Advertise with Googlier.com L'art moderne https://art.moderne.utl13.fr Cours d'art contemporain Wed, 30 Sep 2026 18:31:14 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1.3 La biennale de Venise 2026 https://art.moderne.utl13.fr/2026/09/la-biennale-de-venise-2026/ Sun, 27 Sep 2026 19:57:26 +0000 https://art.moderne.utl13.fr/?p=14208

Notre groupe de 31 provençaux a profité d’un temps radieux pendant toute notre semaine à Venise. Malgré les trajets en Vaporetto, souvent bondé, nos jambes ont été mises à contribution avec une moyenne de 11 km par jour. Mais quelles récompenses!
Notre conférence de la rentrée nous permettra de revenir sur certaines démarches et surtout de partager nos découvertes avec ceux qui n’étaient pas avec nous.

Intervenante : Agnès Ghenassia


La soixante-et-unième Biennale de Venise devait être placée sous le commissariat de Koyo Kouoh (1967-2025), directrice du plus grand musée d’art contemporain d’Afrique, le Zeitz MOCAA au Cap.

Née à Douala, au Cameroun, elle avait grandi à Zurich avec ses parents, mais c’est en Afrique qu’elle s’est imposée dans le domaine de l’art en organisant de nombreuses rencontres artistiques. Décédée à 57 ans en mai 2025, elle avait désigné une équipe qui a pu mettre en œuvre ses intentions et ses choix autour du titre In Minor Keys (En tonalités mineures). Ce terme désigne en musique la structure d’un morceau et ses effets émotionnels. Son idée, loin des ténors de la scène artistique, était d’écouter ce que le monde murmure plutôt que ce qui hurle, afin de proposer une expérience sensorielle, méditative et humaine.
Elle citait volontiers James Baldwin : « Certains souhaitent coloniser la Lune, d’autres dansent devant elle comme devant une amie ancestrale. » De même, pour Toni Morrison, «  c’est dans les mythes que se trouvent nos germes  » : il n’est pas possible de se focaliser constamment sur la crise, il faut de l’amour, il faut de la magie, car c’est aussi cela, la vie. Cette recherche d’apaisement n’a pourtant pas empêché les tensions géopolitiques lors des journées d’ouverture à la presse.


Manifestation des Pussy Riot devant le pavillon russe
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Des manifestations, notamment portées par le collectif Pussy Riot devant le pavillon russe et d’autres rassemblements devant le pavillon israélien, se sont opposées aux contextes de conflits internationaux.
Ces querelles ont pris fin dès l’ouverture au grand public, entraînant cependant quelques conséquences. Le jury, qui décerne traditionnellement les prix pendant les premiers jours, a démissionné ; il a donc été décidé que les prix du public seraient attribués à la fin de la Biennale, le 22 novembre. Autre conséquence : la Commission européenne, par le biais de l’Agence exécutive européenne pour l’éducation et la culture, a suspendu sa subvention de deux millions d’euros jusque-là versée à la fondation qui gère l’événement. Pour autant, le ministre de la Culture italien a finalement obtenu la fermeture au public du pavillon russe.
L’entrée dans les Giardini comme dans l’Arsenal permettait de méditer sur l’actualité politique.

À l’entrée des Giardini, on découvrait le cerf en origami (Origami Deer) de Zhanna Kadyrova, une sculpture réalisée en 2019 en béton.


Zhanna Kadyrova cerf en origami
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Elle était initialement installée comme une œuvre permanente dans un parc de Pokrovsk, une ville de la région de Donetsk dans l’est de l’Ukraine, sur le piedestal qui soutenait un ancien avion soviétique (à capacité nucléaire) démantelé. En août 2024, lorsque la population civile a évacué Pokrovsk, l’artiste et son équipe ont démonté l’œuvre pour la mettre en lieu sûr. En prévision de la Biennale, le cerf a ensuite entamé un grand déplacement vers Venise en traversant Varsovie, Vienne, Prague, Berlin, Bruxelles et Paris : une invitation à réfléchir à la fragilité de la paix et à la résilience du peuple ukrainien.
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À l’entrée de l’Arsenal, sur une bande de tissu, était imprimé le poème de Refaat Alareer : « Si je dois mourir, vous devez vivre pour raconter mon histoire … », composé quelques semaines avant que le poète palestinien et sa famille ne soient tués par une frappe aérienne en 2023.


Poéme de Refaat Alareer Conference of one’s self 2026 40 × 2,8 mètres
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Au-dessus est suspendue une peinture d’Issa Samb, artiste sénégalais emblématique pour qui l’art se veut un moyen de transmission entre les générations.

Aussitôt après, le visiteur est enveloppé dans une toile de 40 mètres de long installée en cercle, sur laquelle sont projetées des images en négatif de visages au sein d’une foule. C’est une œuvre de Khaled Sabsabi (né en 1965 au Liban, qui vit en Australie), qui suggère la puissance du groupe et du collectif.


Khaled Sabsabi Conference of one’s self 40 × 2,8 mètres Matériaux utilisés : Installation multimédia immersive combinant une peinture acrylique sur toile, une structure en acier, une installation vidéo HD à 8 canaux avec audio (durée de 64 minutes)
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Pour guider la visite, le choix s’est porté sur une sélection d’œuvres et de démarches présentées par domaines d’objectifs : Documenter le présent, perpétuer les croyances ancestrales, ou encore se souvenir de la nature etc.

1 – Documenter le présent

L’œuvre la plus radicale s’intitule The End of the World (La Fin du monde).

L’artiste derrière cette installation n’est autre qu’Alfredo Jaar (né en 1956 au Chili, qui vit et travaille à New York). Il a réalisé une oeuvre parmi les plus radicales de clles représentées.


Alfredo Jaar The End of the World 2026
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Nous pénétrons dans une longue salle entièrement rouge jusqu’à une table (un autel) sur laquelle est posé un cube de 4 cm de côté. À l’intérieur sont comprimés du cobalt, du cuivre, de l’étain, du nickel, du lithium, du manganèse, du coltan, du germanium et du platine, tous essentiels aux technologies au cœur de la transition écologique et des conflits armés. Chaque couche de ce cube se trouve au centre de tensions géopolitiques exacerbées dont les conséquences environnementales et humaines sont vertigineuses.
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Dans une salle sombre équipée de plusieurs écrans, une autre œuvre s’intitule Death Passed My Way and Stuck This Flower in My Mouth. C’est une installation vidéo à cinq canaux signée Éric Baudelaire (né en 1973 aux États-Unis, qui vit à Paris). L’artiste a emprunté son titre à un dialogue de Pirandello dans sa pièce L’Homme à la fleur à la bouche.
Le film se déroule dans l’immense entrepôt de fleurs d’Aalsmeer aux Pays-Bas, où transitent chaque matin des tonnes de fleurs d’Afrique et d’Amérique du Sud.


Eric Baudelaire Death Passed My Way and Stuck This Flower in My Mouth
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Évaluées et calibrées en vue de leur vente aux enchères, elles sont ensuite expédiées à travers le monde.


Eric Baudelaire Death Passed My Way and Stuck This Flower in My Mouth
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À l’écran, on voit des machines, des fleurs, des visages ; on ressent à quel point l’économie informatisée est une interface désincarnée. Et pourtant, l’humain résiste, incarné dans les portraits sensibles des employés.
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Joana Hadjithomas et Khalil Joreige (nés en 1969 au Liban) ont réalisé une vaste installation pour mettre en scène le récit de toutes les destructions et des ruines, reliant l’Antiquité à nos jours, de l’histoire du Liban au chantier de Notre-Dame de Paris. L’installation présente des carottages de fouilles et des débris de l’histoire, autant d’échantillons scientifiques tous référencés avec précision.


Joana Hadjithomas et Khalil Joreige Unconformities: What Lies Beneath Our Feet 2026
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Cette version inédite et immersive combine des tapisseries, des sculptures, des vidéos, ainsi que des dispositifs optiques comparables à des loupes permettant d’observer la matérialité de pièces archéologiques et les sédiments terrestres.


Joana Hadjithomas et Khalil Joreige Unconformities: What Lies Beneath Our Feet 2026
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À travers ces échantillons, Hadjithomas et Joreige s’opposent à la vision linéaire et lisse de l’Histoire. Une ville ne se construit pas simplement en empilant sagement des couches successives. Au contraire, le sol révèle des actions violentes, des ruptures, des déplacements de matière, des incendies et des reconstructions


Joana Hadjithomas et Khalil Joreige Unconformities: What Lies Beneath Our Feet 2026
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Joana Hadjithomas et Khalil Joreige Unconformities: What Lies Beneath Our Feet 2026
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En transformant la matière brute du sous-sol en une installation artistique monumentale et poétique, Joana Hadjithomas et Khalil Joreige nous rappellent que les villes contemporaines marchent sur les fantômes de leur propre passé.
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C’est un propos analogue qu’exprime Dawn DeDeaux (née en 1961 à Liberty, dans l’État de New York). Elle présente notamment un fragment de météorite posé sur un bureau. Ce qui l’a inspiré c’est la catastrophe causée par l’ouragan Katrina en 2005.


Dawn DeDeaux Meteor Study Desk (2024-2026)
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Dans sa série Dust Bowl Table, des échantillons de sol provenant du monde entier sont présentés dans de simples bols en bois.


Dawn DeDeaux Dust Bowl Table
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Dans Watermark for Venice and New Orleans, les niveaux d’inondation (à Venise et à la Nouvelle Orléans) sont indiqués par des images numériques incrustées dans de hautes plaques acryliques.


Dawn DeDeaux Watermarkers for Venice and New Orleans (2006/2026)
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À côté, des silhouettes représentent les vaincus : ces hommes en combinaison de protection, sur le point de disparaître, se dématérialisent peu à peu à l’image.


Dawn DeDeaux Les témoins 243 x 365 cm dessin numérique de haute qualité (tirage jet d’encre d’archive) imprimé et contrecollé sur un panneau de Dibond
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Les quatre artistes que nous venons d’évoquer amènent à réfléchir au présent à l’échelle mondiale. D’autres nous font partager un présent plus singulier.

Par exemple, Yo-E-Ryou, artiste coréenne, a observé sur l’île de Jeju les Haenyeo, ces femmes qui plongent à dix mètres de profondeur sans assistance respiratoire pour pêcher.


Yo-E-Ryou Les femmes plongeuses se reposent
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Pour sa performance Breath Orchestra, elle a filmé de jeunes filles qui s’entraînent à retenir leur respiration.


Yo-E-Ryou Breath Orchestra
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L’œuvre invite ainsi les visiteurs à s’immerger dans une perception sensorielle et profonde, axée sur l’écoute du souffle et du silence.
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Kambui Olujimi (né en 1976 à New York) est fasciné par le cosmos et les étoiles. En 2022, grâce à une bourse, il a offert à sept créatifs issus comme lui de la diaspora africaine une expérience de vol en apesanteur de 8 mn. L’expérience vécue de ces corps libérés de la gravité a donné naissance à sa série de peintures North Star, réalisées à l’encre de couleur, à l’aquarelle et à l’or sur papier. C’est pour lui le souvenir d’une expérience vécue. Métaphoriquement, ce sont des corps sans pesanteur, affranchis de toutes les oppressions.


Kambui Olujimi aquarelle, encre et graphite sur papier
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Kambui Olujimi aquarelle, encre et graphite sur papier
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Kambui Olujimi aquarelle, encre et graphite sur papier
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Kambui Olujimi aquarelle, encre et graphite sur papier
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Biennale Arte 2026 – Kambui Olujimi

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Yohannes Phokela (né en Afrique du Sud) détourne l’histoire de l’art européen avec une palette de bleus et de blancs. Ces teintes évoquent la porcelaine chinoise et japonaise jadis importée par la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, pour parler des désordres et de la violence en Afrique. Dans une série de peintures, il ironise sur les vertus vantées par la chrétienté occidentale, à la manière de Bosch et Brueghel en leur temps.


Yohannes Phokela série
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Yohannes Phokela Prudentia (2024) 80 x 100 cm huile sur toile
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Il interroge qui définit la moralité, qui la performe et qui en tire profit. La « prudence » devient ici une forme de stratégie de survie ou d’hypocrisie


Yohannes Phokela Fortitudo (La Force) (2024) 80 x 100 cm huile sur toile
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À travers cette scène chaotique, l’artiste commente la façon dont les puissances impériales et coloniales ont historiquement déguisé l’agression militaire, la guerre et la domination sous les traits de la « vertu » et du devoir moral.
Dans une œuvre de grand format, il reprend la composition de Rubens dans La Chute des damnés et, à la place du Christ, met en évidence une femme noire enceinte qui incarne l’avenir.


Yohannes Phokela Mela Caramellata appiccicosa assediata dallo scioglimento del Gelato (Pomme d’amour collante assiégée par la fonte de la glace) 220 × 160 cm
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La femme noire enceinte sur le globe incarne ici le commencement, la résilience et la perpétuation de la vie. Elle est la seule à se tenir droite et souveraine.
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Kaloki Nyamai (né en 1985 au Kenya) est un peintre qui puise son inspiration dans le quotidien de Nairobi, la capitale où il a grandi et où il vit. Élevé au son des récits de sa grand-mère sur le peuple Kamba, l’artiste représente ses sujets dans des situations triviales mais sur de très grands formats. Le support hybride mêle de la corde de sisal, des transferts photographiques et des fils de caoutchouc brûlés, de sorte que les figures peintes à l’acrylique apparaissent comme des images de mémoire émergeant d’un contexte violent. Entre beauté et brutalité.


Kaloki Nyamai Kana Kakwa 400 x 250 cm toile de lin peintures végétales acrylique matériaux divers
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Détail de la peinture


Kaloki Nyamai Kwata Kau, Ithyonze nitwavika vaa 400 x 250 cm toile de lin peintures végétales acrylique matériaux divers
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Voir les oeuvres dans leur contexte>

Billie Zangewa (née en 1973 au Malawi, elle vit en Afrique du Sud et à Londres) qualifie son travail de « féminisme quotidien ». Elle réalise de complexes collages texturés, cousus et brodés à partir de fragments de soie brute. Les scènes quotidiennes qu’elle donne à voir évoquent ainsi à la fois la beauté domestique et une certaine vulnérabilité des corps.


Billie Zangewa A Matter of Perspective (Une question de perspective) 2026 110 x 170 cm La soie brute de récupération fil à coudre colorants textiles

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Billie Zangewa A Stable Hand (Une main stable) 2026 110 x 140 cm assemblage minutieux de chutes de soie brute de récupération (raw silk offcuts) teintes et imprimées, entièrement assemblées, superposées et brodées à la main avec du fil à coudre
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Biennale Arte 2026 – Billie Zangewa

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Leonilda González (1923-2017) avait fondé en Uruguay le Club de Grabado de Montevideo (Club de gravure) pour diffuser des milliers d’estampes auprès du peuple. Sa célèbre série Novias revolucionarias (Les Fiancées/Épouses révolutionnaires) mêle ironie et colère à travers des visages d’inspiration byzantine. Plus tard, ces gravures sur bois (xylographies) ont été lues comme de puissantes images d’opposition à la dictature militaire qui a sévi en Uruguay de 1973 à 1985.


Leonilda González Novia revolucionaria XI 1969, 88 x 43 cm Xilographie (gravure sur bois) imprimée sur papier
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Elles ont toutes des visages d’inspiration byzantine avec des yeux allongés.


Leonilda González Novias revolucionarias I 1968, 61 x 71 cm Xilographie (gravure sur bois) imprimée sur papier
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Leonilda González Novias revolucionarias III 1969 50 x 70 cm Xilographie (gravure sur bois) imprimée sur papier
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Autres oeuvres de la série Novias revolucionarias
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Kader Attia (né en 1970 à Dugny vit entre Paris et Berlin) sillonne le monde depuis plusieurs années à la rencontre de cultures différentes. Il prend le temps d’écouter et de filmer ceux qui appréhendent le réel autrement pour tenter de les comprendre. Son installation labyrinthique, intitulée Murmure de traces, fait évoluer le visiteur entre des cordes recouvertes de fragments de miroirs. On y découvre notamment les propos d’un chaman vietnamien selon lequel les virus informatiques sont des entités spirituelles cherchant à contrecarrer la domination humaine.


Kader Attia Murmure de traces
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L’intelligence artificielle y est perçue comme un génie potentiellement démoniaque. Des récipients en filet remplis d’herbes sèches semblent indiquer que les esprits de l’Amazonie ont infiltré les technologies audiovisuelles.


Kader Attia Murmure de traces
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Kader Attia Murmure de traces
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2 – Perpétuer les cultures animistes

Demond Melancon (dit Big Chief), né en 1978 à La Nouvelle-Orléans, a été particulièrement remarqué. Grand chef de la tribu des Young Seminole Hunters, il est une figure centrale de la culture des « Black Masking Indians » de La Nouvelle-Orléans. Il perpétue une tradition issue de pratiques cérémonielles apportées par les Africains réduits en esclavage aux États-Unis. Pour cela, il fabrique lui-même, avec son épouse Alicia, des costumes de cérémonie à base de tissus brodés, de plumes d’autruche et de perles.


Demond Melancon Amistad Takeover
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Lors de l’ouverture de la Biennale, il a défilé en costume au rythme de tambourins, chantant sa prière aux ancêtres. Cette visibilité à la Biennale met fin à des années de vaches maigres : « Couler du béton, cuire des homards… Si vous saviez le nombre de métiers que j’ai exercés pour pouvoir financer mon art ! » La galerie Mariane Ibrahim a désormais décidé de le représenter et de financer son travail.


Demond Melancon Amistad Takeover
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Biennale Arte 2026 – Big Chief Demond Melancon

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Guadalupe Maravilla, né en 1976 au Salvador, vit à New York depuis 1980. Il intitule ses sculptures Disease Throwers (Porteurs de maladies). Ce sont de grands trônes magiques depuis lesquels la guérison peut advenir en s’y asseyant. L’artiste les a imaginés après avoir lui-même traversé l’épreuve d’un cancer.


Guadalupe Maravilla Disease Throwers #2 200 cm de haut
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Guadalupe Maravilla Disease Throwers #3 200 cm de haut
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Ebony G. Patterson, née en 1981 à la Jamaïque, vit aux États-Unis où elle enseigne. Ses assemblages s’inspirent du folklore et des mythes jamaïcains, mais se composent d’objets bien réels issus des déchets de la société de consommation dans les pays du Sud : plumages, tapisseries, dentelles, pompons, perles, plantes en verre, coquillages, feuilles d’or et paillettes.


Ebony G. Patterson when the land is in plumage 2020
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Paon avec des perles blanches qui semble émerger d’un environnement assez kitch.
Voir un détail : Pattes de la poule

Accumulation de 1 000 gants en dentelle rouge sang, moulés dans lesquels étaient logés des éléments noirs un peu inquiétants.


Ebony G. Patterson …fester… (2023)
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Ebony G. Patterson utilise la métaphore du jardin non pas comme un espace de calme, mais comme un témoin de l’histoire. Elle aime répéter que « les mauvaises herbes finissent par nous emporter tous ». Détail des mains.


Ebony G. Patterson …fester… (2023)
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Derrière se trouvait une accumulation dense et compacte de tissus de tapisserie Jacquard chamarrés, de dentelles, de franges et de passementeries. Au milieu de cette profusion textile colorée, on distingue deux colonnes vertébrales d’animaux dorées à la feuille d’or.
Voir d’autres oeuvres de Ebony G. Patterson.
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Daniel Lind-Ramos, né en 1953 à Porto Rico. Il construit, avec des objets trouvés ou donnés dans les rues de Loíza après un ouragan, de grands assemblages qu’il désigne comme des sentinelles veillant sur les terres et les hommes.


Daniel Lind-Ramos Talegas de la memoria (Sacs de la mémoire), 2023-2024
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Daniel Lind-Ramos Talegas de la memoria (Sacs de la mémoire), 2023-2024
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Daniel Lind-Ramos Talegas de la memoria (Sacs de la mémoire), 2023-2024
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Edouard Duval-Carrié, né en 1954 en Haïti, vit à Miami. Après le coup d’État militaire de 1991, des milliers d’Haïtiens ont fui leur pays. L’artiste, témoin de cet exode, s’est dit que ce qu’ils emportaient avec eux, c’étaient les esprits, les « Iwas » au cœur du vaudou haïtien.


