Dans la France contemporaine, marquée par une crise de confiance envers les institutions politiques, médiatiques et policières, les images ne sont plus de simples témoins : elles sont devenues des preuves. L’image de Clémence à Marseille, frappée par des agents de police malgré ses excuses, résume cette tension entre autorité qui se veut légitime et émotion qui la met en cause. Chaque reprise, commentaire, relais médiatique participe à reconfigurer sa signification, en l’inscrivant dans un récit de violence d’État, de répression du mouvement social ou de dysfonctionnement institutionnel. Sa diffusion massive sur les réseaux sociaux transforme un fait isolé en enjeu collectif. L’espace public devient champ de bataille symbolique, et dans ce gigantesque théâtre médiatique, la rue et internet se répondent. S’ils échouent parfois à convaincre le champ judiciaire, elles produisent un effet social majeur, celui de rendre visible ce que l’institution tend à invisibiliser. Notre travail s’interrogera sur les trajectoires sociales, médiatiques et politiques d’une image de violence policière : comment circule-t-elle, comment est-elle cadrée, et comment agit-elle. Autrement dit, il s’agira de comprendre comment dans la France contemporaine l’image prolonge la contestation, et comment la viralité redéfinit la manière de “faire mouvement”.

Les images de violences policières, perçues comme preuves du réel, occupent une certaine place dans l’espace public. Riboni rappelle que « l’image serait la trace de l’existence de son référent », renforçant l’idée que l’image, en tant qu’indice, offre un accès direct à ce qu’elle représente. Pourtant, cette croyance se heurte à une réalité plus complexe. Riboni montre que « la vidéo échoue souvent à constituer une preuve ». Effectivement seulement 0,001 % des policiers français auteurs de violences sont condamnés. La catégorie même de vidéos de violences policières reste floue. Riboni note qu’elle « semble désigner un genre homogène » alors qu’elle rassemble des objets « et des situations hétéroclites ». Cette diversité montre que les images ne possèdent pas un sens intrinsèque, leur interprétation dépend du contexte de diffusion. Ce travail de mise en images influe sur leur réception. Nous savons que « regarder une action au ralenti […] peut amener les téléspectateurs à percevoir une action comme plus intentionnelle ». L’objectivité supposée de la vidéo est donc sans cesse modelée par ces choix techniques. Enfin, la diffusion de ces images sur les réseaux sociaux redéfinit le rôle des médias traditionnels. On parle même d’un « silence médiatique » longtemps entretenu autour des violences policières. La circulation numérique de ces vidéos permet de rompre ce silence.
Les images de violences policières alimentent une dynamique d’antagonisation. Elles contribuent à construire un « Nous » contre un « Eux », dont les contours varient selon les acteurs. Nous pouvons considérer ce processus comme une « interpellation plébéienne », c’est-à-dire une manière pour des citoyens de se rendre visibles comme peuple en s’opposant au récit dominant. Ce clivage se forme en miroir, l’existence du « Nous » suppose celle du « Eux », et inversement (exemple Fig 1).

