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L’hommage s’est déroulé devant la stèle érigée en hommage à la mémoire des victimes de l’OAS qui se trouve dans la 88e division du cimetière du Père-Lachaise, en bordure de l’allée des Fédérés.
Un hommage lui sera rendu le 6 octobre 2023 à 11h00 devant la stèle érigée à la mémoire des victimes de l’OAS au cimetière du Père-Lachaise, 12 ans jour pour jour après son inauguration par le maire de Paris, M. Bertrand Delanoë.
]]>Émotion à l’écoute de Delphine Renard qualifiant si opportunément de « Justes » les neuf morts de Charonne et bénissant leur mémoire.
Émotion au moment d’intervenir face à un auditoire aussi massif dans lequel je reconnais outre un nombre important d’adhérents franciliens de l’association au nom de laquelle je suis appelé à prendre la parole, des amis tels que représentants de la FNACA de Paris, président de l’Espace Guerre d’ALgérie (EGAL), auteure de la bande dessinée « Charonne – Bou Kadir », historien auteur de « Nostalgérie. L’interminable histoire de l’OAS ».
Cf. infra texte de mon propos.
Même sentiment en entendant l’implacable réquisitoire contre les autorités de l’époque prononcé par l’estimable maire de l’arrondissement, le discours de campagne du candidat Fabien Roussel et celui, sans complaisance, du responsable de la CGT à qui l’on a dû le rappel des noms et qualités des neuf « Justes de Charonne ».
PS : Une vidéo existe, voir ci-dessous :
« La République, ce n’est pas la police aux ordres d’un préfet tel que Maurice Papon : c’en est même l’opposé ! La République, ce n’est pas un homme politique prétendant haut et fort l’incarner et exprimant sur son visage sa haine féroce de la police : c’en est même la caricature !
« La République, elle est ici, représentée physiquement par ses victimes, leurs descendants, leurs amis.
« Oui, la République française a fait des victimes, en nombre, en masse, il y a une soixantaine d’années, en Algérie comme en France. Des victimes désormais reconnues pour la plupart d’entre elles. Mais d’autres restent occultées : celles de la police parisienne le 8 février 1962 et de l’OAS. Une police et une organisation qui, ici, à Charonne, ont semblé se confondre et s’unir dans un même élan de sauvagerie homicide.
« Des victimes, disais-je, passées par pertes et profits, réduites au silence par des autorités qui, au sein de l’Armée, ont organisé ou couvert la destruction par un certain 2e bureau des archives militaires traitant de l’OAS, par des ministres qui, hier, ont couvert de distinctions honorifiques le torse des tueurs de l’OAS et qui, aujourd’hui, accordent leur sympathie compassionnelle aux anciens complices de ces criminels.
« La République doit reconnaître ses propres faiblesses, ses erreurs, ses fautes, ses forfaits : ce sont son devoir, sa dignité, son honneur.
« Elle doit dénoncer le double discours d’un Roger Frey qui, au lendemain du 8 février 1962, imputait la responsabilité des morts de Charonne aux manifestants eux-mêmes et qui, le 10 mars suivant, dans une allocution télévisée au journal de 20h00, dénonçait la « folie sanguinaire » de l’OAS, cherchant à « s’emparer du pouvoir par des méthodes que le régime hitlérien n’aurait certes pas désavouées », et en fustigeant les membres, qualifiés de « fascistes » et de « revenants de la collaboration ».
« Sachons gré au préfet de police Didier Lallement de sa contribution significative à la vérité, ce matin-même, au cimetière du Père-Lachaise.
« Pour conclure sur une note familiale (c’est tendance !), sur une note apaisée, sur une note d’espérance, je voudrais rapprocher deux déclarations distantes de soixante ans :
– celle de mon père, le jour de son accès au poste de commissaire central du Grand Alger : « L’horizon commence à blanchir et bientôt, je l’espère, luira sur l’Algérie l’aube de la paix. Je voudrais, de toute mon âme, être le Central de la pacification, la vraie cette fois, celle des esprits. Je rêve d’une Alger où les hommes s’entraiment enfin, sans plus être séparés par des races, des religions ou des mers. » ;
– celle à Amboise, il y a trois jours, de l’actuel ambassadeur d’Algérie, M. Antar Daoud, appelant à faire de la Méditerranée un « lac de paix partagée et non un lac de division ».
« Vive la République ici présente, et surtout vive la paix civile, vive la paix des mémoires. »
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Depuis que la France est entrée dans l’année du soixantième anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie, l’ensemble de la presse nationale s’est tenue à distance des victimes de l’OAS, préférant évoquer les mémoires douloureuses des partisans de l’Algérie française, des harkis et des représentants du monde rapatrié.
