Sur le plan méthodologique, depuis la suppression de la « situation de détresse » en 2014 (et déjà en pratique depuis l’arrêt Lahache de 1980), la loi française n’exige plus qu’une femme justifie sa demande d’IVG et il n’existe pas de relevé par l’administration des raisons d’une IVG. Ce que l’on sait provient d’enquêtes démographiques et sociologiques, pas d’un fichier officiel.
L’étude de référence reste celle de Nathalie Bajos, Caroline Moreau, Henri Leridon et Michèle Ferrand publiée dans Population et Sociétés n° 407, Ined (décembre 2004), fondée sur une enquête sur la contraception en France. Cette étude a couvert la période 1975 – 2004, soit presque 30 ans. Il n’y a pas d’autre étude en France sur le sujet.
Les résultats sont :
- En dépit d’une diffusion massive de la contraception médicale (pilule et stérilet), le recours à l’IVG est resté stable depuis 1975, bien que les femmes exposées au risque de grossesse non prévue a diminué sur la période.
- Mais le recours à l’IVG à augmenté en cas de grossesse imprévue (41% en 1975, 62% en 2004).
- 72 % des femmes ayant recours à l’IVG utilisaient une contraception au moment de la conception.
- Des facteurs qui varient selon l’âge :
| Profil |
Facteur dominant rapporté |
| Jeunes femmes (étudiantes, débuts de vie active) |
La maternité perçue comme un frein aux études ou à l’insertion professionnelle |
| Femmes de 25 à 34 ans |
Le contexte affectif (instabilité du couple) est déterminant |
| Femmes ayant déjà deux enfants ou plus |
Volonté d’éviter une naissance supplémentaire |
| Femmes de 35 ans et plus |
Une contrainte ou évolution professionnelle importante |
Autre donnée marquante de cette même étude : en cas de relation affective instable, 17 % des partenaires ne sont pas informés de la grossesse.
Une autre étude (Gilgenkrantz, médecine/sciences, vol. 21, n°8, août 2005), synthétisant les données Ined sur trente ans, souligne que l’âge de la première maternité intervient en moyenne 9,5 ans après les premiers rapports sexuels, contre 5,5 ans vingt-cinq ans plus tôt. Cet allongement de la période de vie sexuelle active sans désir immédiat de maternité expose mécaniquement davantage de femmes au risque de grossesse non prévue, contribuant à expliquer pourquoi le nombre d’IVG n’a pas baissé en France malgré la diffusion large de la contraception.