Dubaï reste une porte ouverte pour les entreprises israéliennes. Treize sociétés israéliennes de cybersécurité exposent au pavillon national du salon GISEC Global, alors que les échanges commerciaux entre les deux pays tournent autour de 3 milliards de dollars. L’attaché économique Aviad Tamir raconte ce qui se passe dans la relation, y compris depuis le début de la guerre.
Israël participe cette année avec un pavillon national, organisé avec l’Administration du commerce extérieur du ministère de l’Économie et de l’Industrie et l’Institut israélien des exportations. Les treize entreprises y présentent des solutions dans de nombreux domaines : sécurité du cloud et des réseaux, protection des infrastructures critiques et des systèmes OT, protection des données, renseignement cyber, gestion des risques et des vulnérabilités, Security Operations et solutions avancées fondées sur l’intelligence artificielle.
Pour ces sociétés, c’est une occasion importante de rencontrer directement des décideurs, des organismes gouvernementaux, des entreprises d’infrastructures, des institutions financières et de grandes entreprises technologiques des Émirats et de la région.
« Les relations se sont renforcées »
« Ce qui impressionne, ce n’est pas seulement que ces relations ont résisté de façon exceptionnelle à une période régionale complexe, mais qu’elles ont continué à se développer et à se renforcer », souligne Aviad Tamir.
Même en temps de guerre, les entreprises israéliennes continuent de venir
Autre preuve de la profondeur des liens économiques, selon lui : les entreprises israéliennes continuent de venir aux Émirats, y compris à des moments où des sociétés d’autres pays se montreraient plus prudentes face à la situation régionale.
« Je pense que c’est justement dans cette réalité complexe qu’on voit la résilience des entreprises israéliennes, habituées à travailler dans l’incertitude et à continuer de fonctionner même quand la situation change en permanence », explique-t-il. « En Israël, une sirène peut retentir au milieu d’une réunion Zoom. On s’arrête quelques minutes, on entre dans l’abri, puis on revient et on continue à travailler. C’est un exemple très concret de leur capacité à fonctionner dans une réalité compliquée. Donc, même quand il y a de l’incertitude ou de l’instabilité dans la région, les entreprises israéliennes continuent souvent de venir aux Émirats, de rencontrer des partenaires et de travailler. »
Pour lui, leur simple présence envoie aussi un message aux partenaires émiratis. « Cela leur montre que nous croyons en eux et en cette relation. Au bout du compte, ici, les affaires se construisent d’abord sur la confiance, la présence et la capacité à montrer qu’on est là sur la durée. »
Cette activité se voit encore ces jours-ci. « Depuis début septembre, nous avons accueilli une délégation fintech de huit entreprises israéliennes, dans des domaines comme les actifs numériques, l’IA, l’automatisation financière et les technologies bancaires avancées », raconte Aviad Tamir. « Il y a aussi eu une délégation dans l’aquaculture. Cette semaine, nous sommes au GISEC avec treize entreprises israéliennes de cybersécurité, dans le cadre d’une action commune de l’Institut des exportations et de l’Administration du commerce extérieur. C’est le principal événement cyber de la région. »
Selon lui, contrairement à d’autres endroits du monde où les entreprises israéliennes préfèrent parfois rester discrètes sur leur origine, la situation est différente aux Émirats. « Ici, on n’a pas besoin de cacher le nom d’Israël. »
« La marque de la cybersécurité israélienne est très forte »
La cybersécurité est l’un des domaines où Aviad Tamir voit un fort potentiel. Les Émirats sont en pleine transformation numérique, et le besoin de protéger les infrastructures, les données et les actifs numériques ne cesse de grandir. « La cybersécurité israélienne a une réputation mondiale », dit-il. « Les Émirats investissent énormément dans la transformation numérique, l’IA et les infrastructures technologiques avancées. Plus les systèmes deviennent numériques, plus de nouveaux défis apparaissent. »
Ce passage accéléré au numérique crée, selon lui, un besoin de nouvelles technologies mais aussi de protection. « Dès qu’il y a plus d’actifs numériques, plus de données, plus de cloud et plus de services qui passent au numérique, il faut à la fois bâtir les infrastructures correctement et les protéger. C’est exactement là que les entreprises israéliennes ont beaucoup d’expérience et de savoir-faire à apporter. »
Mais pour lui, il ne s’agit pas seulement de cybersécurité. « La sécurité est une notion large. C’est la sécurité physique, sanitaire, alimentaire avec les solutions agritech, et aussi la sécurité énergétique avec les solutions d’énergie intelligente. » Il souligne que l’autosuffisance, c’est-à-dire la capacité à moins dépendre de sources extérieures et à renforcer l’indépendance dans les domaines stratégiques, est l’un des sujets qui intéressent le plus les Émirats.
« Ils savent tirer les leçons et regarder loin devant de façon stratégique », explique-t-il. « Pour eux, la vision ne porte pas sur quelques années, mais sur 30, 40, voire 70 ans. »
« Ils ne voulaient pas me déranger pendant la guerre »
Une des leçons personnelles qu’Aviad Tamir tire de la période qui a suivi le 7 octobre concerne la manière d’interpréter le comportement des partenaires émiratis. « Ce qui m’a le plus surpris, c’est à quel point ils sont sensibles, compréhensifs et conscients de notre situation », confie-t-il.