[…]
En me proposant une interview téléphonique, Le Monde a, le premier, brisé cette forme d’omerta :
Il faut dire que ce quotidien se rappelle avoir, le 15 février 1962, subi l’épreuve d’une bombe visant Jacques Fauvet, son rédacteur en chef adjoint, mais qui blessa légèrement sa fille âgée de huit ans : sombre reproduction de l’attentat dirigé une semaine auparavant contre le ministre André Malraux et dont Delphine Renard sortit à quatre ans et demi mutilée à vie.
Telle était l’OAS dont l’État s’est déshonoré en en célébrant, quasi continûment depuis février 1973, des faits d’armes de même nature. Telle était l’OAS dont la République a délaissé autant les victimes survivantes que les familles des victimes décédées, au nombre estimé de quelque 2 700 ces dernières.
Puisse l’article ci-annexé du journaliste Frédéric Bobin – dont je salue le travail impartial – contribuer à l’édification de ses lecteurs à l’Élysée et encourager Monsieur Emmanuel Macron à laver l’injure nostalgérique faite à la mémoire de l’Émir Abdelkader le samedi 5 février à Amboise : la commémoration demain, à Paris, du drame de Charonne sera pour lui l’occasion d’exalter le souvenir des personnes tombées, des deux côtés de la Méditerranée, sous les coups d’un belligérant aveugle et barbare.
Mais toutes les victimes du conflit n’ont pas encore été honorées. Dans un entretien au Monde Afrique, Jean-François Gavoury, fils de Roger Gavoury, commissaire central d’Alger assassiné par l’Organisation de l’armée secrète (OAS) le 31 mai 1961, regrette que les morts causés par cette organisation terroriste pro-Algérie française aient jusqu’à présent été « passés sous silence » dans les hommages officiels. Une initiative est attendue ce mardi 8 février de la part de l’Elysée à l’occasion du 60e anniversaire de la répression d’une manifestation organisée par les partis et syndicats de gauche contre « les assassins de l’OAS » et pour la « paix en Algérie » à la station de métro Charonne, à Paris.
Comment jugez-vous cet acte de « reconnaissance » des « injustices » et des « drames » subis par les pieds-noirs d’Algérie lors de l’accession du pays à l’indépendance ?
Il est légitime que les victimes du 26 mars 1962 soient honorées. Cela ne me choque en rien. Soixante ans après, il est plus que temps de procéder à une reconnaissance générale de ce que fut la guerre d’Algérie. De la même manière, je ne suis pas choqué que les harkis se voient reconnaître les traitements inhumains qu’ils ont eu à endurer au lendemain du cessez-le-feu et obtiennent des compensations.
Ce qui me rend amer, c’est que les victimes de l’OAS soient à ce point délaissées. Déjà, le rapport de Benjamin Stora [remis au président de la République en janvier 2021] était silencieux, étrangement silencieux, sur la date du 8 février 1962, celle de la répression de la manifestation anti-OAS et en faveur de la paix en Algérie, au cours de laquelle neuf personnes ont péri au métro Charonne sous les coups de la police de Maurice Papon. Les victimes de l’OAS sont, au moment où nous parlons, les seules victimes de la guerre d’Algérie totalement oubliées par les pouvoirs publics depuis soixante ans. Je dis bien : les seules. Il n’en est pas d’autres.
La qualification de « massacre impardonnable » vous semble-t-elle convenir à propos de la tuerie de la rue d’Isly ?
Je sais gré au président d’avoir mentionné que la foule de manifestants de la rue d’Isly avait « été attisée par l’OAS ». C’est la première fois qu’au sein de l’Etat on précise que cette manifestation avait répondu à un mot d’ordre de l’OAS. Mais qualifier de « massacre impardonnable pour la République » l’usage de la force face à une manifestation à caractère insurrectionnel et appelée par une organisation criminelle peut placer le chef de l’Etat dans une situation délicate.
Si l’administration des anciens combattants et les services d’archives avaient été parfaitement transparents vis-à-vis du chef de l’Etat, ils n’auraient pas manqué de lui adresser les pièces relatives à ce dossier du 26 mars 1962. Car les archives existent bel et bien et elles tendent à démontrer de façon incontestable le fait que le 26 mars 1962, les malheureux musulmans composant le 4e Régiment de tirailleurs – où il n’y avait d’ailleurs pas que des musulmans – ont répondu en état de légitime défense à des tirs émanant de balcons et du toit de l’immeuble du 64 rue d’Isly. Les membres de ce régiment ont réagi instinctivement, en imaginant que ces tirs pouvaient provenir de la foule qu’ils avaient en face d’eux. Le président de la République a été tenu dans l’ignorance d’une réalité déjà reconnue comme un fait historique par des services relevant de son autorité.
| « Nous attendons un geste mémoriel de la part du président en hommage aux victimes de l’OAS, qui sont au nombre de 2 700 » |
Que demandez-vous précisément au chef de l’Etat ?
