes configurations sexuelles :

– les archives de la répression (judiciaires, pénitentiaires)

– journaux intimes / correspondances conjugales (qui donnent accès à des formes de sexualité décorporéisées)

– rapports clandestins aux partis politiques (qui agit ici comme instance de contrôle)

– entretiens et témoignages (écrits et oraux)

A partir des cas présentés la discussion s’est achevée sur une discussion autour des sexualités comme stratégies de distinction (Osborne, 2009) au sein des prisonnières et sur les concepts de « continuum lesbien » (Rich, 1981) à partir des expériences de vie communautaires (en « communes ») dans les prisons.

]]>
https://archivint.hypotheses.org/252/feed 0
CR – Séance 3 – Comment lire l’intime dans le creux des sources ? https://archivint.hypotheses.org/177 https://archivint.hypotheses.org/177#respond Fri, 23 Feb 2018 11:07:40 +0000 http://archivint.hypotheses.org/?p=177 Continuer la lecture →]]>

Cette séance de séminaire du 2 février 2018  a été l’occasion de d’avoir une réflexion théorique sur la notion même d’intimité et sa délimitation dans nos sources. Aussi la première partie de ce CR est elle à la fois une reprise et un approfondissement du billet publié sur mon carnet de thèse ici : https://marcherenc.hypotheses.org/700.

I – Première partie :  Qu’est ce que l’intime en sciences sociales et comment lire l’intime dans le creux des sources ?

Au moment d’établir le programme de notre séminaire nous avons décidé de faire ce cette question récurrente dans nos discussion l’objet d’une séance : “comment lire l’intime dans le creux des sources”? Cette question était souvent pointée du doigt comme une aporie qui apparaissait en faisant le constat de deux constantes, convergences de nos travaux qui nous rendent les choses complexes :

  • l’intime est une notion floue, variable, protéiforme qui échappe systématiquement à la délimitation de ses contours
  • l’historien.ne n’y a jamais accès qu’à travers un discours, une mise en mots que l’on considère trop souvent comme une barrière à cet intime qui lui demeurerait caché.

Donc dans un premier temps « lire l’intime » ça suppose qu’il y a un langage de l’intime, des signes reconnaissance, donc ça suppose de le reconnaitre, de l’identifier, d’en repérer des caractéristiques objectivables. Or rien n‘est moins simple.

A quoi peut-on se raccrocher ? D’abord au fait que l’intimité n’est pas une notion a- historique. Voir sur ce point l’article de Véronique Montémont « Dans la jungle de l’intime : enquête lexicographique et lexicométrique (1606-2008) » in Pour une histoire de l’intime et de ses variations. Elle y fait une analyse lexicométrique très précise des variations d’utilisation du terme dans différents corpus et sur une vaste période. Et beaucoup de travaux ont montré qu’au-delà du simple vocable, la notion

s’imposait dans les représentations communes, notamment à partir du XVIIIe : culture de la confession, un intime d’abord relationnel, on a des amis intimes, développement d’une culture matérielle de l’intime, les journaux intimes, « l’horloge de corps » (c’est à dire les montres), le miroir,  ou le boudoir comme espace de la confidence (ce qui s’accompagne plus généralement spécialisation des pièces dans la maison). L’intimité connait sa consécration au XIXe siècle, souvent qualifié de “siècle de l’intime” : avec le « je » romantique s’exprime davantage dans les formes diaristiques et épistolaires ; ce qui s’accompagne de la valorisation d’une littérature de l’émotion. Comme le résume Michelle Perrot dans l’avant-propos de L’histoire de la vie privée, tome 4 :

« Le XIXe siècle esquisserait ainsi un âge d’or du privé où les mots et les choses se précisent et les notions s’affinent. Entre société civile, privé, intime et individuel se dessinent des cercles idéalement concentriques et réellement enchevêtrés »

Du XIXe au XXe siècle, l’exigence de transparence qui touche aussi bien le corps (la banalisation de la radiologie en est un exemple aussi anecdotique que parlant) que la vie politique s’accompagne paradoxalement d’une exigence de parachèvement du soi (le bonheur comme horizon individuel nécessaire par exemple), de la singularisation de la personnalité qui pousse paradoxalement à des comportements extrêmement stéréotypés (en témoigne la mise en scène de soi des réseaux sociaux). Le XXe siècle c’est aussi le développement des sciences de l’intime, la psychanalyse au premier chef.

Donc oui, il y a bien des « variations de l’intime », mais rien n’est moins évident pour l’historien.ne que de décréter que tel évènement, telle situation, telle émotion, telle assertion repérée dans une source relève de l’intime. Car dans ce domaine comme dans le reste, l’évidence est trompeuse, elle est en fait ce qui cache une trop grande familiarité avec ce que l’on pense reconnaitre comme évident. C’est précisément cette absence de distance qu’il faut décrypter. A cela s’ajoutent les biais des sources,  et en somme pour citer à nouveau Michelle Perrot “la difficulté de connaître autre chose que la face externe et publique de la vie privée : l’impossibilité d’aller de l’autre côté du miroir. Dans ce domaine, le dicible fabrique de l’indicible, la lumière sécrète l’ombre.”

Elle exprime ainsi très bien les limites a prioi de la discipline historique pour « faire au-delà des groupes et des familles, une histoire des individus, de leurs représentions, et de leurs émotions, histoire des manières de faire de vivre, de sentir et d’aimer, des élans du cœur et du corps, du fantasme et du rêve”. En somme pour écrire une “histoire balzacienne des intrigues familiales, une histoire nervalienne du désir, une histoire proustienne et musicale des intimités“ les historien.n.es ne seraient pas aussi bien armés que peut l’être le roman , la musique, ou la poésie pour “lire l’intime”.

Une des raisons en est que cet espace souffre d’un échec de la mise en mots. Et pourtant les historien.n.es travaillent bien sur des représentations de l’intime. Et il y a bien des dénominateurs communs dans nos études qui nous font penser que l’intime n’est pas qu’une coquille vide. Mais la posture des chercheurs en sciences sociales se heurte toujours à cette aporie : personne ne peut mieux définir les frontières de l’intimité que les actrices et acteurs concerné.es. Ainsi l’intime, comme objet de recherche nous échappe en permanence puisqu’il est ce qui est le plus caché, le moins communicable. Il semble donc nécessaire d’abandonner l’ambition de faire de l’intime une réalité objectivable et reconnaissable dans nos archives.