Edouard Duval-Carrié
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Un panthéon de divinités Vaudou (Les Iwas) : Au premier plan, la série de trois bustes sculptés en bronze représente un ensemble de divinités du panthéon vaudou haïtien (les Lwas). À travers ces figures aux traits solennels l’artiste cherche à matérialiser la force intérieure, la résilience et la dignité spirituelle de la culture haïtienne


Edouard Duval-Carrié
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Elle montre une divinité (Ezili) en robe rose ornée de crânes, juxtaposée à la silhouette rigide d’un Marine américain armé sur un navire. Ce contraste frappant illustre directement l’histoire moderne d’Haïti : la présence militaire étrangère, le coup d’État de 1991 et l’exode forcé de milliers de réfugiés traversant les Caraïbes.


Edouard Duval-Carrié Poto Mitan
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Le Poto Mitan est considéré comme l’axe cosmique reliant le monde des humains à celui des esprits (les Iwas). C’est par ce canal vertical que les divinités descendent sur Terre pendant les rituels et les cérémonies.
Si, de loin, elle paraissait être en verre, elle était en réalité entièrement gainée de fils électriques bleus auxquels étaient accrochés des symboles vaudous et des bateaux.
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Werewere Liking, née en 1950 au Cameroun, vit en Côte d’Ivoire. Artiste autodidacte, elle est aussi chanteuse, écrivaine et metteuse en scène. Elle s’intéresse aux traditions orales panafricaines et aux rituels de son peuple d’origine, les Bassas. Ses peintures montrent des paysages urbains qui se métamorphosent en prenant des formes animalières, créant des êtres changeants.


Werewere Liking 2008
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Univers onirique et symbolique de l’artiste, mettant en scène des figures rituelles et cosmologiques africaines.


Werewere Liking 2011 100 x 136 cm Technique mixte sur toile
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Voir d’autres peintures de Werewere Liking.

On retrouve la même fantaisie dans ses sculptures-lampes qu’elle réalise en bois peint et qu’elle appelle des « nids de lumière ».


Werewere Liking Généalogies de lumières 2023, 55 x 45 x 30 cm éléments sculptés en bois peint, matériaux de récupération des gaines tubulaires colorées
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Elle intègre le concept de lumière spirituelle dans ses objets rituels

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Werewere Liking Généalogies de lumières 2023, 170 x 70 x 60 éléments sculptés en bois peint, matériaux de récupération des gaines tubulaires colorées
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Rajni Perera et Marigold Santos, nées respectivement au Sri Lanka et à Manille, vivent au Canada. Elles ont créé un étrange humanoïde féminin allongé à plat ventre dans un jardin fleuri, le buste relevé et la tête cachée derrière un masque à la langue fourchue. Ses jambes sont curieusement détachées de son corps et la nature semble vouloir l’envahir. Elle porte une fleur noire au bout des seins. Les deux artistes, déjà exposées au MAC de Lyon, s’inspirent avec fantaisie des cultures matriarcales du Sri Lanka et des Philippines.


Rajni Perera et Marigold Santos Efflorescence / The Way We Wake 2023
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L’art de réparer le futur – Rajni Perera et Marigold Santos par Marilou Laneuville

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Tabita Rezaire, franco-guyano-danoise, née en 1989 à Paris, vit à Cayenne. Omo Elu se compose de 7 panneaux teints à l’indigo représentant la déesse océanique yoruba Yemaya. C’est une pratique dévotionnelle liée à une relation maternelle avec la planète, (que l’on retrouve au sol au centre).


Tabita Rezaire Omo Elu, 2024 7 Panneaux de coton teints à l’indigo, calebasses, eau. Chaque textile: 140 × 200 cm
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Elle réalise aussi, à la sortie de l’Arsenal, des tapisseries, déjà exposées au MoMA, au Centre Pompidou et à la Whitechapel Gallery, qui montrent la Trinité mère de la forêt sacrée d’Amazonie. L’une bénit le jardin des plantes médicinales (la Terre mère),


Tabita Rezaire Mother sun 2023, 180 cm de diamètre Technique mixte sur textile, broderie de coton et fils de soie
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l’autre bénit le planétarium (la Lune mère)


Tabita Rezaire Mother moon 2023, 180 cm de diamètre Technique mixte sur textile, broderie de coton et fils de soie
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et la troisième bénit l’astronomie ancienne.


Tabita Rezaire Mother earth 2023, 180 cm de diamètre Technique mixte sur textile, broderie de coton et fils de soie
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Ranti Bam, née en 1982 au Nigeria, vit entre Paris et Lagos. Cette sculptrice puise son inspiration dans l’Ifa, un mot yoruba qui signifie à la fois « divination » et « attirer à soi ». Son œuvre montre l’argile animée par les esprits. Ses cinq sculptures sont des sortes de gardiens totémiques, des vases creux, des ventres maternels… C’est de l’argile noire façonnée à la main.


Ranti Bam Ifa Ile Oja – Black Ifa 2022 Chaque sculpture mesure environ 140 à 180 cm de hauteur argile noir façonné à la main
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Seyni Awa Camara (1945-2026), Sénégal. Elle avait participé en 1989 à la mythique exposition Les Magiciens de la terre. Héritière d’une longue lignée de potiers de Basse-Casamance, elle a créé un monde entre animal et humain, inspiré par ses expériences de vie : la maternité, la spiritualité, les croyances animistes et la foi musulmane.


Seyni Awa Camara maternités 2015-2025 terre cuite
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Seyni Awa Camara maternités 2015-2025 terre cuite
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Célia Vásquez Yui, née en 1960 au Pérou. Le Conseil des esprits, mère des animaux est une grande installation de sculptures zoomorphes en céramique, semblable à une réunion rituelle ou à un rassemblement. L’artiste appartient au peuple autochtone des Shipibos de l’Amazonie péruvienne et conçoit son rôle comme celui d’une chamane agissant sur la santé collective et environnementale. Ses créations utilisent des terres provenant de centaines de kilomètres le long du fleuve Ucayali, territoire ancestral revendiqué par son peuple, les Shipibos en tant que nation autochtone.


Célia Vásquez Yui
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L’œuvre fonctionne comme un tribunal ou un conseil spirituel où les esprits des animaux d’Amazonie


Célia Vásquez Yui
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Biennale Arte 2026 – Celia Vásquez Yui

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3 – Se soucier de la nature

Otobong Nkanga, née en 1974 au Nigeria, vit à Anvers et au Nigeria. Elle a acquis une réputation internationale depuis quelques années. À l’entrée du pavillon central des Giardini, elle a habillé les colonnes avec des briques locales vénitiennes. Elle y a accroché des pots en céramique accueillant des plantes destinées à s’étendre rapidement, ainsi que des objets en verre de Murano dont les formes s’inspirent d’une courge d’Afrique de l’Ouest, évoquant les cœurs d’un organisme.


Otobong Nkanga Soft Offerings to Silenced Voices and to All Who Have Turned to Dust(Offrandes douces aux voix réduites au silence et à tous ceux qui sont retournés à la poussière)
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Uriel Orlow, né en 1973 en Suisse, vit entre Lisbonne et Londres. Pour Ghost Herbarium Ghost’s, il a photographié les contours laissés par les plantes pressées sur du papier. Cette évocation fantomatique est la trace de la sève, qui renvoient aux anciennes classifications coloniales et, en même temps, l’idée d’une extinction en cours de certaines plantes. Par ailleurs, il s’efforce de démontrer l’utilité du vétiver dans l’Himalaya pour stabiliser les pentes menacées par le réchauffement climatique.


Uriel Orlow Herbarium Ghost’s
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Uriel Orlow Herbarium Ghost’s
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Carolina Caycedo, née en 1978 à Londres de parents colombiens, vit entre Los Angeles et Porto Rico. Trois gaines de bois suspendues à des filets de jute font référence aux « trois sœurs », une technique agricole autochtone où le maïs, les haricots et les courges sont cultivés en interdépendance.Les formes volumineuses en bois polychrome insérées dans les filets évoquent de gigantesques graines ou semences végétales, ces graines géantes deviennent des symboles de résistance face à l’agro-industrie extractiviste et à la privatisation du vivant.


Carolina Caycedo Ñañay Kculli ~ S’oam Bawi Wenag ~ Kiik K’úum, 2024
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Par ailleurs, elle présente des tapisseries qui rendent hommage à des femmes préservant un savoir ancestral lié à la terre.


Carolina Caycedo When You Take From Mother Earth You Can Give Back By Sprinkling Tobacco (Ella)(Quand tu prends à la Terre Mère, tu peux donner en retour en parsemant du tabac) 2023 127 x 91 cm Tissage Jacquard, sergé de coton imprimé à l’acrylique
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Cette série de tapisseries rend un hommage vibrant aux femmes qui développent, protègent et transmettent les savoirs ancestraux liés à la terre et à la flore locale face à l’agro-industrie extractiviste.
Le titre fait référence à un rituel de réciprocité écologique et spirituel : lorsqu’on cueille une plante ou qu’on prend une ressource à la Terre, on offre en retour quelques pincées de tabac traditionnel pour la remercier, maintenant ainsi l’équilibre écosystémique.


Carolina Caycedo We Save Our Seed for the Following Season / Cada sorbo de café será una bendición para ti (Tinti)(Chaque gorgée de café sera une bénédiction pour toi) 2023, 101,6 × 152,4 cm Tissage Jacquard, sergé de coton imprimé à l’acrylique
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Le portrait met en lumière cette célèbre activiste environnementale portoricaine, cofondatrice de l’organisation communautaire Casa Pueblo. « Tinti » a mené une lutte historique et victorieuse contre l’exploitation de mines à ciel ouvert dans la région centrale de Porto Rico.

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Vera Tamari, née en 1944 à Jérusalem, vit à Ramallah en Palestine.


Vera Tamari Mantra 2019
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Mantra se compose de centaines de graines en rotation façonnées en argile, qui tournent sous une graine géante gonflable. L’œuvre illustre l’idée de la résilience des spécimens botaniques et de la capacité des graines à voyager à travers le monde.

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Bonnie Devine, née en 1952 au Canada, est membre de la Première Nation autochtone des Anishinaabeg. Dans un ensemble de peintures, elle met en évidence les effets de l’extraction de l’uranium et de la radioactivité sur les paysages.


Bonnie Devine Battle for the Woodlands, 2013-15 550 x 240 cm Peinture acrylique, graphite, fusain directement appliqués sur les murs
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Le point de départ de l’œuvre est une reproduction agrandie d’une carte historique du XIXe siècle du Haut et du Bas-Canada tracée par les colons britanniques. Sur cette grille géopolitique imposée qui effaçait les nations autochtones, l’artiste réimpose une cartographie vivante et spirituelle


Bonnie Devine Land in War (La Terre en guerre) 2024-2025,
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Ces paysages vibrants s’inspirent directement des récits de vétérans autochtones de la Seconde Guerre mondiale, et plus particulièrement des souvenirs du père de l’artiste.


Bonnie Devine Land in War (La Terre en guerre) 2024-2025, 182,9 × 121,9 cm huile sur toile
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Hala Schoukair, née en 1957 à Beyrouth. Enfant, sa mère l’a sensibilisée, pendant des promenades en forêt, au monde des feuilles, des fleurs et des insectes. Elle présente des dessins à l’encre finement rebrodés de perles, évoquant les miracles de la botanique, ainsi que de grandes toiles peintes à l’acrylique dont les formes fluides s’inspirent de la nature.


Hala Schoukair Mindless Thinking (2020-2024)
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Hala Schoukair sans titre 2022, 75 x 75 cm acrylique sur toile
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Elle traduit ici l’expérience de la lumière du soleil filtrant à travers le feuillage d’été, ou encore des gouttes d’eau glissant sur une vitre.
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Annalee Davis, née en 1963 à la Barbade, présente un journal de prière écologique, une série d’œuvres en lin entièrement réalisées à la main. Chaque pièce intègre des techniques d’applique, de broderie, de crochet et de teinture végétale. Les couleurs sont toutes issues de matières naturelles (curcuma, thé, oseille de Guinée) récoltées autour de chez elle, car elle vit et travaille dans une ancienne plantation. Ses broderies mettent en valeur les plantes locales reconnues pour leurs propriétés médicinales à la Barbade. Son carnet de prières est un acte de résistance poétique face aux crises écologiques actuelles. L’artiste est aussi enseignante et militante.


Annalee Davis
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En remplaçant les motifs floraux décoratifs traditionnels des traditions de couture britanniques par des éléments de la flore sauvage, locale et médicinale, Davis transforme un artisanat domestique d’effacement en de véritables « placards de protestation »


Annalee Davis
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Annalee Davis An Unbound Book of Prayer (Un livre de prières sans reliure), 2022-2024, 30,5 cm × 41,3 cm broderies crochet et teintures végétales
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Son carnet de prière est un acte de résistance poétique face aux crises écologiques actuelles.
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4 – Se souvenir du colonialisme

Bernie Searle (née en 1964 au Cap, Afrique du Sud) est une artiste et réalisatrice de renom. Elle présente un film tourné dans le somptueux hôtel de ville de Bruges, où l’on observe une silhouette drapée d’or (l’artiste elle-même) qui troque peu à peu son étoffe étincelante contre un voile de dentelle noire, au rythme d’une partition jouée par le carillon du beffroi.


Bernie Searle Interlaced (2011) Performance
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Ses mains recouvertes d’or évoquent avec force la brutalité de la colonisation belge au Congo, une époque tragique où l’on amputait les mains des travailleurs qui n’atteignaient pas les quotas de récolte de caoutchouc imposés par l’administration coloniale.
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Eustaquio Neves (né en 1956 au Brésil) est un photographe autodidacte qui manipule ses images directement en chambre noire. Sa série Cartas ao Mar (Lettres à la mer) réunit des portraits réalisés à Rio de Janeiro, principal lieu de débarquement des Africains réduits en esclavage. L’artiste y a superposé sept visages à des clichés de pierres tombales, imprimant le tout sur du papier vieilli pour lui donner l’aspect de documents d’archives oubliés.


Eustaquio Neves Boa Noite (Bonne nuit) issue de la série historique « Passaporte » (Passeport) 1997, 34,5 cm × 23,5 cm
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Cette œuvre prend la forme d’une pièce d’identité ou d’un document douanier altéré par le temps.


Eustaquio Neves Boa Noite (Bonne nuit) issue de la série historique « Passaporte » (Passeport) 1997, 34,5 cm × 23,5 cm
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Biennale Arte 2026 – Eustaquio Neves

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Manuel Mathieu (né en 1986 à Haïti, qui vit entre le Canada et Paris) ravive la mémoire des souffrances historiques de son île natale. Ses œuvres portent des titres sombres et évocateurs comme Abondante sécheresse ou Génocide. Elles prennent la forme de peintures, de céramiques et de mosaïques aux textures torturées.


Manuel Mathieu
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Manuel Mathieu Apparition of a portrait (Apparition d’un portrait) 2024, 152,4 × 137,2 cm
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Il construit ses tableaux par une succession de couches de peinture qu’il vient ensuite gratter, mutiler ou arracher. Dans Apparition of a portrait, les formes biomorphiques aux teintes charnelles (rose, ocre, beige) s’entremêlent pour faire surgir une silhouette organique presque humaine, évoquant la fragilité des corps face aux traumatismes de l’histoire.


Manuel Mathieu Abundance and Drought 2024, 152,4 × 137,2 cm
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Il introduit la mosaïque de verre à grande échelle, voir un détail. Le titre Abundance and Drought résume parfaitement les tensions qui traversent l’histoire contemporaine d’Haïti et les crises mondiales.
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Buhlebezwe Siwani (née en 1987 en Afrique du Sud, qui vit et travaille entre Amsterdam et Le Cap) aborde la condition des femmes noires sous le prisme de l’apartheid et de l’histoire coloniale. Ses sculptures, Zanenkosi et Ilifa lakhe, sont façonnées en savon vert de la marque Sunlight, un produit ménager universellement associé aux foyers sud-africains modestes et un marqueur fort des inégalités sociales.


Buhlebezwe Siwani Zanenkosi et Ilifa lakhe, 2022 savon vert Sunlight Soap
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Dans son installation vidéo à cinq canaux intitulée Amagugu, elle met en scène six femmes noires nues parées de fleurs de protea et de strelitzia, manipulant de l’imphepho, un encens traditionnel utilisé en divination et en médecine rituelle. En jouant sur un clair-obscur prononcé, l’artiste réinvestit un paradigme de la peinture occidentale pour mieux subvertir et déconstruire l’imaginaire colonial et le regard historique posé sur le corps de la femme noire.


Buhlebezwe Siwani Amagugu
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Les arts en Italie entre modernisme et classicisme – 1932 à 1943 (deuxième volet) https://art.moderne.utl13.fr/2026/03/les-arts-en-italie-entre-modernisme-et-classicisme-1932-a-1943-deuxieme-volet/ Thu, 12 Mar 2026 18:06:35 +0000 https://art.moderne.utl13.fr/?p=14117 Après 1932, la scène artistique italienne cesse d’être le lieu d’affrontements violents entre divers choix esthétiques. Modernisme et classicisme coexistent dans la peinture, les arts appliqués ou l’architecture, sous la surveillance du régime fasciste. Les hiérarques tentent d’imposer leurs choix esthétiques opposés.
L’état lance la construction de villes nouvelles et de bâtiments publics (université, poste, gare). Il organise des expositions où les artistes peuvent se confronter. Cette conférence abondamment illustrée vous donnera une autre opinion sur l’Italie fasciste, autoritaire, mais ouverte au pluralisme esthétique.

Intervenant : Marc Isch-Wall


Cette conférence fait suite à la conférence du 12 mars 2025 Le classicisme et le modernisme, pluralisme esthétique en Italie (1922-1931).

Introduction : Les portraits du Duce, une illustration du pluralisme esthétique

Rien de tel que de passer en revue les différents portraits du Duce pour illustrer le pluralisme esthétique qu’a su maintenir le régime fasciste.

Le voici peint par Gerardo Dottori, un des maitres de l’aéropeinture futuriste. Dans ce paysage, la chemise noire se transforme en montagne, le visage se confond avec un aéronef dans ses différentes phases de vol. Dottori écrit que l’Aéropeinture a le mérite de « s’éloigner du misérable répertoire figuratif », claire allusion à la peinture d’Ardengo Soffici. Il s’oppose également aux « couleurs terreuses, bitumineuses et funèbres » du Novecento. Dottori prend soin de se rattacher au dynamisme pictural (1911) en réemployant le simultanéisme, une des notions élaborées par Umberto Boccioni.


Gerardo Dottori Portrait de Benito Mussolini, 1933 Milan Civiche Raccolte d’Arte
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La peinture d’histoire la plus académique par Giacomo Balla, l’ancien futuriste : La Marche sur Rome illustre son ralliement au fascisme.


Giacomo Bella La marche sur Rome 1931-33 Pinocotèque Agnelli
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Dans un style fidèle au Novecento, Mario Sironi (1932) conçoit un projet d’affiche pour l’exposition célébrant le dixième anniversaire de la révolution fasciste. Il y place les profils de Mussolini et celui de l’Italie personnifiée et couronnée d’une tour, les deux ne formant presqu’un seul visage.


Mario Sironi affiche pour l’exposition célébrant le dixième anniversaire de la révolution fasciste
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En 1937, Antonio Donghi, le paradigme du réalisme magique peint un portrait équestre du Duce-imperatore, qui rappelle la statue de Marc-Aurèle sur la place du Capitole.


Antonio Donghi Portrait équestre du Duce 1937 Collection particulière
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Le profil continu de Renato Bertelli est approuvé par Mussolini, breveté en juillet 1933 et largement diffusé dans divers matériaux.


Renato Bertelli Le profil continu 1933
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1 – L’ARCHITECTURE

La construction de bâtiments publics sert le régime pour souligner le rôle social qu’il souhaite s’attribuer, valoriser sa modernité face aux pays démocratiques réputés décadents, puis exalter la grandeur retrouvée de la Rome impériale. Les architectes vont s’affronter, parfois se partager un même programme.