Les victimes de l’OAS sont représentées par deux associations. La première, Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons, est une association vouée à perpétuer le souvenir des six inspecteurs des centres sociaux éducatifs (CSE) en Algérie assassinés collectivement le 15 mars 1962 au CSE de Château-Royal, à Alger. La seconde, plus généraliste, est celle dont je suis le représentant légal : l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (Anpromevo). Nous attendons un geste mémoriel symbolique de la part du président de la République en hommage aux victimes de l’OAS, qui sont au nombre de 2 700 personnes – Européens comme autochtones -, sans compter les blessés.
L’OAS a visé, en Algérie et en France, des fonctionnaires, des magistrats, des élus, des enseignants, des journalistes, tous défenseurs des institutions de la République. Et bien sûr des policiers et des militaires, des gendarmes ou des soldats du contingent, tels ceux qui ont été tirés comme des lapins les 22 et 23 mars 1962 à Bab el-Oued (Alger). Le hasard veut que le procès des assassins de mon père, première victime de l’OAS au sein de la fonction publique, ait débuté le 26 mars 1962, le jour de la tuerie de la rue d’Isly.
Nous ne demandons pas d’argent pour toutes ces familles, parce que cela ne serait pas sain à nos yeux. Car il faut savoir que des militants de l’OAS ont, eux, réclamé et obtenu, aux frais du contribuable, des indemnités. En vertu de l’article 13 de la loi du 23 février 2005, ces tueurs ayant abattu nos pères et nos mères ont eu accès à des compensations financières du fait qu’ils avaient dû interrompre leur activité professionnelle pour se joindre aux factieux, s’étaient exilés pour échapper à la justice et n’avaient pas pu cotiser pendant ce temps pour leur future retraite civile. Ces indemnités se sont élevées à 1 250 euros par trimestre, soit 5 000 euros par année. Des sommes substantiellement supérieures aux réparations accordées aux harkis qui, eux, s’étaient placés du côté de la République.
| « Je ne connais pas les intentions du chef de l’Etat, mais je compte sur lui car il me semble témoigner d’un esprit d’ouverture » |
Quelle forme pourrait prendre ce geste mémoriel de la part du président de la République ?
Nous n’attendons pas de lui de la compassion, mais de la compréhension de ce qu’ont été la douleur et les souffrances des familles des victimes de l’OAS, jusque-là complètement passées sous silence. M. Macron peut accomplir ce geste soit le 8 février, à l’occasion du 60e anniversaire de la répression du métro Charonne, soit le 19 mars, lors de l’anniversaire de l’entrée en vigueur du cessez-le-feu consécutif aux accords d’Evian. Dans ce deuxième cas, il pourrait se joindre à la cérémonie tenue chaque année au matin de ce même 19 mars devant une stèle érigée en octobre 2011 par la ville de Paris à la demande de notre association en hommage aux victimes de l’OAS. Mais pour l’instant, je ne connais pas les intentions du chef de l’Etat. Je compte sur lui car il me semble témoigner d’un esprit d’ouverture. Je l’ai même trouvé extrêmement courageux d’avoir déclaré en aparté, à la fin de sa rencontre avec les rapatriés le 26 janvier à l’Elysée, qu’il ne reviendrait pas sur ses propos de 2017 à Alger assimilant la colonisation à un « crime contre l’humanité ».
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27 janvier 2022
La fusillade de la rue d’Isly le 26 mars 1962 à Alger a consisté en « un massacre impardonnable pour la République »
(Emmanuel Macron, Palais de l’Élysée, 26 janvier 2022)
À l’égard de certaines mémoires en relation avec la fin de la colonisation de l’Algérie, la déclaration de Monsieur Emmanuel Macron du 26 janvier 2022 relative aux événements survenus le 26 mars 1962 à Alger pourrait être regardée, en l’état et à ce stade, comme une déclaration de guerre.
On est d’emblée tenté d’y voir une initiative s’inscrivant dans le droit fil de la réception au Palais de l’Élysée, le 30 septembre dernier, d’un descendant du général félon Raoul Salan, chef suprême de l’OAS, responsable du putsch d’avril 1961.
