Les conférences Pierre Abélard 2017 se sont déroulées avec bonheur les 11, 12 et 13 mai 2017, avec pour invité le professeur Stephen Gersh.
Tous les membres du Centre Pierre Abélard remercient vivement S. Gersh, ainsi que le public attentif et ses questions pertinentes.
Pour vous remercier, voici l’enregistrement de la troisième conférence, consacrée au De non aliud de Nicolas de Cues :
Colloque international à l’occasion des 700 ans de sa mort (1516)
Ce colloque est organisé par l’Université de Bari (Dipartimento di Studi Umanistici) et le Centre Pierre Abélard, en collaboration avec le Centre Culturel Augustinien de Rome et l’IPC Paris.

Contacts :
]]>
Dieu peut-il ordonner qu’on le haïsse ? La question n’est pas une provocation athée, nihiliste ou nietzschéenne du XIXe siècle, mais un lieu commun de la tradition scolastique médiévale. Condamnée à plusieurs reprises au XIVe siècle (Avignon, 1323 ; Paris, 1346, 1347), ses défenseurs supposés (Guillaume d’Ockham, Jean de Mirecourt et d’autres) ont acquis la réputation d’être des « relativistes » et des « positivistes » juridiques avant la lettre, en affirmant que la haine de Dieu pourrait être juste et méritoire si ce dernier l’imposait aux hommes, et que l’amour de Dieu n’est donc aucunement un destin naturel pour l’homme. Dans ce séminaire, nous retracerons l’origine et le développement de cette question disputée entre les XIIIe et XVIIe siècles, au croisement d’une multitude de problématiques : l’anthropologie des passions humaines ; les théories du libre-arbitre ; la structure métaphysique de l’agir humain ; les fondements du droit naturel et de l’éthique en général ; la rationalité des normes – sans compter bien entendu certains aspects spécifiquement théologiques, comme la doctrine de l’acceptation ou du mérite.
Sélection de textes d’Augustin, Thomas d’Aquin, Henri de Harclay, Jean Duns Scot, Guillaume d’Alnwick, Jean de Reading, Guillaume d’Ockham, Arnold de Strelley, Pierre d’Ailly. Ces textes seront présentés en traduction française.
Une connaissance du latin est bienvenue, mais non requise pour ce séminaire. Les étudiants doivent avoir une connaissance préalable des grandes traditions théologiques du Moyen Age tardif, à partir de la lecture d’un manuel classique (F. Copleston, Histoire de la philosophie, vol. II : La philosophie médiévale d’Augustin à Duns Scot, trad. fr., Casterman, 1964 ; E. Gilson, La philosophie médiévale, Payot, 1944, nombreuses rééditions ; P. Vignaux, De saint Anselme à Luther, Vrin, 1976).
Des bibliographies spécifiques seront distribuées lors des séances.
]]>Depuis une vingtaine d’années, une curieuse alliance d’ultra-féministes et de néo-conservateurs catholiques s’est formée pour mettre en question l’idée que la science et la métaphysique classique seraient « descriptives » ou « objectives » : bien qu’ils poursuivent des agendas politiques diamétralement opposés, ces deux courants affirment que toute description scientifique du monde est en réalité intrinsèquement normative : soit parce qu’elle obéit à des impératifs subjectifs de domination (par le mâle, la race blanche, etc.), soit au contraire parce qu’aucune norme ne doit pouvoir se concevoir sans un fondement naturel objectif (et ainsi disqualifier des actes « contre-nature », comme l’homosexualité, la bestialité ou l’anthropophagie). Par des stratégies argumentatives opposées, tous deux s’attaquent ainsi à ce que le philosophe américain récemment disparu, H. Putnam (1926-2016), appelait le « dernier dogme de l’empirisme », à savoir la distinction entre « fait » et « valeur », c’est-à-dire la croyance en l’existence d’un monde « objectif », indépendant des jugements moraux de l’observateur. Dans le cadre de ce cours, nous proposerons une relecture historique de ce problème en trois étapes :
(1) Nous partirons de la célèbre distinction entre le is et le ought établie par David Hume (1711-76) : nous ne pouvons dériver nos jugements moraux sur le devoir-être (ought) de la description ontologique de la réalité de l’être (is) – le contraire équivaudrait à une naturalistic fallacy (un « paralogisme naturaliste », G.E. Moore, 1903). Bien que Hume soit souvent présenté comme l’inventeur de cette distinction, essentielle pour la philosophie morale et juridique moderne (toute la tradition « positiviste » en découle), nous rappellerons qu’une telle dissociation entre nature et morale est apparue bien auparavant dans la tradition scolastique médiévale et tardo-médiévale.
(2) Nous analyserons ensuite quelques développements qui ont conduit, au-delà de Hume, à établir à une distinction systématique entre « fait » et « valeur », que ce soit dans l’épistémologie néo-kantienne ou dans la perspective classique des sciences sociales (notamment la question de la « neutralité axiologique » ou Wertfreiheitde la science chez Max Weber).
