Les études d’architecture sont parfois pavées de doutes car, et ce fut mon cas, elles peuvent se révéler être bien loin de l’idée qu’on s’en faisait et/ou de ce qu’on voulait y trouver. Il m’a fallu tout un doctorat (près de quatre ans) pour me réconcilier avec ce monde des architectes dont je n’avais qu’une envie en sortant du master : le fuir ! Grand merci alors à ces figures qui ont su me convaincre que, oui, l’architecture peut être un métier noble et passionnant. Et si vous êtes en crise archi-existentielle, n’hésitez pas à les lire ou relire, vous y trouverez peut-être quelques raisons d’espérer !
Avant d’aborder des auteurs plus « anciens », je veux commencer par un contemporain, encore bien vivant et dont le tout dernier livre vient de paraître. Alberto Magnaghi est un architecte-urbaniste italien, qui dans son ouvrage phare, Le projet local, datant de 2000, complété en 2010, présente une nouvelle vision du développement et de l’aménagement des territoires, autour de l’objectif central d’une reterritorialisation des activités humaines, quelles qu’elles soient – c’est-à-dire retrouver le lien au territoire qu’entretenaient les générations précédentes et que nous avons perdu, dans l’effervescence du progrès et des nouvelles technologies.
« Le territoire [est] un organisme vivant à haute complexité, un néo-écosystème en transformation continue, produit par la rencontre entre des événements naturels et culturels. » A. Magnaghi, 2010, p. 25.
Lire Alberto Magnaghi alors que je terminais mes études d’architecture, avec mille interrogations sur ma place dans cette profession et un profond sentiment d’incompréhension avec mes enseignants, a été une révélation. J’étais depuis plusieurs années intéressée par l’architecture en milieu rural et convaincue qu’il était pleinement de notre devoir d’architecte de s’intéresser aux dynamiques territoriales, aux habitants qui peuplent nos villes et villages, à un meilleur dialogue entre paysages agricoles et paysages urbains ; or, j’avais trouvé jusque là peu d’interlocuteurs m’encourageant dans cette voie, peu d’auteurs pour alimenter mes réflexions. Un monde s’est alors ouvert à moi ! Lire un architecte-urbaniste qui parle de territorialisation, de communautés locales, de patrimoines territoriaux, de participation active, m’a redonné espoir : non, je ne suis pas hors sujet quand j’aborde ces questions et oui, l’architecte a un rôle dans les transformations du territoire et dans la recherche d’une plus grande soutenabilité des établissements humains. Ce fut le point de départ de ma thèse.
Oui, je vais vous parler là de l’une des pierres angulaires de la discipline. Le traité De Re Aedificatoria de Leon Battista Alberti, écrit au XVe siècle, que Françoise Choay et Pierre Caye nous ont dépoussiéré en 2004, en le traduisant et rééditant sous le titre L’Art d’Édifier. Je n’ai ouvert ce bouquin qu’au ¾ de ma thèse, et là encore, bam ! Nouvelle révélation ! Il serait bien présomptueux de dire que j’ai lu en entier ce lourd pavé, mais des chapitres que j’ai sélectionnés et approfondis, j’ai compris cette chose essentielle (et en fait, tout était dit dans le titre !) : l’architecture est d’abord un acte d’édification, c’est-à-dire un moyen par lequel, aux origines, l’Homme a identifié puis transformé certaines portions de la planète afin d’en faire des lieux propices à son installation, des lieux dans lesquels s’établir et prospérer. Une très grande partie du traité est d’ailleurs consacrée au choix des lieux adéquats pour les établissements humains ou aux techniques pour s’adapter aux difficultés induites par la géographie. Leon Battista Alberti nous apprend par exemple comment planter des vignes en milieu humide (p.478) ou encore comment déceler la présence d’eau dans le sol (p.499) !
« Quant à moi, j’accorderai le statut d’architecte à celui qui saura, par une méthode précise et des voies admirables, aussi bien concevoir mentalement que réaliser tout ce qui, par le déplacement des masses, par la liaison et par l’assemblage des corps, se prêtera le mieux aux plus nombres usages des hommes. » L. B. Alberti, 1485 (2004), p.48.
Pour cet humaniste de la Renaissance aux multiples casquettes, l’architecte est celui qui parvient à concevoir puis construire, par assemblage d’éléments, le cadre de vie propice aux activités humaines. Cette définition permet de changer de regard sur la profession : mon rôle en tant qu’architecte ce n’est pas répondre à la commande d’un client, ou en tout cas pas seulement, c’est construire le « décor » (ça, c’est la philosophe Hannah Arendt qui le dit) dans lequel la vie de nos contemporains et celle des générations suivantes, vont se dérouler. Oui, rien que ça ! Ça donne tout de suite plus de sens à notre travail, non ?
Une nouvelle fois, merci à Françoise Choay de nous donner des clés de compréhension de ce curieux personnage, qui s’est rappelé à notre bon souvenir au moment de l’incendie de Notre-Dame. Si Viollet-le-Duc apparaît comme l’archétype de l’architecte à l’égo surdimensionné, qui complète les cathédrales et les châteaux comme bon lui semble, sa posture est en réalité un peu plus complexe que ça. Il est avant tout un architecte qui cherche à comprendre comment produire une architecture du XIXe siècle qui soit de qualité, et qui soit à la hauteur de ce que les constructeurs du passé ont édifié.
