Pour les petites pâquerettes,
Sournoisement lorsque tout dort,
II repasse des collerettes
Et cisèle des boutons-d’or.
Dans le verger et dans la vigne,
II s’en va, furtif perruquier,
Avec une houppe de cygne,
Poudrer à frimas l’amandier.
La nature au lit se repose ;
Lui, descend au jardin désert
Et lace les boutons de rose
Dans leur corset de velours vert.
Tout en composant des solfèges
Qu’aux merles il siffle à mi-voix,
II sème aux prés les perce-neige
Et les violettes au bois.
Sur le cresson de la fontaine
Où le cerf boit, l’oreille au guet,
De sa main cachée il égrène
Les grelots d’argent du muguet.
Sous l’herbe, pour que tu la cueilles,
II met la fraise au teint vermeil,
Et te tresse un chapeau de feuilles
Pour te garantir du soleil.
Puis, lorsque sa besogne est faite,
Et que son règne va finir,
Au seuil d’avril tournant la tête,
II dit : « Printemps, tu peux venir ! »
— Théophile Gautier (1811-1872)
]]>C’est un merle, chanteur crédule,
Ignorant du calendrier,
Qui rêve soleil, et module
L’hymne d’avril en février.
Pourtant il vente, il pleut à verse ;
L’Arve jaunit le Rhône bleu,
Et le salon, tendu de perse,
Tient tous ses hôtes près du feu.
Les monts sur l’épaule ont l’hermine,
Comme des magistrats siégeant.
Leur blanc tribunal examine
Un cas d’hiver se prolongeant.
Lustrant son aile qu’il essuie,
L’oiseau persiste en sa chanson,
Malgré neige, brouillard et pluie,
Il croit à la jeune saison.
Il gronde l’aube paresseuse
De rester au lit si longtemps
Et, gourmandant la fleur frileuse,
Met en demeure le printemps.
Il voit le jour derrière l’ombre,
Tel un croyant, dans le saint lieu,
L’autel désert, sous la nef sombre,
Avec sa foi voit toujours Dieu.
A la nature il se confie,
Car son instinct pressent la loi.
Qui rit de ta philosophie,
Beau merle, est moins sage que toi !
– Théophile Gautier
]]>Elle me regarda de ce regard suprême
Qui reste à la beauté quand nous en triomphons,
Et je lui dis : Veux-tu, c’est le mois où l’on aime,
Veux-tu nous en aller sous les arbres profonds ?
Elle essuya ses pieds à l’herbe de la rive ;
Elle me regarda pour la seconde fois,
Et la belle folâtre alors devint pensive.
Oh ! comme les oiseaux chantaient au fond des bois !
Comme l’eau caressait doucement le rivage !
Je vis venir à moi, dans les grands roseaux verts,
La belle fille heureuse, effarée et sauvage,
Ses cheveux dans ses yeux, et riant au travers.
— Victor Hugo, Les Comtemplations
]]>Aux puits des fermes,
Les sceaux de fer et les poulies
Grincent ;
Aux citernes des fermes,
Les sceaux et les poulies
Grincent et crient
Toute la mort, dans leurs mélancolies.
Le vent rafle, le long de l’eau,
Les feuilles mortes des bouleaux,
Le vent sauvage de Novembre ;
Le vent mord, dans les branches,
Des nids d’oiseaux ;
Le vent râpe du fer
Et peigne, au loin, les avalanches,
Rageusement, du vieil hiver,
Rageusement, le vent,
Le vent sauvage de Novembre.
Dans les étables lamentables,
Les lucarnes rapiécées
Ballottent leurs loques falote
De vitres et de papier.
— Le vent sauvage de Novembre ! —
Sur sa butte de gazon bistre,
De bas en haut, à travers airs,
De haut en bas, à coups d’éclairs,
Le moulin noir fauche, sinistre,
Le moulin noir fauche le vent,
Le vent,
Le vent sauvage de Novembre.
Les vieux chaumes, à cropetons,
Autour de leurs clochers d’église,
Sont ébranlés sur leurs bâtons ;
Les vieux chaumes et leurs auvents
Claquent au vent,
Au vent sauvage de Novembre.
Les croix du cimetière étroit,
Les bras des morts que sont ces croix,
Tombent, comme un grand vol,
Rabattu noir, contre le sol.