Pourtant, cette proclamation doit être replacée dans le contexte d’une intervention, et celle-ci ne s’applique pas à dissimuler l’identité des instigateurs d’une action qui va virer au drame : « Ce jour-là, des soldats du 4e régiment de tirailleurs, une unité de l’armée française, firent feu sur une foule qui manifestait, attisée par l’OAS, son attachement à l’Algérie française en cherchant à rompre le blocus du quartier de Bab-El-Oued. Ce jour-là, des soldats français, déployés à contre-emploi, mal commandés, moralement atteints, ont tiré sur des Français. Il est plus que temps de le dire. Ce qui devait être une opération de maintien de l’ordre s’acheva par un massacre, un massacre dont aucune liste définitive des victimes ne fut établie, qui fit des dizaines de tués et des centaines de blessés. »
L’hommage rendu aux victimes ne souffre aucune contestation.
Mais qualifier de « massacre impardonnable pour la République » l’usage de la force face à une manifestation à caractère insurrectionnel appelée par une organisation criminelle en dépit de l’interdiction générale découlant des Accords de cessez-le-feu en Algérie peut placer le chef de l’État en situation délicate si l’ouverture des archives révèle que l’armée a tiré en état de légitime défense.
Un tel propos est par ailleurs susceptible d’embarrasser le ministre de l’intérieur :
– dont l’un des illustres prédécesseurs, Monsieur Roger Frey, dans une allocution télévisée au journal de 20h00 le 10 mars 1962, dénonçait la « folie sanguinaire » de l’OAS, cherchant à « s’emparer du pouvoir par des méthodes que le régime hitlérien n’aurait certes pas désavouées », et en fustigeait les membres, qualifiés de « fascistes » et de « revenants de la collaboration » ;
– au moment même où Monsieur Gérald Darmanin a à gérer une situation d’extrême violence à Nantes, livrée à des manifestations non déclarées ou maintenues au mépris de leur interdiction préalable.
Rappelons par ailleurs, à titre non anecdotique, que le Gouvernement se targue ces jours-ci d’avoir soumis au Parlement le vote d’une indemnisation forfaitaire en faveur des harkis calculée sur la base de 1 000 euros par année de rétention en camp contre 1 259 euros par trimestre d’activisme belligérant aux anciens tueurs de l’OAS en vertu (!) des dispositions de l’article 13 de la loi n° 2005-158 du 23 février 2005.
Retenons, enfin et surtout :
1°) que la Présidence de la République, au soir du 26 janvier 2022, a fait paraître sur son site Internet une communication se concluant en ces termes : « Le Président de la République, comme il s’y est engagé lors de la remise du rapport de Benjamin Stora, participera à la commémoration du 19 mars 1962, sous une forme, là encore, conçue spécifiquement pour notre époque. » ;
2°) que des propositions ont été remises en ce sens à son conseiller « Mémoire » le 15 novembre dernier et présentées oralement le même jour à la Première dame ;
3°) qu’entre-temps, le 8 février 2022, sera célébré à Paris, au Métro Charonne, le souvenir tragique, soixante après, des victimes d’une manifestation prônant la paix en Algérie et qu’un geste mémoriel issu du niveau sommital de l’État n’est pas exclu à cette occasion.
]]>25 janvier 2021
La longue série des commémorations de la période 1961-1962 de la guerre d’Algérie commence avec le soixantième anniversaire de l’assassinat à Alger de Maître Pierre Popie, avocat libéral, tué par l’OAS quelques jours avant l’acte de naissance officiel de ce groupe armé qui ne tardera pas à s’ériger en authentique partie belligérante dans le cadre de ce conflit.
Vont prochainement revenir à la surface :
– le 31 mars, le souvenir de Camille Blanc, maire d’Évian ;
– le 22 avril, celui de Pierre Brillant, maréchal des logis, victime du putsch des généraux à Ouled Fayet ;
– le 31 mai, celui de mon père, commissaire central du Grand Alger ;
– et puis, et puis de tant d’autres, par centaines, pour atteindre quelque 2.700 morts (et d’innombrables blessés !).
Les dix-huit mois à venir seront une épreuve insupportable pour les descendants de victimes de l’OAS si la République et la Nation ne prennent pas enfin conscience de la nécessité de leur rendre justice en en reconnaissant officiellement la douleur et en honorant leurs pères et leurs mères à la hauteur de leur sacrifice.