« Je ne suis pas de ceux qui désespèrent du présent et jettent un regard de regret vers le passé. Le passé est passé, mais il faut le fouiller avec soin, avec sincérité, s’attacher non pas à le faire revivre, mais à le connaître, pour s’en servir. Je ne puis admettre que l’on impose la reproduction des formes de l’art des anciens, des peuples du Moyen-Âge ou des académies de Louis XIV, précisément parce que ces formes étaient l’expression des mœurs de ces temps, et que nos mœurs du XIXe siècle ne ressemblent ni à celles des Grecs ou des Romains, ni à celles des époques de la féodalité ou du XVIIe siècle, mais les principes qui ont dirigé les artistes passés sont toujours vrais, toujours les mêmes et ne changeront jamais tant que les hommes seront pétris du même limon. Essayons donc de nous soumettre de nouveau à ces principes invariables ; voyons comment nos devanciers les ont traduits par des formes qui étaient l’expression des mœurs de leur temps, et marchons alors librement dans ce qu’on appelle la voie du progrès. » E.-E. Viollet-le-Duc, 1863 (2010), p. 162.
Il apporte un regard critique sur le rapport qu’entretiennent les architectes de son temps vis-à-vis des monuments historiques; il propose de sortir de la vision nostalgique du patrimoine pour lui reconnaître plutôt une valeur didactique. Selon lui, les monuments ne doivent pas être admirés pour leur forme mais bien pour les enseignements qu’ils contiennent. Imiter les formes du passé n’a alors aucun sens, car cette architecture du passé est l’expression des mœurs et des besoins des gens de cette époque, ainsi que des matériaux et des techniques disponibles à ce moment de l’histoire et en ces lieux. Lorsqu’il faut restaurer du patrimoine, Viollet-le-Duc invite alors à se mettre dans les « bottes » de l’architecte originel et se demander ce que celui-ci ferait à notre place, avec les progrès qui ont été réalisés depuis la construction, et dans le contexte socio-économique actuel. Reproduire une attitude, une méthode, plutôt qu’une forme, pour construire une architecture résolument nouvelle mais qui perpétue des principes millénaires.
Cette vision du patrimoine, et les questions que Viollet-le-Duc se pose, sont toujours d’actualité. Prenons le temps de comprendre les bâtiments anciens, leur comment et leur pourquoi, et alors nous trouverons peut-être les clés pour être d’aussi bons architectes que nos prédécesseurs ! (Du coup, à votre avis, il ferait quoi Eugène-Emmanuel s’il devait construire la nouvelle flèche de Notre-Dame ?)
C’est assez drôle de lire Conserver ou Restaurer ? que l’auteur a rédigé sous forme de dialogues entre deux protagonistes dont on comprend – grâce notamment à la préface rédigée par Françoise Choay, encore elle ! – qu’ils représentent deux postures antagonistes vis-à-vis de la restauration, celle plutôt incarnée par Ruskin et celle de Viollet-le-Duc. Pour rappel, Ruskin est absolument contre la restauration, il faut consolider discrètement les édifices qui se dégradent, mais pas question de les retravailler : il faut à tout prix conserver les traces de la ruine, témoins du temps qui passe. Viollet-le-Duc quant à lui, comme je l’ai évoqué, est plutôt partisan de la restauration, pour permettre aux monuments de traverser le temps, et ainsi conserver leur valeur historique et didactique.
D’abord plutôt partisan de la vision ruskinienne, Camillo Boito est ensuite confronté à la réalité de l’intervention sur l’existant et comprend alors les limites de cette approche : on ne peut pas toujours se contenter de consolider discrètement, certains édifices sont trop endommagés. En même temps, il saisit les raisons qui poussent Viollet-le-Duc à tenir un tout autre discours.
« Examinons les édifices anciens. En connaissez-vous un seul, parmi tous ceux que nous avons mentionnés aujourd’hui, qui ne soit composé de parties hétérogènes par le style ou l’exécution ? Et pourtant, personne ne déplore leur manque d’unité ou d’harmonie. Voudriez-vous voir Santa Maria del Fiore privée de la juxtaposition de l’arc gothique et de l’arc plein cintre ? Voudriez-vous que les corniches de Brunelleschi fussent semblables à celles de la corporation des maîtres charpentiers ? Auriez-vous souhaité qu’Andrea Palladio achevât dans le style du Moyen-Age le palais de justice de Vicence, renonçant ainsi à son invention la plus belle ? Où seraient la plupart des chefs-d’œuvre du passé, si l’âme de l’artiste n’avait pu s’épanouir conformément à son propre génie, en toute liberté ? Entendons-nous bien : les adjonctions ne sauraient être considérées comme de véritables restaurations, mais comme de nouvelles parties de l’édifice, dans lesquelles l’expression véritable de l’art d’aujourd’hui, non seulement ne nuit pas – comme nous l’avons déjà dit maintes fois – à l’authenticité archéologique du moment, mais sert à illustrer l’art de notre époque. » C. Boito, 1893 (2013), p.48.
On lit surtout, à travers ses dialogues, le combat intérieur qui anime Camillo Boito, plein de bonne volonté, qui aimerait s’assurer d’intervenir sur l’existant de la meilleure façon qui soit. Qui ne s’est jamais trouvé dans cette situation de vouloir bien faire sans trouver la juste solution ? J’ai aimé lire cette sincérité de l’architecte, même deux siècles après, qui nous livre ses doutes et propose discrètement, entre les lignes, sa vision des choses.