Cette opposition s’appuie sur une dimension morale. Rappelons que la violence n’existe qu’à travers une définition sociale partagée. Or, face aux vidéos, se manifestent souvent une « panique médiatique ». Une analogie peut être faite entre le traitement médiatique des violences dites urbaines et policières sur les réseaux sociaux. Si la première expression porte des connotations raciales, on peut considérer que les violences policières sont parfois perçues comme le reflet d’un autoritarisme institutionnel systématique. Pourtant, la vision wébérienne de la violence légitime de l’État demeure largement admise, ce n’est que lorsque les contestataires en subissent les effets que certains la contestent, non pas dans son principe, mais dans son application. Cette tension fait écho, par analogie, aux paradoxes évoqués par Christian Mouhanna. De plus, si les médias présentent souvent les violences des manifestants comme injustifiées, on peut supposer qu’un double standard perceptif pourrait s’appliquer dans l’autre camp, sur les réseaux sociaux, les violences policières pourraient être jugées de la même manière, sans que leur logique de maintien de l’ordre soit prise en compte. Dans les deux cas, les images deviennent un champ de bataille symbolique où s’affrontent plusieurs récits concurrents du réel, surtout lorsque le « jeu d’assurance » c’est-à-dire le mécanisme par lequel les manifestants adaptent leurs actions en fonction de ce qu’ils anticipent comme tolérable par les forces de l’ordre est rompu.
L’essor des vidéos de violences policières révèle un nouveau régime de visibilité où l’événement ne prend sens que par sa diffusion. Ces images sont soumises au jeu de l’économie de l’attention : la couverture médiatique des mouvements sociaux se structure autour des logiques de visibilité, de dramatisation et de performance. En effet, l’attention humaine est devenue la ressource la plus convoitée par les médias et les plateformes, qui cherchent sans cesse à la capter et à la monétiser. La viralisation devient acte de lutte, une politisation de la visibilité. Clémence, filmée lors des manifestations du 18 septembre à Marseille, en est la preuve. Cette vidéo incarne la violence d’Etat et la variété des relais et de leurs recontextualisations reflète la pluralité des opinions, faisant de ces images un objet disputé où s’affrontent logiques politiques, médiatiques et émotionnelles. Les premiers acteurs sont les témoins ordinaires, incarnant une contre-surveillance citoyenne, contrepoids à la légitimité conférée aux forces de l’ordre. Le monopole de la visibilité se trouve alors transfugé, les citoyens deviennent producteurs du récit. Dans la vidéo, un agent prévient « Fais gaffe, c’est filmé« , c’est ainsi que le parquet de Marseille s’est autosaisi. La vidéo devient preuve sociale et fait office de justice symbolique, mettant en tension discours d’autorité et expérience vécue. Clémence s’interroge sur la viralité de la scène. Pour elle entrent en jeu des logiques de classe, de race et de genre : [je suis une] « Petite meuf blanche sans défense, tout de suite, tout le monde s’alarme« . La visibilité devient un privilège socialement distribué et les mouvements sociaux doivent souvent composer avec ces biais de représentation.
Maria, victime en 2018 d’un tir de LBD puis de coups alors qu’elle était au sol illustre comment la diffusion des images peut agir a postériori, à travers les réseaux sociaux et les collectifs militants, ces derniers construisant un récit collectif autour de la violence. Il ne s’agit pas ici d’un affrontement classique entre police et manifestants, mais d’une interaction police–passant, Maria rentrant simplement chez elle. Son histoire a surtout été relayée par des réseaux militants et des sites d’archives contribuant à conserver et à rendre accessibles ces témoignages. Les ressources comme violencespolicieres.fr, les dispositifs citoyens Allô Place Beauvau, Allô IGPN ou Radio Police (initiatives Médiapart) permettent de produire une mémoire collective des violences d’État et participent d’un contre-pouvoir numérique fondé sur la viralisation et la participation citoyenne. C’est d’ailleurs grâce à ces initiatives de conservation des données (contrairement aux données policières effacées après un temps selon la procédure) que les policiers sont identifiés et mis en examen en octobre 2025. Filmer l’action des forces de l’ordre devient une « nécessité [qui] répond à ce que l’on appelle la « sousveillance » de l’action de la police, […] une surveillance qui va du bas vers le haut, du citoyen vers l’autorité« . L’utilisation politique d’une captation médiatique devient mode de protection à la fois instantané et futur.
Au-delà des cas individuels, la diffusion des images de violence policière doit aussi s’étudier dans le cadre plus large des mouvements sociaux au cours desquels elles ont lieu. Malgré la différence de contexte politique, on peut dresser des parallèles entre le Hirak en Algérie et le mouvement des Gilets jaunes en France sont deux mouvements de protestation sociale fortement marqués par la diffusion d’images d’une répression policière violente sur les réseaux sociaux. Si ces images servent d’abord à dénoncer les violences policières, elles construisent aussi la légitimité du mouvement, afin d’accroître la mobilisation. D’après Laurence Thieux, « c’est précisément l’absence d’environnement favorable à l’expression autonome de la société civile et la citoyenneté en général qui a converti les réseaux sociaux et l’Internet en espaces privilégiés d’expressions alternatives » en Algérie, où la mobilisation de rue a été planifiée en ligne. De ce fait, l’espace numérique devient un lieu de prolongement des affrontements et de la répression physique : le discours de dénonciation des manifestants est systématiquement remis en cause par les autorités publiques et les médias, jusqu’à la criminalisation, comme en témoigne un militant algérien qui raconte son incarcération suite à un live dénonçant ses mauvais traitements. Internet est le seul lieu où il est possible de témoigner des violences subies, mais le fait même d’apporter ce témoignage est criminalisé et engendre davantage de répression.
Mais c’est surtout par leurs discours que les pouvoirs publics et les médias entreprennent de décrédibiliser et de délégitimer le mouvement. Citons l’exemple d’une photo qui a fait la une de plusieurs journaux français, où un manifestant frappe à mains nues un bouclier de CRS. Le cadrage médiatique attribue ici la violence au manifestant, forcément illégitime à en faire usage. En Algérie, la mobilisation est minimisée ou ignorée : « [les réseaux sociaux] ont surtout été une alternative au déficit d’informations laissé par de nombreux médias », écrit Chérif Dris. Cet affrontement entre discours concurrents sur les images de violences policières transforme les mobilisations en protestation contre un ensemble politico-médiatique, où on considère que les médias sont au service du pouvoir politique contesté. Les discours numériques prennent alors une véritable dimension contre-hégémonique, à mesure que les acteurs qui les diffusent prennent davantage conscience des dynamiques politiques qui les entourent.
Ainsi, les images de violences policières se situent au croisement du politique, du médiatique et du social. Elles ne sont plus de simples représentations, mais de véritables acteurs du débat public. Elles redéfinissent la manière dont se construit la vérité et placent les citoyens au centre de la production et du commentaire de l’action policière. La puissance de ces images reste ambivalente, suscitant des logiques de politisation et d’indignation sociale, sans vraiment garantir la justice. Leur effet est moins juridique que symbolique, offrant aux victimes une reconnaissance publique des injustices longtemps tues. Cette visibilité devient une forme d’action politique, une manière de transformer le regard collectif. La circulation de ces vidéos traduit un déplacement des luttes passant de la rue vers les réseaux, du cri vers l’image, du slogan vers la viralité. Les mouvements sociaux investissent désormais le numérique comme un espace de contestation et de mémoire. Dans une société saturée d’informations, filmer, diffuser et partager devient un acte de résistance car aujourd’hui, montrer, c’est déjà agir.
Article coécrit par : Thomas BELKADI, Sarah ASSRAOUI, Gabrielle DELAUNAY, Axel NOWAK et Mathilde SCOTTO D’ARDINO
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La communication publique correspond à « la fabrication des messages que les autorités publiques adressent à leurs ressortissants » (Aldrin et al., 2014). Elle regroupe l’ensemble des messages que les institutions adressent aux citoyens. On distingue la communication institutionnelle, censée rester neutre et guidée par la déontologie du service public, de la communication politique, qui vise à promouvoir un parti, un élu ou un programme. Dans le cas des collectivités territoriales, cette distinction peut devenir floue.
Mais alors comment concilier neutralité institutionnelle et engagement politique lors d’un événement controversé ? Le cas de l’exposition « Visa pour l’image » permet d’analyser cette tension au cœur de la communication territoriale.
Dans le droit français, la neutralité est un principe fondamental du service public. Le Conseil d’État relève que la neutralité implique « de ne pas manifester dans l’exercice de ses fonctions ses opinions politiques, philosophiques ou religieuses de quelque manière que ce soit »1 Comme l’explique Camille Fernandes (2025), dans le cas des communes, bien qu’elles soient dirigées par un maire élu et donc une autorité politique, elles restent avant tout des institutions administratives. Ainsi, elles doivent respecter le principe de neutralité politique. Le Conseil d’État rappelle également que les communes ne peuvent pas prendre position politiquement dans un conflit en cours ni favoriser un camp, par exemple en accordant des subventions. Cependant, la distinction entre la politique et l’administratif peut devenir floue lorsque le maire utilise son rôle institutionnel pour défendre une position politique. C’est ce qu’il s’est passé dans la ville de Perpignan en début d’année scolaire.
En marge du festival Visa pour l’Image, qui met notamment en lumière le conflit israélo-palestinien, la mairie RN de Perpignan inaugure, en septembre 2025, sa propre exposition consacrée aux massacres du 7 octobre en Israël2. L’initiative de Louis Aliot, maire de Perpignan et vice-président du Rassemblement National, d’organiser l’exposition dans le hall de la mairie a suscité une controverse dans la ville. En effet, cette initiative coïncide avec l’exposition « L’œil de Gaza » de la photographe palestinienne Fatma Hassona3, présentée dans le cadre du festival. Il a justifié son acte comme étant « un rappel important » des massacres du 7 octobre 2023, estimant qu’on « ne peut pas parler de Gaza si on ne parle pas du massacre du 7 octobre ». De plus, sa « contre-exposition » illustre une instrumentalisation du travail journalistique, puisqu’elle ne présentait que les photos du Franco-Israélien Maël Benoliel, qui s’est dit « berné » et a rappelé que sa démarche était « purement journalistique, voire artistique »4. Cependant cette controverse s’inscrit dans un contexte plus large, en effet ce n’est pas la première fois que Louis Aliot est accusé de ne pas respecter la neutralité publique. Il avait précédemment refusé de remettre en personne le Visa d’Or de la ville au photographe gazaoui Loay Ayyoub, l’accusant de soutenir le Hamas. Tout cela s’ajoute au fait que, chaque année, il déroge aux principes de laïcité en installant une crèche au sein même de l’Hôtel de ville.
Derrière cette « contre-exposition », il y a une volonté du maire d’apporter un contre-cadrage5 aux images de Fatma Hassona. Louis Aliot donne une interprétation idéologique à un événement pourtant présenté comme culturel. Ainsi, il transforme la communication territoriale en un instrument de cadrage politique. Dès lors, la frontière entre promotion d’un événement public et mise en scène d’une position partisane devient floue. La communication officielle met de façon récurrente la lumière sur la figure du maire : prises de parole, photos officielles… Cette totémisation6 transforme le but premier de la communication publique vers une valorisation individuelle. L’institution ne communique plus comme une entité neutre, mais comme un acteur politique. Cela contribue à brouiller la frontière entre action publique et stratégie politique. Ainsi, dans le cas de Perpignan, la communication territoriale est reconfigurée. Elle ne se contente plus de rendre visibles les actions de la collectivité, mais elle devient un espace de confrontation idéologique, où l’élu exprime sa vision du réel, mettant à l’épreuve le devoir de neutralité institutionnelle. Le brouillage des frontières entre communication institutionnelle et expression politique est dans la cas présenté très significatif, puisque l’agenda culturel se trouve réinterprété pour cadrer un débat géopolitique sensible.
Au-delà du brouillage des frontières de la neutralité institutionnelle, l’intervention de la municipalité relève également d’une opération de communication stratégique. Dans ce contexte, l’événement culturel devient un vecteur de légitimation politique. Il ne s’agit plus uniquement de promouvoir un contre-discours dans le cadre d’expositions photo-journalistiques, mais d’utiliser la visibilité d’un événement pour porter un message cohérent avec les orientations de l’exécutif municipal. Le choix d’un support culturel permet de présenter une prise de position politique sous une apparence de neutralité culturelle ou commémorative. En hébergeant son exposition au sein de la mairie et dans le contexte du festival dont la réputation internationale garantit une forte médiatisation, la mairie peut s’inscrire dans le registre de l’information, tout en affirmant une position politique claire. Ainsi, Louis Aliot, vice-président du RN, permet la « dédiabolisation » de son parti en le qualifiant de « meilleur bouclier » contre l’antisémitisme7. Dans ce contexte, les messages véhiculés par la communication officielle ne servent pas seulement à expliquer une exposition; ils participent à la construction d’un récit politique qui associe Perpignan à une prise de position internationale. La ville se met en scène à travers l’engagement de son maire, ce qui renforce la personnalisation du discours et l’affirmation d’une idéologie identifiable.
Dans le cadre d’une année d’élections municipales, la controverse prend d’autant plus de sens. L’impact médiatique constitue l’un des ressorts centraux dans la stratégie politique. À travers cette prise de position, l’élu va forcer ses opposants politiques à réagir, il impose une mise à l’agenda (De Maillard & Kübler, 2016) d’un sujet politique qui fait partie intégrante de son programme pour 2026. Cela lui permet de prendre les devants sur la campagne à venir. Cette stratégie de controverse, mobilisant les canaux et la visibilité des outils territoriaux (ici le festival), est récurrente en politique (Rennes, 2016). En ce sens, la controverse n’est pas un échec de gestion de la politique de Louis Aliot, mais une stratégie délibérée qui vise à polariser et à mobiliser son électorat susceptible de le réélire. « Dans tous les cas de figure, je me représente. Il y a de très bonnes chances pour que je sois réélu », a-t-il déclaré le 14 octobre dernier. De plus, l’utilisation de l’outil de la controverse est une stratégie qui permet de se mettre en avant comme quelqu’un qui « rétablit la vérité ». Lui-même se présente ainsi comme un « homme de conviction »8. C’est une façon de susciter l’émotion plus efficacement qu’un simple débat ou un discours, mobilisant ainsi une nouvelle fois son électorat cible. Cette controverse lui permet de mettre en avant sa ligne politique et de commencer sa campagne avant même d’annoncer sa candidature, le tout dans un contexte de réserve pré-électorale. Résultat: Louis Aliot est l’un des maires de France les plus médiatisés, devant ceux de Toulouse et Montpellier9.
Face à la controverse, certains habitants comme Claude Lévy ou Tiziri Kandi, d’après une interview dans Médiapart, estiment que le RN utilise l’exposition et d’autres symboles, comme la crèche annuelle, pour promouvoir son agenda politique et diviser les communautés locales. Dans ce même entretien, d’autres voix au contraire défendent l’exposition et les actions du maire. Par exemple, Chmouel Bensoussan ou Daniel Halimi ont exprimé leur soutien, affirmant que l’exposition rend hommage aux victimes du 7 octobre et rappelle l’ampleur de cette tragédie, trop peu couverte selon eux par les médias. Le président local de l’association B’nai B’rith explique « Un maire doit surtout s’occuper de sa ville et de ses habitants »10, ce qui inclut ainsi de mettre en avant des événements qu’il juge importants. L’exposition est également perçue par certains comme un rééquilibrage du récit médiatique en réponse à une couverture médiatique centrée sur Gaza, qui justifie selon eux la position municipale.
Finalement, les collectivités territoriales sont constamment entre deux obligations contradictoires, en raison de leur statut hybride : l’impératif de la neutralité institutionnelle, lié à leur rôle de service public, et la nécessité d’une expression politique propre, intensifiée par le contexte électoral de 2026. Cette tension permanente entre le rôle administratif et le mandat politique met en évidence l’idée qu’une sphère institutionnelle « neutre » n’existe pas. La communication territoriale est structurellement politique. Ce brouillage des frontières pour les citoyens peut renforcer la polarisation et nuire à la crédibilité de l’élu et de son message institutionnel ou au contraire mobiliser des partisans. Le cas étudié, bien qu’extrême, est révélateur d’une tendance encore plus large à la personnalisation du pouvoir.
Youna Ehouarne, Romayssae El Houari et Sophie Marc-Chazarenc
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D’une part, durant son intervention, elle a détaillé son rôle de directrice de cabinet. Fanny Sizorn a su mettre en lumière les points positifs mais aussi les limites du métier de directrice de cabinet : une fonction à la fois stimulante et exigeante. Le dircab est le bras droit du maire, il coordonne l’action du cabinet et conseille l’élu sur les décisions politiques. Il supervise les collaborateurs, assure la circulation de l’information parmi les élus et veille au lien avec les services municipaux. Il joue un rôle clé dans la communication et l’image publique du maire, tout en représentant l’élu auprès des partenaires et en garantissant le respect des règles. En revanche, ce poste est marqué par des contraintes fortes qui peuvent influencer la vie personnelle, sachant que la charge de travail peut s’étendre sur sept jours sur sept.
D’autre part, elle a expliqué les règles juridiques et les principes éthiques qui encadrent une campagne électorale. Elle a notamment insisté sur la période de réserve, qui arrive juste avant le scrutin, durant laquelle toute prise de position officielle ou action de communication politique est fortement limitée et strictement encadrée. Elle a souligné l’interdiction de toute campagne de promotion de la collectivité, dont l’objectif est de ne pas influencer les électeurs avec les moyens publics. Le directeur de cabinet ne peut pas participer en tant que tel à la campagne, il peut le faire comme militant sur son temps libre.
Fanny Sizorn a également présenté les enjeux stratégiques de la communication en période pré-électorale. Elle nous a, par exemple, présenté la campagne de communication du nouveau maire de New York, qui a été particulièrement marquante, notamment sur les réseaux sociaux, avec une stratégie réfléchie autour du choix des sujets, de la présentation et de la mise en scène.
À travers son parcours riche mais aussi varié, elle a montré aux étudiants qu’il est toujours possible de rebondir, de faire évoluer sa carrière et de saisir les opportunités. Elle a également souligné l’importance de s’écouter et de ne pas hésiter à faire des choix, comme lorsqu’elle a décidé de quitter son poste de directrice de cabinet, afin de se lancer dans une nouvelle expérience professionnelle en agence.
Pour conclure l’intervention, les étudiants ont réalisé une mise en situation pratique en endossant le rôle d’une équipe de communication chargée de concevoir une stratégie pour les élections municipales. Après analyse du contexte, ils ont dû choisir une formation politique parmi les candidats proposés dans l’exercice et proposer trois axes pour répondre aux enjeux locaux en accord avec le positionnement choisi. Cet exercice, à la fois ludique et formateur, leur a permis de mobiliser les notions vues en cours tout en développant leur créativité et leur esprit d’équipe.
Pour finir, j’ai trouvé cette rencontre très instructive. Au-delà des simples fiches de présentation de poste que l’on peut trouver, elle m’a permis de comprendre les véritables enjeux du rôle de directrice de cabinet au sein d’une collectivité territoriale. Cet entretien a également renforcé mes connaissances sur les campagnes électorales, notamment sur la période de réserve électorale et ce que l’on peut ou ne peut pas faire. J’ai été particulièrement inspiré par son parcours. Voulant moi aussi m’orienter vers la politique, j’ai réalisé que de nombreux postes peuvent s’ouvrir grâce à un réseau solide, comme elle l’a souligné, mais aussi grâce à un engagement concret et aligné avec ses valeurs. En outre, elle m’a fait réfléchir sur l’importance de préserver sa vie personnelle, même lorsque le travail nous passionne. À la suite de cet entretien, je me questionne sur mon avenir professionnel, en me disant que devenir dircab pourrait éventuellement être un poste qui me plaît, étant dans le feu de l’action aux côtés des élus.
L’ensemble du Master tient à remercier chaleureusement Fanny Sizorn pour le temps consacré à cet échange et pour la générosité avec laquelle elle a partagé son expérience.
Compte rendu rédigé par Florian ALLES, Master 1 2025-2026
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La visite a commencé par une présentation globale des missions de la DiCom par Anthony Leroi, directeur de la communication de la Ville de Paris. Il a exposé les grandes lignes de l’organisation et les enjeux liés à la communication publique locale. Ne se limitant pas uniquement à informer ses habitants, la Ville de Paris cherche aussi à créer du lien, à valoriser ses projets et à renforcer la transparence de l’action municipale.
Anthony Leroi a insisté sur le caractère transversal de la DiCom, qui articule plusieurs pôles complémentaires (information, presse, événementiel et image de marque) afin de garantir une stratégie globale et cohérente. Chaque action, qu’elle soit digitale ou physique, doit s’inscrire dans un plan de communication réfléchi, capable de refléter les priorités politiques et les valeurs de la ville. Cette vision stratégique montre que la communication municipale dépasse largement la simple diffusion d’information : elle devient un outil de gouvernance et de rayonnement pour la capitale.