Les revues Quadrante, Casabella, Domus.
Ces trois revues permettent de diffuser les idées architecturales et illustrent le pluralisme esthétique :
La revue Domus que dirige Gio Ponti s’intéresse principalement au mobilier et aux arts décoratifs italiens, mais fait connaitre un point de vue architectural proche du classicisme. Les artistes qui s’y raccrochent sont regroupés sous le vocable « Novecento ».


Revue Domus
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Quadrante est une revue d’art et de lettres, qui critique depuis 1931 le classicisme architectural. La revue cherche à concilier l’esprit moderne novateur et la politique du régime fasciste.


Revue Quadrante
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Revue Quadrante
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Elle traite beaucoup d’architecture, mais elle était ouverte aux débats littéraires et artistiques. Dans le domaine pictural, les deux dirigeants renient le réalisme magique du Novecento Italiano. Ils préconisent un rapprochement avec l’expressionisme européen (3).

L’architecte Giuseppe Pagano rejoint la revue Casabella en 1931. Il en fait un défenseur de l’architecture rationnelle. Comme Pietro Maria Bardi de la revue Quadrante, il identifie l’architecture rationnelle au fascisme italien. Tout autre architecture n’est pas fasciste. Vers 1936, sans toutefois renier ses idées, G. Pagano prend ses distances avec le parti et se met à douter de ce postulat.


Revue Casabella
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1.1 – L’architecture futuriste

Les deux principaux architectes n’ont réalisé que des architectures de papier : Sant’Elia meurt à la guerre à 28 ans, et Chiattone, qui s’établit dans le Tessin après la guerre, s’inspire de l’architecture vernaculaire.


Antonio Sant’Elia, Lacittà Nuova 1914
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Les « palazzi » delle poste d’Angiolo Mazzoni, lié personnellement à Marinetti, ne peuvent pas être considérées comme futuristes. C’est le cas de Palerme ;


Angiolo Mazzoni Palerme 1934
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Celui de Sabaudia le rapproche plutôt de l’architecture rationnelle, tandis que la polychromie et la vaste gamme de matériaux utilisés en font un des rares exemples d’architecture futuriste. 


Angiolo Mazzoni Sabaudia
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Aldo Andreani soumet en 1934-35, un projet destiné à la société d’assurances Toro. L’architecte s’inspire des dessins futuristes et des constructivistes russes. Les maîtres d’ouvrage ont préféré simplifier son projet et le confier à d’autres architectes. Cela reste du papier.


Aldo Andreani Palazzo del Toro (1934-35)
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Le futuristes ont réalisé de nombreux pavillons d’exposition qui ont tous disparu. Celui de la triennale de Milan en 1933, réalisé par Enrico Prampolini (2), prend la forme d’un terminal d’aéroport,


Enrico Prampoloni Terminal d’aéroport Tiennale de Milan 1933
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… avec une curieuse horloge à l’intérieur.


Enrico Prampoloni Terminal d’aéroport Tiennale de Milan 1933
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1.2 – L’architecture rationnelle

Sept architectes (Luigi Figini, Gino Pollini, Guido Frette, Sebastiano Larco Silva, Carlo Enrico Rava, Giuseppe Terragni et Ubaldo Castagnoli, remplacé plus tard par Adalberto Libera), décident de promouvoir les idées du Mouvement Moderne, incarné par Le Corbusier et Gropius. Ils tiennent compte également de la tradition classique de la Méditerranée. Ce compromis est le signe d’un engagement ambigu dans la modernité, mais exprime aussi une volonté de recherche et d’innovation. Ce collectif fondé à Milan en 1926 prend le nom de Gruppo 7. Il publie dans un manifeste : « La nouvelle architecture doit procéder d’une adhésion rigoureuse à la logique et la rationalité », d’où son nom.
Gruppo 7 propose des formes pures et simplifiées, correspondant aux exigences fonctionnelles, rejette l’ornement et la décoration. Il cherche à concilier tradition et « esprit nouveau », classicisme et fonctionnalisme. Gruppo 7 reprend à la tradition classique la structure géométrique, le rythme, la proportion, le raffinement des matériaux et certains détails architecturaux. Par-là, il se démarque du futurisme (2). Voici une villa en bord de mer par Ubaldo Castagnoli, un des fondateurs de Gruppo 7.


Ubaldo Castagnoli Villa au bord de la mer
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A noter que des dessins du futuriste Sant’Elia sont montrés à Weissenhof en 1927

Première exposition italienne d’architecture rationnelle

Gruppo 7 présente des plans et des maquettes à l’occasion de la « Première Exposition Italienne d’Architecture Rationnelle ».


Exposition italienne d’architecture rationnelle 1928
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Giuseppe Terragni, conçoit une maquette d’usine à gaz (1)


Giuseppe Terragni Usine à Gaz
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Mario Ridolfi présente un projet pour une Tour du Restaurant. Il essaie à nouveau de proposer son projet 40 ans plus tard.


Mario Ridolfi Projet opour une tour de restaurant
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Luigi Piccinato affiche une étude pour une église.


Luigi Piccinato Etude pour une église
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Aussitôt après cette exposition, Gruppo 7 participe à la fondation du MIAR (Mouvement italien pour l’architecture rationnelle).

Participation du MIAR à la 4ème exposition internationale des arts décoratifs et industriels à Monza en 1930

La Casa Elettrica est conçue par deux architectes de Gruppo 7. Ils reprennent 4 des 5 points de Le Corbusier : le plan libre, la structure en piliers en béton armé, la fenêtre bandeau et la façade libre. Le projet reçoit le soutien financier de la société italienne Edison. Les autres membres du groupe se répartissent l’aménagement des parties intérieures.


Luigi Figini et Gino Pollini Casa Elettrica 1930
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La modernité s’affiche également dans l’équipement électrique de la cuisine .


Casa electrica
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La Casa Elettrica est la 1ère réalisation du rationalisme italien, la seule architecture italienne sélectionnée pour l’exposition « The International Style » au Moma de New York, organisée par Philip Johnson et Henry Russel Hitchcock.

2e exposition Italienne d’architecture rationnelle

La 2ème exposition italienne d’architecture rationnelle est organisée par Pietro Maria Bardi, directeur de la Galleria d’Arte di Roma, où se tient l’exposition, et par ailleurs co-directeur de la revue Quadrante. Mussolini inaugure l’exposition et semble vouloir promouvoir l’architecture rationnelle.Mario Ridolfi expose quatre projets dont un bâtiment de 24 appartements.


Mario Ridolfi bâtiment de 24 appartements
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On le voit deux fois le projet dans le film. La 2ème fois Mussolini contemple le projet en discutant lui.

Mussolini semble promouvoir l’architecture rationnelle, mais les plus grosses commandes iront à l’architecture dite « classique, simplifiée et modernisée », que je vais présenter après l’architecture rationnelle.

La Vème Triennale ouvre ses portes en mai 1933


Vème Triennale 1933
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… dans le nouveau Palazzo dell’Arte, conçu par Giovanni Muzio. C’est un bon exemple de l’architecture novecentiste, « classique, simplifiée et modernisée » toujours à la recherche d’un certain monumentalisme. Cette exposition, qui se tenait jusqu’alors tous les deux ans à Monza, est habituellement dédiée aux arts appliqués. Elle se veut une confrontation de l’architecture européenne moderne au rationalisme italien, reconnu par le régime comme l’avant-garde technique et culturelle du pays.


Giovani Muzio Palazzo dell’arte (1930-1933)
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A cette occasion ont été construites dans le Parco Sempione 40 constructions temporaires à caractère expérimental conçues par des architectes rationalistes ; Giuseppe Terragni expose une maison d’artiste au bord d’un lac.


Giuseppe Terragni maison d’artiste au bord d’un lac
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L’atelier de l’artiste donne directement sur le lac à travers un mur entièrement en verre. Cet artiste pourrait être Mario Radice, qui travaillera avec G. Terragni. Le design du mobilier se rattache au mouvement rationaliste.


Giuseppe Terragni maison d’artiste au bord d’un lac
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L’empreinte dans les pratiques artistiques https://art.moderne.utl13.fr/2026/02/lempreinte-dans-les-pratiques-artistiques/ Sun, 22 Feb 2026 08:58:49 +0000 https://art.moderne.utl13.fr/?p=14044

Traces de pas dans le sable, empreintes digitales, moulages dentaires, autant de gestes familiers qui sont devenus dans l’art des gestes plus complexes qu’il n’y paraît. Ce savoir-faire immémorial survit dans des pratiques artistiques actuelles très variées qui toutes exploitent ce pouvoir paradoxal de l’empreinte, dire à la fois le contact et la perte, la présence et la disparition, la forme et la contre-forme.

Intervenante : Agnès Ghenassia


Faire une empreinte, c’est produire une marque par la pression d’un corps sur une surface. La ressemblance obtenue par contact est une ressemblance négative. Elle peut être bidimensionnelle ou volumétrique, en creux ou en relief. Ce jeu de contre-forme a fortement inspiré les artistes. Dans le champ lexical ouvert par l’empreinte apparaissent ainsi la trace, la matrice, le patron, le modèle, l’estampage ou encore le frottage.
Faire une empreinte est un geste archaïque, enfantin, ancestral, voire anachronique. L’ichnologie est la discipline qui étudie les traces et les empreintes laissées par les organismes vivants (du grec ikhnos, « empreinte »).

1 – Des images obtenues par contact depuis l’aube de l’humanité

Les premières empreintes connues sont préhistoriques.
Nos ancêtres ont produit des mains négatives par projection de pigments — poudre soufflée à la bouche ou à l’aide de tubes — comme dans la grotte de Gargas (Hautes-Pyrénées),


Mains négatives grotte de Gargas
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puis des mains positives, notamment dans la grotte Chauvet.


Mains positives grotte Chauvet
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On a également retrouvé des empreintes dites de « pieds virgule » dans la caverne de Niaux, en Ariège.


Empreintes de pieds caverne de Niaux
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À Pompéi, les empreintes des corps des victimes de l’éruption du Vésuve, en 79 apr. J.-C., ont été révélées grâce à des coulages de plâtre réalisés dans les cavités laissées par les corps disparus.


Moulages à partir des empreintes de corps, Pompéi, 79
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Les fugitifs pétrifiés de Pompéi

Au Moyen Âge, les ex-voto étaient fréquemment réalisés par moulage sur le vif du donateur : pieds, jambes ou mains.


Ex-voto obtenus par moulage sur le vif du donateur
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Au XIXᵉ siècle, la main de l’artiste devient elle-même un objet de moulage, comme chez Rodin.


Moulage de la main de Rodin tenant un torse féminin
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Au XXᵉ siècle, Picasso réalise en 1937 le moulage de sa propre main à Boisgeloup.


Moulage en plâtre de la main de Picasso, 1937
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Jusqu’ici, les empreintes témoignent d’une présence passée : un contact qui a eu lieu mais n’existe plus, produisant une émotion liée à l’absence.

Avec Marcel Duchamp et Tortures mortes (1959), l’empreinte bascule dans l’ironie.


Marcel Duchamp, torture morte, 1959
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Le moulage d’un pied criblé de mouches artificielles détourne l’expression « nature morte » et désamorce toute charge pathétique.

Jasper Johns, après avoir découvert le retable d’Issenheim de Matthias Grünewald à Colmar, moule son propre bras à partir du bras du Christ, qu’il macule de peinture et cloue sur la toile en trois exemplaires. (Perilous Night, 1982).


Jasper Johns, Perilous Night, 1982
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L’empreinte devient ici à la fois citation, transfert et appropriation.

Bruce Nauman utilise fréquemment des moulages de fragments de son corps. From Hand to Mouth (1967) matérialise littéralement une expression idiomatique.
From Hand to Mouth (de la main à la bouche), est simplement à la matérialisation de cette expression de langage qui, chez nous, équivaut à vivre au jour le jour.


Bruce Nauman, From Hand to Mouth 1967
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Dans Hand Circle (1996), ses mains moulées forment un cercle : il n’est plus question de perte ou d’absence, mais d’une présence continue.


Bruce Nauman, Hand circle 1996
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Richard Long, land artiste marcheur, emploie également ses empreintes de mains et de pieds dans des œuvres éphémères réalisées avec de la boue ou de la terre (Mud Hand Circle, 1989 ;


Richard Long, Mud Hand Circle, 1989
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Mud Hand Circle est un minutieux assemblage d’empreintes de sa main, imprégnées de boue. Voir un détail.

Mississippi Mud Footprints, 1988).


Richard Long, Mississippi Mud Footprints, 1988
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Ici, les empreintes sont éphémères, de même que les empreintes de pieds de Mississippi mud fost prints.

Javier Pérez, dans Levitas, 1998, capture des empreintes de pieds dans des sphères de verre soufflé. Le souffle du verre entretient un lien direct avec le corps, et ces pieds semblent à la fois ailés et retenus au sol.


Javier Pérez, Levitas, 1998
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Voir d’autres œuvres de Javier Perez.

Enfin, l’installation Adventice de JR (Montpellier, 2025) rassemble plus de 10 000 empreintes de mains envoyées par des participants du monde entier. Chaque visiteur est invité à ajouter sa main à un arbre monumental. En botanique, les plantes adventices sont aujourd’hui reconnues comme essentielles à la biodiversité : l’empreinte devient ici la métaphore du collectif.


Montpellier : Participez à ADVENTICE, l’oeuvre de JR au Carré Sainte-Anne

2 – Les empreintes digitales : d’une pratique administrative à une pratique artistique

Dès 1859, William James Herschel utilise les empreintes digitales en Inde pour authentifier des contrats.


Empreintes digitales utilisées par William James Herschel, officier anglais en Inde, dès 1859, pour la signature des contrats
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En 1902, Alphonse Bertillon constitue les premiers fichiers judiciaires fondés sur les empreintes. Aujourd’hui, ces dispositifs sont complétés par les empreintes génétiques.


Empreintes de l’identité judiciaire, utilisées pour la première fois par Alphonse Bertillon en 1902
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Piero Manzoni détourne cette fonction identitaire en appliquant son empreinte digitale sur des œufs (1961), transformant la signature en geste ludique.


Piero Manzoni, Empreintes 1961
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Robert Filliou expose en 1974 Un monde de fausses empreintes : trente-trois coffrets contenant de prétendues empreintes de célébrités, de Léonard de Vinci à Laurel et Hardy et leur nom est inscrit sous un petit portrait dessiné, dans le dernier coffret, c’est une petite photo de Filliou qui remplace le dessin.


Robert Filliou, un monde de fausses empreintes, 1974 Boîtes en bois, crayon et encre 16,5 x 16,5 x 6 cm
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L’empreinte devient ici une relique fictive et ironique.

Giuseppe Penone, dans Propagazione (1995), amplifie graphiquement une empreinte digitale jusqu’à la transformer en paysage, évoquant à la fois les cernes de croissance des arbres et les ondes circulaires produites par une pierre jetée dans l’eau.


Giuseppe Penone, Propagazione, 1995
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L’œuvre est présentée à plat dans une cuve remplie d’eau. Le titre de la présentation arrache l’empreinte à l’univers de l’identité judiciaire pour l’entraîner dans un jeu de correspondances avec d’autres formes de la nature, annaux de croissance des arbres, ondes propagées dans l’eau par le jet d’un caillou.
L’empreinte quitte ainsi l’univers policier pour rejoindre celui des correspondances naturelles.

3 – Empreintes du visage : de la pratique funéraire à la pratique artistique

Entre 8000 et 6000 av. J.-C., à Jéricho et en Syrie, les crânes étaient déterrés après putréfaction du visage, puis soigneusement remplis de terre et enfin modelés sur la face antérieure à la ressemblance d’un visage vivant.


Crânes sur-modelés, Syrie, 6000 av. JC
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Certains même étaient peints. Cette pratique survit chez certains peuples d’Océanie à l’époque contemporaine : le crâne servait de matrice afin de redonner un visage au défunt. C’est ce que les archéologues appellent les crânes surmodelés.

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L’humour dans l’art moderne et contemporain https://art.moderne.utl13.fr/2025/12/lhumour-dans-lart-moderne-et-contemporain/ Tue, 02 Dec 2025 14:49:22 +0000 https://art.moderne.utl13.fr/?p=13940

C’est le mouvement Dada qui, au début du XX ° siècle,, s’ouvrant aux autres champs que celui de l’esthétique, a fait entrer l’ironie, l’humour, le sarcasme dans l’art. Par la suite, les surréalistes et les artistes des années 60 ont poursuivi cette forme d’esprit ludique.
Nos contemporains pratiquent toutes sortes de formes d’humour, et nous verrons que l’art peut pratiquer l’humour noir, qu’il peut ironiser sur tout ce qui n’est pas drôle…et se moquer de l’art lui-même.

Intervenante : Agnès Ghenassia


Rien de ce qui est humain n’échappe aux artistes ; par conséquent, l’humour a toujours existé dans l’art, mais autrefois, il se cachait dans les détails. Exemple : L’abbatiale de Sainte-Foy-lès-Conques en Aveyron (détails de l’archivolte sculptée au-dessus du portail).


L’abbatiale de Sainte-Foy-lès-Conques en Aveyron (détails de l’archivolte sculptés au-dessus du portail) XIe et XIIe siècles
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Jérôme Bosch Détail du Jugement dernier 1492 huile sur bois Académie des Beaux-Arts de Vienne (Autriche).
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C’est avec Marcel Duchamp (1887-1968) et le mouvement Dada que l’art, renonçant à l’esthétique traditionnelle, intègre des postures négatives et ludiques qui font appel à l’ironie, à l’absurde et au sarcasme.
On se souvient que le mouvement Dada est né en Suisse pendant la Première Guerre mondiale, prenant le nom d’« anti-art » en réaction aux valeurs bourgeoises qui avaient mené à la guerre.


Marcel Duchamp Fontaine (1917)
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La Fontaine de Marcel Duchamp était à l’origine une plaisanterie. L’artiste prétendait vouloir l’exposer à l’Armory Show à New York, les organisateurs ayant annoncé que rien ne serait censuré. Pourtant, l’œuvre ne fut pas acceptée et elle est devenue l’un des ready-mades les plus célèbres du monde.
Duchamp l’avait signée ce qui peut renvoyer à Herr et Mutter ( en allemand Herr= monsieur et Mutter = la mère) (ou plus probablement au fabricant de plomberie J. L. Mott Iron Works) associant le masculin et le féminin, tout comme cet urinoir renversé qui a pris un titre féminin.
Le jeu de mots dadaïste
L’humour dans les activités dadaïstes d’Aragon, Man Ray et Duchamp est souvent fondé sur des jeux de mots, des calembours ou des contre-pèteries, rendant le champ visuel souvent tributaire du verbe.
L.H.O.O.Q. (1919) est un « ready-made aidé » créé pour le plaisir de la transgression (la Joconde avec une moustache). L’acronyme lu à haute voix en français donne : « Elle a chaud au cul !».
Rrose Sélavy
Lorsqu’en 1920, Duchamp, avec la complicité de son ami Man Ray, se métamorphose en Rrose Sélavy, il s’amuse encore. Il affirme que s’il sort en femme dans le monde, il est à New York, et qu’il pourrait aussi bien changer de nom et prendre un « nom juif », les Américains prononçaient c’est Lévy (d’où la consonnance juive)


Marcel Duchamp Rrose Sélavy
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Duchamp écrit : « Rrose et Eros, c’est la vie ». Il imagine ensuite des produits dérivés « Rrose Sélavy » comme Belle Haleine, Eau de Voilette (un jeu de mots entre « eau de toilette » et « eau de voilette »).


Marcel Duchamp Belle Haleine, Eau de Voilette 1920
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L’humour surréaliste
Plus tard, en 1947, lorsque les Surréalistes lui demandent de concevoir la couverture de leur catalogue d’exposition, il crée une œuvre emblématique : un sein souple entouré de fourrure noire avec le titre « Prière de toucher ». C’est une invitation tactile, à la fois sensuelle et ironique.