(3) Nous étudierons enfin différents contextes dans lesquels la distinction entre « fait » et « valeur » a été mise en question au cours des vingt dernières années : (3.1.) dans l’épistémologie contemporaine, en particulier dans le débat initié dans les années 1980 par Hilary Putnam et Amartya Sen en sciences sociales ; (3.2.) dans le néo-aristotélisme contemporain, qui conteste également la distinction au nom de la dimension normative d’une description « correcte » de la nature et de sa téléologie ; (3.3.) dans l’historiographie déconstructionniste et féministe, qui plaide également pour le caractère normatif de tous les catégories ontologiques (dans le but de défendre le caractère culturellement construit de toute notion de «genre»).
]]>Tout le monde connaît la célèbre définition médiévale de la vérité comme ad aequatio rei et intellectus : « adéquation entre la chose et l’intellect », en laquelle tant d’auteurs contemporains (Brentano, Heidegger) ont crû trouver l’essence de la vision du monde médiévale : penser ne serait rien d’autre que se rendre « semblable » ou « en correspondance » avec les choses. Ce cours a pour objectif de montrer que la réflexion médiévale sur la vérité est pourtant loin d’être aussi unitaire, et que cet axiome a non seulement connu une longue période de gestation ainsi que des interprétations très différentes. A travers la présentation des théories de la vérité de plusieurs grands auteurs (Aristote, Augustin, Anselme, Thomas d’Aquin), on abordera une série de problèmes philosophiques encore actuels aujourd’hui : peut-on accéder à la vérité ? toute vérité passe-t-elle nécessairement par une forme de correspondance ? la vérité est-elle dans les mots, les concepts ou les choses elles-mêmes ? le vrai et le bien sont-ils liés ? existe-t-il des degrés dans la vérité ? etc.
Une anthologie de textes en traduction française sera distribuée aux étudiants. Textes de Platon, Aristote, Augustin, Anselme de Canterbury, Avicenne, Albert le Grand, Bonaventure, Thomas d’Aquin, Henri de Gand, Guillaume d’Ockham, Durand de Saint-Pourçain.
Une bibliographie sera également fournie. Les supports du cours seront disponibles sur moodle.
]]>«Musulmans (…, rejetez la démocratie, la laïcité, le nationalisme et toutes les autres ordures de l’Occident. Revenez à votre religion» : telle était la déclaration officielle prononcée par Abu Muhammad al-Adnani, porte-parole de l’EIIL, le premier jour du Ramadan 2014, déclarant la restauration du califat sous l’autorité d’Abû Bakr al-Baghdâdi devenu «calife Ibrahim». Cette invocation du califat, institution abolie avec l’abdication du dernier empereur ottoman en 1924, n’a pourtant guère de ressemblance avec toutes les formes historiques qu’elle a pu revêtir dans l’Islam classique des premiers siècles de l’Hégire. Ce cours proposera une introduction à la philosophie politique de l’Islam classique, et s’interrogera sur ses usages idéologiques contemporains : on étudiera les différentes sources de la pensée politique en Islam (le Coran et la tradition prophétique, la tradition platonicienne et les traditions persanes pré-islamiques), les grandes traditions médiévales, ainsi que quelques formes de «rénovation» de la tradition islamique classique au XXe siècle, à partir des écrits de Rachid Rida (1865-1935), Mawlana Mawdudi (1903-79) et Sayyid Qutb (1906-66). À travers ce parcours, on montrera que la séparation entre l’État et la religion n’est aucunement une particularité «occidentale» et qu’un grand nombre de traditions classiques dans l’Islam l’ont toujours pratiquée. La revendication d’un «État islamique», tel qu’il est défendu par une certaine orthodoxie sunnite aujourd’hui, se révèle ainsi comme une «invention de la tradition» (E. Hobsbawm), dont les sources remontent aux mouvements réformateurs nés en en Arabie et en Afrique depuis le XVIIIe siècle et non à l’Islam classique.
Un dossier de textes, anciens et contemporains, en traduction française sera distribué en classe. On utilisera également quelques supports audio-visuels contemporains (prêches, débats télévisés).
Pour la période classique, voir : M. Abbès, Islam et politique à l’âge classique (Paris: PUF, 2009); A. Black, The History of Islamic Political Thought. From the Prophet to the Present (Londres: Routledge, 2001); P. Crone, Medieval Islamic Political Thought (Edimbourg: Edinburgh UP, 2004); A.K.S. Lambton, State and Government in Medieval Islam. An Introduction to the Study of Islamic Political Theory : the Jurists (Oxford: OUP, 1981); I. Lapidus, «The Separation of State and Religion in the Development of Early Islamic Society», International Journal of Middle East Studies ,6 (1975), p. 363-385; E.I.J. Rosenthal, Political Thought in Medieval Islam (Cambridge: CUP, 1962); W.M. Watt, Islamic Political Thought. The Basic Concepts (Edimbourg: Edinburgh UP, 1968).