Dans la continuité, le pôle communication et image de marque dirigé par Maxime Le François est pensé comme une véritable agence interne à la mairie, chargée de rendre Paris visible et attractive tout en garantissant la cohérence de son rayonnement. Son rôle ne se limite pas à la promotion puisqu’il consiste à créer un récit autour de l’identité de la capitale, à construire une image forte et reconnaissable, et à transmettre aux habitants un sentiment d’appartenance et de fierté.
Composé de plusieurs départements et d’une cellule d’affichage municipale, ce service travaille sur des projets variés comme la communication autour des grands événements, le marketing territorial ou encore les campagnes de sensibilisation. Chaque projet est pensé pour renforcer la marque “Ville de Paris” et définir un territoire de communication partagé par toutes les directions municipales. La cohérence et la transversalité du travail entre les équipes sont essentielles car il s’agit de faire converger créativité, stratégie et besoins politiques pour proposer une image harmonieuse de la capitale.
Au cœur de cette approche se trouve une volonté claire ; celle de parler d’abord aux Parisiens. La communication publique locale doit répondre à des attentes concrètes, valoriser les projets municipaux et accompagner les politiques publiques, tout en construisant un récit cohérent et séduisant pour les visiteurs et partenaires de la ville.
En parallèle, à l’ère du numérique, le pôle information et numérique piloté par Olivier Martin joue un rôle central puisque Paris occupe une double fonction en étant à la fois une capitale nationale et une métropole mondiale. La communication digitale doit donc s’adresser à des publics diversifiés, qu’il s’agisse des habitants, des touristes ou de toutes les personnes qui suivent la ville via ses réseaux sociaux.
Les comptes Instagram @quefaireaparis et @paris_maville incarnent cette stratégie en mettant en avant les initiatives culturelles, les événements et les projets municipaux dans un style à la fois informatif et divertissant. L’objectif est de rendre accessibles et attractives les actions publiques sans recourir systématiquement à l’image des élus, en privilégiant la mise en lumière des réalisations concrètes et du patrimoine.
Dans un monde où l’attention se mesure en secondes, le pôle doit adapter ses contenus pour captiver rapidement et transmettre des informations essentielles. Chaque publication, chaque story ou chaque visuel est pensé pour maximiser l’engagement tout en garantissant la transparence et la compréhension des politiques publiques. La communication digitale devient ainsi un outil stratégique pour renforcer l’attractivité de la ville et créer un lien direct avec le public.
Dans le prolongement, le service presse, sous la supervision de Virginie Dangles, assure la jonction entre la ville et les médias, facilitant la diffusion des informations auprès du grand public tout en garantissant la précision et la clarté des messages. Il coordonne conférences de presse, déplacements officiels et annonces publiques, préparant minutieusement chaque intervention pour répondre aux attentes des journalistes et anticiper leurs questions.
Un exemple concret de cette mission est l’inauguration du Pont Neuf rebaptisé “Place du Pont-Neuf-Christo-et-Jeanne-Claude”. Cette opération a impliqué une coordination fine entre élus, médias et organisateurs pour assurer une couverture efficace et valoriser à la fois la dimension patrimoniale et artistique de l’événement. Le service presse a joué un rôle essentiel en structurant le récit médiatique autour de l’inauguration, en mettant en avant les discours officiels et en assurant la compréhension du public.
Ainsi, le service presse ne se contente pas de relayer des informations puisqu’il façonne le récit de l’action municipale, garantit la cohérence des messages et permet aux médias de transmettre aux citoyens une image claire et précise des initiatives municipales. Comme expliqué par Anthony Leroi, l’avantage d’un relais de presse efficace est qu’un message sur une action municipale est mieux diffusé par un acteur extérieur que par la Ville de Paris elle-même.