Faisant ce constat, fait-on le deuil d’une histoire de l’intimité ? Certainement pas, mais au fil des discussions du séminaire nous sommes tombé.es d’accord sur la pertinence d’utiliser la notion d’intimité comme une catégorie d’analyse, une grille de lecture. De quoi celle- ci est-elle faite ?

Dans le vocabulaire utilisé pour parler de l’intimité, les images relèvent pour la plupart du champ lexical de l’espace : le jardin secret, la chambre à soi, le for intérieur… L’intime serait donc un espace, dont la géométrie reste à définir. Quelques propositions pour en dessiner les contours :

  • un espace bi-dimentionnel d’abord : l’intime apparait comme une sphère dont le diamètre peut évoluer selon les individus et les époques (à l’aune du dicible et de l’indicible, du montrable et du caché). Une sphère qui se resserre autours d’un centre de gravité, qui lui, peut être un objet d’étude : le corps, le mariage, la mort, le couple, etc. Ces sphères ne sont pas fixées : certains objets deviennent des centres de gravité de l’intime quand ils ne l’étaient pas, c’est que qu’illustre par exemple le processus de civilisation de Norbert Elias : certains comportements, notamment liés au corps, sont peu à peu relégués dans l’espace de l’intimité (déféquer, faire l’amour, se moucher…)
  • un espace tri-dimentionnel : Intimus est le superlatif latin de interus « le plus en dedans, le plus profond ». Donc il semble que l’on peut trouver l’intime dans la gradation du secret, ce qui apparait de l’intimité ce serait donc ce qui émerge, soit pas intrusion, soit par volonté de révéler. Cette dimension là est celle que comprend Saint-Augustin, comme un intériorité si intérieure qu’elle ne lui est n’est en définitive pas même accessible mais accessible seulement à Dieu. Repousser l’intime dans la profondeur l’insondable, c’est donc penser que les individus eux-mêmes n’y ont qu’un accès limité. Ce qui échappe à l’individu et qui pourtant lui appartient si intimement, c’est finalement ce que la psychanalyse cherche à rendre lisible.

Ainsi, prendre l’intime comme catégorie d’analyse c’est fonctionner avec des pôles d’attraction sur lequel on est amené à situer ces sphères d’intimités :

  • le profond/le superficiel
  • apparent/le caché,
  • le dicible/l’indicible,
  •  l’individuel/le collectif
  • l’habituel/le spectaculaire

Sur les lignes de tensions qui relient ces pôles antagonistes l’intime ne se situe pas toujours du côté du profond, du caché de l’indicible etc. C’est justement la combinaison des différents éléments de cette grille d’analyse qui permet de penser le déplacement des seuils d’intimité entre chacun des pôles.

En somme si l’objet se dérobe toujours, prendre l’intime comme catégorie d’analyse nous semble une perspective féconde, non pas pour repérer ce qui peut servir à faire une histoire de l’intime, mais pour essayer de comprendre où se situent les objets que nous étudions sur cette grille. C’est ici que l’on retrouve l’intime, comme adjectif qualifiant un objet, puisque ce processus de recherche s’applique d’abord à des sous-champs privilégiés : l’histoire des sensibilités, l’histoire des sexualités, l’histoire du genre, l’histoire du corps, l’histoire religieuse etc… Ainsi se demander si l’objet étudié se situe au centre des cercles concentriques, en périphérie, dans l’un et non sur l’autre permet de faire des typologies des intimités, mais surtout la multiplicité de croisements des différentes catégories permet de diffracter l’objet et d’introduire de l’épaisseur temporelle.

Deuxième partie – Présentation de questions de recherche

La deuxième partie de la séance a été l’occasion pour Laura Balzer et Solène Monnier de nous présenter leur travail et leurs problématiques de recherche liées à l’intimité.

Laura Balzer “Comprendre les enjeux du genre dans les armées française dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et durant la révolution française.

La question du genre et des masculinités est souvent traitée à partir de sources normatives et d’ œuvres artistiques qui permettent d’accéder aux représentations du masculin. L’étude des mémoires autobiographiques des soldats permet, en revanche, d’approcher les pratiques plus concrètes d’une sociabilité masculine à l’armée qui, à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle et surtout à la Révolution française, se structure autour d’un idéal égalitaire, à l’exclusion des femmes. Les mémoires des soldats permettent de comprendre les relations d’amitié, de hiérarchie (sociale, des âges, ou des grades) et de concurrence, qui structurent cette communauté masculine notamment autour de rites et de moments de fêtes, de repas, de jeux et de défi. Certains auteurs n’hésitent pas à évoquer les sentiments forts qui les lient à leurs camarades, à raconter surtout les conditions de leur intégration dans ce groupe masculin. Les femmes sont également très présentes dans ces récits, elles occupent des fonctions stéréotypées qui permettent aux mémorialistes de valoriser leurs capacités de séduction et des compétences mondaines ou artistiques. Car ces mémoires sont un moyen de valoriser leur image, de justifier leurs actions, dans un contexte événementiel perçu comme exceptionnel. La difficulté du traitement de ces sources réside dans la grande hétérogénéité des formes d’écriture, des conditions sociales des auteurs. Les mémoires de simples soldats sont également plus rares pour le XVIIIème siècle. Le décalage entre les faits et le moment de l’écriture complique également l’analyse, puisque la majorité des auteurs ont été influencés par les campagnes de Napoléon auxquelles ils ont participé. Ils écrivent également dans un contexte politique très changeant. Leurs souvenirs de la Révolution Française s’en trouve souvent reconstruit à travers le filtre de nouvelles valeurs et il devient difficile de dater les modèles qu’ils mobilisent dans leur récit.