Quelqu’un qui a écrit que les paysans construisent mieux que les architectes, ne pouvait que me plaire. Son texte « Architecture » s’ouvre sur la description d’un très beau paysage, dans lequel règne une harmonie parfaite entre les villages, les montagnes, la végétation, le lac… jusqu’à ce que les yeux du narrateur se pose sur une villa d’architecte, plantée là au milieu, « discordante dans cette paix » (p. 77). Pour Adolf Loos, l’architecture n’est pas un art, car elle a bien une fin, une utilité : elle doit répondre aux besoins des individus, elle doit « servir la communauté » – et elle est belle lorsqu’elle atteint ces objectifs. Car, en répondant strictement aux besoins de celui qui l’utilise, et en procédant avec ce qu’il a sous la main, elle devient partie intégrante d’un écosystème, naturel et culturel ; et ne tranche pas avec le paysage.
« Comment se fait-il que tout architecte, bon ou mauvais, profane le lac ? Le paysan ne le profane pas. Ni l’ingénieur qui construit un chemin de fer conduisant à la rive ou qui trace avec son bateau de profonds sillons dans le miroir limpide du lac. Ils s’y prennent autrement. Le paysan a délimité sur l’herbe verte l’emplacement où doit s’élever la nouvelle maison, et il a creusé la terre pour les fondations. Puis vient le maçon. S’il existe de la terre argileuse dans les parages, il y aura une briqueterie qui fournira des briques. Sinon, la pierre dont sont formées les rives fera aussi bien l’affaire. Et tandis que le maçon pose brique sur brique, pierre sur pierre, le charpentier s’est installé à côté. Ses coups de hache retentissent joyeusement. Il fait le toit. Quelle sorte de toit ? Un beau ou un laid ? Il ne sait pas. Le toit. […] Il voulait bâtir une maison pour lui et les siens ainsi que pour ses bêtes et il a réussi. De même que son voisin ou son aïeul avaient réussi. Comme réussit tout animal qui se laisse guider par son instinct. La maison est-elle belle ? Oui, elle est belle, exactement comme sont beaux la rose ou le chardon, le cheval ou la vache. » A. Loos, 1910 (2007), p.78.
Adolf Loos reproche aux architectes de chercher à faire de belles architectures, alors que les architectures qui nous émeuvent, qui nous plaisent, sont souvent celles qui ont été pensées strictement pour la nécessité et avec beaucoup de simplicité, à l’image des villages de montagne. C’est donc un appel à revenir aux principes élémentaires de l’architecture, au bon sens du paysan-constructeur qui connaît parfaitement son environnement, le climat, les ressources à disposition, et qui sait comment agencer les choses, comment « assembler des corps » (coucou Alberti !) pour produire des bâtiments utiles et intégrés dans leur territoire (coucou Alberto !).
Ce cheminement, le choix de ces auteurs, c’est évidemment très personnel. Je suis sûre que les poils de certains se sont dressés à la lecture du « l’architecture n’est pas un art », mais pour me réconcilier avec l’architecture, j’avais besoin de voir qu’elle ne se limitait pas à la construction des édifices tous plus bizarroïdes et incompréhensibles qui poussent comme des champignons dans nos villes. J’avais besoin qu’on me dise que j’avais raison de croire que ce métier pouvait être beaucoup plus que cela. Ces architectes-là nous encouragent à revenir à l’essence même de l’architecture. Acte d’édification, elle est avant tout un moyen par lequel l’Homme interagit avec son environnement, naturel et culturel. Ils nous disent aussi que les héritages du passé sont autant d’éléments avec lesquels composer notre cadre de vie, et qu’ils sont d’une formidable actualité. Merci à Alberto, Leon Battista, Camillo, Eugène-Emmanuel et Adolf (Loos bien sûr, n’allez pas vous imaginer autre chose…) de m’avoir montré le chemin, merci à Françoise (Choay) de m’avoir aidé à les comprendre (je crois d’ailleurs qu’elle les adore au moins autant que moi… j’ai juste un doute pour Adolf Loos).
Et bien sûr, il y a pleins d’autres auteurs inspirants qui m’ont aidé dans ce cheminement : Hannah Arendt, Yona Friedman, André Chastel, Lucien Kroll… je vous en parlerai peut-être un jour !
ALBERTI, Leon Battista, 2004. L’art d’édifier. Ed. originale 1485. Paris : Seuil. ISBN 978-2-02-012164-4.
ARENDT, Hannah, 2007. Condition de l’homme moderne. Ed. originale 1958. Paris : Pocket/Calmann-Lévy. 404 p. ISBN 978-2-266-12649-6.
BOITO, Camillo, 2013. Conserver ou restaurer ? Ed. originale 1893. Saint-Front-sur-Nizonne : Éd. de l’Encyclopédie des nuisances. ISBN 978-2-910386-42-9.
CHOAY, Françoise, 2012. L’allégorie du patrimoine. ed. originale 1992. Paris : Le Seuil. 270 p. ISBN 978-2-02-030023-0.
LOOS, Adolf, 1910. « Architecture ». In : Ornement et crime (et autres textes), 2007. Paris : Payot & Rivages. p. 77‑94. ISBN 978-2-7436-2982-3.