Jean-François Gavoury
Président de l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (ANPROMEVO)
Adresse postale : 7 rue des Petits Bois 92370 Chaville
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HEXAGONE EXPRESS
Jeudi 21 janvier 2021

La France n’en finira jamais de nous étonner. Pour mieux la comprendre, essayons donc d’abord de la raconter chaque jeu
– Richard Werly, correspondant permanent à Paris.

HEXAGONE EXPRESS – OPINION. Le rapport remis mercredi 20 janvier à Emmanuel Macron par l’historien Benjamin Stora n’est pas de nature à tourner la page de l’aventure algérienne de la France, écrit Richard Werly.
Trop de larmes, de frustrations et de sang versé continuent d’empoisonner cette impossible décolonisation psychologique
Tout observateur de cette tragédie historique qu’est l’aventure coloniale de la France en Algérie devrait se rendre au cimetière Haut Vernet à Perpignan (Pyrénées-Orientales). Là, entre les tombes bien alignées de familles de rapatriés, contraints de quitter la rive sud de la Méditerranée entre «la valise et le cercueil» après le référendum sur l’indépendance du 1er juillet 1962, un monument se dresse, montrant un homme en train de s’écrouler, attaché à un poteau. Cette stèle des fusillés, toujours fleurie, a été érigée en mémoire des combattants de l’OAS, l’Organisation de l’armée secrète qui, rien qu’en 1962, tua plus de 1600 personnes, dont 239 Européens. La blessure impossible à cicatriser est là, incarnée par cet hommage de pierre et de bronze à celui qui tenta, le 22 août 1962, d’en finir avec le «traître» Charles de Gaulle lors de l’attentat du Petit-Clamart: l’ex-lieutenant-colonel Jean Bastien-Thiry, exécuté à 35 ans. Les braises de la haine, depuis, ne se sont pas éteintes.
Un mur d’incompréhension
Il faut avoir cela en tête en lisant le rapport qu’a rendu, mercredi 20 janvier, l’historien Benjamin Stora, dont on recommande l’excellente compilation Une Mémoire algérienne (Bouquins, Ed. Robert Laffont). L’Algérie est une tragédie française que beaucoup refusent encore de regarder en face. Une tragédie qui ne se limite pas à l’épouvantable décolonisation, sur fond de guerre et d’horreurs, entre la Toussaint rouge du 1er novembre 1954 – première offensive du Front de libération nationale – et le départ du dernier contingent français d’Alger, clôturant une conquête entamée en juin 1830.
Hervé Bourges, ancien patron de TF1 décédé en 2020, l’avait bien expliqué dans son livre De mémoire d’éléphant (Éd. Grasset). Il avait été de ceux qui, après l’indépendance, choisirent d’aider la nouvelle République en conseillant son premier président, Ahmed Ben Bella. «Il suffit de se rendre dans le sud de la France pour se rendre compte que certains n’admettent toujours pas l’indépendance de l’Algérie, expliquait-il dans son ouvrage. On érige des monuments à la gloire de l’OAS, mais dès qu’on parle de l’Algérie demeurent les clichés de l’islamisation. Mais ce pays est autre chose. On dénonce à juste titre le terrorisme en France, mais on a fermé les yeux pendant dix ans sur les 200 000 victimes du terrorisme en Algérie.» En bref : un mur d’incompréhension.
Il faut aussi avoir en tête, une fois le rapport Stora ouvert avec ses 22 recommandations – parmi lesquelles la mise en place d’une commission «Mémoire et Vérité»; construire une stèle à l’effigie de l’émir Abdelkader; reconnaissance par la France de l’assassinat de l’avocat Ali Boumendjel durant la bataille d’Alger de 1957; publier un «guide des disparus» de la guerre d’Algérie; faciliter les déplacements de harkis (les «Algériens» qui se rallièrent à la France) de l’autre côté de la Méditerranée… – qu’Emmanuel Macron a lui-même, en 2016, ravivé cette mémoire blessée.
Lire aussi: 2021, l’année compassionnelle d’Emmanuel Macron
Lorsqu’il qualifie, à Alger, la colonisation de «crime contre l’humanité», celui qui aspire alors à la fonction suprême fait le choix de rompre le pacte du silence. Le vote de la communauté d’origine maghrébine pèse lourd. Né en 1977, quinze ans après l’indépendance, le candidat Macron frappe fort: «J’ai toujours condamné la colonisation comme un acte de barbarie» énonce le futur président français au micro du journaliste vedette d’Echorouk News, Khaled Drareni (emprisonné depuis dix mois pour incitation à un attroupement non armé). Et d’ajouter : «La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime, c’est un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie. Cela fait partie de ce passé que nous devons regarder en face, en présentant nos excuses à l’égard de celles et ceux envers qui nous avons commis ces gestes.»