Marcel Duchamp Prière de toucher, 1947 Sein sur velours, présenté sous-verre. Emboîtage pour l’édition de luxe du catalogue de l’exposition « Le surréalisme en 1947 », galerie Maeght, Paris
Caoutchouc mousse [latex] collé sur velours noir, découpé et collé carton
41,8 x 34,7 x 7,1 cm

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C’est une excellente continuation sur le rôle de l’humour, de l’irrévérence et du jeu dans l’art, en se concentrant sur Francis Picabia et les Surréalistes.

Francis Picabia et le jeu Dada

Francis Picabia (1879-1953) joue lui aussi abondamment avec les mots, les titres et les matériaux pour provoquer et ironiser.
Titres et jeux de mots :


Francis Picabia, M’amenez-y, 1920 huile et émail sur carton 129,2 x 89,8 cm Museum of Modern Art (MoMA) à New York
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M’amenez-y (Maman Ézie ou Amnésie).
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Francis Picabia, Danse de Saint-Guy (Tabac-Rat) 1919 assemblage en trois dimensions 104,4 x 84,7 cm Centre Pompidou
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Danse de St Guy (1919) : L’œuvre était un grand cadre vide qui, idéalement, aurait dû être à l’arrière d’une roue actionnée par deux souris blanches.
Jésus-Christ Rastaquouère,

La Sainte Vierge (1920), et le Portrait de Cézanne :


Francis Picabia, Portrait de Cézanne 1920 Singe en peluche (jouet) et huile sur carton 23,7 x 15,6 cm Centre Pompidou
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Picabia se fait un devoir de profaner toutes les valeurs bourgeoises. Il dénonce la servilité des artistes en déclarant, par exemple, que « les peintres créent pour une société de singes serviles. »

2 – Humour surréaliste association d’idées, rencontres fortuites

Les Surréalistes ont conservé cette posture irrévérencieuse et l’usage de l’humour, mais en renonçant à la notion d’anti-art. Leur humour s’appuie sur la confrontation de deux réalités éloignées (l’objet trouvé), le désir, et le blasphème onirique.

Max Ernst (1891-1976) : La Vierge corrigeant l’Enfant-Jésus devant trois témoins : André Breton, Paul Éluard et le peintre (1926 – et non 1928) : Un acte de blasphème pictural par l’absurdité de la scène.


Max Ernst La Vierge corrigeant l’Enfant-Jésus devant trois témoins 1926 huile sur toile 196 x 130 cm Museum Ludwig à Cologne
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Il détourne l’iconographie chrétienne classique de la Vierge à l’Enfant. Max Ernst humanise (et dégrade) la figure sacrée en montrant la Vierge, avec une auréole décrochée, donnant une fessée à un Enfant-Jésus nu, dont l’auréole est tombée au sol. Ce geste est une critique de l’autorité religieuse et une expression de la rébellion surréaliste contre les valeurs traditionnelles.

Óscar Domínguez La Machine à coudre électro-sexuelle (1935) : Un objet surréaliste, union humoristique et troublante du domestique et de l’érotique.


Óscar Domínguez La Machine à coudre électro-sexuelle 1935 huile sur toile 100,2 x 80,8 cm Henie Onstad Kunstsenter (HOK), à Høvikodden
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L’œuvre présente une machine à coudre qui a été transformée en un organisme hybride. Elle est représentée avec des éléments organiques (formes molles, quasi-viscérales) et des parties mécaniques (la roue, l’aiguille).

Man Ray : Le Cadeau (1921), fer à repasser dont la base est ornée de clous, est un meilleur exemple de l’objet décalé.


Man Ray le cadeau 1921 fer à repasser avec 14 clous 17.6 x 10.4 x 8.9 cm
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En ajoutant des clous, Man Ray rend l’objet non seulement inutilisable pour sa fonction première (repasser des vêtements), mais également destructeur. Il transforme un outil destiné à l’ordre et à la domestication en un instrument de sabotage et de danger. Le titre « Le Cadeau » est profondément ironique : c’est un cadeau à la fois inutile et hostile.


Man Ray la prière 1930
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Le titre « La Prière » est profondément ironique. La pose, avec les mains jointes et croisées et le corps courbé, peut évoquer la position de la dévotion ou de l’humilité. Cependant, le sujet est un nu érotique, un corps exposé de manière sensuelle. L’artiste crée un choc en juxtaposant la spiritualité (la prière) avec la sexualité et la provocation.

René Magritte : Madame Récamier (d’après David). Magritte remplace l’élégante figure classique du tableau de David par… un cercueil, conservant la pose et le divan pour un effet à la fois drôle et macabre.


René Magritte Madame Récamier (d’après David)1951 huile sur toile 60,5 x 80,5 cm Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa
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Salvador Dalí
Téléphone Homard (1936) : Union absurde du froid technologique et du vivant comestible (le titre officiel est Téléphone-homard ou Aphrodisiac Telephone).


Salvador Dali Téléphone homard 1936
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Taxi pluvieux (1938) : Une installation représentant une voiture recouverte d’un système de pluie artificielle, remplie de laitues et habitée par des escargots.


Salvador Dali Taxi pluvieux 1938
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Vénus à la girafe (1937) : La figure féminine à tête de fleur est ornée de tiroirs, typique du vocabulaire onirique de Dalí.


Salvador Dali Vénus à la girafe 1937 bronze 56 x 28 x 9.5 cm
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Jacques Prévert : Il a réalisé de nombreux collages très drôles, comme celui intitulé Tableau de famille. En découpant dans des images pieuses (souvent appelées sulfures) des corps de femmes, il les réassemble pour reconstituer des compositions profanes ou des scènes de genre burlesques Il reconstitue la composition de Jupiter et Thétis d’Ingres.


Jacques Prévert Tableau de famille 1943 collage
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Meret Openheim, ma gouvernante, raccourci amusant sur le plat de service qui dit à la fois le poulet et la tenue de la gouvernante


Meret Oppenheim ma gouvernante 1936 Chaussures blanches à talons, ficelées ensemble, posées sur un plat, et attachées par une manchette en papier blanc 14,5 x 33 x 21 cm Moderna Museet à Stockholm
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Les artistes et l’écologie https://art.moderne.utl13.fr/2025/11/les-artistes-et-lecologie/ Sat, 01 Nov 2025 10:10:57 +0000 https://art.moderne.utl13.fr/?p=13745

Depuis les années 1970 de nombreux artistes se montrent sensibles aux enjeux sociaux et environnementaux. Mais après l’élan néo-romantique du Land Art qui les a poussés à œuvrer dans des territoires vierges, la question de l’utilité s’est posée : quel rôle l’art peut-il jouer dans le combat écologique?
Intervenante : Agnès Ghenassia

Que peut l’art face à la réalité écologique, à la pollution atmosphérique, au pillage des ressources naturelles, à la déforestation à grande échelle, au réchauffement climatique ? Pourtant, des artistes s’impliquent dans ce combat – même symboliquement, même localement, même indirectement.

1 – Des performances naturistes pour célébrer notre appartenance à la terre

Dès les années 1960, des artistes ont exploré la question du lien entre l’humain et la nature. J’ai d’abord réuni des œuvres qui impliquent directement le corps, sous forme de performances.

Kazuo Shiraga, japonais, a réalisé une performance célèbre intitulée « lutter dans la boue » en 1965. Il a d’abord gorgé d’eau un périmètre circulaire de terre de 2 m de diamètre, et une fois la terre ramollie, il s’est jeté au sol pour combattre la boue. La matière englue ses mouvements. Dans le contexte du mouvement artistique Gutaï (incarnation) Shiraga a matérialisé une forme d’union avec la terre.


Kazuo Shiraga Lutter dans la boue 1965
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La Cubaine Ana Mendieta, offrait son corps nu à la nature avec l’idée d’en devenir une composante. Lors de sa performance intitulée « Grass Breathing » en 1974 elle s’est allongée dans une zone herbeuse, sous de grandes dalles souples de forme carrée, recouvertes de la même herbe. L’artiste s’est mise en mouvement comme un poumon qui se gonfle et se dégonfle donnant l’impression que c’est le sol qui respire.


Ana Mendieta Grass breathing 1974

De même qu’elle est devenue herbe, elle deviendra écorce en 1977 avec « arbre de vie », réalisé dans l’Iowa pour rappeler que « l’humain, c’est la nature aussi, la sève ancestrale » » disait-elle.


Ana Mendieta arbre de vie 1977

Voir également Ana Mendieta Silueta series 1973-1978

Elle est décédée à 36 ans après le probable meurtre par son mari Carl Andre.

Dans le même esprit, Prune Nourry a réalisé Mère-terre à Château La Coste, en 2024


Prune Nourry, Mère-terre à Château La Coste, 2024
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C’est un peu la même idée qui anime, en 2008, le jeune artiste néerlandais Levi Van Veluw qui devient paysage en se couvrant d’éléments végétaux et de mousse. Ceci s’intitule en effet « Landscape ».


Levi Van Veluw Landscape

Dans les années 1970, la prise de conscience environnementale s’accentue : pollution industrielle, marées noires, invasion du plastique, risques nucléaires…

Joseph Beuys, le 16 août 1971 réalise « Aktion im Moor » dans un marais du Zuiderzee au Pays-Bas, pour protester contre la dégradation environnementale qui affecte les marais du fait de l’expansion des cultures et la poldérisation. Beuys, maculé de boue, réaffirme le pouvoir vital et mémoriel des marais, qu’il décrit comme « les lieux les plus vivants d’un paysage ».


Joseph Beuys Aktion im Moor 1971
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Voir d’autres images.

De même Barbara Leisgen, artiste allemande, avec « Pink dépression eau mourante » en 1982 s’est laissée couler, tout habillée, dans le lit d’une rivière, restant ainsi en apnée, comme une épave dans un geste de protestation contre la pollution des fleuves et des rivières de son pays avec, métaphoriquement, l’idée que l’humain se noie dans ses propres déchets.


Barbara Leisgen Pink depression 1982
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En 2013, Sarah Trouche, artiste française née en 1983, que son militantisme écologique conduit à voyager à travers le monde, a réalisé une performance spectaculaire dans le lieu désertique de l’ancienne mer d’Aral, où autrefois il y avait de l’eau, des pêcheurs, des bateaux, alors qu’à perte de vue il ne reste aujourd’hui que du sable et des épaves. La surexploitation agricole du coton, et l’irrigation mal maîtrisée ont asséché cette mer intérieure où une épaisse couche de sodium recouvre le sable.


Sarah Trouche Aral Revival -performance au Kazakhstan sur la mer d’Aral 2013
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Sarah Trouche s’est hissée sur la carcasse d’un bateau abandonné, nue, le corps peint en bleu, tenant à bout de bras le drapeau de la République du Kazakhstan.
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Ce n’est pas son propre corps mais celui de performeurs volontaires qu’utilise le photographe Spencer Tunick. En 2011 sous sa direction, 1 200 personnes nues se sont couchées sur la mer Morte pour dénoncer la disparition de la nappe phréatique. L’artiste, juché sur un échafaudage, les photographia d’en haut et leur donna des consignes.


Spencer Tunick 1200 personnes nues sur le mer morte pour dénoncer la disparition de la nappe phréatique, 2011
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En 2021, pour dénoncer l’assèchement de la Mer Morte qui perd un mètre de hauteur par an, 200 personnes nues peintes en blanc se sont disposées sur les collines rocheuses qui surplombent la mer à Arad. Elles apparaissent comme des colonnes de sel en référence aux formations minérales que l’on observe le long de la mer, mais aussi à l’image de la femme de Lot qui, dans la Genèse, a été transformée en statue de sel pour avoir regardé vers Sodome détruite, la colère divine.


200 personnes posent nues près de la mer Morte pour l’artiste Spencer Tunick

L’assèchement de la Mer Morte a commencé dans les années 60 avec l’exploitation des eaux du Jourdain.

En 2007 Spencer Tunick avait répondu à un appel d’offres lancé par Greenpeace sur Internet. Les glaciers des Alpes fondent à une vitesse vertigineuse, celui d’Aletsch en Suisse a perdu 150 m en 2 ans.
Il a mobilisé 600 personnes au pied du glacier.


Spencer Tunick Suisse, Aletsch Glacier 1, (Greenpeace) 2007
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Voir d’autres performances de Spencer Tunich.

D’une toute autre manière, c’est toute seule que Ágnes Dénes, américaine, avait en 1982 réalisé son Wheatfield (champ de blé) à l’extrémité de Manhattan, à Battery Park, dans l’une des zones les plus densément urbanisées du monde. Sur une surface de 8 000 m2 non occupée.


Ágnes Dénes Weatfield, a confrontation 1983 quartier de Battery Park, New-York
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L’artiste a fait livrer par camion plusieurs tonnes de terre qu’elle a enrichi par un compost fait de déchets urbains récupérés ; elle a creusé elle-même 300 sillons et semé du blé. En août 1982, cinq quintaux de blé ont été récoltés, et distribués dans le cadre de la lutte contre la faim dans le monde. Acte symbolique mais exemplaire l’image du blé ondoyant au pied des gratte-ciel est réjouissante et l’engagement politico-social a suscité l’engouement des médias.

Khvay Samnang, artiste cambodgien, il s’est rendu dans les hautes terres du nord-est du Cambodge pour constater l’altération de l’environnement. Il a déversé sur son corps du latex frais puis, comme un fantôme égaré, il a traversé les zones de cultures forestières intensives, là où la forêt disparaît. Il pose la question : « Où vivront alors les esprits ? » Ici il s’agit du legs colonial, en 1884, les terres de la monarchie Khmer sont privatisées par l’Indochine française. Des graines d’hévéa sont importées du Brésil, et les Français introduisent une vision économique de l’exploitation de l’hévéa. La première concession foncière cambodgienne accordée en 1922 pour une plantation d’hévéa en fait la plus vaste du monde jusqu’en 1875, au prix de la déforestation et de la confiscation de terres où vivent une vingtaine de groupes ethniques, et pour lesquels les esprits de la forêt et ceux des ancêtres jouent un rôle essentiel..


Khvay Samnang, l’Homme Caoutchouc, 2014-2015
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Pour terminer avec humour ce paragraphe sur les performances naturistes, incomplet bien sûr, évoquons les performances réalisées par Abraham Poincheval et Laurent Tixador. L’une en 2002 s’intitulait « Total Symbiose ». Pendant une semaine ils ont fait le pari de vivre de la nature sur les îles du Frioul au large de Marseille, selon un mode paléolithique strict. Leur volonté était de s’insérer dans ce biotope inconnu avec pour tout bagage une connaissance théorique de la nature. De l’aveu des artistes, ils ont dormi dehors entourés de moustiques et de rats, inventé des armes de chasse et de pêche avec les moyens trouvés sur place, ils se sont échinés à faire du feu pour dresser le constat que nous ne sommes pas faits pour ce retour aux origines.


Abraham Poincheval et Laurent Tixador Total Symbiose 2002
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Mais en 2008, ils ont tenté avec « Horizon moins 20 » une autre expérience. Ils décident de créer une cellule d’habitat troglodyte nomade, un cocon sous roche. A environ un mètre 50 de profondeur et en se déplaçant de 1 m par jour, ils ont creusé sous terre, 20 m rebouchant la partie arrière du tunnel derrière eux au fur et à mesure de leur avancée. 20 jours sous terre, en avançant comme des taupes. Le projet avait été refusé en France du fait de sa possible dangerosité (si la voûte s’effondrait, ils seraient morts étouffés). Le projet a donc été mis en œuvre à Murcia en Espagne en janvier février 2008.


Abraham Poincheval et Laurent Tixador Horizon moins vingt, 2008
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2 – Témoigner, sensibiliser, dénoncer : des photographes et des plasticiens

L’art, lorsqu’il n’agit pas de façon symbolique, s’exprime plus efficacement lorsqu’il témoigne, sensibilise, dénonce. Ce sont d’abord les photographes.

Ainsi William Eugène Smith, en 1972 fait date avec un reportage pour Life sur les dégâts humains d’une pollution au mercure, à Minamata au Japon petite ville littorale. De 1932 à 1968, l’usine pétrochimique Chisso de Minamata a rejeté directement et sans discontinuier dans la baie des déchets hautement toxiques contenant du méthyle mercure qui a pollué la chaîne alimentaire des pêcheurs et rendu gravement malade des milliers de personnes. Le photojournaliste a séjourné là-bas de 1971 à 1974.


William Eugène Smith Minamata
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Edward Burtynsky Canadien, né en 1955, fils d’un père réfugié ukrainien, documente depuis 30 ans les espaces terrestres profondément perturbés par l’intrusion humaine : eaux polluées des rivières aux États-Unis, extraction des sables bitumineux en Alaska, forêts dévastées par l’industrie de l’uranium. Paradoxalement ses photos accrochent le regard par leur beauté.


Edward Burtynsky Forêt dévastée pour l’extraction de l’uranium, Ontario, 1996
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Edward Burtynsky Résidus de nickel, Ontario, 1995
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Voir d’autres paysages de Edward Burtynsky : Pollutions dues au pétrole, pollution de l’eau, pollution due aux mines etc.

De même le photographe espagnol Daniel Beltra sillonne le monde pour dénoncer les dégâts en mer comme à terre.


Daniel Beltra Déversement d’hydrocarbures
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Daniel Beltra Déversement d’hydrocarbures
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Voir en artique, en Ukraine, en forêts etc.

Gideon Mendel, africain du Sud installé à Londres, choisit de ne pas montrer les inondations en elles-mêmes mais de faire poser, sur place, les victimes de ces inondations (série portraits submergés 2011). De même avec la série portraits incendiés 2020-2022 il fait poser les victimes qui ont tout perdu stoïques au milieu des décombres.


Gideon Mendel Portraits submergés, 2011
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Gideon Mendel Portraits incendiés, 2021
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Voir également : Freedom or death, Fire and flood.

Mitch Epstein, photographe américain, révèle par ses images l’inquiétude quant à la sécurité nucléaire.


Mitch Epstein Série American Power, centrale thermique d’Amos, Virginie, 2004
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Mitch Epstein Lycée de Poca et centrale thermique d’Amos
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Voir d’autres photographies.

3 – Les artistes plasticiens, comment témoigne t-ils ?

Hundertwasser, dont on connaît l’engagement total dans la cause écologique a souvent utilisé ses peintures pour des campagnes d’affichage,


Hundertwasser Contre l’énergie atomique
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Hundertwasser Sauver la mer
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Voir également, pour la reforestation la nature libre est notre liberté contre la pollution des villes pour sauver sauver les baleines..
D’autres affiches de Hundertwasser.

Nicolas Garcia Uriburu (1937 2016), artiste argentin, s’était d’abord fait connaître dans les années 60 comme peintre pop, lorsqu’en 1968 il a été invité à la Biennale de Venise, il a, à la surprise générale, lancé dans le grand canal de la fluoricelline, une substance inoffensive qui a pour effet au contact des bactéries de colorer l’eau en vert. Dans les années qui ont suivi, son geste a été renouvelé dans la Seine, dans la Tamise à Londres etc. révélant que dans toutes les grandes villes l’eau des rivières était polluée.


Nicolas Garcia Uriburu Les trois Grâces, 1967, huile sur toile 130 x 160 cm Museo Nacional de las Bellas Artes, Buenos Aires, Argentine.
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Voir d’autres oeuvres de Nicolas Garcia Uriburu

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Le classicisme et le modernisme, pluralisme esthétique en Italie (1922-1931) https://art.moderne.utl13.fr/2025/10/le-classicisme-et-le-modernisme-pluralisme-esthetique-en-italie-1922-1931/ Tue, 21 Oct 2025 16:48:27 +0000 https://art.moderne.utl13.fr/?p=13694

Cette conférence, réfute l’idée que tous les régimes autoritaires imposent une politique à des fins de propagande. Dans l’Italie de Mussolini, l’intervention de l’Etat est loin d’être contraignante sur la peinture, les arts appliqués (ou décoratifs) ou l’architecture. Elle laisse la place à des débats entre artistes qui sont parfois virulents ; certains souhaitent s’inscrire dans le modernisme européen, tandis que d’autres exaltent le classicisme romain. Le régime ne cherche pas à arbitrer le débat, mais à éviter qu’il ne prête le flanc aux adversaires du régime.
Intervenant : Marc Isch-Wall


1 – Introduction

1.1 – Modernisme et progressisme

Retour sur quelques idées reçues
Modernisme ou classicisme coexistent et se croisent plus qu’ils ne s’affrontent dans l’Italie du Ventennio, qui commence en 1922, année de la Marche sur Rome, et se termine en 1943. J’ai choisi de couper la présentation en deux parties chronologiques afin d’avoir le temps d’aborder en parallèle plusieurs disciplines artistiques, les arts figuratifs avec la peinture, les arts appliqués (on disait à l’époque décoratifs) comme la céramique, le verre soufflé, l’ébénisterie, le textile, le fer forgé, le décor de théâtre et enfin l’architecture, qui sera le parent pauvre de cette première partie, pour des raisons liées à la situation politique et économique de l’Italie pendant ces années.