MAGNAGHI, Alberto, 2010. Il progetto locale. Verso la coscienza di luogo. 2ème édition. Torino : Bollati Boringhieri. 344 p. ISBN 978-88-339-2150-1.
VIOLLET-LE-DUC, Eugène Emmanuel, 2010. Entretiens sur l’architecture. Vol. 1. Ed. originale 1872. Gollion : Infolio. ISBN 978-2-88474-152-1.
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C’est avec grande joie que je vous annonce ma soutenance de thèse, qui aura lieu le lundi 19 octobre prochain à 14h, dans l’amphi Simounet de l’école d’architecture de Grenoble. Ci-dessous le résumé de mon travail et la liste des membres du jury ! Pour l’instant, aucune contre-indication par rapport au Covid-19, vous êtes donc les bienvenu.e.s si vous le souhaitez
La thèse interroge le rôle du projet d’architecture, relatif au patrimoine bâti, dans la construction de processus de développement territorial. Le développement territorial induit des améliorations d’ordre économique, social, environnemental et politique dans un territoire, et notamment une « augmentation de la capacité des acteurs à maîtriser les dynamiques d’évolution qui les concernent » (Deffontaines, Marcelpoil, Moquay, 2001). Ce dernier point est primordial : l’un des enjeux majeurs du développement territorial est la construction d’un collectif d’acteurs territorialisés, qui par leurs actions conjointes et quotidiennes, apporteront ces améliorations à leur cadre de vie. Le patrimoine bâti est vecteur de mobilisation collective. Si un objet est menacé, un groupe social tend à lui reconnaître une valeur et à agir pour sa sauvegarde ; il s’agit du principe de la patrimonialisation. L’un des moyens pour sauver le patrimoine bâti est de lui trouver une nouvelle destination d’usage, une utilité dans le présent. Cela passe par une transformation de ce bâti et donc par un projet d’architecture. Ce dernier est déjà un temps d’action collective, où se rencontrent et échangent des personnalités multiples ainsi que leurs compétences et points de vue respectifs. La thèse propose alors de vérifier l’hypothèse selon laquelle, lorsqu’il concerne un bâti patrimonialisé par des acteurs locaux, le projet d’architecture peut être un outil pertinent pour la construction d’un collectif d’acteurs territorialisés. En d’autres termes, il susciterait l’auto-organisation et l’union des forces des acteurs, motivées par la réalisation d’objectifs partagés quant à la transformation de leur cadre de vie.
Pour aborder cette question, la thèse prend appui sur un socle théorique composé d’une part des écrits de l’École Territorialiste italienne, et en particulier des ouvrages-clés d’Alberto Magnaghi tels que Le Projet Local (Magnaghi, 2010 ; 2000) et La conscience du lieu (Magnaghi, 2017). D’autre part sont convoquées les recherches françaises en sciences territoriales, autour des termes de développement territorial et de ressource territoriale (Lajarge, 2012 ; Gumuchian, Pecqueur, 2007 ; Raffestin, 2019, 1980). Outre les apports théoriques, la thèse se nourrit d’une enquête de terrain menée principalement en Irpinia, dans le sud de l’Italie, et d’une analyse plus ponctuelle de projets d’architecture en France.
Mme Anne COSTE, professeure en histoire, Architecte, HDR, École Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble / Université Grenoble Alpes, co-directrice de thèse.
Mme Alessia DE BIASE, professeure en anthropologie urbaine, HDR, École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris La Villette, rapportrice.
M. David FANFANI, professeur en planification urbaine et territoriale, Université de Florence, rapporteur.
M. Romain LAJARGE, professeur en aménagement et sciences territoriales, HDR, École Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble / Université Grenoble Alpes, directeur de thèse.
M. Andrea PANE, professeur en architecture, Université de Naples Federico II, examinateur.
M. Vincent VESCHAMBRE, professeur en géographie, HDR, École Nationale Supérieure d’Architecture de Lyon, examinateur.
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Si l’Ardèche vous évoque une destination touristique prisée des amateurs de nature, ou encore un territoire peuplés de babacools depuis les années 1970, savez-vous que ce département a aussi une grande histoire industrielle, liée à la fabrication textile, à la soie en particulier ? Le Moulinage de Chirols en est un témoin emblématique ! Endormi depuis plusieurs décennies, il se réveille progressivement grâce à un projet collectif d’habitat et d’activités !
Le moulinage abritait, à partir du milieu du XIXe siècle, des équipements permettant de réaliser la torsion des fils, à l’aide de l’énergie hydraulique – une étape intermédiaire de la production textile qui se situe entre la filature et le tissage. Il emploie à l’époque et tout au long du XXe siècle beaucoup d’hommes mais surtout de femmes, parfois encore adolescentes, qui vivent et travaillent sur place. Avec l’arrivée de la mécanisation, l’ensemble des locaux est progressivement dédié à la production. La concurrence étrangère conduit l’activité à décliner et le moulinage ferme ses portes en 2006. Dès les années 1980, un écomusée est créé dans le bâtiment à l’entrée du site, dont la commune est propriétaire et qui abritait auparavant les appartements de la famille du directeur. Il existe encore aujourd’hui et expose l’histoire des lieux et les mémoires d’ouvrières.