Le vent sauvage de Novembre,
Le vent,
L’avez-vous rencontré le vent,
Au carrefour des trois cents routes,
Criant de froid, soufflant d’ahan,
L’avez-vous rencontré le vent,
Celui des peurs et des déroutes ;
L’avez-vous vu, cette nuit-là,
Quand il jeta la lune à bas,
Et que, n’en pouvant plus,
Tous les villages vermoulus
Criaient, comme des bêtes,
Sous la tempête ?
Sur la bruyère, infiniment,
Voici le vent hurlant,
Voici le vent cornant Novembre.
— Émile Verhaeren, «Le Vent»
]]>J’avais une extrême envie d’aller le voir à l’hôtel de M. de Villette chez qui il logeait; mais ayant entendu dire que tout flatté qu’il était des visites sans nombre qui lui étaient faites, il en éprouvait une grande fatigue, je renonçai à mon projet. Je puis donc dire n’avoir été chez lui qu’en peinture, et voici comment. Hall, le plus habile peintre en miniature de cette époque, venait de finir mon portrait. Ce portrait était extrêmement ressemblant, et Hall étant allé voir Voltaire, le lui montra. Le célèbre vieillard, après l’avoir regardé long-temps le baisa à plusieurs reprises. J’avoue que je fus très flattée d’avoir reçu une pareille faveur, et que je sus fort bon gré à Hall d’être venu me l’affirmer. »
(Souvenirs de Madame Louise-Élisabeth Vigée-Lebrun, Tome premier)
]]>Leur mission était de terroriser les populations civiles en détruisant villes et villages suspectés de soutenir les forces royalistes. Les colonnes infernales ont ainsi commis de nombreuses atrocités, notamment des massacres, des viols, des pillages, des incendies, des noyades et des exécutions sommaires. Tous les habitants de la région ont été victimes de ces exactions, qu’ils soient ou non engagés dans la rébellion.
Largement critiquées à l’époque, les colonnes infernales sont considérées comme l’une des pages les plus sombres de l’histoire de la Révolution française. Les estimations du nombre de victimes varient considérablement, mais il est généralement admis que des milliers de personnes ont été tuées lors des opérations menées par ces unités.
Les colonnes infernales ont finalement contribué à l’effondrement de la rébellion vendéenne, mais leur brutalité a renforcé l’opposition des populations civiles à la Révolution française et a engendré une culture de la méfiance qui a duré des décennies après la fin des Guerres de Vendée.
]]>Le temps aux plus belles choses
Se plaît à faire un affront,
Et saura faner vos roses
Comme il a ridé mon front.
Le même cours des planètes
Règle nos jours et nos nuits,
On m’a vu ce que vous êtes;
Vous serez ce que je suis.
Cependant j’ai quelques charmes
Qui sont assez éclatants
Pour n’avoir pas trop d’alarmes
De ces ravages du temps.
Vous en avez qu’on adore,
Mais ceux que vous méprisez
Pourraient bien durer encore
Quand ceux-là seront usés.
Ils pourront sauver la gloire
Des yeux qui me semblent doux,
Et dans mille ans faire croire
Ce qu’il me plaira de vous.
Chez cette race nouvelle
Où j’aurai quelque crédit,
Vous ne passerez pour belle
Qu’autant que je l’aurai dit.
Pensez-y, belle Marquise:
Quoiqu’un grison fasse effroi,
Il vaut bien qu’on le courtise.
Quand il est fait comme moi.
Pierre Corneille.
(la comédienne Thérèse Du Parc, surnommée Marquise, était célèbre pour sa beauté et son talent de tragédienne)
]]>1674: la Guadeloupe passe sous l’autorité directe du roi de France Louis XIV, qui a décidé de promouvoir la culture de la canne à sucre, plus onéreuse mais plus rentable que le tabac, il donne des terres à des officiers supérieurs et les encourage à y faire travailler des esclaves venus d’Afrique.
1685: promulgation du code Noir, un recueil de lois réglementant le système esclavagiste dans les colonies françaises, avec définition des droits et devoirs des maîtres et des esclaves.
1794: Victor Hugues, commissaire de la République, annonce l’abolition de l’esclavage et met en place un tribunal révolutionnaire et une guillotine.
1802: la loi du 16 pluviôse an II qui avait aboli l’esclavage est annulée par Bonaparte.
1848: la deuxième République abolit finalement l’esclavage, la main-d’œuvre viendra dorénavant d’Inde.
depuis 2006: le 10 mai de chaque année, journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition.
]]>(Oscar Wilde)
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