L’historiographie traditionnelle des arts plastiques, celle qui élabore le concept de modernisme, sous-entend l’idée d’un progrès continu des arts. Chaque génération reprend les acquits de la génération précédente, mais entend la dépasser par des innovations plastiques ou thématiques. En conséquence, il serait bon de faire rimer modernisme dans le domaine des arts et progressisme politique.


Richard Heymann-Schicht, L’écoute 1930-35 huile sur toile Collection particulière
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L’extraordinaire foisonnement des arts dans l’Allemagne démocratique de 1919 à 1933, suivi de la rebutante création qu’aucun musée au monde n’ose aujourd’hui présenter, apporterait la preuve de cette affirmation. Un exemple n’est pas suffisant. Au contraire,


Le Corbusier dans son bureau et atelier à Paris
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Le Corbusier, ici photographié par Brassaï, une des colonnes du Mouvement Moderne, essaie en vain d’être reçu par Mussolini, afin de proposer ses plans d’urbanisme pour les villes nouvelles des marais pontins. Il tente, toujours en vain, de vendre ses idées au régime de Vichy.


Yuri Pimenov La Nouvelle Moscou 1937 huile sur toile 140 x 170 cm Galerie Tretiakov, Moscou
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A l’inverse, le réalisme socialiste imposé par Staline dès 1934 n’appartient vraiment pas au modernisme.
Le modernisme serait-il incompatible avec le totalitarisme ? L’Italie apporte la preuve qu’un régime réactionnaire est ouvert au pluralisme esthétique et même encourage les artistes relevant du modernisme.
Mon propos sera donc de présenter divers mouvements artistiques qui ont droit de cité dans l’Italie fasciste, d’analyser le contrôle qu’exercent les autorités politiques. Tous les arts ne sont pas traités à la même enseigne. Nous verrons comment les peintres et les sculpteurs sont encadrés de façon croissante avec l’affermissement du régime, ce qui n’est pas le cas des arts décoratifs.
Je dois maintenant préciser les termes de modernisme, modernité, avant-garde et classicisme auquel je ne pense rien ajouter de nouveau.

Le modernisme commence au début du XXème siècle. Ce courant artistique est lié à la formation des avant-gardes et concerne tous les arts plastiques.
Le modernisme est un courant des arts émergeant pleinement au début du XXème siècle en Europe. Il est lié à la formation des avant-gardes. Je cite cette définition de Roland Barthes : « Être d’avant-garde, c’est savoir ce qui est mort. Être d’arrière-garde, c’est l’aimer encore ». Une formule trop tranchée à mon sens, puis qu’elle rejette tout compromis, comme celui auquel est parvenu le réalisme allemand de 1925 à 1933 « die neue Sachlichkeit »..


Henri Fantin-Latour Hommage à Delacroix 1864 huile sur toile 160 x 250 cm Musée d’Orsay
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Maurice Denis Hommage à Cézanne 1900 huile sur toile 180 x 240 cm Musée d’Orsay
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Les avant-gardes se nourrissent du foisonnement des arts de Delacroix à Cézanne. Je viens de citer deux peintres français, auxquels la génération suivante rend hommage.


Saint-Simon 1825 « Opinions littéraires, philosophiques et industrielles »
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Que sont les avant-gardes ? Le terme est à l’origine militaire. Saint-Simon l’emploie en 1825 dans ses « Opinions littéraires, philosophiques et industrielles ». Il imagine un dialogue entre un artiste, un industriel et un scientifique ; il fait dire au premier : « C’est nous, artistes, qui vous servirons d’avant-garde ». Ainsi se formalise l’idée d’une émancipation de la société par l’art. Dès le milieu du XIXème siècle apparait une conception antagoniste, comme celle des impressionnistes, qui minorent les questions d’ordre social ou politique, mais manifestent inventivité plastique et originalité thématique.
Dans l’histoire de la pensée, la modernité est une période historique au cours de laquelle se développe une pensée rationnelle qui cherche à s’émanciper de la religion. L’humanisme marque le début de cette période et l’Italie joue un rôle primordial dès le XVème siècle . Le renouvellement des arts est concomitant avec celui de l’humanisme. Par l’étude des textes anciens et les premières recherches archéologiques, la Renaissance italienne cherche à se raccrocher à un glorieux passé romain. Dans le langage courant, « modernité » a un sens plus large, qui peut recouvrir le modernisme.

L’humanisme italien joue un rôle primordial dans la modernité. Il se construit en référence à l’antiquité romaine.


Arc de Trajan Bénévent (Benevento), Italie 114 après J.-C.
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Cette référence aux arts de l’Antiquité, qu’on peut appeler « classicisme » va marquer l’Italie, ses artistes et ses intellectuels, jusqu’au début du XXème siècle. C’est la seule ruine romaine que vous verrez ; nous allons nous rendre en Italie, plus à Milan qu’à Venise, plus à Turin qu’à Florence.

1.2 – L’italie du regorgimento à l’art moderne

L’Italie nostalgique de son passé
De l’héroïsme à la vie moderne », est publié à l’occasion du salon de 1846. Le poète est à la fois curieux et inquiet devant la vie moderne, qu’il considère comme transitoire, fugitive, contingente. L’art moderne n’est que « la moitié de l’art ». La beauté classique, stable et définitive obéit à des lois éternelles.


Charles Baudelaire au salon de 1846
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Cette féconde opposition chez Baudelaire est absente de l’Italie du Risorgimento. Risorgimento est proche du mot résurrection, un passage de la mort à la vie. Elle doit être comprise non comme un passage de la mort vers un vie future, mais comme un retour de la mort vers une vie passée idéalisée, celle de l’Italie, centre de la romanité. Les bouleversements politiques et culturels de l’Italie après 1861 n’impactent que très peu les arts plastiques, comme le prouve ce tableau d’histoire traditionnel.


Telemaco Signorini L’artillerie toscane de Montechiaro accueillie par les blessés français de Solférino 1859 huile sur toile 60 x 117 cm Collection particulière
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Giovanni Boldini peint un portrait de Verdi vieillissant, rempli de nostalgie, image d’une Italie nostalgique de son passé romain.


Giovanni Boldini Portrait de Verdi 1886, huile sur toile 54 × 65 cm Galerie nationale d’art moderne, Rome
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Deux courants artistiques font exception :
Les Macchiaioli, qui se réunissent à Florence au caffé Michelangelo. Giovanni Fattori, [est le plus connu, mais je cite] Raffaelo Sernesi (1838 1866) et ses Toits au soleil.


Raffaelo Sernesi Toits au soleil 1861, huile sur toile 54 × 65 cm Galerie nationale d’art moderne, Rome
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Les rebelles de la Scapigliatura milanaise. L’écrivain et architecte Camillo Boito est le théoricien de ce groupe. Il réactualise le Moyen-Âge lombard, avec une décoration en briques rouges, une sorte d’historicisme raisonné.


Casa Verdi Piazza Michelangelo Buonarroti à Milan
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La plus grande réussite de sa carrière est la Casa Verdi, une maison de repos pour musiciens construite à Milan (1899-1913).

Originalité et créativité du style Liberty</strong>
Les arts décoratifs italiens font preuve d’une grande originalité au début du XXème siècle. En 1888, Carlo Bugatti (1856-1940) est présent à l’exposition d’art italien qui se tient à Londres. Il se fait remarquer par ses « quaint furnitures », des meubles bizarres, qui connaissent un certain succès.


Carlo Bugatti Secrétaire 1895 MET New York
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Voici un secrétaire, légèrement postérieur à l’exposition de Londres.


Leonardo Bistolfi Affiche de l’exposition à Turin 1902
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Carlo Bugatti triomphe à Turin, en 1902.


Carlo Bugatti Le salon Escargot avec ses fameux sièges Cobra de en 1902
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Il y présente quatre chambres dont celle baptisée Escargot ; elle reproduit en effet les différentes parties de la coquille de ce gastéropode. Il s’inscrit dans l’art nouveau international, qui prend le nom de Liberty en Italie.
Ce mobilier est recouvert de parchemin, calligraphié de motifs quelque peu japonisants, les ornements en métal repoussé et nielle restent d’inspiration mauresque.

Le style liberty est rès varié. Les traditions régionales restent vivantes : l’ébénisterie à Milan, le verre à Murano, la céramique à Florence. Parmi ceux qui se font remarquer à l’exposition de Milan :


Eugenio Quarti Chaise en noyer 1898 Musée d’Orsay
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Eugenio Quarti (1867 1929), il a commencé dans l’atelier de Bugatti, puis élabore un style plus personnel. Il crée une chaise en noyer à décor floral stylisé, bois marqueté, incrustations de laiton et nacre.


Alessandro Mazzucotelli Suspension pour éclairage électrique 1903 Musée d’Orsay
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Le forgeron Alessandro Mazzucotelli Il est lui aussi Milanais. Il réalise peu après l’exposition, entre 1903 et 1906, une suspension pour éclairage électrique en fer forgé, découpé.


Galileo Chini Vase en céramique
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A Florence en 1896, Galileo Chini (1873-1956 ) crée la manufacture « Arte de la Ceramica ». Il orne ses vases de fleurs de tous types, de poissons, d’oiseaux, de plumes de paon.


Artisti Barovier Bosco di Betulle vase, 1914-1919
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A Murano, Artisti Barovier réalise des vases à murrines, des baguettes constituées de plusieurs couches de verre de couleur découpées en rondelles et assemblées (en vente publique 707 000 £).


Vittorio Zecchin Murrina del pavone 1913
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Artisiti Barovier fait appel au peintre Vittorio Zecchin pour réaliser la célèbre Murrina del pavone (1913, Christies, 138 000 $). Ils préparent les initiatives novatrices de l’après-guerre.

Architecture de style Liberty


Giuseppe Sommaruga Palazzo Castiglioni à Milan
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Le Palazzo Castiglioni à Milan de Giuseppe Sommaruga mélange réminiscences baroques et Art nouveau.


Ernesto Basile Villa Igiea
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Le sud n’est pas en reste ; l’architecte palermitain Ernesto Basile (1857 1932) appartient pleinement au style Liberty. Il réalise et meuble la Villa Igiea, un hôtel de grand prestige au bord de la mer, à Palerme, livré en 1899.
Les meubles sont réalisés par un industriel d’origine française, Vittorio Ducrot.

Une avant garde italienne. Le dynamisme pictural (1910-1915)


Manifeste futuriste du 20/02/19019
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Coup de théâtre, le 20 février 1909, le poète Marinetti publie dans le Figaro le manifeste futuriste. Umberto Boccioni, Carlo Carrà et Luigi Russolo, qui vivent à Milan au contact de Marinetti, signent le 11 avril 1910 le « manifeste technique de la peinture futuriste », s’alignant ainsi sur les positions esthétiques et politiques du poète.


Les futuristes à Paris en 1912
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Severini puis Balla (qui n’est pas sur la photographie prise à Paris en 1912) se joignent au manifeste. Une avant-garde italienne vient de se constituer, celle du dynamisme pictural, la 1ère expression plastique du futurisme.


Umberto Boccioni Dynamisme d’un joueur de football 1913
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En 1913 Umberto Boccioni peint Dynamisme d’un joueur de football. J’ai choisi ce tableau pour illustrer cette courte période, la plus brillante de la peinture futuriste. Cette avant-garde permet enfin à l’Italie de jouer un rôle majeur dans l’art moderne.
Umberto Boccioni force la syntaxe cubiste et exprime le dynamisme des corps athlétiques placés espace continu grâce aux vibrations de la lumière. Il exprime l’énergie de l’athlète sous tension par des obliques et des diagonales.

La métafisica est-elle une avant garde ?
La Metafisica est née officiellement en 1917, par la rencontre de Giorgio de Chirico et de Carlo Carrà à l’hôpital militaire de Ferrare.


Giorgio de Chirico Le muse inquietanti 1962 huile sur toile 94 × 62 cm
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Giorgio de Chirico n’a pas attendu cette rencontre pour orienter ses recherches vers le classicisme. Il se définit en 1919 comme « pictor classicus ». Selon lui, le classicisme se caractérise par « le démon de la ligne ». Avec les muses inquiétantes et ses mannequins aux têtes vissées, la narrativité traditionnelle n’a plus sa place. La Metafisica annonce autant le surréalisme que « le réalisme magique », qu’adopteront les peintres du Novecento. Ces artistes sont au cœur de ma présentation ; ils reprennent la narrativité traditionnelle avec « cette finesse et cette pureté de la sensation linéaire » qu’affectionne Giorgio de Chirico.

La Metafisica s’oppose au futurisme en ce qu’elle nie la possibilité de refaire le monde de fond en comble.

Retorno all’ordin (Retour à l’ordre)


En 1917 autour de Reims
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A la fin de la 1ère guerre mondiale des artistes renouent avec le classicisme, supposé incarner le « génie » des nations dont l’ordre et les valeurs ont été bouleversés par la guerre. Massimo Bontempelli, dont je vais reparler, fait coïncider la mort des avant-gardes militaires avec celle des avant-gardes artistiques. Cette recherche du classicisme coïncide avec une renonciation aux postulats théoriques et formels des avant-gardes. Ce besoin de stabilité porte un rude coup au Futurisme. Il refuse en effet tout règle établie, il véhicule les valeurs d’un monde moderne dominé par la science et la technique.


Pablo Picasso, Portrait d’Olga dans un fauteuil 1918, huile sur toile, 130 x 88.8 cm, Musée Picasso, Paris.
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En Italie, comme en France les arts plastiques sont affectés : Picasso, Derain, comme un peu plus tard l’architecture avec l’Art déco.


Valori Plastici. Roma (1918-1921). Ediz. illustrata
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En Italie, le « Ritorno all’ordine » est encouragé par le magazine Valori plastici. Carlo Carrà dans l’éditorial du premier numéro publié 12 jours après l’armistice, entend retrouver « la rigueur de la peinture ». La revue réaffirme que l’art est « l’essence spirituelle l’Italie », selon l’expression d’Ardengo Soffici. La revue axée sur les seules « valeurs plastiques » s’oppose à l’idéologie avant-gardiste du futurisme. Elle cesse de paraître avant l’instauration du régime fasciste ; les idées sont reprises par Novecento, un mouvement pictural animé par Margherita Sarfatti.


il Popolo d’Italia
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Quelques jours après la marche sur Rome, le 3 novembre 1922, Carlo Carrà, Achille Funi, Mario Sironi et Marinetti publient dans il Popolo d’Italia : cet évènement souligne « la principale vertu de notre race, la supériorité de son esprit artistique. » Ils applaudissent « le fascisme, chargé des valeurs de l’idéal » et son chef, Benito Mussolini, qui incarne le renouveau des arts.

Le retour à l’ordre commencerait-il plus tôt. Après avoir défini le dynamisme plastique, atteint les limites de l’abstraction, Umberto Boccioni se laisse influencer par le cubisme et par Cézanne : Paysage montagneux (1916, Novecento Milan) ; certains historiens d’art emploient le terme « régression »

2 – De véhéments débats artistiques

2.1 – Stracittà et Novecento

Un homme, une femme et une revue
Deux tendances artistiques, sensées incarner ce renouveau des arts, vont s’opposer. Curzio Malaparte les définit par des néologismes :
Stracittà, Super-ville, s’attache à la figure de l’homme moderne, bâtisseur de la nouvelle civilisation fasciste, qui doit rayonner dans le monde. (Stracittà mérite son nom, puisque ses protagonistes sont établis à Milan et à Rome).

2.2 – Stapaese
Strapaese, Super-bien-de-chez-nous s’attache aux paysages traditionnels de l’Italie rurale. Dans les 2 cas, super est à comprendre comme dans « c’est super », ou « c’est extra ».
Ces deux courants artistiques considèrent le fascisme comme une idéologie totale, où art et politique se confondent. Le premier cherche à promouvoir une mission civilisatrice que s’est donnée le régime. Le second entend se limiter à une exaltation de la terre italienne. De 1926 à 1930, les deux mouvements s’étripent dans leurs journaux respectifs ….

2.3 – Stracielo

Au point de favoriser un retour en grâce du futurisme, avec l’Aéropeinture, auquel par dérision Marinetti donne le surnom de Stracielo.

Stracittà et Novocentro


« 900 » Cahiers D’Italie et D’Europe 2. Cahiers d’hiver 1926-1927
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Stracittà, s’exprime dans la revue littéraire « 900 : Cahiers d’Italie et d’Europe », fondée en 1926 par Massimo Bontempelli.


Massimo Bontempelli
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C’est un écrivain de talent, qui publie sa vie durant des pièces de théâtre et des romans. Il est nommé au « syndicat des auteurs et écrivains », une organisation corporatiste propre à l’Italie fasciste. Sa revue promeut l’architecture rationnelle et la peinture murale. Il exerce une influence considérable sur la culture italienne. Dans ces 4 premiers numéros, la revue est éditée à Rome et à Paris.


Mario Sironi Portrait de Margherita Sarfatti 1917 encre de Chine sur papier 29,8 x 22,9 cm
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Margherita Sarfatti tient la rubrique artistique dans il Popolo d’Italia. Elle crée un rassemblement d’artistes appelé Novecento, et organise les expositions à la galerie Pesaro de Milan, puis dans toute l’Europe. Dès 1923, elle reçoit un soutien financier de Mussolini, dont elle devient la maitresse. Mussolini inaugure la 1ère exposition le 26 mars 1923. Le Duce prononce un discours qui sous-tend toute l’action du régime pendant deux décennies : « On ne peut gouverner en ignorant l’art et les artistes. L’art appartient à la sphère de l’individu. Le seul devoir de l’état est de donner des conditions de vies décentes aux artistes ». Novecento ne donne pas l’apparence d’un groupe cohérent, mais marque le triomphe du retour à l’ordre et d’un nouveau classicisme, déjà annoncés dans Valori Plastici.
Tous deux sont d’accord sur trois points fondamentaux pour définir un « modernisme classicisant (moderna classicista) ».

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Le taureau dans l’art, de Lascaux à Claude Viallat https://art.moderne.utl13.fr/2025/06/le-taureau-dans-lart-de-lascaux-a-claude-viallat/ Mon, 23 Jun 2025 12:45:12 +0000 https://art.moderne.utl13.fr/?p=13604

Toutes les civilisations méditerranéennes reconnaissent dans le taureau l’image de la puissance et ont fait de cet animal un véritable mythe. Omniprésent dans la mythologie grecque, où Poséidon l’utilise pour soulever des tempêtes, Dionysos pour affirmer sa virilité et Zeus pour séduire, le taureau était au coeur des rites de nombreuses sociétés antiques lors de cérémonies sacrificielles. Le culte de Mithra en particulier, d’origine indo-iranienne, s’est largement répandu en Europe jusqu’au IV ° siècle, et si la christianisation a mis fin aux cultes païens, nous verrons que, sous bien des formes, les valeurs attribuées au taureau perdurent dans le monde moderne et dans notre société contemporaine, notamment dans le rituel de de la corrida, dont Miquel Barceló et Claude Viallat ont fait l’un de leur sujet récurrent.
Entre objets antiques et peintures mythologiques, entre minotaures et tauromachie, c’est à un grand voyage artistique que ce thème nous invite.
Intervenante : Agnes Ghenassia


Pablo Picasso, les 11 États du taureau 1946 lithographie 30,5 x 43,5 cm
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Le taureau, comme le souligne Michel Pastoureau, possède une histoire culturelle riche, ayant accompagné l’art européen pendant près de 20 millénaires. Il cite : « Pour les artistes, il a été tout à la fois un sujet récurrent, un objet de fascination, une créature fantasmée et un emblème d’énergie créatrice. »

Les préhistoriens qualifient de grands taureaux sauvages les aurochs, qui sont les ancêtres du taureau domestique. La première salle de la grotte de Lascaux est d’ailleurs appelée la salle des Taureaux, où le plus grand dessin de taureau mesure 5 mètres de long. Environ 1 800 ans avant notre ère, les Néandertaliens chassaient déjà ces animaux pour leur viande. Quant à la finalité de leur représentation artistique, les hypothèses demeurent : s’agissait-il de rituels de chasse ou de visions chamaniques ?