Revendications communautaires
Voilà le tableau que la France de 2021 a devant elle. Il est historique, émotionnel, religieux, culturel, social, familial. Avec ce que cela suppose d’arguments «civilisationnels» hérités du passé, impossibles à faire entendre à l’heure des légitimes revendications communautaires des jeunes générations. Les coulisses de l’histoire franco-algérienne sont, depuis plus d’un siècle, les oubliettes de la République. Le grand nombre de binationaux (on parle de 4 millions) panique les autorités françaises à chaque crise politique survenue à Alger. L’Etat social français y perd pied, piégé par sa générosité et sa bureaucratie. La jeunesse des deux pays se désespère devant l’enlisement du «hirak» (le soulèvement pacifique de 2019-2020), la prédation organisée de l’armée algérienne et la mainmise de l’islamisme. Le rapport Stora est une épitaphe. Le cimetière colonial n’a pas fini d’accueillir les cercueils.
À lire aussi dans «Hexagone Express» :
. Correspondant étranger, cible (parfaite) du malaise hexagonal
. Jean Noël Jeanneney, historien et héritier gaulliste
]]>Le rapport si attendu de Benjamin Stora a été très officiellement remis hier au Président de la République et aussitôt publié sur le site Internet de l’Élysée.
Vous le trouverez en bas de cet article.
Le discours est en phase avec celui, immuable, des services tant du ministère en charge des anciens combattants que de l’un de ses établissements publics, l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre :
– on parle des soldats Morts pour la France en oubliant non seulement certaines victimes civiles mais aussi (sinon surtout) l’ensemble des membres des forces de l’ordre ;
– on ne dit pas de quelles organisations certains « civils » ont été les victimes, car citer celles de l’OAS reviendrait à les placer au même rang que les victimes du FLN et les rendre par conséquent éligibles à la qualité de Mort pour la France alors que le Conseil d’État ne reconnait admissibles à ce statut que celles d’une seule partie belligérante, le FLN.
Je retiens d’une lecture cursive des 157 pages du rapport de M. Benjamin Stora les éléments ci-après :
1°) Le mot « victimes » est mentionné huit fois.
2°) À plusieurs reprises, dans ce rapport, il est question de la commémoration du 17 octobre 1961, en particulier par le maire de Paris en 2001 et 2012, mais celles du 8 février 1962 à Charonne sont occultées.
3°) À nul endroit, il n’est fait état de l’initiative de Bertrand Delanoë concrétisée le 6 octobre 2011 au cimetière du Père-Lachaise (première stèle d’une institution française érigée en hommage et à la mémoire de toutes les victimes civiles et militaires de l’OAS en Algérie et en France).
4°) Le président de la Maison des agriculteurs et des Français d’Afrique du Nord (MAFA), ami des nostalgiques de l’Algérie française et des anciens activistes de l’OAS, a pu échanger avec – et recevoir les remerciements de – Benjamin Stora … à propos de qui Jean-Félix Vallat déclarait en novembre 2020, dans le bulletin d’information de son association : « Si ce chargé de mission est naturellement libre des conclusions qu’il formulera, dont on peut imaginer qu’elle reflètera son tropisme anticolonial, il ne saurait dénaturer sa démarche en ignorant la mémoire douloureuse des vaincus politiques de la guerre d’Algérie ».
5°) Une note de bas de page (n° 25 en pages 32 et 33) comporte une allusion aux victimes de l’OAS ainsi libellée :
« Ce « monde du contact » a été brisé par les exactions commises, notamment à la fin de la guerre d’Algérie, par certains commandos extrémistes de l’OAS, comme l’assassinat le 15 mars 1962, de l’enseignant Mouloud Feraoun et ses compagnons des centres sociaux fondés par Germaine Tillion. Voir sur ce point d’histoire, L’assassinat de Château-Royal, par Jean-Philippe Ould Aoudia, Paris, Ed. Tirésias, 1992. Et aussi, les initiatives de Jean-François Gavoury, son article dans L’Express, « Le dernier combat de l’OAS », le 7 novembre 2005 à propos d’une stèle érigée à Marignane en faveur de l’OAS. »
Le combat pour la célébration de la mémoire de nos victimes est plus que jamais d’actualité à la veille du soixantième anniversaire de la création de ce groupe armé insurrectionnel.