Enfin, le pôle événementiel conduit par Vincent Couratier illustre l’importance de la communication par l’expérience. Chaque manifestation ou événement organisé par la ville vise à renforcer son attractivité, à créer du lien social et à valoriser ses actions auprès du public. Parmi les projets récents figure la mise en place d’une fan zone rugby lors des Jeux Olympiques de 2024, où chaque détail (de la logistique à la communication visuelle) contribue à créer un événement fédérateur et immersif.
La visite de l’exposition “De Paris à Belém : 10 ans d’actions” à l’Hôtel de Ville a également permis de découvrir comment la Ville utilise l’art et la culture pour raconter son engagement, notamment en matière climatique depuis la COP21. Les œuvres de Shepard Fairey (OBEY) montrent que les événements peuvent dépasser leur fonction symbolique et devenir des outils de sensibilisation et de valorisation de l’action publique.
Chaque événement, chaque exposition ou initiative municipale est pensé pour renforcer le lien entre la collectivité et ses habitants, créer de l’engagement et valoriser l’image de Paris sur tous les plans.
La DiCom de la Ville de Paris apparaît comme un service structuré et complexe, capable de conjuguer stratégies de communication, créativité et rigueur organisationnelle. Chaque pôle, qu’il s’agisse de l’image de marque, de l’information numérique, du service presse ou de l’événementiel, contribue à raconter la ville et à renforcer le lien entre la collectivité et les habitants.
À travers ses actions, la Ville de Paris construit un récit cohérent et vivant, capable de s’adresser à des publics variés et de valoriser ses initiatives. Cette immersion a permis de saisir la dimension stratégique de la communication publique locale et de comprendre comment une grande ville peut organiser, coordonner et mettre en lumière l’ensemble de ses actions pour créer un lien durable avec ses citoyens.
Notre classe a particulièrement apprécié cette sortie à la Mairie de Paris. Cette visite a constitué une occasion privilégiée de découvrir la diversité des postes et des métiers liés à ce domaine professionnel, un aperçu d’autant plus précieux qu’il intervient en début d’année. Elle nous a également permis de mesurer la richesse et l’ampleur de ces fonctions, tout en amorçant une réflexion personnelle sur nos propres trajectoires professionnelles.
Le Master Communication politique et publique en France et en Europe de l’UPEC tient à remercier l’ensemble de l’équipe de la DiCom pour la qualité de son accueil et la disponibilité de ses intervenants, qui ont permis aux étudiants de mieux appréhender la réalité et les enjeux de la communication publique à l’échelle d’une capitale.
Compte rendu rédigé par Lisa Belkhier, Faustine Serrigny, Anastasia Chiriloaie, Nathan Chaillou (promotion 2025-2027)
]]>La Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR) est bien plus qu’une simple organisation administrative. Créée en 1934, cette fédération d’élus rassemble aujourd’hui plus de 900 collectivités territoriales et représente 60 millions d’habitants français. Sa mission ? Accompagner et défendre les collectivités dans la gestion de leurs services publics essentiels.
La FNCCR intervient dans quatre domaines stratégiques : l’énergie, le cycle de l’eau, le numérique et la gestion des déchets. Au-delà de son expertise technique, elle joue un rôle crucial de représentation auprès des pouvoirs publics, proposant des outils juridiques, une veille réglementaire et des formations spécialisées à ses adhérents.
Face à l’évolution du paysage institutionnel et aux nouveaux enjeux de communication, la FNCCR nous a sollicités pour repenser entièrement sa plaquette de présentation. L’objectif était ambitieux : créer un support adapté à des contextes variés, des rencontres parlementaires aux salons professionnels comme le Salon des Maires, en passant par les colloques spécialisés.
Dès notre première réunion avec nos interlocuteurs, M. Gautier, Mme Pillon et Mme Balcaen, trois contraintes majeures ont été définies : le respect de l’identité visuelle : maintenir la cohérence avec la charte graphique existante (polices, logo, couleurs), à l’exception notable de la couleur verte, jugée inadéquate. La dimension territoriale élargie : intégrer les actions menées en Outre-mer et la dimension européenne des activités. Valoriser leurs compétences : mettre en avant les services publics à travers des schémas et illustrations explicites.
Notre première décision stratégique a été de réduire le format de la plaquette au A5. Cette contrainte apparente s’est révélée être un atout majeur : elle nous a obligés à synthétiser le message et à aller à l’essentiel. Le résultat ? Une plaquette plus épurée, plus claire et plus percutante.