Au début des années 2010, plusieurs artistes et architectes, attirés par ce vaste bâtiment à l’abandon, s’associent pour imaginer un projet de reconversion du bâtiment. Les premiers souhaitent y dédier des espaces pour les représentations de cirque et de théâtre, les seconds envisagent un pôle de formation à la construction écologique. Le bâtiment est si grand (plus de 4000m2) qu’il peut accueillir les deux programmes, et même plus ! Le groupe s’élargit petit à petit, des personnes aux profils variés rejoignent le projet : des familles souhaitant résider au moulinage, d’autres artistes et architectes, des artisans en quête de nouveaux locaux. Une association loi 1901 est créée en 2015 et naît alors officiellement le collectif pour le moulinage de Chirols, qui deviendra coopérative en 2018. Tous partagent l’envie d’habiter autrement : en limitant son impact sur l’environnement, en mutualisant certains espaces et services, en partageant des moments de convivialité et de solidarité au quotidien.

Le programme envisagé mêle activités économiques et habitat. Conformément au projet initial, il s’agit de profiter des volumes généreux de certains ateliers afin de créer une salle de spectacle de 200 places ainsi que des espaces de formation dédiées aux activités artistiques (musique, théâtre, etc.), ainsi qu’à la construction écologique. De plus, le site accueillera des ateliers pour des artisans et des espaces de coworking. 19 logements seront aménagés pour les différentes familles composant le collectif, avec certains services mutualisés (buanderie, épicerie etc.) ; il y aura aussi une trentaine de lits pour des résidents temporaires, invités ou participants aux sessions de formation et résidences artistiques.
Ce projet pourrait paraître une belle utopie… pourtant c’est bien vrai, il va se réaliser ! Depuis 2015, le collectif se réunit un weekend par mois pour travailler au montage du projet sur ses aspects juridiques, financiers, architecturaux, administratifs. Après bien des péripéties pour obtenir les clés du bâtiment, en 2019, ils deviennent propriétaires du moulinage. Ils se supportent tous encore, la motivation est toujours là. Après avoir fait chauffer les cerveaux pendant plusieurs longues années, il est temps de mettre, enfin, la main à la pâte !

Au cours de l’année 2019, les travaux avancent rapidement. Pose de fenêtres neuves, mise en place de l’eau chaude, et aménagement de premiers espaces de vie collective : un foyer, une cuisine, un dortoir pour les membres du collectif et les bénévoles venant travailler au chantier – oui car les travaux sont faits en auto-construction et toutes les personnes intéressées pour donner un coup de main sont les bienvenues ! Certains membres du collectif se sont même installés dans des caravanes dans la cour du moulinage pour être au plus près du chantier. Plusieurs événements culturels (concerts, projections de films) ont également eu lieu, amorçant déjà l’ouverture de ce lieu de vie vers son territoire !
Vous pouvez suivre la suite de l’aventure grâce à leur page facebook, ou encore sur le site internet du collectif.
Cette chouette vidéo raconte bien mieux que moi l’aventure, en laissant parler les principaux acteurs. Celle-ci n’est pas mal non plus.
Le projet a même été illustré par une illustratrice ici.


Alors que je débarquais en octobre 2017 (déjà deux ans !) en Irpinia pour y passer l’automne et l’hiver, je me suis demandée comment je pourrais contribuer aux nombreuses initiatives culturelles déjà existantes dans ce territoire sud-italien en faveur de la promotion et du développement du territoire.J’avais des grandes idées, je voulais imaginer des scénarios du futur du territoire avec les habitants, imaginer le futur de certains bâtiments avec eux. Mais j’étais une personne extérieure : d’une part, je ne savais pas par où commencer et d’autre part, j’avais peur de mettre beaucoup d’énergies dans quelque chose qui n’aurait pas de suite après mon départ, et qui susciterait peut-être l’espoir des participants puis la désillusion si cela n’aboutissait pas à quelque chose de concret.
J’ai découvert parmi les photos Facebook d’un architecte une série de fermes à l’abandon, qu’on appelle masserie, que j’observais moi aussi au bord des routes lors de mes déplacements. On a discuté et décidé de lancer une opération d’inventaire, histoire de mettre en ordre les photos accumulées et produire une connaissance un peu plus structurée. On a décidé de demander aussi l’aide des habitants de l’Irpinia, car on ne pouvait pas avoir une vue d’ensemble sur tout un département (la province d’Avellino est équivalente au département du Rhône en superficie) via les réseaux sociaux. J’étais contente, j’avais mon projet « collaboratif » et l’impression de faire quelque chose pour le territoire pendant mon séjour là-bas.
La page Facebook Masserie e Paesaggi d’Irpinia est née en novembre 2017 ; de cette manière, il était possible d’atteindre de nombreux habitants, de toutes parts du territoire, et leur demander de participer à notre projet. On a commencé à publier les photos dont on disposait, une à deux fois par semaine, en essayant si possible d’indiquer les coordonnées GPS. Au fur et à mesure, j’ai créé une carte via Google Maps. Pour les photos qu’on avait prises nous-mêmes, il était assez simple de retrouver, en quelques minutes, les coordonnées ; pour les photos nous étant envoyées par d’autres personnes, ou que l’on découvre sur le web, le nom vague d’un lieu-dit et l’observation du paysage derrière le bâtiment photographié sont parfois les seuls éléments dont on dispose pour essayer de comprendre où il se situe. Notre stock d’images s’épuisant, et n’ayant pas toujours le temps de partir explorer, nous relayons aussi les images de masserie que nous trouvons sur certaines pages ou comptes instagram comme Paesaggi Irpini ou Info Irpinia. Il faut dire que rares sont les personnes qui nous envoient des images spontanément, cela arrive une fois tous les deux ou trois mois en moyenne et nous avons nos fidèles partenaires !