Jean-François Gavoury, président de l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (ANPROMEVO)
Mél. : anpromevo@noos.fr
Consulter le rapport Benjamin Stora au Président de la République 20 janvier 2021

LE rapport qui va permettre la RÉCONCILIATION entre les peuples français et algérien
Ce document de 157 pages fera date dans l’historiographie de la guerre d’Algérie. En effet, de la même manière que Bach et Mozart écrivaient des partitions à la demande des princes qui leur permettaient de pratiquer leur art, BS rédige, à la demande du Président de la République française, un document pour lui permettre de « s’inscrire dans une volonté nouvelle de réconciliation des peuples français et algériens (sic)».
C’est donc sous le prisme de la réconciliation (répétée 2 fois dans la lettre de mission du Président, 6 fois p. 39 et 1 fois p. 92) que sont traitées « Les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie », titre du document.
LE rapport commence par la citation d’une phrase de Camus et une autre extraite du Journal de Feraoun, ce qui ne pouvait que me satisfaire. L’ensemble du document est très intéressant, très documenté, très précis, rédigé par un historien universitaire de talent, rompu aux relations entre mémoire et histoire, ici entre mémoires et histoires de la guerre d’Algérie « entraînant une compétition victimaire où chacun se pose en victime supérieure à l’autre dans l’abandon (p. 92) ».
La compétence et la maîtrise du sujet par l’auteur autorisent à dire que ses oublis, ses périphrases, ses non-dits n’en sont pas vraiment. C’est bien une écriture partisane de l’histoire qui nous est donc proposée dans le but – certes tout à fait louable – d’une réconciliation entre les peuples algérien et français.
À la condition qu’elle ne se fasse pas au détriment de qui que ce soit !
BS parle en p. 17 d’André Rossfelder, qui « raconte son engagement pour le maintien de l’Algérie dans la France ». Ce que ne précise pas BS, c’est que l’engagement de Rossfelder s’est fait dans l’OAS. Condamné à mort par contumace pour sa participation à la tentative d’assassinat du président de la République, Charles de Gaulle, au mont Faron, à Toulon, le 15 août 1964. C’est le terroriste Rossfelder qui a transmis à un ami une liste de condamnés à mort par l’OAS, avec la mention « fait », ou bien « loupé » ou bien « en cours de préparation » en face des noms (voir Annexes p. 130 de La Bataille de Marignane).
BS rend un nouvel hommage, en page 39, au « beau livre d’André Rossfelder, ami d’A. Camus ». Bien des auteurs, cités par BS, auraient été heureux de voir qualifier de beaux leurs ouvrages.
Quand on lit les précisions de toute nature que sait apporter BS tout au long de son rapport, et qui font d’ailleurs son intérêt, on reste admiratif devant la dualité du rédacteur, surtout lorsqu’il déplore plus loin l’« effacement de faits pouvant ouvrir à un négationnisme généralisé ».
En page 32, dans la note de bas de page no 25 :
Ce « monde du contact » a été brisé par les exactions commises, notamment à la fin de la guerre d’Algérie, par certains commandos extrémistes de l’OAS, comme l’assassinat le 15 mars 1962, de l’enseignant Mouloud Feraoun et ses compagnons des centres sociaux fondés par Germaine Tillion. Voir sur ce point d’histoire, L’Assassinat de Château-Royal, par Jean-Philippe Ould Aoudia, Paris, Ed. Tirésias, 1992. Et aussi, les initiatives de Jean-François Gavoury, dans L’Express, « Le dernier combat de l’OAS », le 7 novembre 2005 à propos d’une stèle érigée à Marignane en faveur de l’OAS.
Relisons : Par certains commandos extrémistes de l’OAS. Selon Stora, il y aurait, parmi les groupes terroristes de cette organisation criminelle, des commandos extrémistes et d’autres qui le seraient moins. Voire modérés. Ou pas extrémistes du tout, comme Rossfelder qui, sereinement, raconte dans un beau livre son engagement pour le maintien de l’Algérie dans la France. Feraoun et ses cinq collègues auraient eu, selon BS, la malchance de tomber sous les balles d’un commando extrémiste de l’OAS.
BS parle à plusieurs reprises du 17 octobre 1961, date du massacre d’Algériens par la police parisienne placée sous les ordres du préfet de police Maurice Papon. Il précise que le maire de Paris, Bertrand Delanoë, s’est rendu plusieurs fois à la commémoration. C’est bien de le dire.
Par contre, on ne lit rien sur la répression sanglante de la manifestation organisée pour dénoncer les crimes de l’OAS, au métro Charonne, le 8 février 1962, par la même police parisienne placée sous les ordres du même Papon. La grande manifestation de centaines de milliers de Français contre l’OAS ne mérite pas de figurer dans la chronologie de la guerre d’Algérie écrite par l’historien de Cour.