Solène Monnier : lecture des lettres envoyées à l’acteur René Navare

Témoignages de grands événements, les écrits des scripteurs ordinaires sont aussi des sources d’une richesse incroyable pour celui qui cherche à comprendre et transmettre une histoire plus proche de la quotidienneté et des représentations, des codes et valeurs d’une époque et d’une société. Les scripteurs de notre étude sont tous de fervents admirateurs de l’acteur René Navarre qui incarnait Fantômas au cinéma entre 1913 et 1914 et qui connut un grand succès. A travers leurs écrits, plusieurs enjeux se dégagent pour l’historien qui est amené à étudier l’histoire de l’intime, de la femme et donc du genre, l’histoire culturelle et des représentations, l’histoire du cinéma mais aussi à s’intéresser aux études sociales et épistolaires. Par cette étude, nous nous proposons donc de réfléchir sur les différents phénomènes que sont le vedettariat, la vedette cinématographique, ses admirateurs et les publics en général mais aussi celui de l’industrie naissante du cinéma au début du XXe siècle. Il s’agit également d’analyser et de saisir les discours et représentations qui s’articulent autour de ces différents objets. Les problématiques sont donc les suivantes : qui sont ces scripteurs particuliers et comment écrivent-ils ? Pourquoi écrivent-ils ? En quoi ces lettres offrent un nouveau regard sur le cinéma, l’acteur-vedette et l’admirateur au début du XXe siècle et quels sont les liens qui s’articulent entre ces trois pôles ? En quoi se révèlent-elles comme miroir d’une société et quels sont les discours véhiculés sur ce groupe d’admirateurs et sur le cinéma en général ? Comment se construisent et s’acceptent ces différentes identités dans la société de l’époque ? Pour répondre à ces différents enjeux nous nous sommes intéressés à des articles de presse de différents journaux, quotidiens, revues spécialisées et cinématographiques proposant une vision des différents discours de l’époque. Mais l’essentiel de notre corpus et de notre analyse porte sur les 249 lettres toutes rédigées entre 1912 et 1939 par une grande majorité de femmes qui éprouvaient une certaine admiration pour l’une des premières vedettes du cinéma muet à l’heure où le cinéma français domine le monde.

NOTES

1 Michelle Perrot, Histoire de la vie privée, tome 4, p. 12

]]>
https://archivint.hypotheses.org/177/feed 0
CR séance 2 – Caroline Muller « enquêter dans les écrits personnels : questions archivistiques, méthodologiques et éthiques » https://archivint.hypotheses.org/169 https://archivint.hypotheses.org/169#respond Mon, 08 Jan 2018 14:30:19 +0000 http://archivint.hypotheses.org/?p=169 Continuer la lecture →]]> 1er décembre – Caroline Muller « enquêter dans les écrits personnels : questions archivistiques, méthodologiques et éthiques ».

En introduction cette séance a été l’occasion de réfléchir sur notre collaboration avec l’APA et à la manière de mieux utiliser ses fonds dans nos études. Un billet est à paraître sur ce sujet.

Caroline Muller a ensuite eu l’occasion de présenter le positionnement de recherche qui a été le sien dans sa thèse récemment soutenue sur la direction de conscience au XIXe siècle. Elle est revenue sur trois grandes questions qui se sont posées à elle au moment d’enquêter dans les écrits personnels.

– Des aspects archivistiques tout d’abord : en constatant une polarisation très forte des discours entre une condamnation sans appel de la direction de conscience par l’anticléricalisme et un discours normatif édifiant de la part du clergé, elle cherche à « désactiver la double légende rose ou noire », et entame une enquête difficile à la recherche des lettres échangées entre directeurs et dirigé.e.s. Une fois localisées et une fois l’accès négocié avec les ordres religieux qui les conservent, ces lettres posent certains problèmes méthodologiques : réécriture en vue de publication et coupure de certains passages qui auraient pu s’avérer très riches.

– Des aspects méthodologiques ensuite : le choix de l’étude de cas sur une quinzaine de correspondances (soit un millier de lettres en tout) s’est rapidement imposé pour prendre le temps d’entrer en intimité avec chaque famille. Au fil de la lecture, les codes propres à chaque correspondance se révèlent et permettent de mieux comprendre les blancs et de formuler des hypothèses.

– Aspects éthiques : le métier d’historien ou d’historienne pose des questions particulières quand on travaille sur ces écrits là. Comment affronte-t-on la sympathie ou l’antipathie avec certains personnages et surtout qu’est ce que cela implique méthodologiquement. Pour Caroline Muller, l’héritage positiviste qui nous apprend à mettre de côté ces aspects là est problématique. Les choix d’écriture et de diffusion qu’elle a fait découlent donc de ce constat : ne pas faire des textes de la chair à démonstration, et prendre des précautions quand à la publication de textes qui n’avaient pas vocation à l’être.

Lecture proposée par Caroline Muller comme appui pour cette séance : « Je ne suis pas une source. Entretien avec Philippe Lejeune », Sociétés & Représentations, 2002/1 (n° 13), p. 87-99. DOI : 10.3917/sr.013.0087.

]]>
https://archivint.hypotheses.org/169/feed 0
Projet “Testaments de Poilus” https://archivint.hypotheses.org/156 https://archivint.hypotheses.org/156#respond Fri, 15 Dec 2017 16:08:39 +0000 http://archivint.hypotheses.org/?p=156 Continuer la lecture →]]>

Un beau projet de valorisation des archives de l’intimité est en train de prendre de l’ampleur : « Testaments de Poilus » lance une plateforme de transcription collaborative qui permettra aux internautes de transcrire et d’enrichir plus de 1000 testaments rédigés par des Poilus de la Grande Guerre morts pour la France. 

L’ouverture de la plateforme aura lieu le mardi 30 janvier 2018, de 14h à 19h aux Archives nationales (site de Paris). Lors de cette demi-journée, des conférences et ateliers présenteront le corpus des testaments, les enjeux de leur transcription et les étapes de la préparation d’une édition électronique. Des ateliers en petits groupes permettront d’assister à une présentation détaillée de la plateforme et de se familiariser avec son fonctionnement. Informations et inscription (obligatoire) sur le site: https://testaments-de-poilus.huma-num.fr. 

Ce projet, financé par la Fondation des Sciences du Patrimoine, associe les laboratoires AGORA et ETIS de l’Université de Cergy-Pontoise, les Archives Nationales, les Archives Départementales des Yvelines, l’Ecole des Chartes  et l’Université Paris 8. Il est labellisé et soutenu par la Mission du Centenaire de la Première Guerre mondiale. 