L’enjeu était double : vulgariser le contenu pour le rendre accessible au plus grand nombre, tout en conservant la crédibilité nécessaire auprès des professionnels du secteur. Pour y parvenir, nous avons simplifié les textes en nous concentrant sur les actions principales de la FNCCR et créé un schéma explicatif de la chaîne d’actions de la fédération. Puis nous avons dédié deux pages entières aux quatre compétences clés, valorisant ainsi l’expertise sectorielle. Enfin, nous avons intégré des photographies représentatives pour donner vie au propos et créer une connexion émotionnelle.
Au-delà de la version papier traditionnelle, nous avons proposé une approche novatrice avec le développement d’une version numérique interactive via Flipsnack. Cette plateforme permet d’établir un pont dynamique avec la chaîne YouTube de la FNCCR, enrichissant le contenu textuel par : des vidéos explicatives, des entretiens pertinents avec les acteurs du terrain et une dimension concrète et crédible aux messages institutionnels.
Suite à nos échanges avec notre tutrice Anne Granger et nos commanditaires, nous avons identifié l’opportunité d’inscrire cette plaquette dans une stratégie de communication plus large. Notre fil rouge: positionner la FNCCR comme un acteur indispensable à la performance des services publics locaux.

Cette stratégie vise deux publics clés : les parlementaires : pour renforcer l’influence de la FNCCR dans le débat public et législatif et les collectivités territoriales prospects : pour développer la notoriété, encourager les adhésions et élargir le réseau d’influence.
Cette nouvelle plaquette n’est pas qu’un simple support de communication. Elle incarne la volonté de la FNCCR de moderniser son image tout en restant fidèle à ses valeurs fondamentales. En combinant expertise technique, clarté du message et innovation numérique, nous avons créé un outil qui accompagnera efficacement la fédération dans ses missions de représentation et de développement.

Merci à Charles Antoine Gautier, Jennifer Pillon et Colombine Balcaen, les commanditaires, pour leur disponibilité et leur pédagogie. Merci également à Mme Anne Granger, notre tutrice, pour son accompagnement.
Ce compte rendu a été rédigé par Lou-Anne Glumineau, Alteya Malenga, Pierre Miroir et Lola Jaballah (promotion du Master 1 2024-2025)
]]>Commandé par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, ce projet tutoré s’inscrit dans le cadre des missions du département Diffusion des connaissances et documentation (DICODOC). Ce service contribue à définir des politiques nationales en matière d’information scientifique et de documentation. Depuis plusieurs années, il accorde une attention croissante à un enjeu stratégique : le développement des compétences informationnelles (CI) dans l’enseignement supérieur. Celles-ci sont définies comme la capacité à « déterminer les sources pertinentes, les interroger, récupérer l’information et savoir l’évaluer » (ADBU, 2012). Dans ce cadre, le ministère souhaite doter les Services Communs de Documentation (SCD) d’outils concrets de communication leur permettant de sensibiliser efficacement les enseignants-chercheurs, tout en contribuant à faire des étudiants de demain des citoyens éclairés, capables de discernement face à la surabondance d’informations et aux dérives informationnelles.
Dans le cadre universitaire, ces compétences conditionnent la capacité des étudiants à produire des travaux rigoureux, à éviter le plagiat ou encore à exercer un regard critique sur les sources mobilisées. Pourtant, si les SCD proposent déjà de nombreuses formations sur ces questions, celles-ci restent souvent peu visibles, mal identifiées par les enseignants et intégrées de manière inégale dans les maquettes pédagogiques.
Pour répondre à cette problématique, notre mission s’est structurée en deux volets. Le premier axe consistait à analyser la manière dont les SCD présentent aujourd’hui leur offre de formation, à travers un échantillon d’universités, une analyse des supports de communication et des entretiens qualitatifs. Le second axe visait à construire une boîte à outils communicationnelle destinée à renforcer la visibilité des compétences informationnelles auprès des enseignants-chercheurs et améliorer la coopération avec les SCD.
Pour répondre à notre commande, nous avons tout d’abord mené une phase d’audit visant à identifier les dispositifs de communication mis en place par les SCD à destination des enseignants-chercheurs. Cette étape constitue le premier axe de notre travail.
Nous avons dans un premier temps sélectionné un panel d’universités selon divers critères, de manière à constituer un échantillon représentatif et contrasté. Celui-ci comprenait notamment des établissements de tailles différentes, certains intégrant les compétences informationnelles dans leurs maquettes pédagogiques, d’autres non. Cette sélection nous a permis d’étudier les moyens déployés pour communiquer avec les enseignants-chercheurs, tout en analysant le vocabulaire utilisé pour désigner les compétences informationnelles.

Parallèlement, nous avons sollicité des bibliothécaires et des enseignants-chercheurs issus de ces universités afin d’échanger avec eux sur les tensions identifiées et de confronter nos premières hypothèses. Ces entretiens ont permis de dépasser le cadre strictement théorique pour explorer des retours d’expérience concrets et des besoins spécifiques. Cette phase s’est articulée autour de l’audition, de la retranscription puis de l’analyse des propos recueillis.
L’exploitation de ces entretiens a fourni des données précieuses pour l’élaboration de notre stratégie de communication. Bien que les échanges aient fait émerger de nombreux éléments, nous avons dû opérer une sélection des plus pertinents. Celle-ci a été guidée par les thématiques abordées dans nos guides d’entretien. Toutefois, certains sujets, initialement non envisagés, sont revenus de manière récurrente au fil des échanges. Nous avons alors ajusté nos guides d’entretien pour approfondir ces nouvelles dimensions, et pris soin d’en tenir compte dans la conception finale de notre stratégie.