Grotte de Lascaux, la salle des taureaux
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Grotte de Lascaux, la salle des taureaux
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Le taureau dans l’Antiquité
Pendant l’Antiquité, le taureau est omniprésent dans de nombreux récits mythologiques. L’un des plus anciens provient de Mésopotamie et narre les aventures de Gilgamesh, roi légendaire d’Uruk (dont le site se trouve aujourd’hui en Irak).


Le site archéologique d’Uruk au sud de l’Irak
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L’épopée de Gilgamesh et du Taureau Céleste débute avec les avances de la déesse Ishtar (ou Inanna), que Gilgamesh repousse, suivant les conseils de sa mère. Pour se venger, la déesse se rend auprès de son père, le Dieu Céleste, afin qu’il lâche le Taureau Céleste, un monstre gigantesque, dans les rues d’Uruk pour ravager la ville. Informé de la catastrophe — le taureau creusait d’énormes trous engloutissant les habitants —, le roi part au combat avec l’aide de son serviteur Enkidu et parvient à terrasser la bête. Par cette victoire, Gilgamesh gagne le droit de rendre la justice.


Relief en terre-cuite mésopotamien (vers 2250 – 1900 av. J.-C. ; Musée Art et Histoire de Bruxelles) montrant Gilgamesh abattant le Taureau céleste
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Un relief mésopotamien en terre cuite illustre Gilgamesh combattant le Taureau Céleste. Cependant, après avoir vaincu le taureau, Enkidu, pour narguer Ishtar, lui jette la cuisse droite de l’animal. Les dieux le condamnent alors à mort. Dans la suite de l’épopée, Gilgamesh est confronté à sa propre mortalité.


Gilgamesh et Enkidu terrassant le taureau céleste Schoyen collection Norvège
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Symbolisme et représentations modernes
Le Taureau Céleste est associé à la constellation du Taureau.


Constellation du taureau
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Des figures comme Guido Bonatti (1210-1300) ont exploré cette symbolique.


Taureau Céleste issu du Liber Astronomiae de Guido Bonatti (1550)
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Des artistes contemporains, tel Damien Hirst, ont également proposé leur vision d’Ishtar, montrant la persistance de ces figures mythologiques dans l’art.


Damien Hirst Treasures from the Wreck of the Unbelievable 2017
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Civilisation mésopotamienne et assyrienne : Lamassu ou Shedu

Les Lamassus ou Shedu, créatures mythologiques mésopotamiennes, sont représentés par des statues colossales de taureaux et de lions ailés androcéphales.
On trouve des représentations de taureaux androcéphales (à tête humaine), comme cette statuette de taureau couché à incrustation, d’une longueur de 19 cm. Visible au musée du Louvre, elle est réalisée en chlorite, une pierre facile à travailler.


Taureau couché androcéphale, Mésopotamie, 2100 av.J.C Musée du Louvre
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Ils gardaient les portes des palais royaux et des temples.


Palais de Khorsabad, Mésopotamie, les Lamassus gardiens
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Musée de Pergame, Berlin
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Ces figures sont coiffées d’une haute tiare ornée de plumes et surmontée de trois paires de cornes, indiquant leur statut divin.


Musée national d’Irak, Bagdad
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Le taureau dans le monde chrétien

Le taureau ressurgit dans le monde chrétien en tant qu’attribut de l’évangéliste Luc. Pourquoi ? Parce que les attributs des quatre évangélistes sont une interprétation chrétienne de la vision d’Ézéchiel à Babylone (Ézéchiel faisait partie des Juifs déportés à Babylone par les Assyriens).

Ézéchiel décrit cette vision : « Les cieux s’ouvrirent, et je vis des visions divines. La main du Seigneur se posa sur moi. Je vis un vent de tempête venant du Nord, un gros nuage, un feu jaillissant, et autour, une clarté. Au milieu, la forme de quatre êtres vivants. Ils avaient chacun quatre faces et chacun quatre ailes. La forme de leur visage : c’était un visage d’homme, et vers la droite un visage de lion, à gauche un visage de taureau, et un visage d’aigle. »
En interprétant la figure tétramorphe des quatre vivants comme une prémonition des quatre évangélistes, le taureau a été associé à Saint Luc. Pourquoi précisément à lui ? Parce que l’Évangile de Luc s’est adressé à des communautés grecques païennes, dans un contexte où l’on pratiquait des sacrifices au temple. Le taureau étant l’animal que l’on sacrifiait, il prend ainsi avec Saint Luc le symbole du sacrifice du Christ.

Exemples de représentations artistiques


La vision d’Ézéchiel, fresque tétramorphe dans un monastère des Météores en Thessalie
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La vision d’Ézéchiel par Marc Chagall
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Le tympan de Sainte-Trophime à Arles
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Guyard des Moulins, St Luc écrivant (XV° siècle)
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Clé de voûte du couvent des Augustins à Toulouse
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Picasso, taureau ailé contemplé par quatre enfants
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Tout récemment, les tours de la Sagrada Familia à Barcelone, laissées inachevées par Gaudi, ont été ornées de figures des évangélistes, dont un grand taureau blanc ailé.


Les tours éclairées de la Sagrada Familia, Barcelone
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Le culte d’Apis en Égypte ancienne

Revenons à l’Antiquité, et plus particulièrement au culte d’Apis en Égypte. Apis est le nom grec des taureaux sacrés de la mythologie égyptienne, vénéré dès l’époque préhistorique jusqu’à l’époque romaine. Il symbolisait la fertilité, la puissance sexuelle et la force physique.

Sous sa forme anthropomorphe, Apis est représenté comme un homme avec une tête de taureau dont les cornes enserrent un disque solaire.


Statuette en bronze du dieu Apis – Musée du Louvre
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Il était vénéré dans toute l’Égypte sous la forme d’un taureau vivant, que les prêtres sélectionnaient selon des critères très précis : un pelage noir, des poils de queue doubles, un triangle blanc sur le front, un signe en forme de faucon aux ailes déployées dans le dos, et un signe en forme de scarabée sur la langue. Lorsque les prêtres trouvaient cette perle rare, une étable orientée vers le soleil levant, était bâtie dans le champ où il vivait. Il y était nourri durant 40 jours, période pendant laquelle seuls les prêtres pouvaient l’approcher.
Le temps prescrit écoulé, il était conduit en grande pompe par un cortège de cent prêtres jusqu’à la ville de Nilopolis, où il était accueilli dans le temple. Il y restait alors quatre mois, durant lesquels toutes les femmes qui le désiraient pouvaient lui rendre visite afin d’obtenir ses faveurs et un gage de fécondité. Ces cérémonies étaient l’occasion de grandes réjouissances dans tout le pays, qui venait rendre hommage au nouvel Apis.
Au terme de ces quatre mois, le taureau et les cent prêtres quittaient la cité pour se rendre à Memphis lors d’une fastueuse procession descendant le Nil. Le peuple acclamait le cortège jusqu’au temple de Ptah. Le taureau ne quittait le temple que pour des cérémonies religieuses, et une fois par an, une génisse lui était présentée pour satisfaire ses ardeurs sexuelles. Celle-ci était ensuite rituellement abattue et donnée en offrande aux dieux.


Représentation du taureau Apissur un sarcophage
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Les historiens gréco-romains affirment qu’Apis ne pouvait dépasser 20 ans, après quoi il était noyé. Pour Pline le Jeune, le chiffre de 25 ans correspondait à des calculs astronomiques liés aux cycles du soleil et de la lune, dont Apis était l’incarnation.

Quoi qu’il en soit, la légende veut qu’à sa mort, l’Apis se réincarne dans l’un de ses congénères, que les prêtres étaient chargés de trouver aussitôt. Un seul taureau était vénéré à la fois.
La mort de l’Apis entraînait un deuil national de 70 jours, le temps de sa momification. Il était embaumé et ses funérailles étaient fastueuses. Il était alors assimilé au dieu Osiris sous le nom d’Osiris-Apis. Ainsi, on trouve sur les sarcophages des représentations du taureau portant la momie du défunt sur son dos.

Œuvre associée, une stèle commémorant l’enterrement du taureau Apis est conservée au Louvre.

Le taureau dans les mythes grecs

L’enlèvement d’Europe

Zeus, métamorphosé en un taureau blanc, enleva la ravissante Europe, princesse phénicienne. Sur le rivage, il aperçut la jeune fille dont la beauté le remplit de désir. Il lui apparut alors sous la forme d’un taureau d’une grande douceur, qui se mêla au troupeau qu’elle gardait avec ses compagnes. Europe, charmée, le caressa et lui tressa même une couronne de fleurs, selon Ovide. Osant ensuite grimper sur son dos par jeu, elle fut aussitôt emportée sur les flots. Ils auraient ainsi nagé de l’actuel Liban jusqu’en Crète, à Gortyne. Là, Zeus révéla à Europe sa véritable identité et son amour. De leur union naquirent trois fils, dont le célèbre Minos.

Représentations artistiques de l’enlèvement d’Europe
L’enlèvement d’Europe est un thème récurrent dans l’art, à travers les âges :

Antiquité :
Enlèvement d’Europe, cratère à figure rouge, musée de Paestum (environ 350 av. J.-C.). Ce motif se retrouve fréquemment sur les vases et plats grecs de l’époque.


Enlèvement d’Europe, cratère à figure rouge, musée de Paestum (environ 350 av. J.-C.)
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Fragment de mosaïque (avant J.-C.)
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Statuette en terre cuite (470 av. J.-C.), exposée au Louvre
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Renaissance et périodes suivantes :


Dessin de Dürer 1494 29 x 41,5 cm
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L’enlèvement d’Europe par le Titien (1560) huile sur toile 178 x 205 cm musée Isabella-Stewart-Gardner à Boston
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L’enlèvement d’Europe par le Titien (1560) : cette œuvre est considérée comme la première à restituer l’émotion de cette scène. Europe y est représentée affolée, appelant à l’aide malgré les Cupidons qui accompagnent le taureau, tandis que sur le rivage, ses compagnes la supplient de revenir. La version du mythe racontée par Ovide précise que le père d’Europe envoya ses fils à la recherche de leur sœur dans toutes les directions, avec pour mission de ne pas revenir sans elle. Cela pourrait expliquer l’appellation contemporaine d’Europe désignant un ensemble de pays qu’ils auraient parcourus.
Voir les enlèvements d’Europe


L’Enlèvement d’Europe

– Matisse (1929), voir un commentaire
– Max Beckmann (1917), voir un commentaire.

Références contemporaines
Le mythe d’Europe et du taureau perdure dans notre culture contemporaine :

Plusieurs sculptures symbolisent ce mythe :


Léon le Pas L’enlèvement d’Europe devant le conseil européen à Bruxelles (1997
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Nikos et Pantelis Sotiriadis L’enlèvement d’Europe devant le Parlement européen de Strasbourg (20058) acier (taureau), bronze (jeune fille) et verre (arrière du taureau).
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L’enlèvement d’Europe devant le Parlement européen de Strasbourg est un don de la Crète datant de 2005.

Voir d’autres sculptures de l’enlèvement d’Europe :
– À L’aéroport de Madrid par Botero.
– À Marseille.
– À Gammerages, en Belgique (2013), particulièrement minimaliste.

Héraclès et le taureau crétois.
C’est le 7e des travaux d’Héraclès. C’était un taureau blanc, que Poséidon avait offert à Minos pour qu’il lui en offre le sacrifice, mais le superbe animal émergent tout blanc de l’écume des vagues parru si beau à Minos qu’il décida de l’épargner. Poséidon se vengea, en rendant le taureau furieux et en lui faisant dévaster les terres de Crète. Héraclès reçut pour tâche de le capturer vif, il y parvint en sautant sur lui et en lui saisissant les cornes et il revint en Grèce sur le dos de l’animal à travers la mer qui sépare la Crête de Tyrinthe, dont le roi est Eurysthée. Celui-ci ayant vu l’animal le relâcha, on dit qu’il erra avant de s’installer près de Marathon, où il se rendit coupable de plusieurs méfaits.

Héraclès combattant le taureau crétois est représenté sur de nombreuses céramiques et vases grecques,


Vase grec représentant Héraclès combattant le taureau, temple de Zeus à Olympie
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sur un relief du temple de Zeus île de Pharos au musée du Louvre, sur une mosaïque à Ostie, sous forme de sculpture au château de Schwerin Allemagne sur un timbre monégasque.
Dans l’arc crétois de cette civilisation minoenne, on trouve de nombreuses têtes de taureau ou simplement des cornes, car c’est là que réside la force et la fertilité. Ainsi à Cnossos les cornes sacrées des rhytons, très ouvragées, étaient des récipients zoomorphes destinés à des libations.


Réplique de cornes sacrées par Evans à Knossos
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Rhytons crétois en pierre, œil en cristal de roche et museau de nacre 1600-1450 avant Jésus-Christ et sur une peinture des porteuses de Rhyton.


Porteuses de rhyton, religion minoenne Fresque minoenne du palais de Knossos
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Don Quichotte et les artistes https://art.moderne.utl13.fr/2025/05/don-quichotte-et-les-artistes/ Thu, 15 May 2025 15:09:33 +0000 https://art.moderne.utl13.fr/?p=13561

Comment expliquer l’immense succès international d’un roman espagnol paru en 1605 et 1615, traduit en 140 langues, qui a inspiré des musiciens, des chorégraphes et d’innombrables peintres et illustrateurs ?
Don Quichotte, personnage individualiste, tragi-comique, est en quête d’un monde qui n’existe plus : la réalité prosaïque fait obstacle à la force de ses utopies. Mais cet anti-héros transcende son époque car il est porteur de valeurs universelles de générosité, de courtoisie, de hardiesse: il incarne la vie sous forme d’une lutte entre le réel et l’idéal.
De Gustave Doré à Gérard Garouste, et jusqu’à la dernière performance d’Abraham Poincheval, les artistes ont interprété toutes les facettes de cette figure mythique, que nous découvrirons ensemble… avant que le MUCEM, d’octobre 2025 à mars 2026, ne lui consacre une exposition intitulée « histoire de fou, histoire d’en rire« .
Intervenante : Agnes Ghenassia

Le roman Don Quichotte
Dans un village de la Manche, dont l’auteur ne veut pas dire le nom, un vieux garçon frisant la cinquantaine, vivant seul, entouré de sa nièce et d’une gouvernante, Alonso Quijana, à l’instar du héros de chevalerie dont il est un lecteur éperdu, décide de devenir chevalier errant sous le nom de Don Quichotte de la Mancha. Il fourbit ses armes et baptise son vieux cheval du nom de Rossinante. Mais un chevalier errant sans amour est un arbre sans feuilles et sans fruit. Il choisit une fille de laboureur dans un village voisin, Aldonsa Lorenzo, qu’il rebaptise Dulcinée de Toboso, son village. Première sortie, armé de pied en cap. Il se propose de se faire nommer chevalier par le premier qu’il rencontrerait. Après une chaude journée de juillet, il arrive à une taverne qu’il prend pour un château. Les deux filles de joie qui s’y trouvent et le tavernier se prêtent au jeu et, au matin, le sacrent chevalier en lui donnant l’accolade et un coup du plat de son épée.

Don Quichotte et les arts plastiques
Dans l’incroyable richesse de ce roman, les peintres n’occupent que trois petits paragraphes et sont ridiculisés. Ce sont des barbouilleurs ou des paresseux. Pourtant, le personnage de Don Quichotte et ses aventures n’ont cessé d’inspirer les artistes, au point que sa silhouette sur son cheval Rossinante et celle de son écuyer Sancho Panza sur un âne sont immédiatement reconnaissables dans le monde entier.
Ainsi, en quelques tracés d’encre de Chine, Picasso,


Picasso Don Quichotte
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Voir un commentaire.

puis Antonio Saura, en 1987, a réalisé 125 dessins à l’encre de Chine sur ce sujet pour une édition publiée à Barcelone.


Antonio Saura Don Quichotte
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John Vanderbank, un peintre anglais, a réalisé au XVIIIe siècle des gravures pour une édition anglaise en 1738.


John Vanderbank Don Quichotte
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Ici, on voit Don Quichotte méditant dans sa bibliothèque. En effet, Don Quichotte n’est pas seulement cet illuminé partant à l’assaut des moulins et autres aventures que chacun connaît ; c’est un lettré, un érudit même, qui a passé de longues années plongé dans ses livres de chevalerie et de poésie antique. Il est donc souvent montré comme Faust au milieu de ses livres.

Adolph Schroedter, en 1834, a peint Don Quichotte lisant dans un fauteuil.


Adolph Schroedter Don Quichotte 1834 huile sur toile 54,5 x 46 cm Alte Nationalgalerie Berlin
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Goya également le présente ainsi, dans un dessin de petit format (24 x 18 cm) réalisé en 1860, assis à une table en train de lire, assailli par ses visions.


Goya Don Quichotte 1860 illustration de Don Quichotte The Elisha Whittelsey Collection
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Don Quichotte, en effet, finit par ne plus faire de différence entre le réel et l’imaginaire. Ce dessin de Goya est très proche, dans l’idée, de sa célèbre gravure Le sommeil de la raison engendre des monstres. Et visiblement, ce dessin a fait école :

En mai 1905, un illustrateur anonyme du Petit Journal présente en couverture Le rêve de Don Quichotte, un livre dans la main, une épée dans l’autre.


Don Quichotte le petit journal 1905
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En 1933, Enric Christopher Risart, graveur et peintre catalan qui illustre une édition anglaise du roman, sature l’espace de visions de chevaux, de personnages ailés, etc.


Enric Christopher Risart Don QuichotteEnric Christopher Risart
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Et plus près de nous, Albert Dubout, dans une vision plus caricaturale, met l’accent sur le fait que ce sont de vieux livres, ceux d’un temps révolu dont Don Quichotte voudrait justement réincarner les héros.


Albert Dubout Don Quichotte
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Charles-Antoine Coypel, au début du XVIIIe siècle, a illustré en peinture les principaux épisodes de l’histoire de Don Quichotte, qui ont été traduits en tapisserie par la Manufacture Royale des Gobelins, réalisant 175 pièces. Ce travail a fait l’objet d’une exposition récente.


Charles-Antoine Coypel Don Quichotte au bal chez don Antonio Moreno 1731 carton de tapisserie 164 x 266 cm Le Louvre Paris
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Manufacture des Gobelins Le Bal de Barcelone, de la tenture de l’Histoire de Don Quichotte aux armes de la famille d’Argenson du comte d’Argenson tapisserie
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Cézanne au temps du Jas de Bouffan https://art.moderne.utl13.fr/2025/03/cezanne-au-temps-du-jas-de-bouffan/ Tue, 25 Mar 2025 21:11:12 +0000 https://art.moderne.utl13.fr/?p=13349

Le Jas de Bouffan fut pendant 40 ans le lieu de référence de Cézanne à Aix. Certes il n’y demeura pas de manière continue, mais il y revint sans cesse de 1859 à 1899… Il commença son œuvre par la peinture de murs du Grand Salon entre 1859-1870… Il a réalisé toute une série de portraits (amis, parents). Le Parc du Jas de Bouffan lui permit de mettre en pratique, en Provence, les leçons de l’Impressionnisme.
Plus tard, il trouva dans les métayers de la Ferme, les modèles pour ses figures et paysans et plus encore pour ses joueurs de cartes. Disposant d’un atelier au Jas de Bouffan, il exécuta de nombreuses natures mortes ici et commença ses séries sur le thème des baigneurs et baigneuses. Le Jas de Bouffan fut encore le point de départ de nombreuses escapades sur la colline de Bellevue, à l’Estaque, Gardanne voire le Château Noir et Bibémus.
Plus que jamais le Jas de Bouffan est reconnu comme le « lieu » essentiel de Cézanne en Provence. Sauf qu’en ses dernières années, le Jas ayant été vendu, Cézanne trouva refuge dans l’atelier des Lauves… »

Intervenant : Denis Coutagne
Denis Coutagne est peintre, écrivain, historien de l’art et conservateur en chef du patrimoine français, président de la socièté Paul Cézanne il a été directeur du Musée Granet d’Aix-en-Provence de 1980 à 2008. Il a organisé de très nombreuses expositions (dont Marius Granet en 2022, Cezanne en Provence en 2006 …).