Contact:  testaments-de-poilus.an@culture.gouv.fr

Réseaux sociaux: #projetTestamentsDePoilus

]]>
https://archivint.hypotheses.org/156/feed 0
CR Séance 1 – Maladies et travail à la Comédie-Française https://archivint.hypotheses.org/142 https://archivint.hypotheses.org/142#respond Sun, 12 Nov 2017 16:57:47 +0000 http://archivint.hypotheses.org/?p=142 Continuer la lecture →]]> Le corps comme instrument de travail : connaissances médicales et maladies professionnelles des acteurs et des actrices de la Comédie Française (second XVIIIe siècle)

Résumé – intervention du 6 octobre 2017, par Suzanne Rochefort

Mon travail de thèse porte sur la profession de comédien dans le second XVIIIe siècle parisien, des années 1740 à 1799. L’angle d’attaque est double : il s’agit à la fois d’une histoire du travail ( avec des aspects juridiques, économiques et organisationnels) et  d’une histoire de la visibilité des acteurs et des actrices dans un espace public des spectacles en pleine expansion. Je prends en compte aussi bien les comédiens et les comédiennes privilégié.e.s (Comédie-Française, Comédie-Italienne) que ceux et celles qui exercent dans des foires ou sur le boulevard. Il me faut donc mobiliser une grande diversité de sources : archives judiciaires, archives de presse spécialisée ou non dans le théâtre, littérature pamphlétaire contre les comédiens, traités autour du jeu de l’acteur ainsi que les riches archives de la Comédie-Française, sur lesquelles je me fonde pour cette présentation.

Ces archives contiennent notamment des dossiers individuels pour chaque acteur et actrice. Ces dossiers sont d’une épaisseur très variable mais contiennent deux éléments constants : des documents administratifs qui précisent l’avancée dans les échelons de carrière, et une correspondance. La très grande majorité des lettres conservées ont été échangées non pas avec la famille ou les amis mais en interne, avec des collègues de la Comédie-Française, à propos du fonctionnement de l’institution. C’est pour cette raison que je parle « correspondance de travail ». Quelques unes de ces lettres ont déjà été mobilisées ponctuellement pour quelques acteurs ou actrices célèbres mais n’ont jamais été mises bout à bout pour constituer un corpus.

Quand j’ai commencé à étudier ces correspondances de travail, j’ai été surprise par la place accordée au corps, au corps fatigué, au corps malade, là où je m’attendais à trouver uniquement des informations sur le fonctionnement concret de la Comédie-Française, des considérations artistiques sur les rôles, des conflits entre les membres de l’institution, etc. Cette présence du corps peut s’expliquer par la nature de la source. Dans la grande majorité des cas, c’est l’annonce d’une absence à une répétition, à une représentation, ou à l’assemblée des comédiens et des comédiennes qui déclenche l’écriture de ces lettres. L’acteur malade écrit à ses collègues pour les prévenir de son absence, et doit se justifier de la façon la plus convaincante possible, sachant qu’une absence non justifiée à l’assemblée est par exemple passible d’une amende. Il s’agit également de se montrer persuasif lorsque l’on demande des congés, allant de quelques jours à quelques semaines.

Ce contexte d’écriture peut expliquer les détails donnés par les acteurs et les actrices sur leurs maux physiques. Cela donne donc lieu à une rencontre, une forte imbrication entre deux sphères :

  • ce qui nous semble être, à nous historiens, une sphère de l’intime : le fonctionnement et les dysfonctionnements de son propre corps ;
  • la sphère professionnelle, qui apparaît de prime abord être un espace peu propice aux confidences et aux détails de santé.

En quelle mesure est-il pourtant pertinent de parler de deux sphères distinctes dans le cas des acteurs et des actrices de la Comédie-Française ?

  1. Le métier d’acteur/d’actrice : un travail physique

De nombreuses situations de grande fatigue, voire de maladie, sont reliées directement par les acteurs et les actrices à leur travail :

  • La nécessité de parler fort et pendant longtemps provoque fréquemment des maux de gorge ;
  • Le rythme de travail peut être intense (2 pièces d’affilée pendant une soirée) ;
  • Il n’existe aucune règlementation autour du temps de travail, et celui-ci déborde le cadre de la représentation : il faut penser aux répétitions, mais aussi à tout le travail individuel de mémorisation et d’appropriation du texte par les acteurs et les actrices. L’effort est particulièrement important pour les nouveaux entrants à la Comédie-Française.

« La multitude de roles que lon ma distribué depuis que je joue au theatre français mont occasioné un travaille excessif, quantité de nuits que j’ai etté obligée de passer a letude pour metre sur pied deux ou trois rôles par semaine quoique jouant tous les jours ont forcé sur moi la nature. Il i a quatre jours que jai la fievre et depuis deux jours les plus violentes avec un mal de tête indissible. Je me suis arrachée du lit hier pour aller jouer, à peine pouvois-je me soutenir et parler. » (Dossier individuel de Mlle Joly, lettre du 9 juillet 1781).

L’importance d’un bon capital corporel est directement à relier avec un enjeu professionnel : le corps est le premier instrument de travail. Or, les acteurs et les actrices ont chacun des caractéristiques et des compétences très singulières, aucun n’est interchangeable et totalement remplaçable. Une des questions cruciales est donc celle de la disponibilité ou non de tous les acteurs pour la pièce du soir. En effet, dans le second XVIIIe siècle, le public parisien s’irrite de plus en plus de la présence d’un double qui remplace un.e comédien.ne malade ; il et souhaite voir sur scène son acteur ou son actrice favorit.e, pour qui il a payé. Les enjeux corporels sont donc directement reliés à des enjeux financiers pour la Comédie-Française.

Dès lors, des faiblesses de santé peuvent compromettre une carrière. Et on comprend également qu’une fois engagé à la Comédie-Française, l’attention d’un acteur à son propre corps mais aussi aux corps des autres membres de la troupe ne faiblit pas. Les informations sur les fluctuations de santé des uns ou des autres semblent donc être envisagées comme faisant pleinement partie de la sphère de travail, au même titre que d’autres données individuelles qu’on communique à ses camarades (les rôles qu’on a mémorisé par exemple).

       2. Des parcours de santé d’acteurs et d’actrices

Les acteurs et les actrices évoquent dans leurs lettres des fluxions, des fièvres, des enrouements et décrivent les remèdes et leurs réactions sur le corps. En effet, les traitements courants comme les purges ou les saignées requièrent le confinement chez soi et empêchent les acteurs et les actrices de revenir sur le théâtre, pour une durée indéterminée, comme l’exprime l’acteur Monvel en 1776 :

 « Je voudrois de tout mon cœur pouvoir jouer demain dans le charivari, mais une medecine que j’ai été obligé de prendre jeudi m’a cruellement tourmenté. Le grand froid en a empêché l’effet et c’est je crois tout ce que je pourai faire que de jouer Mardi a la cour, si j’y suis absolument necessaire. J’ai encor ma medecine dans le corps, j’ignore quand il plaira au ciel de l’en faire sortir. Trop heureux si cela arrive avant le degel ». (Dossier individuel de Monvel, lettre du 27 janvier 1776).