Pas un mot non plus sur l’inauguration, par le même Bertrand Delanoë, de la stèle érigée au Père-Lachaise à la mémoire des victimes françaises et algériennes de l’OAS.
Silence de l’historien sur les hommages annuels rendus chaque 19 mars et chaque 6 octobre aux 2.700 victimes civiles et militaires, algériennes et françaises, de l’OAS.
Voilà un exemple de l’écriture hémiplégique de l’histoire justement dénoncée par BS.
À plusieurs reprises, BS cite les nombreux groupes de personnes traumatisées par la guerre, en particulier en page 7, dans la note de bas de page où il liste 8 groupes parmi lesquels ne figurent pas les descendants de victimes de l’OAS, lesquels, pour BS, ne sont pas des personnes traumatisées.
Reconnaissons tout de même à l’historien le mérite de parler « de quasi-guerre civile entre 1960 et 1962, avec les attentats de l’OAS » et de citer « la monographie importante sur l’OAS » écrite par Alain Ruscio (p. 21).
En annexe, BS cite les noms des nombreuses personnes avec lesquelles il s’est entretenu avant de rédiger LE rapport. Dix d’entre elles font partie de nos amis et de nos soutiens. L’association Marchand-Feraoun n’a jamais été sollicitée, elle qui honore six fonctionnaires
de l’Éducation nationale « victimes de leur engagement pour les valeurs de la République et pour l’indépendance de l’Algérie dans une relation fraternelle avec la France ».
Or c’est ce que dit aussi la première phrase de la lettre de mission du Président de la République : « une volonté nouvelle de réconciliation des peuples français et algériens » (sic). Notre association est en harmonie avec l’objectif du Président de la République.
Mais alors, Monsieur Stora, pourquoi ne pas l’avoir consultée ?
Parmi les 25 propositions formulées dans LE rapport en vue de réconcilier les peuples algérien et français, la plus subtile – sinon diabolique – est celle portant le n° 2 :
Un geste pourrait être l’inclusion dans le décret 2003-925 du 26 septembre 2003 instituant une journée nationale d’hommage aux morts pour la France pendant la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie d’un paragraphe dédié au souvenir et à l’oeuvre des femmes et des hommes qui ont vécu dans des territoires autrefois français et qui ont cru devoir les quitter à la suite de leur accession à la souveraineté.
Non, Monsieur Stora ! Ce n’est pas l’indépendance de l’Algérie qui a provoqué l’exode des pieds noirs. Serait-ce là, de votre part, une remise en cause du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ?
Ce sont, et vous le savez, toutes les horreurs commises par l’OAS qui ont incité les pieds-noirs, -et parmi eux tous les membres de ma famille maternelle- à fuir l’Algérie de peur des représailles à la suite, entre autres atrocités dont l’OAS s’est rendue coupable envers les Algériens : les tirs de mortier sur la Casbah surpeuplée, la pose de bombe devant le centre d’embauche des dockers, les malades tués à bout portant sur leurs lits, les « ratonnades », les femmes de ménage poignardées, etc.
Au bout du compte : 2700 victimes surtout algériennes mais aussi françaises.
Et vous le savez très bien, vous, historien spécialiste de la guerre d’Algérie.
Mais alors, pourquoi ne pas l’écrire au Président de la République ? Pourquoi cette négation de l’OAS dans l’histoire de la guerre d’Algérie ? Pourquoi, après réflexion, induire délibérément en erreur le Président de la République en pratiquant l’effacement de faits pouvant ouvrir à un négationnisme généralisé comme vous l’écrivez ?
Non Monsieur Stora ! Nous n’acceptons pas que la réconciliation entre Français et Algériens se fasse au détriment de la mémoire des victimes de l’OAS et de la négation de la souffrance de leurs familles. Nous formulons cette proposition en complément de la vôtre :
Un geste pourrait être l’inclusion dans le décret 2003-925 du 26 septembre 2003 instituant une journée nationale d’hommage aux morts pour la France pendant la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie, d’un paragraphe dédié au souvenir et à l’oeuvre des femmes et des hommes victimes de leur engagement pour les valeurs de la République et pour l’indépendance de l’Algérie dans une relation fraternelle avec la France.
Jean-Philippe Ould Aoudia (1)
(1 )Auteur de L’Assassinat de Château-Royal, Paris, Éd. Tirésias, 1992
Consulter le Rapport Benjamin Stora au Président de la République 20 janvier 2021