Je vais vous parler de Cézanne au Jas de Bouffan, en commençant par cet autoportrait.


Paul Cézanne Portrait de l’artiste au fond rose 1875 huile sur toile 64 x 53 cm Musée d’Orsay, Paris
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Ce tableau, un autoportrait, réalisé dans les débuts de sa carrière, reflète l’introspection et la quête incessante de perfection artistique de Cézanne. Le fond rose doux inhabituel pour un portrait, témoigne de l’audace de Cézanne et de sa volonté de s’affranchir des conventions artistiques de son époque.

La prochaine exposition intitulée Cézanne au Jas de Bouffan se tiendra du 28 juin au 12 octobre 2025 au musée Granet. Cet événement, de grande envergure, présentera 130 œuvres, incluant des tableaux, des dessins et des aquarelles. Parallèlement, le Jas de Bouffan sera accessible au public dès le 1er juillet 2025, offrant ainsi une nouvelle opportunité de découvrir ce lieu emblématique.
À cette occasion, la Société Cézanne établira ses activités dans la ferme du Jas de Bouffan. Elle prévoit d’organiser divers colloques et conférences dédiés à Cézanne, approfondissant ainsi l’étude de son œuvre et de son influence. De plus, la Société Cézanne travaille sur un projet ambitieux : la création d’un salon international du livre d’art, renforçant son engagement dans la promotion de la culture artistique.
Pour cette année, un colloque international intitulé « Odyssée, Cézanne » est également prévu. Il se déroulera du 25 au 27 septembre, rassemblant des experts, des chercheurs et des passionnés autour de ce thème fascinant.


Paul Cézanne Montagne Sainte-Victoire avec grand pin 1887 huile sur toile 67 x 92 cm Courtauld Gallery, Londres
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Ce tableau témoigne de sa maîtrise de la couleur et de sa capacité à transformer la réalité en une vision picturale unique. La montagne Sainte-Victoire, symbole de la Provence, devient sous son pinceau une image intemporelle et universelle.

Les peintures de Cézanne sont parmi les plus belles pour exprimer l’essence culturelle de la Provence. Dès 1866, il ambitionne de monter à Paris, poussé par son ami Emile Zola, convaincu que seule la capitale pouvait lui offrir les opportunités nécessaires pour devenir le peintre qu’il rêvait d’être.
À cette époque, le musée Granet, situé à Aix-en-Provence, était un modeste musée provincial qui ne suscitait aucune considération chez Cézanne. Contrairement à cela, seul le Louvre occupait ses pensées. Ce désintérêt explique pourquoi Cézanne, et son fils Paul, n’ont pas conservé longtemps l’atelier des Lauves à Aix-en-Provence. Lorsque, en 1939, le centenaire de la naissance de Cézanne est célébré, une grande exposition est organisée non pas à Aix, mais à Lyon. À Aix, seule une stèle au Tholonet est érigée.


Paul Cézanne Le Grand Pin 1890 huile sur toile 64 x 79 cm Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg
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Ce tableau représente un grand pin solitaire, qui occupe une place centrale dans la composition. L’arbre est vu de près, avec ses branches qui s’étendent vers l’extérieur du tableau. Le paysage environnant est suggéré par des touches de couleur, créant une impression de profondeur et d’espace.

Installé à Paris, Cézanne fréquente Pissarro, Manet et Monet, mais ne parvient pas à intégrer l’École des Beaux-Arts, et il est systématiquement refusé au salon officiel. Son style, très personnel et souvent violent, abordant des thèmes comme les meurtres et les orgies, dérangeait.


Paul Cézanne Baigneuses 1870 aquarelle 33 x 40 cm Collection privée
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Ce petit tableau représente un groupe de baigneuses dans un paysage sombre et indistinct. Les figures sont esquissées avec des touches de couleur rapides et expressives, créant une impression de mouvement et de spontanéité. La lumière est concentrée sur les corps des femmes, qui se détachent du fond sombre.


Paul Cézanne La Femme étranglée 1870 huile sur toile 28 x 36 cm Musée d’Orsay, Paris
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Ce tableau représente une scène violente et dramatique : un homme étrangle une femme, tandis qu’une autre femme tente de s’interposer. Les figures sont esquissées avec des touches de couleur rapides et expressives, créant une impression de mouvement et de tension. Le fond sombre et tourmenté renforce l’atmosphère dramatique de la scène.


Paul Cézanne La Maison du Père Lacroix 1873 huile sur toile 61 x 51 cm Musée d’Orsay, Paris
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La peinture représente la maison du Père Lacroix, située à Auvers-sur-Oise, où Cézanne a séjourné à plusieurs reprises. La peinture est réalisée avec des touches de couleur épaisses et visibles, caractéristiques du style de Cézanne à cette époque.
Voir un commentaire (socièté Cézanne)

Toutefois, l’impressionnisme le pousse à sortir de lui-même et à peindre sur le motif, ce qui l’amène à éclaircir sa palette.
Contrairement aux impressionnistes qui s’attachaient à représenter les effets fugitifs de la lumière et du mouvement, comme Monet dans ses séries de peupliers ou de nymphéas, Cézanne cherche avant tout la stabilité et la permanence. Cette volonté transparaît dans son tableau La Maison du pendu, où les maisons incarnent l’immobilité et l’intemporalité.


Paul Cézanne La Maison du Pendu 1873 huile sur toile 55 x 66 cm Musée d’Orsay, Paris
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La Maison du Pendu témoigne de son intérêt pour la structure et la forme, ainsi que de son désir de représenter la réalité de manière objective.

Cézanne trouve son lieu pictural à l’Estaque. Dans une lettre à Pissarro, il écrit : « J’ai commencé deux petits motifs où il y a la mer, pour Monsieur Choquet, qui m’en avait parlé. C’est comme une carte à jouer : des toits rouges sur la mer bleue. » Pour lui, le rapport des couleurs construit le tableau. Les pins et oliviers, arbres immuables, le confortent dans sa quête d’harmonie durable.


Paul Cézanne La mer à l’Estaque 1876 huile sur toile 42 x 59 cm Musée d’Orsay, Paris
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Ce tableau représente une vue de la baie de Marseille depuis le village de l’Estaque, où Cézanne a séjourné à plusieurs reprises. Il est caractéristique de sa période impressionniste, avec son utilisation de la couleur et de la lumière pour capturer l’atmosphère d’un lieu. Il témoigne de l’intérêt de Cézanne pour la nature et pour la vie quotidienne, ainsi que de l’influence de la Provence sur son œuvre.
Voir un commentaire (socièté cézanne)

La Provence, avec son soleil éclatant et ses paysages uniques, éveille chez Cézanne un profond attachement et des souvenirs de jeunesse. Avec Zola, son camarade du lycée Bourbon, il explorait la garrigue, se baignait dans les rivières et absorbait cette région dans son être, non seulement par l’esprit, mais aussi par le corps. Cézanne dira : « Il y aurait des trésors à emporter de ce pays, qui n’a pas encore trouvé un interprète à la hauteur des richesses qu’il déploie. »
Cézanne se proposait d’être cet interprète, profondément attaché à son pays : « Et n’eût été que j’aime énormément la configuration de mon pays, je ne serais pas d’ici. »

« J’aurais bien aimé travailler dans le Midi, dont les aspects offrent tant de ressources pour ma peinture. » (Lettres à ses parents, 1874) D’autant plus qu’il devait avouer, vingt ans plus tard : « Me voilà retourné dans le Midi, dont je n’aurais peut-être jamais dû m’éloigner pour m’élancer à la poursuite chimérique de l’art. » (1895)
Cézanne s’identifie de manière privilégiée avec la Provence. Son lieu de prédilection est la propriété familiale du Jas de Bouffan, où il séjourne pendant quarante ans, de 1859 à 1899.
Depuis le Jas de Bouffan, il rayonne vers Gardanne, le Tholonet, Bibémus, l’Estaque et le Château Noir.


Paul Cézanne Le Village de Gardanne 1885-86 huile sur toile 73 x 92,3 cm The Brooklyn Museum, New York
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La peinture représente une vue du village de Gardanne, situé près d’Aix-en-Provence, où Cézanne a vécu. Cézanne utilise une perspective légèrement surélevée, comme s’il observait le village depuis un point de vue en hauteur. Les maisons sont disposées de manière à créer une impression de profondeur et de volume.

Il devra vendre le Jas de Bouffan pour des raisons de succession au décès de sa mère. Il cherchera ensuite à retrouver une demeure qui soit la sienne en Provence, entièrement dédiée à sa peinture, ce qui sera l’atelier des Lauves.

Il explore les carrières de Bibémus, qui traduisent l’histoire ancienne de la ville d’Aix. C’est de là que provenaient les pierres utilisées pour construire les hôtels particuliers d’Aix, avec des jeux de lumière, de clarté et de coloration.


Paul Cézanne La carrière de Bibémus 1895 huile sur toile 92 x 73 cm Fondation Barnes de Philadelphie
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La carrière, abandonnée depuis les années 1830, offre à l’artiste un paysage aux formes géométriques érodées. Le format vertical met en valeur la colline à gauche, qui descend progressivement vers la végétation envahissante d’un ravin et s’élève vers la droite, où une paroi rocheuse abrupte témoigne des modifications du paysage causées par l’homme.

En même temps, il y retrouve des réminiscences du Colisée, comme vu à travers François-Marius Granet. Le Colisée, datant de 2000 ans, et les carrières, vieilles de plusieurs milliers d’années, s’inscrivent dans une continuité historique. Granet récupère un vocabulaire traditionnel antique et classique, mais il le transforme en une modernité qui lui est propre.


L’atelier des Lauves
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L’atelier des Lauves est une bastide entièrement conçue pour satisfaire la seule ambition de Cézanne : la peinture. C’est là qu’il réalisera ses célèbres Grandes Baigneuses.


L’atelier des Lauves
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On y retrouve aujourd’hui des objets de son époque, comme des pichets, qui ont été conservés. Il fait installer une grande verrière au nord, non pas pour admirer un paysage, mais simplement pour bien éclairer l’atelier.
Excepté son ami Joachim Gasquet, qui voit en Cézanne l’équivalent de Mistral, les premiers admirateurs de Cézanne, retiré en Provence après 1899, ne mentionnent guère son lien avec cette région. Bien sûr, Émile Bernard ou Maurice Denis signalent que le peintre s’est retiré en Provence. Parfois, ils évoquent des lieux précis autour d’Aix où il travaille, ou citent la montagne Sainte-Victoire, motif emblématique pour le peintre. Bref, à leurs yeux, Cézanne s’est retiré en Provence, son lieu de vie. Il est décrit comme bougon, refusant de voir quiconque, un véritable ermite.
De la même manière, Courbet est reconnu comme peintre de la Franche-Comté pour ses œuvres la gorge au loup et à Ornans, où il a peint L’Enterrement à Ornans. Monet, quant à lui, est identifié à Giverny, son véritable foyer, où il peint ses Nymphéas. Cézanne, lui, incarne la Provence. Ce caractère misanthrope ne s’accorde en rien avec l’univers parisien. Mais Cézanne en Provence, tel qu’il est perçu par ses visiteurs entre 1900 et 1906, devient une clé pour comprendre la nature de cet artiste au tempérament original et difficile. On a voulu voir en lui un porteur d’un nouveau classicisme, mais il en est peu dit.

Le lien entre Cézanne et la Provence dépasse la simple question de topographie ou d’enracinement familial. Certes, il est né quelque part, dans une maison sur une colline, près d’un bassin, et cette localisation l’ancre géographiquement. À l’instar de Léonard de Vinci, attaché à Vinci, ou au Caravage lié à son lieu d’origine, Cézanne est associé à la Provence. Mais cette connexion ne saurait se réduire à une affiliation géographique. Paradoxalement, bien qu’il soit profondément attaché à son terroir, Cézanne est perçu, après 1895, par les marchands, écrivains et critiques comme un impressionniste, un continuateur et rénovateur de Poussin. La référence à la Provence dans son œuvre reste, pour beaucoup, absente.

Peu de collectionneurs de la fin du XIXe et début du XXe siècle s’intéressent spécifiquement à ses représentations provençales, comme celles de la montagne Sainte-Victoire, des carrières de Bibémus ou du Jas de Bouffan. À titre d’exception, Karl Ernst Osthaus visite Cézanne à Aix en 1906 et lui achète deux toiles. Pourtant, les Aixois eux-mêmes peinent à se reconnaître dans les images peintes par Cézanne et hésitent à orner leurs salles à manger d’une vue de la mer à l’Estaque ou du Château Noir. Aucun collectionneur de Cézanne n’est originaire d’Aix.
Cela pose une question : Cézanne aurait-il été le même artiste, indépendamment de la Provence ? S’il s’était installé ailleurs, aurait-il produit une œuvre similaire ? L’exposition « Cézanne en Provence » de 2006 n’a-t-elle eu d’intérêt que pour présenter de beaux paysages et des carrières abandonnées ?
John Rewald, historien de l’art et photographe, a documenté les lieux associés à Cézanne dans les années 1930, notamment autour d’Aix-en-Provence. Il a identifié et photographié des sites tels que la montagne Sainte-Victoire, et le Jas de Bouffan témoignant de la manière dont Cézanne puisait son inspiration dans la nature. Parmi ces clichés figure le bassin entouré d’un arbre et d’une ferme au Jas de Bouffan.


John Rewald le bassin du jas de Bouffan 1935
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Ce lieu emblématique illustre l’univers familier et créatif de l’artiste, bien qu’il ne soit pas totalement reconnu à l’époque.


Paul Cézanne le bassin du Jaz de Bouffan en hiver vers 1878 huile sur toile 47 x 56.2 cm Collection particulière
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La division de l’image était déjà présente dans le paysage réel comme le montre John Rewald. Cézanne a cependant apporté des modifications, en supprimant les branches les plus petites et en mettant l’accent sur les lignes droites. Cette œuvre démontre l’évolution du style de Cézanne vers une approche plus structurée et géométrique.


John Rewald l’allée de marronniers au jas de Bouffan 1935
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Paul Cézanne Marronniers et ferme du Jas de Bouffan 1885 huile sur toile 65.5 x 81 cm Collection particulière
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Cézanne évolue dans une ville marquée par une histoire prestigieuse. Aix-en-Provence, ancienne capitale du comté, a connu une période de gloire sous le roi René, lui-même peintre. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, Aix est le foyer de peintres célèbres comme Marius Granet, Joseph Marius Avy et Michel-François Dandré-Bardon. Cependant, au milieu du XIXe siècle, la ville devient une bourgade figée sur son passé parlementaire, en marge du développement industriel.
Cézanne, enfant de cette terre provençale, hérite d’une tradition locale mais refuse de l’idéaliser. Il aurait même affirmé que Mistral aurait dû écrire « Mireille » en français plutôt qu’en provençal. En enracinant son art dans une Provence à la fois réelle et transcendée, il s’éloigne des clichés régionaux et impose une vision universelle et intemporelle de son œuvre.


Paul Cézanne Mont Sainte-Victoire et le Viaduc de la Vallée de l’Arc 1885 huile sur toile 65.4 x 81.6 cm MET New York
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Cézanne cherche à saisir l’essence de ce paysage, en explorant les relations entre les formes, les couleurs et la lumière.
Voir un commentaire (Cinéclub de Caen).

Paul Cézanne, alors collégien à Aix-en-Provence, se découvre une passion pour la lecture et l’écriture. Il admire Victor Hugo, compose des vers en latin et maîtrise le grec, montrant ainsi un intérêt pour la culture littéraire bien au-delà de l’histoire ou des traditions locales de cette petite bourgade. En parallèle, il écrit des alexandrins et s’immerge dans les œuvres de Stendhal et Flaubert. Mais son regard s’oriente aussi vers les maîtres de la peinture, comme Rubens, Delacroix et Courbet, qu’il privilégie plutôt que les collections du musée Granet.

Ce paradoxe illustre l’esprit dans lequel s’inscrit l’exposition Cézanne au Jas de Bouffan. L’artiste a demandé à la Provence de lui offrir une matière presque charnelle pour nourrir son art. Il cherchait une confrontation directe avec la nature, qu’il considérait essentielle pour son processus créatif. Pourtant, dans ses dernières lettres, bien qu’il s’efforce de préciser son rapport à la réalité, Cézanne ne mentionne plus la Provence. Il parle plutôt de « la nature », un concept universel qui transcende toute localisation géographique.

]]> De la photographie au photographique, les conditions de l’artistique https://art.moderne.utl13.fr/2025/03/de-la-photographie-au-photographique-les-conditions-de-lartistique/ Wed, 05 Mar 2025 20:28:39 +0000 https://art.moderne.utl13.fr/?p=13346

La photographie est peut-être l’art qui s’est le plus démocratisé tant par sa diffusion que par sa pratique. Pour autant, des notions comme La photographie contemporaine, où La Photographie artistique ne vont pas de soi. La très grande diversité des productions et des techniques à laquelle s’ajoute la porosité du medium avec les autres arts ne font que renforcer la nécessité d’une analyse autour d’une question qui paraît centrale, celle de l’Artistique.
Ce qu’elle prétend définir et comment cette notion s’investit dans le champ propre à la photographie. Le tour d’horizon concernera les productions nées à partir des années 70 jusqu’à aujourd’hui. Seront convoqués, dans un champ élargi, les différents genres (photos vernaculaires, photos plasticiennes, photos documentaires…).

Intervenant : Alain Marsaud


1 – Rendre compte de la réalité

Michel Poivert énonce dans son livre « La Photographie contemporaine » : « Ce que les théoriciens appellent alors le photographique recouvre ainsi toute forme d’expérience qui ne relève en rien de l’observance des règles. Il ne s’agit pas de reproduire ce qui a été la règle d’or de la photographie (la règle des tiers, par exemple) ; il existe en fait une multitude de postures possibles. »
Cette approche favorise une multitude de postures créatives, libérant la photographie de ses contraintes classiques.
La photographie et le pop art entretiennent des liens très étroits à partir des années 1970. Dans les années 1980, on assiste à l’introduction de la photographie numérique, et à la fin des années 2010, au développement de l’intelligence artificielle.
Voir l’histoire de la photographie.

Documenter le réel : Index


Nicephore Niepce Point de vue du Gras, 1827
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Point de vue sur Le Gras de Nicéphore Niépce est la première photographie, réalisée à partir d’une exposition de 25 heures. Ce procédé utilisait une réaction chimique impliquant une ou plusieurs substances exposées à la lumière du soleil pour imprimer une image sur un support physique.

Les premières théories de la photographie ont été reprises dans un livre de Robert Taft, « L’histoire photographique de l’Amérique« .


Empreinte de patte de loup dans la neige
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Une empreinte en tant qu’image renvoie à ce qui a été à l’origine. L’empreinte de la patte de loup n’est pas une image du loup, mais c’est un signe que le loup est passé par là. De même, la photo de Point de vue sur Le Gras n’est pas l’architecture au fond du jardin de Nicéphore Niépce, c’est une représentation, un signe, un indice.
Dès le départ, la photographie est une forme d’indexation, d’indices du réel. Ce n’est pas le réel lui-même.
Cette définition sera encore plus accentuée avec Roland Barthes dans « La Chambre claire« . Il va parler de l’acte photographique, le moment propice où l’on appuie sur l’obturateur pour capturer une image. On a quelque chose qui reconduit la notion d’indice. C’est une capture de quelque chose qui a été là. La photographie est quelque chose de mortifère qui parle de quelque chose qui n’est plus.