Le comédien Monvel, qui est également dramaturge, prend facilement la plume pour relater ses ennuis de santé. On peut donc suivre ses craintes et son parcours de soin. Deux mois après, alors que sa maladie perdure, il écrit :

« J’ai passé hier depuis cinq heures du soir jusqu’à sept avec un acces de fievre très violent. J’apprehende extremement cette espece de maladie qui devenue periodique peut vous tourmenter pendant toute une saison. Mon chirurgien m’assure qu’en y coupant court de bonne heure on l’empeche de prendre un cours réglé, j’ai trop peur pour ne pas prendre toutes mes precautions. Je vous prie de vouloir bien chercher une autre petite piece pour la cour demain, je me trouverais fort sôt si la fievre allait me prendre a Verailles et je ne veux pas m’y exposer ». (Dossier individuel de Monvel, lettre du 18 mars 1776).

Dans cet extrait, on remarque une grande attention aux cycles de la maladie, la crainte d’une intensification et surtout la peur d’une installation de la maladie dans la durée. Cela amène donc Monvel à prendre des mesures préventives : il n’ira pas jouer à Versailles devant la cour. Monvel décrit ici son propre ressenti, ressenti qui vient coïncider avec l’avis de son médecin. Placer le diagnostic du médecin dans sa lettre est un procédé extrêmement fréquent à la Comédie-Française, car cela permet d’assurer au camarade qu’on ne simule pas une maladie mais que l’empêchement à jouer est bien réel.

Par rapport à cette posture vis à vis du médecin : l’historien Philip Rieder, qui a travaillé sur la Figure du Patient au XVIIIe siècle, a insisté dans son ouvrage paru en 2010 sur les aménagements nombreux que les patients prenaient avec les prescriptions du médecin.  L’historien souligne que le malade prend des libertés vis à vis des recommandations des médecins, selon ce qu’il pense être le plus adapté à son état. Or on trouve très nettement dans mon corpus la posture inverse : les acteurs et les actrices disent suivre très strictement l’avis des praticiens, notamment en ce qui concerne la prise de remèdes. C’est par exemple le cas de Des Essarts, qui écrit le 10 avril 1789 :

 « Je me traite d’après monsieur Lemonier qui dit qu’ayant été outrageusement drogué il faut m’abstenir de tout remede faire diette et boire de l’eau pure. Et manger les jours d’intervalle si je me sentois trop foible que quelques bouchées d’oseille accompagnées d’un bouillon aux herbes. […] Monsieur Marcaud qui ma vu a choisy ma assuré qu’il avoit essayé de cette methode ainsy que beaucoup de ses amis et qu’elle avoit réussi. » (Dossier individuel de Des Essarts)

Des Essarts suit ici un régime assez classique qui doit alléger et purifier le corps. Il doit s’absenter de la Comédie-Française encore plusieurs jours et se justifie en citant le nom des médecins qui le prennent en charge. Cela est d’autant plus efficace que s’il n’existe pas de médecin attitré à la Comédie-Française les acteurs et les actrices s’échangent régulièrement des informations autour d’un praticien ; on se les conseille, on se les recommande. L’invocation du nom des médecins dans les lettres est donc une caution d’autant plus solide que les comédiennes et les comédiens se trouvent insérés dans les mêmes réseaux médicaux, et que le partage d’informations à propos des médecins fait pleinement partie des sociabilités professionnelles.

Il me faudra mener des analyses beaucoup plus précises, mais j’ai constaté pour le moment une certaine uniformité du vocabulaire de santé employé dans la troupe, sans témoignage chez un membre d’une culture médicale particulièrement poussée ou particulièrement inexistante. Mais cette certaine uniformité de façade, cette répétition des termes reflète peut aussi refléter des habitudes d’oser s’exprimer de façon assez précise sur certains maux alors que d’autres sont systématiquement passés sous silence. Par exemple, l’évocation d’une purge intestinale pour aller à la selle est très fréquente, on a parfois l’impression que c’est un passage rituel des lettres pour expliquer et justifier l’absence du comédien à faire son travail. Comme la purge était l’un des remèdes les plus fréquemment prescrit au XVIIIe, en parler peut aussi être un moyen de ne pas aborder la question de la cause de la maladie, parce qu’elle est mystérieuse ou qu’on ne veut pas la dire.

    3. Une gestion collective de la maladie ?

Concernant l’indisponibilité temporaire, de quelques jours, d’acteurs ou d’actrices, la troupe s’occupe directement des réorganisations en interne, en faisant jouer un double ou bien en changeant la pièce. Concernant les congés plus longs, ce sont les supérieurs, c’est à dire les Premiers Gentilshommes de la chambre du Roi, qui les accordent. Mais l’assemblée des comédiens et des comédiennes, constituée de toute la troupe, est consultée par les supérieurs pour savoir si l’octroi d’un congé est possible.

Or, la troupe est la plus difficile à convaincre car c’est elle qui gère au quotidien la programmation des pièces. L’absence d’un acteur pendant plusieurs semaines est financièrement peu problématique pour lui, puisque ses revenus sont en très grande partie fixe, selon son ancienneté ; en se mettant en congés, l’acteur ne perd que le petit supplément octroyé pour chaque représentation jouée. Par contre, pour la troupe, l’indisponibilité d’un acteur pour de longues semaines est très handicapante, pour des raisons organisationnelles et financières, surtout quand il s’agit d’un acteur vedette qui attire le public.

Dans ce contexte tendu, un des enjeux centraux est celui du soupçon autour de la réalité de la maladie invoquée pour avoir un congé. Ces soupçons font référence à deux situations :

  • Les acteurs et les actrices qui profitent de congés pour se rendre en province et faire des représentations très bien payées grâce à leur notoriété de membre de la Comédie-Française ;
  • Les actrices qui veulent cacher leur grossesse à la Comédie-Française (la nouvelle d’une grossesse est en effet mal accueillie par l’institution, car elle éloigne les actrices des planches pour plusieurs mois).