Juste après le lancement de la page Masserie e Paesaggi d’Irpinia, j’ai eu la chance de présenter le concept du projet à l’événement Arkeda à Naples, un salon du design et de l’architecture, qui a permis de faire connaître l’initiative certains professionnels présents. Cela m’a permis notamment de rencontrer un architecte d’Irpinia dont la famille possédait une masseria, et donc j’ai pu prendre rendez-vous avec lui, pour interroger ultérieurement sa famille sur l’histoire de la bâtisse (autour d’un bon repas !) et visiter les lieux.
En mars 2018, finalement déplacé à début avril pour cause de chutes de neige abondantes et imprévues, nous avons organisé une journée d’études sur le thème des masserie ! L’objectif : permettre la rencontre entre les acteurs intéressés par ce sujet et par leur réhabilitation possible, mettre en évidence les freins à la sauvegarde de ces édifices, et surtout, sortir voir de plus près quelques-uns des beaux spécimens en question. Une belle journée, pleine de belles énergies positives, avec la présence de quelques représentants de la Région Campanie, des membres de l’Ordre des Architectes et de la Surintendance aux Biens Architecturaux et Paysagers (qui sponsorisaient notre événement), et de nombreux acteurs locaux impliqués dans des projets de valorisation touristique et promotion du territoire. Des professeurs d’université et des étudiants ayant choisi l’Irpinia comme thèmes de leurs mémoires ou projets de fin d’études étaient aussi présents.

Je suis repartie dès le lendemain en France, en attendant de voir ce qui allait se passer ensuite.
En juin 2018, une des soirées festives de l’événement Cairano 7x est organisé dans l’une des masserie dont l’histoire avait été contée lors de la journée d’étude de mars 2018, et qui est depuis quelques années un agrotourisme. On peut considérer que la rencontre entre le propriétaire et des membres de l’association lors de la journée d’études est à l’origine de cet événement.
En août 2018, lors du festival Sponz Fest de Calitri, deux des concerts/performances artistiques proposés devaient se déroulés au Casone de Montevaccaro, une des masserie phares du territoire … mais le mauvais temps a conduit a déplacé l’événement en un autre lieu, quelques jours auparavant.
En mars 2019, l’Ordre des Architectes de la Province d’Avellino lance un projet de formation continue pour les architectes, formation aux nouveaux outils de relevés digitaux qui prévoit une application pratique de relevés des masserie du territoire. Au moment où je vous écris (octobre 2019), toutefois, les cours ne se sont pas encore tenus.
En mai 2019, le Touring Club (association dont fait partie l’architecte ayant mené l’initiative avec moi), a organisé une seconde journée de visites et séminaire, avec une plus large partie dédiée aux temps en extérieur.

Bilan ? Un projet qui n’a pas changé la face du monde, si l’on peut dire, mais qui a permis de faire connaître et apprécier cet héritage culturel aux habitants du territoire, et donc contribuer à la redécouverte des ressources que possède l’Irpinia ! Reste à savoir comment les valoriser …
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Articles de journaux
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LIEU : Saint-Jean-de-Couz, Savoie, France.
DATE : 2010-2014
ARCHITECTE : Dar Jhil (APS seulement)
USAGE : restaurant
L’Auberge Denat est le dernier commerce du village de Saint-Jean, situé dans le Parc Naturel Régional de la Chartreuse le long de l’axe Chambéry-Voiron. Lorsque sa patronne – définie par les interviewés comme “un patrimoine à elle seule”, décède il y a plusieurs années, le maire et son équipe municipale décident de tout mettre en oeuvre pour que l’activité continue. Dans un premier temps, cela consiste à racheter le bâtiment et à ouvrir le bar, à tour de rôle, le week-end, afin de ne pas perdre la licence IV (licence d’exploitation autorisant la vente d’alcool expirant après 3 ans d’inactivité).
Pour compléter les moments d’ouverture du bar de l’Auberge par l’équipe municipale, une association culturelle locale “Instinct’Taf” est invitée à venir organiser dans les lieux une soirée-spectacle par mois. Naissent alors les Jeudis de Saint-Jean. Ils rencontrent un franc succès, si bien que la petite salle du bar devient étroite. La commune décide d’abattre un mur, puis un second, afin de permettre aux soirées de se dérouler de façon plus confortable.
En parallèle, l’architecte Gennaro D’Ambrosio, de l’agence Dar Jhil située à Pont-de-Beauvoisin, travaille alors pour la commune pour des travaux sur l’école et la mairie ; le maire de l’époque lui demande conseil pour l’Auberge Denat et l’architecte émet une proposition, une sorte d’avant-projet. L’équipe municipale réalise ensuite les travaux en auto-construction, au fil de leur disponibilité et de la disponibilité financière. Ils ne suivront pas, au final, la proposition dessinée par Dar Jhil.
En 2014, un couple devient locataire du tout nouveau Café Denat et l’activité de restauration peut reprendre. Elle accueille dès lors tous les midis une clientèle de travailleurs provenant d’un rayon d’une trentaine de kilomètres. Pari réussi pour la commune qui a réussi à sauver son dernier commerce !