En définitive, six thèmes principaux ont été retenus : l’intérêt des compétences informationnelles pour les interlocuteurs, les inégalités de déploiement des formations aux compétences informationnelles selon les filières, niveaux et universités, la divergence lexicale, les obstacles liés aux ressources et aux interactions, les facteurs facilitant la mise en œuvre des formations, ainsi que la nécessité d’intégrer l’intelligence artificielle dans les cursus étudiants.
Une fois les témoignages recueillis, nous nous sommes interrogés sur la manière de valoriser tous les leviers d’action relevés. Nous avons dû élaborer une stratégie en tenant compte d’une multitude de limites, comme la facilité de déploiement de nos idées, leurs assimilations par les émetteurs et les cibles, le coût financier ou encore la nécessité de sortir d’une solution imposée verticalement, en apportant un cadre structurant favorisant une autonomie partielle des cibles.
Au terme des entretiens et de notre veille documentaire, nous avons conçu plusieurs supports de communication visant à renforcer la visibilité et l’appropriation des compétences informationnelles dans l’enseignement supérieur. Ce deuxième volet, réflexif et créatif, a dû répondre à un critère précis : les propositions établies doivent être applicables en tous lieux, selon les niveaux universitaires et les domaines disciplinaires. Par conséquent, nous avons envisagé plusieurs dispositifs rassemblés sous la forme d’un « kit » dans lequel les SCD pourraient piocher les éléments pertinents à déployer en fonction des besoins propres de l’université concernée. Pensés comme des outils concrets, adaptables et directement mobilisables par les équipes pédagogiques, ces supports répondent aux besoins exprimés sur le terrain.
Premièrement, une campagne d’affichage au format A3 a été pensée pour interpeller dans les espaces de circulation universitaire. Deux séries ont été proposées : l’une, humoristique, s’inspire des « perles du bac » pour sensibiliser à la fiabilité des sources ; l’autre aborde la question de l’intelligence artificielle générative, sujet d’inquiétude croissante chez les enseignants. Dans les deux cas, les affiches valorisent le rôle des professionnels de l’information-documentation.
Nous avons également conçu InFOS, une newsletter modulaire destinée aux directions pédagogiques. Ce support centralise les actualités liées aux CI, valorise les ressources existantes et facilite l’accès aux formations, tout en restant lisible, souple et personnalisable selon les établissements.
Puis, pour un contact plus direct avec les enseignants, nous avons élaboré un dépliant pédagogique. Sa couverture met en avant les bénéfices concrets des CI pour la réussite académique. À l’intérieur, une définition rigoureuse des CI fait face à un espace vierge, à compléter par les bibliothécaires selon leur offre. Ce format papier, en réponse directe au rejet d’une communication exclusivement numérique, est pensé pour les moments-clés de l’année universitaire (rentrée, journées d’accueil, etc.).
Enfin, nous avons proposé de faire de la Journée internationale de l’accès universel à l’information, corrélée à celle de l’ONU, un temps fort annuel dans les universités. Organisée dans les halls avec des stands tenus par les SCD et des professeurs ambassadeurs, cette journée favoriserait la rencontre et la mise en place de modules pédagogiques intégrant les CI.
Malgré l’enthousiasme suscité par ces propositions, plusieurs limites ont freiné leur expérimentation : un temps contraint, un échantillon d’enquête restreint et l’impossibilité de tester les supports auprès des enseignants-chercheurs. Ces obstacles n’ont toutefois pas empêché un travail de co-construction nourri par les retours de terrain.
En conclusion, ce projet tutoré nous a offert une opportunité enrichissante de découvrir et d’analyser les compétences informationnelles, un domaine jusqu’alors méconnu pour nous. À la suite de notre présentation, le ministère s’est montré particulièrement réceptif à nos propositions et envisage d’intégrer plusieurs de nos outils à ses futures recommandations. Cette reconnaissance institutionnelle constitue pour nous une réelle fierté. Nous tenons à remercier chaleureusement nos commanditaires pour leur disponibilité constante et pour nous avoir confié un projet à la fois ambitieux et formateur. Leur confiance nous a permis de progresser significativement. Nous adressons également nos sincères remerciements à Mme Granger, notre tutrice, pour ses conseils avisés tout au long de cette expérience, qui ont grandement contribué à la qualité de notre travail.
CIGAR Oréna, KAROURI Ahmed, KELLER Mathis, SZCZESNOWSKI Matthieu, Master 1 Communication politique et publique – promotion 2024-2025
]]>Notre mission consistait à produire une affiche principale (40×60), deux affiches Decaux (formats MUPI et SENIOR), une bâche événementielle, une maquette de guide, ainsi que plusieurs déclinaisons numériques pour les réseaux sociaux. Ces supports devaient valoriser les temps forts des Estivales (le lancement du 5 juillet, la Fête nationale, le cinéma en plein air, et la soirée de clôture du 30 août) tout en reflétant l’esprit du lieu et de ses publics. Nos cibles principales étaient les Kremlinois, notamment les familles ne partant pas en vacances, mais aussi les habitants des villes voisines.
La particularité de ce projet a été la grande liberté laissée à notre groupe, ce qui a constitué à la fois une richesse et un défi. Nous avons en effet dû faire preuve d’une autonomie importante durant toutes les étapes du projet. Cette contrainte nous a permis d’affirmer notre capacité à travailler en équipe de manière collaborative, à gérer un projet de communication dans sa globalité, et à explorer plus en profondeur nos compétences en conception graphique.
Dans un premier temps, nous avons mené un travail de recherche sur les éditions précédentes des Estivales et sur l’identité visuelle de la ville. En nous appuyant sur ces éléments et avec l’aide de notre tutrice, nous avons choisi de nous éloigner des codes traditionnels estivaux (palmiers, plages fictives…) pour mettre en valeur des éléments bien réels et emblématiques de la ville, comme le parc Philippe Pinel ou encore l’importance de l’art et de la culture. Deux pistes artistiques ont été développées : l’une centrée sur la représentation de la communauté et du partage à travers un style dessiné, et l’autre reposant sur l’esthétique du collage, un médium à la fois accessible et intergénérationnel. Ces choix visuels nous ont permis de proposer une communication à la fois joyeuse, identifiable et porteuse de sens, en cohérence avec les valeurs culturelles et sociales de la ville.
La réflexion autour de ce projet nous a permis d’expérimenter les tensions classiques entre communication événementielle et communication politique. Il nous fallait répondre à des objectifs de fréquentation tout en respectant l’identité de la ville et de ses publics, notamment les plus fragiles. À travers cette mission, nous avons appris à articuler fond et forme, stratégie et création, contraintes techniques et ambitions politiques, pour valoriser un événement qui incarne pleinement la dynamique d’un territoire.
Notre première proposition opte pour une démarche de représentation fidèle à la réalité en accentuant l’ambiance joviale et conviviale des vacances. Elle est pensée dans un style graphique proche des affiches des années passées.
Notre affiche dessinée par nos soins tend vers un univers enfantin, c’est un style qui parle au plus grand nombre. Cela rappelle les bons moments passés à jouer, surtout que de nombreuses activités proposées pendant les Estivales visent les enfants. Les personnages représentés sont diversifiés afin de représenter les habitants de la ville le plus fidèlement possible. Nous tenons à présenter le Kremlin-Bicêtre comme ville où il fait bon vivre.
Les activités représentées sont simples et récurrentes. Cette flexibilité permet de ne pas avoir à modifier quoi que ce soit en cas de programmation différente de l’an passé mais aussi d’inciter à la consultation du programme. En revanche, il nous a été communiqué des indications sur quelques événements que nous avons inscrits au bas de l’affiche avec un QR code renvoyant au site de la ville, sur la page des Estivales.
Cette affiche est déclinée sous les différents formats attendus, ainsi qu’en story à la une sur Instagram.

La deuxième proposition graphique rompt avec les visuels traditionnels en adoptant un style de collage inspiré notamment du surréalisme. Elle juxtapose des personnages en noir et blanc à des décors très colorés et fleuris, créant un contraste fort entre imageries du passé et du présent. Cette opposition visuelle évoque à la fois la nostalgie (par les figures en noir et blanc, semblables à des souvenirs d’albums photos) et la vivacité de l’été (par les teintes chaudes et festives). L’affiche propose une ambiance joyeuse, familiale et poétique, notamment grâce à un ciel rose aux allures oniriques et aux feux d’artifice.
Le collage est ici utilisé comme un médium artistique populaire et accessible, capable de transmettre une diversité de messages et d’émotions. Il symbolise aussi la pluralité des activités estivales et des publics. Pour 2026, l’idée est d’aller plus loin dans la démarche participative en remplaçant les personnages anonymes par des portraits d’habitants, réalisés par des photographes locaux dès l’été 2025. Cela permettrait d’ancrer davantage les visuels dans la réalité du territoire, de valoriser les habitants et de renforcer leur sentiment d’appartenance à la ville. Des artistes locaux seraient également mobilisés pour enrichir l’univers graphique. Cette proposition vise à faire de la communication estivale un projet collectif, vivant, et représentatif de la diversité des habitants.