Cet enjeu de la grossesse cachée pourrait expliquer une certaine différenciation genrée non pas dans la description des maladies en elles-mêmes mais dans la façon de les présenter (les actrices se justifient globalement davantage) et dans la façon dont ces maladies sont ensuite gérées collectivement par la troupe.

  • C’est par exemple une comédienne, Mlle Saint-Val cadette, qui apporte les seuls « certificats médicaux », encore très rares à l’époque, retrouvés dans les dossiers individuels.
  • De même, ce n’est que dans le cas d’actrices que j’ai trouvé la mention d’envois par la Comédie-Française de médecins à leur domicile pour vérifier la véracité de leur maladie. Si cette pratique est acceptée par les actrices, elles refusent de recevoir une visite de contrôle d’un autre membre de la troupe :

“Més superieurs tous més camarades pourront m’en voÿer, dés médecins, et sirugiens ; je les recevrai toujours, mais je ne suporterai jamais lhumilliation de souffrir que je sois visitée par eux. […] La révolution que ma cosé le propos tenu par Mr Dézessar, de me laisser visiter, m’a tellement affectée qu’il ma été impossible de dicter plutôt cette lettre.” (Lettre de Mlle Saint-Val l’aînée, décembre 1773).

L’éventualité de la visite d’un membre de la troupe est vécue par Mlle Saint-Val l’aînée comme une humiliation, et comme une intrusion. Les détails partagés par les acteurs et les actrices sur leur santé, les liens étroits que les unissent grâce au partage d’un même réseau de médecin connaissent toutefois des frontières à ne pas franchir, ici celle du domicile où seuls des soignants sont acceptés par la comédienne.

Cela signifie que si des informations concernant la sphère « intime » du fonctionnement corporel sont considérées comme faisant pleinement partie de la sphère du travail, et si en retour l’institution a mis en place des modalités de gestion des maladies des ses membres, les dysfonctionnements corporels de chacun ne sont pas considérés comme des phénomènes relevant uniquement de la collectivité de la troupe. Chaque acteur et actrice entre implicitement ou explicitement dans une négociation avec le collectif pour tenter de garder la maîtrise des décisions concernant ses problèmes physiques, mais sans froisser la troupe ni compromettre sa place.

Il faut donc porter une très grande attention aux stratégies discursives employées par les acteurs et les actrices dans l’expression de leurs maux. Ces stratégies dépendent de multiples facteurs, comme le caractère de l’individu, leur genre, ou les rapports de force professionnels dans lesquels chacun s’insère. Si une certaine communication autour du corporel est de mise à la Comédie-Française, les informations sont bien distillées au choix de chacun, avec une marge de manœuvre plus ou moins grande. Par exemple, se permettre d’être assez évasif sur son état de santé, sans justifier avec force d’arguments son absence, est synonyme d’un certain pouvoir dans la troupe.

 

Ces idées me semblent faire écho aux conclusions développés lors de la séance de juin 2017. Travailler sur l’intime ne signifie pas aller traquer l’espace indicible qui est au plus profond, et que seul l’individu peut aller sonder, mais plutôt de s’intéresser aux formes d’expression et de mobilisation de ce qu’on définit comme relevant de l’intime. Par exemple, dans le cas de mon corpus, qu’est-ce que les acteurs et les actrices donnent à voir de leur état corporel, comment, pourquoi, et de quelles manières ces informations peuvent échapper à celui qui décide de les dire ?

 

]]>
https://archivint.hypotheses.org/142/feed 0
[à lire] Marine Rouch “Pudeur de l’historien.ne” https://archivint.hypotheses.org/132 https://archivint.hypotheses.org/132#respond Sat, 11 Nov 2017 11:54:04 +0000 http://archivint.hypotheses.org/?p=132 Continuer la lecture →]]> Marine Rouch, doctorante à l’université de Toulouse Jean Jaurès, travaille sur la correspondance envoyée à Simone de Beauvoir. Elle s’interroge dans cet article à la démarche qui nous préoccupe dans notre séminaire : quelle attitude doit avoir l’historien.ne face à des sources où s’exprime des choses de l’intime. Autour d’une lecture de l’ouvrage de Jelena Jovičić, L’Intime épistolaire (1850-1900), elle cherche à redéfinir son positionnement méthodologique. A lire sans modération.

Lire l’article sur le carnet de l’auteure : https://lirecrire.hypotheses.org/394

 

 

 

]]>
https://archivint.hypotheses.org/132/feed 0
[actualité de la recherche] Colloque international “Le rire des épistoliers” https://archivint.hypotheses.org/109 https://archivint.hypotheses.org/109#respond Thu, 25 May 2017 17:22:29 +0000 http://archivint.hypotheses.org/?p=109 Continuer la lecture →]]> Les 8 et 9 juin prochains se tiendra à Brest un colloque organisé par Marianne Charrier-Vozel sur des archives qui nous sont chères : les correspondances. La question est celle du rire des épistoliers entre XVIe au XVIIIe siècles.

Les informations ici :

]]>
https://archivint.hypotheses.org/109/feed 0
[Parution] Mélanie Traversier Le journal d’une reine. Marie-Caroline de Naples dans l’Italie des Lumières, Champ Vallon, avril 2017. https://archivint.hypotheses.org/94 https://archivint.hypotheses.org/94#respond Tue, 18 Apr 2017 07:35:40 +0000 http://archivint.hypotheses.org/?p=94 Continuer la lecture →]]>
Mélanie Traversier présente un ouvrage dans lequel elle analyse le journal “intime” que Marie Caroline de Naples rédigeait jour après jour en français, document qu’elle a reconstitué pour les années 1780 à partir des épaves de son diaire conservées à Naples et de son journal de voyage en Italie retrouvé dans une collection particulière américaine.
Ici la quatrième couverture : 
“Comment exercer son métier de reine ? Comment résister à la routine des divertissements utiles et des obligations de son sexe ? Comment surtout s’inventer un rôle politique lorsqu’on est née Marie-Caroline de Habsbourg-Lorraine et qu’on se trouve exilée à la cour de Naples, au cœur des tumultes de l’Italie des Lumières ? De 1781 à 1785, la reine de Naples s’est attachée à l’exercice quotidien de ses « écritures », sans doute pour discipliner ses propres affects.