La notion de straight photography (Photographie directe)

Rosalind Krauss principale théoricienne de la photographie s’est intéressée au développement de la photographie parallèle à celui de la peinture moderne qui met en lumière certains phénomènes ignorés jusqu’alors : les marques d’index, la fonction d’archives.

Elle a beaucoup écrit sur l’œuvre de Marcel Duchamp, et son analyse de « With My Tongue in My Cheek » une photographie de Duchamp où il apparaît avec la joue gonflée, est particulièrement pertinente pour comprendre la manière dont Duchamp a subverti les conventions artistiques.
C’est l’une des théoriciennes les plus importantes sur ces questions autour des années 1980. On retrouve la photographie directe (straight photography) ou la photographie de rue avec des photographes comme Garry Winogrand et William Eggleston, qui capturent des gens sur le vif.
John Szarkowski a créé le département de photographie au MoMA de New York en 1963. Il a fait entrer au MoMA les photographes de la straight photography. Il a défini un concept : la photographie vernaculaire. Garry Winogrand, Jacques Henri Lartigue, Walker Evans, William Eggleston sont des photographes qui travaillent principalement à partir de photographies directes, non mises en scène, non préméditées. C’est l’idée, chère à Roland Barthes, de l’acte photographique : « se situer à un moment propice, à un instant décisif pour prendre une photo« . C’est à ce moment-là que tous les éléments constitutifs de l’image sont en place : construction de l’image, expression de l’image, ce que l’on veut dire avec cette image.


Garry Winogrand, N.Y. 1967
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Ici, le photographe n’est pas spécialement décisif, mais il y a quand même le choix des angles, la capture de ces deux personnages avec le petit chimpanzé et l’expression des visages à un moment précis.


William Eggleston, 1965
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En ce qui concerne les photographies d’Eggleston, il donne plus de temps aux sujets. Il n’a pas fait poser les personnes, mais il y a manifestement une complicité entre le sujet et le photographe.

J’utilise la définition de la photographie vernaculaire de Clément Chéroux dans son livre Vernaculaires : essais d’histoire de la photographie. Il dit : « le vernaculaire sert, il est utile. Par extension, le mot couvre tout ce qui est confectionné, élevé ou cultivé à la maison. Il inclut toutes les photographies utilitaires, que ce soit la photographie de presse, la photographie de mode ou la photographie amateur« .


Paparazi
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Voici des exemples de photographies qui, d’après Clément Chéroux, pourraient relever de la photographie vernaculaire.


Gilles Caron, guerre du Biafra, 1968
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Hocine Zaourar, La madone,23 sep.t 1997
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Certaines peuvent relever de problématiques plus artistiques, notamment celle d’Hocine Zaourar, qui peut faire penser à une forme de postmodernité en référence à l’histoire de l’art et aux pietà. Pour les autres, c’est moins vrai.


Nick Ut, Vietnam,8 juin 1972
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La photographie de Nick Ut, par exemple, est vernaculaire en ce sens qu’elle a été publiée dans la presse et diffusée à des millions d’exemplaires. Mais il y a quelque chose d’autre dans cette photographie : elle est, en quelque sorte, le symbole de la guerre du Vietnam. Une image, à elle seule, devient la totalité de la guerre

Unicité/reproductibilité

Une notion très importante pour la photographie est l’idée d’unicité et de reproductibilité. La photographie de Nicéphore Niépce est unique. Il n’y a pas de négatif, la photographie est un positif sur une plaque de métal. La grande innovation sera de créer des négatifs pour tirer des reproductions multiples.


Vernaculaires amateurs
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La photographie est-elle unique ou multiple ? Quand elle est multiple, on s’arrange pour la rendre relativement unique, en faisant des tirages uniques, pour avoir le privilège d’une photo qui n’est pas multipliée à des centaines d’exemplaires. Rodin n’a jamais défini le nombre de tirages que l’on pouvait faire à partir de ses esquisses.


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Dans l’idée des multiples, vous avez par exemple Balsac de Bisson. C’est un daguerréotype, il produit une image sans négatif sur une surface d’argent pur.


Cartes postales
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Après la Première Guerre mondiale, les tirages multiples ont été, par exemple, les cartes postales.

Documenter le réel


Eugène Atget, La rue St. Rustique à Montmartre, 1922
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Image, de la rue Montmartre, par Eugène Atget. Il se promenait avec une brouette sur laquelle il mettait son matériel photographique pour photographier les rues de Paris. Il vendait ensuite ses clichés à des peintres. Il n’avait aucune intention artistique au départ. Il va rencontrer une jeune femme, Bérénice Abbott, qui était l’assistante de Man Ray et qui va montrer ses photos à André Breton. Les surréalistes ont été très impressionnés par ces photos qui montraient un Paris qu’ils ne connaissaient pas. Atget a photographié les rues vides, sans personnes, afin que la reproduction soit la plus objective possible. Cette idée de documenter le réel à travers une perception objective va devenir l’objectif le plus courant à partir des années 1920.
Par exemple, en Allemagne, on retrouve ce qu’on appelle la Nouvelle Objectivité. Nous sommes dans les années 1930 et August Sander va faire des photos pour montrer l’architecture sociale de l’Allemagne de cette époque. L’idée est de classer, de montrer les groupes sociaux et les métiers. Ce livre est un arpentage de la société.


August Sander le colporteur
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Exemple : photo du colporteur. C’est une photo qui est mise en scène, prise dans un studio manifestement éclairé, avec la nécessité de montrer tous les signes du colporteur : son vêtement, la boîte, le regard du colporteur.


Karl Blossfeldt, Acanthus mollis, 1928, Gelatin silver print, 25.8 × 19.9 cm
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De l’autre côté, la photo de Karl Blossfeldt. Il s’agit de regarder de manière très esthétique le monde qui nous entoure.

La Nouvelle Objectivité est très importante dans les années 1930, au point qu’Hitler va considérer que le classement de Sander de la société allemande ne correspond pas aux critères des nazis, et il sera classé parmi les artistes dégénérés.


Walker Evans Negroes Church, South Carolina, 1936
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Aux États-Unis, là, c’est la crise de 1929 avec Walker Evans et la FSA (Farm Security Administration). Le gouvernement Roosevelt veut absolument avoir une connaissance fixée historiquement de la dépression dans les zones rurales de l’Ouest américain.
Walker Evans va se rendre sur place (avec d’autres photographes) et il va définir un style photographique : le style documentaire. Se placer devant un motif, être à une certaine distance, respecter un axe de frontalité, ne jamais mettre en scène, essayer de répéter rigoureusement la même procédure pour pouvoir capter de manière constante des objets et les répéter à l’infini, en essayant d’avoir le moins de subjectivité possible, en essayant d’éliminer tous les affects.

Relativité de l’objectivité

Le style documentaire va être théorisé par Olivier Lugon dans les années 2000 dans un livre qui s’appelle Le Style documentaire. Il analyse l’ensemble des photographes qui ont travaillé dans cette perspective.


Arthur Rothstein, A young couple in their farm, Douglas County, Nebraska, 1 mai 1936
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Le style documentaire à la même époque, tout le monde ne le respectait pas évidemment. Arthur Rothstein souvent, dessinait ses images. Ensuite, il demandait aux gens de poser Il les installait quelque part, puis il composait une image. Il fait apparaître le dénuement du champ derrière, et on a ici tous les ingrédients antinomiques du le style documentaire. On est bien ici dans une procédure artistique Il y a une mise en scène, on est proche de la peinture On peut dire quelque chose à partir d’éléments que l’on combine et assemble.

Reformuler l’idée d’objectivité

Dans une période plus contemporaine, il y a l’idée de reformuler cette question de l’objectivité.

Dans l’Allemagne des années 80, Bernd et Hilla Becher ont développé une approche photographique rigoureuse. Ils appliquaient un protocole invariable, y compris les conditions atmosphériques, pour photographier des motifs similaires.


Bernd et Hilla Becher Typology Gaztanks, 1983
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Par exemple, ils ont capturé des réservoirs sphériques à différents endroits, en maintenant une hauteur de chambre, une distance au sujet et un éclairage constants.
Cette objectivité là reproduit quelque chose de Walter Evans On essaie Capturer quelque chose en éliminant toute projection individuelle affective.


Gilles Boudot,, Ustensiles, Tirages numériques Fine Art Nano Satin, 2018, 24 x 30 cm sous passe de 36 x 42 cm
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Gilles Boudot, résidant à Toulon, s’inspire de la rigueur des Becher, mais avec une touche de légèreté. Dans son studio, il photographie des ustensiles de cuisine en suivant un protocole similaire : formes et formats identiques, éclairage artificiel, et une approche sérielle. Il crée ainsi une sorte de parodie des œuvres des Becher.


Patrick Tosani 1988, 182 x 120 cm, photographie cibachrome
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Patrick Tosani explore l’objectivité en transformant des objets ordinaires en sujets singuliers. Son protocole de prise de vue, axé sur le grand format, sublime ces petits objets, révélant des détails invisibles à l’œil nu.


Patrick Tosani P.T.D, 1992, 190 x 144 cm, photographie couleur c-print
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Cette approche artistique transcende la simple reproduction, amplifiant l’iconicité de l’image. Il s’agit de pousser la capacité de la photographie à révéler l’extraordinaire dans le banal.
Voir d’autres photos de Patrick Tosani.


Andreas Gursky 99 cents, 1999, (197 x 327 cm hors marge)
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Andreas Gursky héritier de l’approche Becher, il photographie un magasin à 0,99$, où tous les articles sont vendus à ce prix unique. L’image, de prime abord, semble d’une objectivité froide, une simple déclinaison visuelle de l’univers marchand. Cependant, elle est le résultat d’un travail de retouches minutieux : suppression des personnages de face, modification des reflets au plafond via Photoshop, saturation des couleurs et ajout de piliers blancs pour rythmer la composition.
Cette prétendue objectivité est en réalité trompeuse. Ce qui se joue ici dépasse la simple manipulation numérique. La photographie, loin de se limiter à un exercice technique, dialogue avec la peinture. Elle explore des concepts picturaux tels que le « all-over » et la profondeur de champ, en jouant avec la couleur. La saturation des couleurs perturbe notre perception de la perspective, créant un effet déstabilisant similaire à certaines œuvres picturales. La photographie place ainsi le spectateur dans une position d’inconfort, l’invitant à une expérience visuelle troublante.
On a parlé pour cette photo de néo pictorialisme. (Nouvelle manière de peindre avec la photographie).
Voir d’autres photos de Andreas Gursky

Qu’est ce que le pictorialisme ? C’est un mouvement qui est apparu très tôt. Au début du 20e siècle pour dire que la photographie Ce n’est pas une technique, elle ne consiste pas à se mettre devant un sujet, et le photographier.
Voici quelques images de pictorialistes du début du 21e siècle.


Edward Steichen, Musée Rodin,1902
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Edward Steichen musée Rodin La photographie capture la beauté et l’atmosphère du Musée Rodin tout en transmettant une profonde résonance émotionnelle.

La photographie revendique son statut artistique en surpassant les capacités de la peinture. Elle excelle dans la maîtrise des éclairages, des fonds, de la profondeur de champ, des transparences et des cadrages singuliers. Le pictorialisme, en particulier, exploite une multitude d’artifices, que ce soit lors de la prise de vue, du tirage ou par des manipulations diverses (filtres, trames), afin de conférer à la photographie une identité et une spécificité uniques.
On parle de néo Pictorialisme car il y a quelque chose qui essaie de rejouer à travers la photographie quelque chose de la peinture.


Thomas Demand, Room 4, Jeu de Paume, 2023
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Thomas Demand appartient à ce qu’on a appelé la Nouvelle Objectivité allemande, il se distingue par son approche unique de la photographie et de la sculpture, où il recrée des images prélevées dans les médias à partir de papier et de carton, qu’il photographie ensuite avant de les détruire. À droite, une étagère remplie de boîtes. En réalité, il s’agit d’une maquette miniature, de quelques dizaines de centimètres seulement, qu’il photographie puis agrandit de manière spectaculaire.


Thomas Demand, Room 1-3-3, Jeu de Paume, 2023
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Là, par exemple, à nouveau, c’est la même chose.


Thoma s Demand, Room 1-1-3, Jeu de Paume, 2023
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Ici Thomas Demand construit des maquettes, comme cette chambre qui évoque l’intérieur d’une centrale nucléaire, avec un coin gauche semblant désordonné ou abandonné. Ces miniatures, qu’il agrandit de manière spectaculaire, incarnent son concept d’objectivité. Elles reproduisent la réalité avec une précision telle que le spectateur, face à l’image agrandie, doit redoubler d’attention pour déceler l’artifice.
L’œuvre reflète l’étrange écart entre le monde que nous habitons et le monde de papier et de carton que l’artiste recrée dans son atelier.
Voir d’autres photos de Thomas Demand.


Thomas Ruff, Porträt (R Huber), 1988 (210 × 165cm)
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Thomas Ruff, dans un renouveau de l’objectivité, il crée des portraits monumentaux (2,10 m x 1,60 m) d’une présence intense. Le regard, à la fois pénétrant et vide, déroute : le sujet semble regarder au-delà du photographe. Cette présence physique, palpable, se double d’une sensation de vacuité, créant une tension troublante.
Voir d’autres photos de Thomas Ruff

Stratégie de retrait selon Dominique Baqué

En s’inspirant de Dominique Baqué, voici d’autres pratiques photographiques où la question du réel est délaissée au profit d’autres aspects.


Allan Sekula, Fish story, 1989-1995
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Allan Sekula crée des images qui, sous leur apparence de réalité, recèlent des significations cachées.
Cette photographie d’un porte-conteneurs, sujet récurrent dans son travail, symbolise la face cachée de notre monde : les échanges commerciaux et la mondialisation.


Allan Sekula, Fish story, 1989-1995
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Voir Fish story.


Allan Sekula, Labor’s persistence
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On constate ici la disproportion entre l’ouvrier, réduit à une simple silhouette maniant une pelle, et l’énormité du navire voisin, ce qui illustre un effet de démesure. C’est une réflexion sur le monde du travail. Pour en savoir plus.
Sékula a une nouvelle interprétation du réel. Il propose une relecture du réel qui, sous une apparence d’objectivité, cache une critique idéologique d’inspiration marxiste. Son œuvre dénonce le libre-échange, mais, selon les termes de Benjamin, elle reste silencieuse sur les conditions de travail des ouvriers. En présentant des images d’une objectivité frappante, il cherche à révéler les aspects occultés de l’économie mondialisée, de l’exploitation des pays du tiers-monde et de la dégradation de notre environnement.

Bruno Serralongue, réalise à la fois des clichés factuels pour la presse et des œuvres photographiques plus personnelles.
Il se démarque de l’approche documentaire classique en prenant ses distances avec ses sujets.


Bruno Serralongue Franck pendant une reconnaissance sur un site de construction du Bayou Bridge Pipeline, Rayne, Louisiane, juillet 2018
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Sur le site de construction d’un pipeline américain, il ne cherche pas à documenter les travaux ou le conflit avec les communautés autochtones. Il privilégie un portrait simple de Franck, complété par un texte qui replace l’image dans son contexte. Il remet ainsi en question l’idée que la photographie puisse, à elle seule, refléter une réalité complexe et circonstanciée.


Bruno Serralongue, N.D. Des Landes, 2015
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Bruno Serralongue, Le début de l’édification du phare (contre la tour de contrôle) à la Rolandière, ZAD de Notre-Dame-des-Landes 2018
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À Notre-Dame-des-Landes, il choisit de ne pas documenter les affrontements avec la police, mais plutôt d’intégrer ses photographies dans un contexte plus large de résistance et de militantisme, il offre une perspective unique sur les enjeux écologiques et politiques de Notre-Dame-des-Landes.
Voir également de Bruno Serralongue passer en Angleterre


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Sophie Ristelhueber s’inscrit également dans cette démarche de distanciation par rapport à la photographie documentaire. Concernant la guerre en Bosnie, elle n’a pas cherché à montrer les événements eux-mêmes, mais s’est rendue sur place après le conflit pour révéler indirectement la guerre à travers les traces laissées sur les corps ou sur le terrain, notamment à l’aide de vues aériennes. Son point de vue est ainsi décalé, s’éloignant de l’objectivité face au sujet pour explorer une temporalité et un espace-temps différents. Pour en savoir plus sur cette œuvre, vous pouvez consulter ce lien.
Voir d’autres photos de Sophie Ristelhueber


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Gilles Saussier a proposé à l’IGN de réaliser un parcours photographique de 180 km, de Paris à la mer, suivant l’axe historique de la capitale.
Mais son travail dépasse la simple photographie. Il a intégré les habitants tout au long de son itinéraire, les invitant à partager leurs souvenirs et leurs perceptions des paysages. Ces témoignages ont nourri son projet, prenant la forme d’installations dans des lieux non dédiés à l’art, comme des médiathèques ou des lycées. Cette interaction constante avec le public a permis de créer un dialogue et de susciter des réactions. Au terme de son parcours, il a révélé une réalité frappante : l’axe historique se termine sur une décharge en bord de mer, une conclusion à forte portée idéologique. Pour en savoir plus sur le projet.


Jean-Luc Moulène, Obets de grève, 1999
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Jean-Luc Moulène a collecté des « Objets de grève », témoins de la réappropriation des moyens de production par des ouvriers en lutte. Ces objets, comme un paquet de Gauloises ou des montres Lip, ont été photographiés avec une esthétique publicitaire froide et rigoureuse, soulignant leur banalité apparente. Cependant, leur statut d’objets de grève leur confère une dimension politique et symbolique forte. En les exposant dans un musée, Moulène les transforme en œuvres d’art, interrogeant ainsi la notion de valeur et la relation entre art et politique.

Dans sa série « Disjonctions », Jean-Luc Moulène présente des images d’une simplicité désarmante, évoquant parfois la photographie amateur. Il insiste sur le fait que ses clichés sont toujours pris sur le vif, sans préparation.


Jean-Luc Moulène, Dijonctions 1984-1995, 1999 Dégradé, Javerlhac Automne 1989

Ici, la disjonction se manifeste par un contraste saisissant entre la partie supérieure de la plante, où l’herbe semble atteinte de chlorose, et la partie inférieure, plus verte, comme si la plante était divisée en deux états, créant un effet de contraste saisissant.


Jean-Luc Moulène, Dijonctions 1984-1995, 1999 La pierre a fait ces lignes…, Cap Corse, automne 1989
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ici la disjonction provient d’une rencontre en Corse. Une personne a montré à Jean-Luc Moulène deux colliers, chacun orné d’une pierre : l’une représentant la Palestine, l’autre la Corse. La disjonction se manifeste alors par la mise en parallèle, ou l’opposition, de ces deux pierres et des peuples qu’elles symbolisent.
Parallèlement, Moulène mène un travail d’archivage de son lieu de naissance dans les Cévennes, documentant sur quelques kilomètres tout ce qu’il observe, y compris les éléments les plus banals. Pour en savoir plus sur les disjonctions de Jean-Luc Moulène.


Alfredo Jaar, Le Silence de Nduwayezu, 1997, Église des
Prêcheurs, Arles 2013

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Alfredo Jaar, de retour du Rwanda où il a documenté les massacres, a fait le choix de ne pas exposer ses photographies, estimant qu’elles ne pouvaient pas transmettre l’horreur vécue. À Arles, il a opté pour une approche conceptuelle, utilisant un texte pour décrire la réalité rwandaise et des diapositives d’autres lieux pour suggérer l’atmosphère du génocide, soulignant ainsi les limites de la représentation photographique. L’œuvre se compose d’un million de diapositives, chacune représentant les yeux d’un enfant rwandais nommé Nduwayezu, qui a été témoin du meurtre de ses parents pendant le génocide. Les diapositives sont disposées sur une table lumineuse.
Dans une autre installation, il a mis ses propres photos dans des boîtes, il a fermé les boîtes, qu’il a mises sur des tables, et son travail, ses photos, devenaient invisibles.
Voir d’autres photos d’Alfredo Jaar.

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