Pour cette mission un point notable est qu’il s’agit de communication territoriale, le seul véritable point commun entre toutes nos cibles est donc qu’elles résident au Kremlin Bicêtre.
En raison de cette grande diversité́ nous avons préféré investir des moyens de communication préalablement utilisés par la ville plutôt que d’essayer d’en établir de nouveaux afin de nous assurer de toucher au minimum le public qu’elles atteignent habituellement.
Pour ce faire nous avons choisi d’alimenter les comptes Instagram et Facebook ainsi que le site de la ville.
Dans les deux premiers cas, il s’agit d’atteindre la plus grande variété de personnes en usant de réseaux déjà utilisés et pour le site il nous semble approprié de l’investir dans un objectif de communication territoriale.
Nous avons décliné nos visuels afin qu’ils soient adaptés aux différents formats utilisés sur ces réseaux, en story Instagram par exemple. Ensuite, nous avons établi un calendrier de publication qui se calque sur le calendrier de post préexistant, toujours dans l’objectif de nous inscrire dans la continuité de la communication de la ville que nous avons jugé assez pertinente pour ne pas avoir à être modifiée. Ce dernier ne diffère pas beaucoup selon qu’il s’agisse de la première ou la seconde proposition.
Travailler auprès d’institutions territoriales est un aspect non négligeable de la communication politique et cette expérience a été enrichissante en ce sens. Nous avons réalisé que, dans ces cas-là, il est important d’avoir un grand éventail de capacité car il peut arriver que beaucoup d’étapes de la production d’une bonne campagne de communication touchent à d’autres domaines. Dans notre cas, il a été question de graphisme.
En plus de cela il faut être capable, même sans l’intervention de personnes plus qualifiées de déterminer la marche à suivre afin de fournir un plan de communication qui pourra ensuite être utilisé, précisé voir amélioré par nos commanditaires.
La particularité que nous avons notée ici est que, contrairement à de la communication partisane dans le cas d’une campagne, la communication territoriale doit être neutre et consensuelle au possible, sans pour autant sembler entièrement vide. Nous avons pour cela fait attention au fait de rester au mieux dans la ligne directrice des politiques menée dans la ville. Dans le cas de la ville du Kremlin Bicêtre, nous avons identifié que la ville avait une politique de gauche assez axée sur le social et le culturel, nous avons ensuite pris garde de conserver ce cap dans le cadre de notre communication.
Ce dernier point n’a pas relevé d’une grande difficulté étant donné que les Estivales sont un événement très porté sur le social et la culture, cette réflexion reste cependant importante à avoir dans le cadre de la communication territoriale.
Elisa CELLE, Milia DJERADA, Orphée AKIAPO, Matteo LABRIC (Master 1 ComPolPub UPEC, promo 2024-2025)
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L’une des principales stratégies de communication de Robert Ménard repose sur des campagnes d’affichage municipales provocatrices. Ces campagnes se distinguent par l’utilisation d’images choquantes et de slogans polémiques, conçus pour susciter des réactions fortes au sein de l’espace public et médiatique. Les thèmes abordés touchent souvent des sujets sensibles tels que l’immigration, la sécurité, ou l’identité nationale. Par exemple, en 2016, une affiche montrant un afflux de migrants avec le slogan « Ils arrivent »1 avait suscité un tollé national en raison du caractère xénophobe de cette dernière. Néanmoins, Robert Ménard avait réussi son pari : obtenir une couverture médiatique nationale. Cette approche, bien que critiquée pour son manque d’éthique et son potentiel à accroître certaines tensions sociales, s’avère très efficace pour placer Béziers au cœur de l’actualité nationale. Ainsi, on constate que chaque nouvelle campagne d’affichage est toujours commentée par les médias, transformant ainsi une simple communication municipale en un événement médiatique national. Par exemple, le journal mural municipal L’Appel, conçu sous l’impulsion de la mairie de Béziers, reflète les orientations politiques de l’équipe dirigée par Robert Ménard. Si cet outil se présente comme un vecteur d’information locale, il est régulièrement accusé de détourner des faits divers ou des actualités pour renforcer des messages politiques. L’Appel, à travers ses thématiques, contribue à alimenter les débats locaux tout en polarisant l’opinion. Bien que cet outil de communication soit présenté comme un moyen pour la mairie de dialoguer directement avec ses habitants, son rôle et son contenu soulèvent des préoccupations. L’accusation de détournement de l’actualité des faits divers ou des événements sont manipulés pour renforcer des messages politiques spécifiques, pourrait mettre en lumière une forme de censure implicite ou de contrôle sur l’information. Ce choix de narration peut être une réponse à des opposants reflétant la volonté de la mairie de maintenir un contrôle direct sur l’agenda local et les discussions publiques. Les critiques estiment que ce journal manque de pluralité, ce qui interroge sur la liberté de la presse locale.
En plus des campagnes d’affichage, la stratégie de Robert Ménard s’appuie sur une multiplication des polémiques à travers des déclarations provocatrices et la mise en place de mesures municipales jugées controversées. Ces prises de position, souvent aux limites de la légalité, génèrent de manière systématique des réactions indignées de la part de ses opposants politiques et des associations de défense des droits humains. Chaque controverse est l’occasion pour Robert Ménard d’occuper l’espace médiatique, de réaffirmer ses positions politiques et de se présenter comme le défenseur des valeurs dites conservatrices. Parallèlement à ces déclarations, le maire de Béziers met en œuvre des mesures municipales controversées. De l’installation de crèches de Noël dans les mairies malgré la loi sur la laïcité2 à l’armement de la police municipale3 en passant par l’instauration de couvre-feux pour les mineurs4 et le refus d’un mariage d’un couple franco-algérien5 en raison d’une OQTF6 émis à l’encontre du futur marié, chaque décision est conçue pour provoquer un débat national. Ces mesures, souvent contestées, permettent à Béziers de rester sous les feux des projecteurs.
Si la stratégie s’avère efficace pour garantir une visibilité médiatique, elle contribue également à la polarisation du débat public. Néanmoins, elle illustre de manière frappante comment la controverse peut devenir un outil puissant de communication politique tant à l’échelle des collectivités territoriales que nationales.
Co-créateur de l’association Reporters sans frontières, Robert Ménard a mobilisé sa connaissance des médias traditionnels pour développer une stratégie de communication visant à promouvoir sa ville de Béziers au niveau national. En 2015, peu après le début de son mandat de maire, une campagne intitulée L’Appel a été lancée. Elle mettait notamment en scène la police municipale avec le slogan « Désormais, la police municipale a un nouvel ami », illustrant une volonté de renforcer la sécurité. Cette initiative a suscité des réactions diverses, Robert Ménard déclarant à l’AFP que ce type de communication relevait de « l’humour ». En 2016, le maire a abordé des thématiques qu’il juge prioritaires, comme l’immigration et la sécurité. Une affiche montrant une femme attachée sur des rails visait à critiquer l’inaction présumée de l’État face à l’insécurité. Cette image, fortement controversée, a suscité de nombreuses critiques pour son utilisation de symboles percutants. En 2020, une nouvelle campagne montrait une image du Christ crucifié accompagnée du message « Attaques au couteau : quand va-t-on réagir ? ». Cette affiche, comme les précédentes, a provoqué un débat national sur les limites de la communication municipale, notamment sur les limites de la liberté d’expression de celle-ci. En effet, certains opposants y voient des méthodes proches de la propagande et une communication municipale à des fins potentiellement partisanes. Par ailleurs, Robert Ménard a utilisé ses réseaux sociaux pour commenter des faits d’actualité, adoptant un ton direct et souvent clivant. Certains de ses tweets, portant sur l’immigration et la sécurité, ont contribué à placer Béziers au centre des discussions publiques. Ces campagnes de communication, bien que polémiques, ont permis à la ville de Béziers de bénéficier d’une visibilité accrue. Elles ont également soulevé des interrogations sur les responsabilités éthiques associées à une communication municipale axée sur des sujets sensibles et des images percutantes.
La consolidation du soutien électoral de Robert Ménard repose sur une stratégie politique qui mêle mesures sécuritaires, symboles identitaires et une communication directe avec les habitants. Ces décisions, bien que polémiques sur le plan national, semblent en phase avec les attentes d’une partie de son électorat local, majoritairement conservateur. Ces mesures renforcent l’image d’un maire « proche des préoccupations locales »7 et prêt à prendre des décisions marquées, quitte à susciter des controverses au-delà de sa commune. Robert Ménard a un solide soutien de la part de ses électeurs. Lors des élections municipales de 2014 à Béziers, Robert Ménard est élu maire avec un soutien notable du Front National. Au premier tour, il a recueilli 44,88 %8 des voix et lors du second tour, il a consolidé sa position et obtenu le mandat de maire avec 47,4 % des suffrages, dans une triangulaire contre ses deux principaux adversaires politiques. Il a solidifié et s’est assuré du soutien des Biterrois pour sa réélection en 2020. Il est, ainsi, réélu dès le premier tour avec 68,7 % des voix, contre notamment 11,5 % à la liste centriste de Pascal Resplandy et 6,1 % à la liste d’union de la gauche menée par Nicolas Cossange. En 2015, le journal Le Monde déclare “Qu’ils l’aiment ou pas, tous les Biterrois sont d’accord : leur maire, Robert Ménard, a le sens de la communication”9 et explique que “dans le centre-ville, le franc-parler de Ménard plaît.”10
Nous avons, notamment, pu interviewer une biterroise, Jocelyne11, qui a affirmé son vote pour le maire. Elle a expliqué que Robert Ménard est un “homme sympathique”12. Jocelyne raconte qu’elle a voté pour lui seulement en 2020. D’après elle, il a sauvé le centre-ville des “voyous” et a “rénové Béziers”13. De plus, il va régulièrement se présenter et parler avec les associations biterroises et avec les citoyens eux-mêmes, il est ainsi “ proche des gens”14.
Malgré tout, des critiques sont présentes, que ce soit de ses opposants politiques ou de divers journaux tels que Mediapart, Midi Libre ou encore La Marseillaise. Ces opposants politiques, tels que les écologistes locaux, expriment régulièrement des critiques. Par exemple, ils dénoncent une communication jugée autoritaire et décalée du journal municipal mural de la mairie. Effectivement, ils ont répondu au journal de la Mairie, L’Appel, en créant, ironiquement, un journal qu’ils ont nommé La Pelle15.
En conclusion, la stratégie de communication territoriale de Robert Ménard repose sur l’instrumentalisation des controverses politiques pour lui garantir une couverture médiatique nationale. Grâce à son expérience du milieu journalistique, Robert Ménard a réussi à transformer des questions d’échelle locale en des enjeux nationaux permettant à Béziers de disposer d’un rayonnement conséquent pour une ville de moins de 100 000 habitants. L’adhésion de la population locale à cette stratégie médiatique est manifeste comme le prouve sa réélection en 2020 dès le premier tour. On peut ainsi se demander si la présence et le rayonnement médiatique de Béziers peuvent effriter la cohésion nationale ?
Article rédigé par Elisa CELLÉ, Max HAYMANN, Imen SAID KOUADRI – Promotion 2024-2025 M1 communication politique et publique
C’est à cette question que nous avons tenté de répondre dans le cadre d’un projet tutoré en collaboration avec la Ville de Cachan. Menée par un groupe d’étudiants du Master, cette mission visait à concevoir une stratégie de communication valorisant les comportements responsables sans recourir à des messages de réprimande. Un exercice où l’enjeu consistait à susciter l’adhésion des habitants à travers une approche humaine, bienveillante et fédératrice.
Un projet ancré dans le réel et porté par les acteurs de terrain.
Commandité par M. Tom Chevallier, directeur de la communication de la Ville de Cachan, ce projet s’inscrit dans une démarche de responsabilisation citoyenne, au croisement entre communication publique, engagement local et éducation collective. Dès les premiers échanges, le besoin d’une campagne valorisante et optimiste s’est imposé, avec une volonté claire : montrer que derrière la propreté de la ville se trouvent des personnes investies, souvent invisibles, mais essentielles.
Nous avons ainsi imaginé plusieurs pistes créatives, parmi lesquelles l’axe dit “souriant” a fait consensus. L’idée ? Humaniser la question de la propreté à travers des visages souriants – ceux des agents municipaux et des habitants – afin de créer un lien empathique entre les citoyens et les services publics. Le sourire devient ici un vecteur de communication : chaleureux, universel, et capable d’adoucir les messages, même lorsqu’ils traitent de sujets sensibles.
“Les Sourires de Cachan” : une campagne qui donne un visage à la propreté.
De cette réflexion est née la campagne “Les Sourires de Cachan”. Elle met en scène les agents municipaux – éboueurs, balayeurs, jardiniers, agents de tri – dans leur quotidien, à travers une série de portraits photographiques réalisés sur le terrain. Chaque visuel est accompagné d’un horodatage (symbole d’un moment réel de leur tournée) et d’un court texte anecdotique ou personnel, illustrant leur lien à la ville. L’objectif : rendre hommage à leur travail tout en éveillant une conscience collective autour de la propreté urbaine.