C’est à la lecture de ce diaire qu’est convié le lecteur. Écrit dans le français parfois audacieux qui était la langue des élites européennes, ce journal d’une reine est un document historique d’une exceptionnelle richesse. Au-delà de la chronique de la vie de cour, on y assiste au surgissement d’un moi souverain qu’agite, en ces années pré-révolutionnaires, le souffle de l’histoire.
Rassemblant des pièces dispersées, Mélanie Traversier reconstitue le journal de Marie-Caroline de Naples, présenté ici pour la première fois dans son intégralité. L’édition annotée comporte en effet la retranscription d’un manuscrit que l’on croyait perdu : le récit du voyage de la reine en Italie du Nord de mai à septembre 1785, sorte de tournée d’inspection des expériences politiques du réformisme des Lumières. Elle est précédée d’un ample essai qui, à travers l’analyse de sa pratique épistolaire et de son écriture intime, éclaire la biographie d’une sœur méconnue de Marie-Antoinette.”

]]>
https://archivint.hypotheses.org/94/feed 0
[à lire] Nicolas Mariot Histoire d’un sacrifice. Robert, Alice et la guerre (1914-1917) https://archivint.hypotheses.org/85 https://archivint.hypotheses.org/85#respond Tue, 04 Apr 2017 15:43:34 +0000 http://archivint.hypotheses.org/?p=85 Continuer la lecture →]]> Histoire d'un sacrifice

relecture d’une correspondance

Nicolas Mariot reprend la correspondance de Robert Hertz pour analyser les ressorts de son engagement dans la guerre. Toute sa correspondance permet de montrer comment il s’était préparé lui même et avait préparé sa femme à la nécessité de combattre. Le livre est constitué de 62 chapitres brefs qui suivent de près la correspondance de Hertz ce qui nous immerge au coeur d’un moment de maturation de pensée. On suit au plus près l’évolution de quelques individus dans la maturation d’un évènement, et la construction par Hertz de son propre sacrifice. Ce suivi au quotidien est une forme d’écriture qui restitue quelque chose de l’expérience épistolaire autant que l’expérience de psychique et intellectuelle. La lecture des sources au ras des lettres est tout à fait appréciable et donne à l’ouvrage une démarche originale qui permet de s’approcher avec plus de matérialité d’un espace intime dans lequel se jouent des enjeux qui dépassent l’individu autant qu’ils le construisent.

A lire !

 

]]>
https://archivint.hypotheses.org/85/feed 0
Archives et intimité : tour d’horizon des carnets https://archivint.hypotheses.org/78 https://archivint.hypotheses.org/78#respond Tue, 04 Apr 2017 08:53:05 +0000 http://archivint.hypotheses.org/?p=78 Continuer la lecture →]]> Ce billet souhaite proposer un petit répertoire des carnets hypothèses s’intéressant, de près ou plus indirectement, aux questions d’archives et d’intimité, quelque soit la discipline.

Voici d’abord les carnets des membres du groupe d’études :

Claire-Lise Gaillard, qui travaille sur le marché de la rencontre, mobilise des correspondances et petites annonces : https://marcherenc.hypotheses.org/

Mon propre carnet, https://consciences.hypotheses.org/, propose régulièrement des réflexions sur la correspondance “de direction de conscience” et sur les journaux personnels, ainsi que sur le regard que les historien·nes posent sur ces documents.

Mais bien d’autres carnetier·es s’intéressent à la question :

Le carnet collectif Archives19 propose, dans le billet “Archives de l’intime” https://archive19.hypotheses.org/64, une réflexion sur les documents du XIXe siècle.

Le carnet Emotion https://emotion.hypotheses.org/ : Yosra Ghliss travaille sur les corpus d’archives numériques tels que les sms et autres conversations Whatsapp. A suivre donc pour ne pas perdre de vue que l’histoire de ces documents s’écrit aussi au présent !

Le carnet L’intime et espaces du virtuel https://iev.hypotheses.org/ traite lui aussi de ce que deviennent les archives de l’intime à l’ère du numérique.

Le carnet Nalèche https://naleche.hypotheses.org/ étudie la correspondance d’Etienne de Nalèche, directeur du Journal des débats, témoin de la Première Guerre mondiale. C’est une édition critique électronique.

Le carnet Seguier https://seguier.hypotheses.org/ s’intéresse quant à lui aux archives savantes des Lumières : ici les correspondances sont mises au service de l’histoire intellectuelle et des idées.

Le carnet Prendre corps https://corpsgir.hypotheses.org/ s’appuie sur de nombreuses archives de l’intime pour proposer une histoire du genre et du quotidien du XVIIe siècle. Voir notamment les lettres de Liselotte, duchesse d’Orléans :https://corpsgir.hypotheses.org/211 

Le carnet Publier une correspondance https://puc.hypotheses.org/, mené par Danièle Poublan, détaille les coulisses de l’étude de la correspondance de la famille Duméril (XIXe siècle), dans des billets toujours stimulants pour une histoire de l’objet “lettre”.

Le carnet Mémoires16  https://memoires16.hypotheses.org/ s’intéresse de près aux écrits mémoriels d’Ancien Régime et propose sur une réflexion sur la mise en valeur de soi pendant les guerres de religion. Voir notamment ce billet,”Comment étudier les mémoires d’Ancien régime ?” https://memoires16.hypotheses.org/65

L’enquête “Enklask” de Benoit Kermoal mobilise souvent des correspondances et autres archives de l’intime https://enklask.hypotheses.org/.

A suivre donc, entre réflexions méthodologiques et exemples d’application.

]]>
https://archivint.hypotheses.org/78/feed 0
Des correspondances en ligne https://archivint.hypotheses.org/75 https://archivint.hypotheses.org/75#respond Fri, 31 Mar 2017 21:13:31 +0000 http://archivint.hypotheses.org/?p=75 Continuer la lecture →]]> Ce billet vise à proposer l’esquisse d’une recension des éditions de correspondances anciennes en ligne. N’hésitez pas à suggérer celles que vous connaissez en commentaires, nous les ajouterons à la suite. Je remercie Delphine Mantienne pour ses suggestions. Voici donc quelques pistes, finalement assez révélatrices des problématiques liées à la source épistolaire à l’heure actuelle : on a beaucoup de correspondances savantes, scientifiques et politiques en ligne, et encore très peu de familles ou de gens plus ordinaires. Signe qu’il reste un travail de fonds à effectuer pour localiser et recenser les archives personnelles.