Depuis la réouverture du Café, l’association a du cesser les Jeudis de Saint-Jean, ou du moins a perdu le lieu d’accueil. La manifestation a été reconduite mais dans un village voisin. On aurait pu penser qu’après avoir eu un rôle important dans la “survie” de l’auberge, l’association puisse trouver une place dans le nouveau projet.
De plus, parmi la clientèle, pas ou très peu d’habitants du village. Ceux-ci, pendulaires, ne fréquentent pas le Café et sortent plutôt à Chambéry, comme me l’a expliqué le gérant des lieux. Un dernier petit commerce sauvé, mais dont l’activité semble totalement déconnectée de la vie du village… Ici, on est très loin du cas de figures présentant le dernier petit commerce comme un lieu de rencontres, de sociabilité au sein du village, un point-relais pour les personnes âgées isolées, etc.
PS : On y mange très bien, une cuisine familiale, vous pouvez vous y arrêter sereinement si vous êtes dans le coin !
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Aquilonia est un cas particulier de la reconstruction post-séisme en Irpinia, détruit principalement par le séisme de 1930. Les politiques du moment décident de délocaliser le village et le reconstruire sur une colline à trois kilomètres du village original. Mussolini lui-même se rend sur place et exige une construction exemplaire en 3 mois, délais effectivement tenus. Les ruines du vieux village – reprenant le nom de Carbonara – deviennent alors petit à petit une décharge communale et en même temps un réservoir de matériaux de construction.
Une partie du site devient en 2003 “Parc Archéologique” et il est possible de se promener le long de la rue principale du village, avec des ruines consolidées de part et d’autres. Mais la partie la mieux conservée, car de plus récente construction notamment, reste inutilisée. En 2006, le jeune architecte Vincenzo Tenore, originaire d’Aquilonia, choisit pour site de son PFE Carbonara et imagine un projet de facture contemporaine, où des boîtes autonomes viendraient s’insérer dans les ruines. Une intervention totalement réversible, et adaptée à des besoins contemporains, notamment sur le plan du confort et de l’énergie. L’architecte imagine donc transformer le village fantôme en un nouveau quartier où se mêleraient des fonctions à la fois productives (tournées vers l’artisanat), du logement et des lieux de formation. Le projet malheureusement n’obtiendra jamais l’approbation de l’équipe municipale et donc la possibilité administrative et financière de se réaliser.
L’architecte, qui entre temps fonda avec son frère ingénieur et d’autres amis l’agence +t studio, n’abandonne pas le projet. Ils font mûrir le projet, l’eco borgo devient une académie de design rural: E.Colonia. L’idée est de faire se rencontrer, au cœur d’un lieu de formation, traditions artisanales locales et monde de la création afin d’imaginer une redécouverte et un perfectionnement/renouvellement des techniques artisanales locales, et donc expérimenter leur possible résilience. Ils proposent l’idée au Groupe d’Action Locale [1] puisque Aquilonia est dans son périmètre. Celui-ci accepte de financer une phase d’expérimentation du « contenu », à défaut de n’avoir les moyens d’en réaliser « le contenant », ce qui conduit les architectes à imaginer le workshop Traductions.
Le nom « Traductions » évoque l’intention de traduire en termes contemporains les pratiques artisanales locales afin de leur donner des clés pour s’ouvrir à d’autres marchés. Deux designers, deux artistes et cinq artisans locaux sont invités, à l’aide d’une quarantaine de participants venant d’horizons divers (photographes, restaurateurs d’art, étudiants en design et architecture, habitants du village, etc.), à créer des objets de “design rural”. Ils peuvent pour cela s’inspirer des objets issus de la vie paysanne, exposés au Musée Ethnographique du village et des savoir-faire des artisans présents. Après quinze jours de workshop, une dizaine d’objets ont été produits et exposés lors d’un événement final. Des liens se sont créés entre les participants et certains ont continué à collaborer sur des projets associatifs ou professionnels. Cette expérience a ainsi révélé la capacité d’adaptation des savoir-faire artisanaux et l’intérêt de les intégrer dans un projet de développement économique du territoire.
[1] Le programme européen LEADER – Liaisons Antre Actions de Développement de l’Economie Rurale – est une démarche de co-financement par l’Union Européenne pour la mise en place de projets de développement territorial. Les Stratégies Locale de Développement (SLD en français, SSL en italien) sont définies par un ensemble de partenaires privés et publics qui se constituent« Groupes d’Action Locale » sur un périmètre dont ils définissent également les limites.
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C’est un Général à la retraite qui en 1994, en se promenant dans le Cirque de Haute-Maraize, trouve enseveli sous la végétation les ruines d’une abbaye. Il fait alors venir quelques militaires du camp de Gap pour lui prêter main forte et c’est ainsi que l’Abbaye de Clausonne est retrouvée. Quelques habitants du village du Saix se constituent alors ” Amis de l’Abbaye de Clausonne” et poursuivent le nettoyage des abords, la recherche documentaire et archéologique, avec l’accord de l’ONF propriétaire du site. En contrebas, dans la montagne et en direction du village, existe la Ferme du Faï, restaurée en auto-construction par des chantiers bénévoles depuis quelques années. L’idée naît alors de poursuivre les travaux de conservation de l’Abbaye à l’aide des jeunes du Faï.