Une communication fondée sur la bienveillance et l’inspiration.
Tout au long du projet, nous avons compris que pour être efficace, une communication sur la propreté devait reposer sur plusieurs leviers : valorisation des comportements exemplaires, ton bienveillant et inclusif, recours à des visuels inspirants, et, parfois, une touche d’humour ou de décalage. Il ne s’agissait pas de faire la morale, mais d’ouvrir les yeux.
La propreté devient alors un projet commun, un contrat tacite entre les usagers et ceux qui prennent soin de l’espace public. C’est dans cette perspective que nous avons perçu la force de la communication territoriale : elle peut renforcer le sentiment d’appartenance, restaurer la confiance envers les institutions, et surtout, faire émerger des comportements plus respectueux et solidaires si celle-ci est bien réceptionnée.
Une restitution valorisante devant les acteurs institutionnels.
La soutenance du projet, organisée devant un jury composé d’enseignants et d’acteurs municipaux, a permis de mettre en lumière le chemin parcouru et l’engagement de notre équipe. Étaient présents, notamment, notre commanditaire, M. Tom Chevallier, ainsi que Coach Mamad, adjoint délégué à la jeunesse, l’insertion et l’emploi à Cachan. Ce moment d’échange a confirmé la pertinence de notre démarche et la qualité du rendu final, à la fois professionnel, humain et ancré dans les réalités du terrain.
Nous tenons à remercier chaleureusement M. Tom Chevallier pour sa confiance, M. François Leray, notre tuteur, pour son accompagnement, ainsi que les agents municipaux qui ont prêté leur image et leur sourire à cette campagne.
Ce compte-rendu a été rédigé par Hugo Singrajphakd, Tess Fraysse et Mouhamed Samb de la promotion du Master 1 Communication publique et politique en France et en Europe 2024-2025.
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Le média DémocratieS, porté par l’Institut de la concertation et de la participation citoyenne (ICPC), s’inscrit dans un paysage éditorial singulier. L’ICPC est une association créée en 2008, qui fédère praticiens, chercheurs et acteurs publics autour des enjeux de démocratie participative. Elle développe des outils de mutualisation, d’échange de pratiques et d’analyse des politiques participatives. Dans ce cadre, DémocratieS constitue un prolongement éditorial de cette mission : un espace dédié aux analyses critiques, croisées et accessibles sur la participation citoyenne, mobilisant à la fois des chercheurs, des praticiens et des acteurs de terrain. Ce positionnement original repose cependant sur un équilibre fragile : le média fonctionne sans publicité, avec des moyens humains réduits, et dépend pour l’essentiel de financements publics, sans fonds propres spécifiquement alloués à son développement.
Initialement orientée vers la conception d’une campagne de crowdfunding, la commande s’est rapidement enrichie. Nous avons, en lien étroit avec nos interlocutrices, proposé une approche plus large : comment faire du financement participatif non seulement un levier économique, mais aussi un outil de mobilisation, de communication, et de réflexion stratégique pour le média ?
Ce changement d’angle nous a permis d’explorer de multiples dimensions du projet : mieux comprendre le lectorat, clarifier les publics cibles, structurer les messages, proposer des contenus adaptés… L’occasion de mêler nos compétences en analyse de politiques publiques, communication, observation de terrain et coordination de projet.

Nous avons ainsi posé les bases d’une campagne de crowdfunding à lancer à l’automne 2025. Objectif : récolter 15 000 € pour permettre le renforcement ponctuel de l’équipe (via un stage, un prestataire ou un temps partiel) et accompagner la diversification des formats éditoriaux (vidéos, podcasts…).
Notre contribution comprend :
Ce travail a été mené dans un esprit de fidélité à l’ADN de DémocratieS : un média indépendant, rigoureux, et ancré dans les pratiques démocratiques contemporaines.

Dès les premières semaines, un constat s’est imposé : pour renforcer le lien avec les lecteur·rices, il faut d’abord mieux les connaître. C’est pourquoi nous avons conçu un questionnaire de lectorat à destination des abonné·es à la newsletter. Ce questionnaire interroge leur profil, leurs usages éditoriaux, leurs attentes… et leur ouverture à de nouvelles formes d’engagement (adhésion, dons…).

Cet outil précieux sera activable au moment jugé opportun par l’équipe. Il pourra nourrir des décisions futures, bien au-delà de la seule campagne de financement.
Enfin, nous avons mené un benchmark de médias indépendants aux profils comparables, afin d’identifier des modèles économiques et éditoriaux inspirants. Résultat : une diversité de pratiques, allant de l’abonnement classique au mécénat, en passant par des formes hybrides de soutien. Cette analyse offre à l’équipe de DémocratieS une base de réflexion élargie, en phase avec les enjeux de l’indépendance éditoriale et de la pérennisation économique.

Au-delà des livrables produits, ce projet nous a permis de mettre en pratique des compétences très concrètes : gestion de projet, coordination avec les commanditaires, travail en équipe, communication stratégique… mais aussi sens de l’adaptation et réflexion collective.
Ce projet a été l’occasion de découvrir un acteur important de la démocratie participative, de contribuer à la structuration d’un média en développement, et de participer, à notre échelle, à la construction d’un espace éditorial libre, rigoureux et accessible.
Nous profitons de cette tribune pour remercier chaleureusement nos commanditaires — Sylvie Barnezet, rédactrice en chef, et Valérie Urman, journaliste — pour nos nombreux échanges ainsi que notre tutrice, Stéphanie Wojcik, pour son temps, son accompagnement et ses précieux conseils durant ce projet.

Solène Dervin, Marius Grolleron, Emmy Marc, Loïc Maria, Adam Rauner, master 1, promo 2024-2025
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