Deux remarques préliminaires:

Correspondances familiales

La correspondance de la famille Duméril et le carnet hypothèses qui la présente et l’analyse : http://correspondancefamiliale.ehess.fr/. Le carnet : http://puc.hypotheses.org/

La correspondance Morand de Jouffrey : http://morand.ens-lyon.fr/

La correspondance Fantin-Latour : http://quellen-perspectivia.net/fr/fantin-scholderer/introduction

Savants, écrivains, artistes, personnalités politiques

Antoine Dubourg, magistrat et chancelier de France (1490-1538) http://elec.enc.sorbonne.fr/dubourg/

D’Alembert : http://dalembert.academie-sciences.fr/Correspondance/

Guy Patin : http://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/

Ampère : http://www.ampere.cnrs.fr/correspondance/

Buffon : http://www.buffon.cnrs.fr/correspondance/

Falloux : http://correspondance-falloux.ehess.fr/

Juliette Drouet à Victor Hugo : http://www.juliettedrouet.org/lettres/#.VNJhrVWG_LI 

Berlioz et sa famille : http://hberlioz.com/

Delacroix : http://www.correspondance-delacroix.fr/

Flaubert : http://flaubert.univ-rouen.fr/correspondance/

 

]]>
https://archivint.hypotheses.org/75/feed 0
[actualité de la recherche] Journée d’études “Grande Collecte d’Archives de Femmes” https://archivint.hypotheses.org/66 https://archivint.hypotheses.org/66#respond Wed, 08 Mar 2017 10:47:27 +0000 http://archivint.hypotheses.org/?p=66 Continuer la lecture →]]> Journée d’études “Grande Collecte d’Archives de Femmes” au LARHRA
08/03/2017 – 14:00 → 18:00
Dans le cadre de l’opération de collecte des archives de femmes annoncée par le Ministère de la Culture et de la Communication, une demi-journée d’études est organisée par les Archives du département du Rhône et de la métropole de Lyon, la Bibliothèque Diderot de Lyon, et le LARHRA (Laboratoire de Recherche Historique Rhône-Alpes) aux Archives du département du Rhône et de la métropole de Lyon, 34 Rue du Général Mouton-Duvernet, 69003 Lyon
 

Conférence : « Les femmes, actrices et sujet de l’Histoire »

Muriel Salle (Université Lyon 1, LARHRA)

Table ronde : « Que sont les archives de femmes ? » 

Philippe Lejeune (Association pour l’Autobiographie et le patrimoine autobiographique), Manuela Martini (Université Lyon 2, LARHRA), Cécile Ottogalli (Université Lyon 1, CRIS), Vincent Porhel (Université Lyon 1, LARHRA) et Marianne Thivend (Université Lyon 2, LARHRA)

Echanges avec la salle : « Déposer ses archives. Pourquoi ? Comment ? »

Karine Bastide et Sophie Malavieille (Archives départementales et métropolitaines)

Table ronde : « Les études de genre en Rhône-Alpes » 

Christine Boyer (Bibliothèque Diderot), Cécile Favre (Université Lyon 2, ERIC), Elodie Hoppe (Université Lyon 2), Muriel Salle (Université Lyon 1, LARHRA), Marianne Thivend (Université Lyon 2, LARHRA)

Conférence autour d’une correspondance inédite de Simone de Beauvoir

Karine Bastide, Marine Rouch (Université de Toulouse Jean Jaurès, FRAMESPA / Université de Lille Charles de Gaulle, ALITHILA) et Muriel Salle (Université Lyon 1, LARHRA)

Axe et/ou transversalité:

 

]]>
https://archivint.hypotheses.org/66/feed 0
[actualités de la recherche] Séminaire “aux sources de l’intime” de Clyde Plumauzille et Régis Schlagdenhauffen à l’EHESS https://archivint.hypotheses.org/46 https://archivint.hypotheses.org/46#respond Mon, 06 Mar 2017 13:32:50 +0000 http://archivint.hypotheses.org/?p=46 Continuer la lecture →]]> A l’EHESS se tient le séminaire “Aux sources de l’intime” organisé par Clyde Plumauzille et Régis Schlagdenhauffen. Les jeudi de 14 h à 17 h (salle 3, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 23 février 2017 au 20 avril 2017, puis dernière séance le 18 mai 2017.

Présentation du séminaire : ” Journaux intimes, documents personnels et archives du for privé constituent une source de choix pour les historien-ne-s et chercheur-e-s en SHS en ce qu’ils offrent un accès privilégié à la parole et à la subjectivité des acteurs et actrices. Pour autant, bien qu’ils permettent une histoire à « hauteur d’homme», ces documents ne sauraient constituer un accès immédiat et transparent à une quelconque vérité personnelle. Ils sont porteurs d’enjeux de recherche et de problématiques méthodologiques spécifiques à l’écriture de soi que ce séminaire se propose d’explorer. Espace interactif et de participation, ce dernier alternera séances de contenus, présentations par des chercheurs ayant travaillé sur des journaux intimes, visite de fonds d’archives (séance au MNHN), initiation aux techniques de codage et de transcription ainsi que la réalisation d’enquêtes collectives.

Programme :

Pgm Aux sources de l’intime

23 février _ Introduction: sciences sociales et sources de l’intime

2 mars _ Les journaux de l’intime

Lecture: Luc Boltanski, “Pouvoir et impuissance [projet intellectuel et sexualité dans le Journal d’Amiel]”, Actes de la recherche en sciences sociales. Vol. 1, n°5-6, novembre 1975, p. 80-108

7 mars _ Retour aux sources: Visite des entrailles scripturaires du Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN)

9 mars _ Initiation aux méthodes de saisie et codage des données textuelles

Lecture: Elisa Grandi e Émilien Ruiz, « Entretien avec Claire Lemercier: Ce que le numérique fait à l’historien.ne », Diacronie [Online], N° 10, 2 | 2012, URL : http://diacronie.revues.org/2780

16 mars _ Des chercheurs à l’épreuve des sources de l’intime: intervention de Clive Thompson (Université de Guelph, à confirmer)

23 mars_ Des chercheurs à l’épreuve des sources de l’intime: intervention de Clémentine Vidal-Naquet (Université Picardie Jules Verne)

20 avril _ Travaux collectifs sur les journaux intimes

18 mai _ Séance conclusive: restitution des enquêtes collectives

]]>
https://archivint.hypotheses.org/46/feed 0