Pour la période contemporaine : O. Carré, Mystique et politique. Lecture révolutionnaire du Coran par Sayyid Qutb, frère musulman radical (Paris : Presses de Sciences Po / Editions du Cerf, 1984); A. Dallal, “The Origins and Objectives of Islamic Revivalist Thought, 1750-1850”, Journal of the American Oriental Society 11/3 (1993), p. 341-359; J. Esposito, Islam and Politics (Syracuse UP, 1988); H. Laoust, Le califat dans la doctrine de Rachid Rida. Traduction annotée de «Al-Khilâfa aw-limâma al-‘uzmâ» (Beyrouth, 1938); V. Nasr, Islamic Leviathan. Islam and the Making of State Power and Global Politics (Oxford: OUP, 2001); J. Toth, Sayyid Qutb, The Life and Legacy of a Radical Islamic Intellectual (Oxford: OUP, 2013)
]]>Après une introduction méthodologique à l’étude de la philosophie médiévale, le cours se propose de considérer le rôle crucial que la philosophie de langue arabe a joué dans le processus de ce qu’on appelle la translatio studiorum, c’est-à-dire la transmission du savoir, depuis l’antiquité grecque jusqu’à la fondation de la pensée moderne, dans l’Occident latin. La falsafa n’a pas seulement représenté le premier véritable phénomène d’‘internationalisation’ de la philosophie ; de façon encore plus décisive, elle a permis d’assurer la survie d’un ensemble de disciplines (philosophiques et scientifiques) qui semblait voué à l’extinction. Après avoir examiné les principales étapes du « mouvement » de traduction du grec à l’arabe des textes scientifiques et philosophiques, on prendra en considération certains éléments fondamentaux de la falsafa et leur influence sur la formation de la pensée scolastique.
Principales références bibliographiques :
• A. de Libera, Penser au Moyen Âge, Seuil, Paris, 1996.
• J. Jolivet, Philosophie médiévale arabe et latine, Paris, Vrin, 2002.
• P. Adamson / R.C. Taylor (eds), The Cambridge Companion to Arabic Philosophy, Cambridge, Cambridge University Press, 2004.
• D. Gutas, Pensée grecque, culture arabe. Le mouvement de traduction gréco-arabe à Bagdad et la société abbasside primitive (IIe-IVe/VIIIe-Xe siècles), Paris, Aubier, 2005.
• P. Büttgen / A. de Libera / M. Rashed / I. Rosier-Catach, Les Grecs, les Arabes et nous. Enquête sur l’islamophobie savante, Paris, Fayard, 2009.
• P. Koetschet (éd.), La philosophie arabe, IXe-XIVe siècles, Paris, Points Essais, 2011.
• U. Rudolph, La philosophie islamique, Paris, Vrin (« Bibliothèque d’histoire de la philosophie »), 2014.
• A. Benmakhlouf, Pourquoi lire les philosophes arabes, Paris, Albin Michel, 2015.
D’autres références bibliographiques seront communiquées tout au long des séances.
]]>Jean Duns Scot, Le principe d’individuation, Introduction, traduction et notes par G. Sondag, Paris, Vrin, 1992.
D’autres références bibliographiques seront communiquées tout au long des séances.
]]>
Selon une lecture historiographique bien connue, la théologie médiévale chrétienne s’oppose, dans son ensemble, au nécessitarisme de la tradition péripatéticienne gréco-arabe, en affirmant la contingence radicale du monde créé. Pourtant, selon les mêmes théologiens chrétiens, aucun événement naturel ou humain n’échappe en réalité à la science et à la providence de Dieu. Après avoir rappelé quelques présupposés classiques d’Aristote sur la causalité et le déterminisme, le cours se propose d’envisager l’opposition entre la défense de la contingence du monde et de l’agir humain (contre toute forme de déterminisme naturel) et la thèse de l’absolue infaillibilité de la connaissance divine, en considérant surtout les positions de Boèce, Thomas d’Aquin, Siger de Brabant et Jean Duns Scot, et le rôle de la condamnation parisienne du 7 mars 1277.
Principales références bibliographiques :
Les textes des auteurs mentionnés ci-dessus seront mis à disposition dans les éditions de référence, avec une traduction française. On peut en outre faire référence à :
D’autres références bibliographiques seront communiquées tout au long des séances.
]]>Le cours vise à examiner la constitution historique de l’alternative entre les doctrines de l’analogie et de l’univocité de l’être en considérant leurs formes paradigmatiques entre le XIIIe et le XIVe siècles : d’un côté, les positions de Thomas d’Aquin et Henri de Gand, de l’autre côté celle de Jean Duns Scot. Cette alternative se qualifie en même temps comme l’histoire d’un glissement épistémologique : la question de l’analogie ou de l’univocité, en effet, cesse progressivement de porter de manière exclusive sur la possibilité de constituer la métaphysique comme science, et commence à envisager aussi (sinon surtout) la possibilité d’attribuer à la théologie un statut strictement scientifique.
Principales références bibliographiques :
Les textes des auteurs mentionnés seront mis à disposition dans les éditions de référence, avec une traduction française. On peut en outre faire référence à :
D’autres références bibliographiques seront communiquées tout au long des séances.
]]>