Au début de la guerre, raconte-t-il, certains interlocuteurs émiratis ont réduit leurs échanges avec lui. Il y a d’abord vu un manque d’intérêt ou une volonté de prendre ses distances. Il a ensuite compris que la raison était tout autre. « J’ai compris qu’ils ne voulaient tout simplement pas me déranger. On m’a dit : vous êtes en guerre, nous ne voulons pas vous importuner maintenant en parlant affaires. »
Ce que le Covid a appris aux Émirats
La sécurité alimentaire est l’un des exemples les plus parlants, selon lui. « À l’époque, le Covid a été un signal d’alarme », dit-il. « Ils ont compris qu’en tant que pays qui importe une grande partie de sa nourriture, ils devaient investir davantage dans l’agriculture, la production locale et le renforcement des chaînes d’approvisionnement. »
Les Émirats veulent mieux maîtriser leurs chaînes d’approvisionnement, ce qui ouvre des opportunités aux entreprises israéliennes. « Israël a un climat similaire dans certaines régions, en particulier dans le Néguev, et des décennies d’expérience dans l’agritech, le dessalement, le traitement des eaux usées, l’irrigation et la gestion de l’eau. Aux Émirats, on comprend qu’il y a ici un savoir-faire israélien à mobiliser, dont on peut apprendre et avec lequel on peut travailler. »
Quantique, espace et santé : les prochains secteurs
Au-delà de la cybersécurité et de la fintech, Aviad Tamir cite plusieurs domaines qui pourraient porter les relations économiques dans les années à venir.
« Je crois que dans la numérisation, nous verrons aussi une coopération croissante dans le quantique », affirme-t-il. Des délégations israéliennes du secteur doivent venir aux Émirats pour explorer des coopérations dans ce domaine encore en développement.
L’espace est un autre secteur prometteur. « Ils ont des satellites et une activité importante dans l’espace et les communications par satellite. Israël dispose de beaucoup de savoir-faire, en partie issu des industries de défense, dans les communications satellitaires, la navigation, la détection et d’autres technologies. »
Dans la santé aussi, une activité importante existe déjà entre Israël et les Émirats, mais le potentiel est bien plus large. « Je pense que la santé est un domaine super intéressant. Israël a une industrie biotech très forte et un système avancé de santé numérique. Des entreprises israéliennes sont déjà actives sur le marché et des coopérations existent entre des acteurs des deux pays. Cela dit, je pense que nous sommes encore loin d’avoir exploité tout le potentiel. »
Ce secteur demande des délais plus longs par nature. « La santé est un domaine très réglementé, avec des processus d’homologation et des cycles de vente plus longs. Construire l’activité prend donc du temps. Mais c’est justement pour cela que je vois un très fort potentiel pour les prochaines années, notamment dans la biotech, la santé numérique, l’IA médicale et la numérisation des systèmes de santé. »
Les entreprises émiraties ont-elles pris leurs distances ?
Reste une question : la guerre et la sensibilité politique ont-elles rendu les entreprises émiraties plus prudentes vis-à-vis des sociétés israéliennes ?
D’après son expérience avec les entreprises publiques et les grands groupes, Aviad Tamir ne voit pas de changement notable. Sur le plan personnel aussi, il décrit un sentiment de sécurité. « Ici, nous n’avons pas vu de manifestations », dit-il. « Même au plus fort de la période et pendant toutes les campagnes contre l’Iran, même pendant la guerre, des gens marchaient ici avec une kippa. Il y avait des délégations israéliennes, et tout se déroulait normalement. »
Il fait toutefois la distinction entre les différentes entreprises du secteur privé. « Au bout du compte, si une entreprise privée ne veut pas travailler avec une société israélienne, on travaille avec celles qui le veulent. » L’essentiel, selon lui, est de continuer à créer des liens avec les entreprises intéressées par une coopération.
Environ 3 milliards de dollars d’échanges
Pour illustrer la continuité de l’activité, Aviad Tamir cite le volume des échanges commerciaux entre les deux pays. « Le commerce est resté stable autour de 3 milliards de dollars ces deux dernières années. Il oscille entre 2,8 et 3,2 milliards de dollars », indique-t-il. Même pendant les perturbations régionales des chaînes d’approvisionnement, l’activité commerciale s’est poursuivie.
Il rappelle aussi que des centaines d’entreprises israéliennes sont actives aux Émirats et que l’activité continue de s’étendre à de nouveaux secteurs.
Le message d’Aviad Tamir est clair. Six ans après les accords d’Abraham, et malgré l’une des périodes sécuritaires les plus complexes qu’Israël ait connues, les relations d’affaires entre les deux pays continuent sur le terrain, et le potentiel pour les approfondir ne cesse de grandir.
Les liens entre Israël et les Émirats se sont développés dans de nombreux domaines : relisez le projet de premier quartier entièrement juif aux Émirats. Sur la dimension cyber, lisez aussi l’affaire du logiciel israélien Pegasus utilisé par Abou Dhabi, ainsi que le marché israélien des cryptomonnaies face au modèle émirati.
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