La Ferme du Faï a elle-aussi sa petite histoire. En 1973 est construit en amont du site, à Peyssier, un barrage. Celui-ci est réalisé dans une optique de développer l’arboriculture. Les communes du Saix et de Saint-Auban-d’Oze décident alors de se constituer SIVU (Syndicat Intercommunal à Vocation Unique) et demander la reconnaissance des terres les séparant du barrage comme “Espace Naturel Sensible” (ENS), ceci pour protéger le réseau d’aspersion canalisant l’eau sur tout le parcours. La ferme, seul bâtiment se situant dans l’ENS, est abandonnée à partir de 1985, et le SIVU se positionne pour l’acheter. Pour cela, ils obtiennent une subvention régionale, mais qui comporte une condition : il faut que l’achat soit effectué dans le cadre d’un plan de développement. Un projet de centre équestre est envisagé mais finalement tombe à l’eau, le SIVU est voué à perdre la subvention… or, à ce moment, l’association Solidarité Jeunesse, souhaitant étendre son activité, propose au SIVU de venir s’installer dans la Ferme du Faï. Cela est aussitôt accepté.
Solidarité Jeunesse est une association d’éducation populaire, qui a alors une antenne régionale à Gap (05) et fusionne en 1996 avec le Village des Jeunes, qui a la même visée, centre d’accueil situé à Vaunières, un hameau d’une commune des Hautes-Alpes également appelée Saint-Julien-en-Beauchêne. Ces centres d’accueil sont destinés à accueillir des jeunes qui viennent faire des séjours de chantiers bénévoles et petit à petit, la ferme est rénovée, rendue plus confortable par les groupes se succédant. Puis, comme introduit au début de cet article, les chantiers se déplaceront en partie sur l’Abbaye de Clausonne.
L’Abbaye est inscrite au titre de Monuments Historiques, les interventions sont donc très encadrées et limitées. De ce fait, l’équipe a décidé de focaliser les chantiers sur l’embellissement des abords, afin de faire des vestiges un endroit agréable pour les promeneurs, un site à visiter. Chaque groupe de bénévoles peut apporter ces idées, notamment sur l’aménagement des cheminements menant à l’Abbaye depuis le sentier principal.
Depuis près de trente ans donc, le SIVU, le Village des Jeunes et l’Association des Amis de Clausonne fonctionne comme un système d’acteurs performant, réussissant à attirer des subventions publiques, injectées dans l’amélioration du cadre architectural et paysager, l’emploi de personnel encadrant, le fonctionnement de la réalité économique que représente le centre d’accueil du Faï sur ce territoire des Hautes-Alpes. Longue vie à eux !
Pour approfondir :
Séjourner ou se documenter sur la ferme du Faï, c’est par ici.
Vous pouvez aussi suivre les événements organisés là-bas par ici.
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Au milieu des années 1990, à plus de dix ans du séisme dévastateur du 23 novembre 1980, le bourg médiéval de Castelvetere-sul-Calore n’a pas encore été reconstruit. Les habitants vivent désormais dans des constructions neuves aux abords du village originel, et le centre ancien est donc voué à la démolition et à devenir… un parking ! Heureusement, les élus de la Comunità Montana [1] réalisent à temps qu’il serait dommageable de perdre un tel patrimoine et se mettent en quête de financements pour le mettre en valeur dans un but touristique. Ils imaginent avec l’architecte Pica Ciamarra un projet touristique intégré comportant la restauration du centre de Castelvetere mais également de trois autres bourgs dans des conditions similaires. Ils obtiennent à partir de 1998 plusieurs financements publics (européens, régionaux, nationaux) et le projet voit le jour. L’architecte Pica Ciamarra, vivant et exerçant à Naples, forme alors pour l’approfondissement du projet et le chantier une équipe de jeunes architectes locaux.
L’une des contraintes du chantier – mais qui se transformera en un véritable parti pris – est l’obligation de réutiliser un maximum de matériaux présents sur place. En effet, le budget est serré mais tout autant le sont les ruelles qui ne permettent pas le passage de véhicules de travaux publics pour déblayer ou acheminer des matériaux. Des débris des ruines, les pierres les plus grandes et solides sont réutilisées pour la structure des murs, tandis que les roches et briques plus fines et friables sont broyées pour obtenir les enduits extérieurs.
Depuis 2013, le centre-bourg de Castelvetere-sul-Calore est devenu un albergo diffuso – littéralement hôtel diffus. Il s’agit d’un concept typiquement italien d’hôtel dont les chambres et services (restauration, réception) sont dispersés dans le tissu urbain d’un village, pour garantir immersion totale au voyageur et permettre la sauvegarde de centres anciens autrement voués à l’abandon. Gaetana s’occupe de la partie hébergement et aide les visiteurs à organiser leurs visites des alentours, l’offre touristique étant pour l’heure peu structurée et surtout peu signalée. Le week-end en soirée, la lumière s’allume également à l’Osteria, bar à vin et petite restauration, tenu par la jeune entrepreneure Marsia aidée par son frère au service et sa maman en cuisine.
Pour approfondir :
Vous trouverez sur Facebook les pages de l’Albergo Diffuso et de l’Osteria.
Le projet architectural est décrit sur le site de l’architecte A. Verderosa.
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[1] Une comunità montana est une forme d’intercommunalité regroupant des communes appartenant à un même massif montagneux, ici les Monts Terminio et Cervialto.
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