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]]>La justice espagnole examine les circonstances de l’arrivée massive de migrants à Ceuta depuis le Maroc les 30 et 31 juillet. Dans son ordonnance, la juge María Tardon estime que les faits pourraient relever notamment d’atteintes à la paix ou à l’indépendance de l’État, d’organisation criminelle, de facilitation de l’immigration irrégulière et d’homicides par imprudence. L’enquête s’appuie notamment sur un rapport de 55 pages du CENIF transmis à l’Audience nationale.
Selon ce rapport, le mouvement ne correspondrait pas à une arrivée spontanée. Les enquêteurs décrivent une mobilisation préparée en plusieurs étapes, avec des appels diffusés sur Facebook, Instagram, TikTok puis dans des groupes WhatsApp. Le nombre de messages surveillés serait passé de quelques dizaines par jour à 344 le 28 juillet, 1 341 le 29 et 1 974 le 30 juillet. Le nombre exact de passages reste incertain. La Guardia Civil avait initialement évoqué 49 200 passages.
Dans le même temps, le ministre espagnol de l’Intérieur avait avancé 72 000 entrées. Le CENIF retient une estimation comprise entre 75 000 et 85 000 passages en une dizaine d’heures, calculée notamment à partir d’images aériennes. Une grande partie des personnes seraient ensuite retournées volontairement au Maroc. Le rapport estime entre 65 000 et 75 000 le nombre de retours et entre 5 000 et 10 000 celui des personnes restées à Ceuta.
Le bilan humain est également incertain. Les autorités espagnoles ont recensé 82 corps dans leurs eaux et le Maroc a confirmé 14 décès supplémentaires, soit au moins 96 morts. Le CENIF distingue plusieurs niveaux dans l’organisation présumée du mouvement : les migrants, les diffuseurs des appels, les organisateurs présents sur le terrain, les planificateurs et les responsables de la direction de l’opération. Les enquêteurs affirment disposer d’éléments concernant les trois premiers niveaux.
Par contre, ils indiquent ne pas avoir identifié les personnes situées aux deux niveaux supérieurs. Le rapport décrit également l’attitude de membres des forces de sécurité marocaines. Des agents en uniforme ou en civil auraient orienté des migrants vers certains points de passage et indiqué des itinéraires permettant de contourner des obstacles. Le CENIF évoque un « guidage actif » et une présence réduite des forces marocaines autour de Fnideq et de la digue du Tarajal.
Le CENIF décrit trois vagues d’arrivées. La première était principalement composée de jeunes Marocains, dont des mineurs, équipés notamment de combinaisons en néoprène, de palmes ou d’objets permettant de flotter. L’afflux de nageurs aurait mobilisé les moyens espagnols pour prévenir les noyades. Une porte métallique donnant accès à Ceuta aurait ensuite été ouverte vers 11 heures par la Guardia Civil, selon le rapport, alors que la zone d’accueil était déjà saturée.
Une deuxième vague, composée notamment de familles, de femmes et d’enfants, aurait suivi. Une troisième vague, à partir du soir du 30 juillet et durant le 31 juillet, aurait de nouveau été principalement constituée de jeunes hommes équipés pour la traversée à la nage. Le CENIF ne retient pas l’hypothèse d’une opération organisée par les réseaux de passeurs. Les enquêteurs estiment que les principales organisations spécialisées dans les traversées clandestines ne disposaient pas de la capacité nécessaire pour transporter un tel nombre de personnes.
Aucun message attribué à ces réseaux n’aurait par ailleurs été identifié dans la préparation de la mobilisation. Le rapport relève aussi que les passages massifs et gratuits ne correspondaient pas au fonctionnement économique habituel des réseaux de passeurs. Il indique que les traversées depuis le Maroc vers l’Espagne étaient auparavant facturées plusieurs milliers d’euros. Le rapport du CENIF ne désigne aucun gouvernement, service de renseignement, organisme public ou individu comme commanditaire de l’opération.
La direction de la Police nationale espagnole a également précisé qu’aucun rapport ne permettait d’attribuer au Maroc la planification ou l’exécution de l’entrée massive. La juge María Tardón doit désormais poursuivre les investigations afin de déterminer le rôle exact des différents acteurs. L’enquête examine notamment les faits susceptibles de relever d’atteintes à la paix ou à l’indépendance de l’État, ainsi que les éventuelles responsabilités pénales liées aux décès survenus lors des passages vers Ceuta.
Le rapport indique qu’une communication de la brigade provinciale des étrangers et des frontières de Ceuta avait signalé, dès le 27 juillet, un risque d’entrée massive à la nage. Le CENIF aurait ensuite transmis une alerte le 29 juillet aux postes frontières de Ceuta et Melilla. La direction de la Police nationale affirme que ces communications correspondaient à des avertissements généraux concernant un risque régulièrement observé et ne faisaient pas état d’une opération massive attendue le lendemain.
Le ministre de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska a demandé des explications à la direction de la police sur les conditions dans lesquelles le rapport a été établi et transmis à la justice. Une affaire loin de connaître son épilogue et sujette à de nombreux rebondissement. Déjà, le Président américain, Donald Trump, s’est mêlé aux débats et a vertement chargé l’Espagne que le dirigeant accuse d’être incapable de gérer ses frontières.
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]]>L’article RDC-RWANDA: La pression américaine sur Kigali est apparu en premier sur Afrique Diplo.
]]>Ramener la paix coûte que coûte, tel semble être le leitmotiv de l’administration américaine. C’est du moins ce que semble confirmer la nouvelle déclaration faite ce mardi par Massad Boulos au sortir d’une réunion avec le président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants américaine. Les discussions ont porté sur plusieurs crises africaines, notamment au Soudan et en Libye, mais aussi sur le processus de paix entre la RDC et le Rwanda. Pour Washington, le dossier des Grands Lacs reste donc bien inscrit au sommet de l’agenda diplomatique de l’administration Trump.
Signé depuis plusieurs mois, les Accords de Washington peinent à se mettre effectivement en œuvre sur le terrain, même s’ils ont placé Kinshasa et Kigali face à des engagements précis : neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) côté congolais et désengagement des forces rwandaises ainsi que levée des mesures défensives côté rwandais. Or, plusieurs mois après les engagements pris, les résultats restent fragiles. 
En juin, Massad Boulos avait lui-même dressé un bilan sévère devant le Conseil de sécurité de l’ONU. Il avait alors déploré le fait que ni Kinshasa ni Kigali n’avaient pleinement rempli leurs obligations. Washington avait alors appelé les deux capitales à cesser les justifications et à passer aux actes.
Cette exigence demeure d’actualité. En juillet, les deux pays avaient pourtant réaffirmé à Genève leur volonté d’accélérer la mise en œuvre des accords et accepté d’étudier des mécanismes de vérification destinés à renforcer la transparence du processus. Face à ce constat, Massad Boulos a estimé nécessaire d’attirer l’attention sur le fait que l’administration du Président Donald Trump est toujours préoccupée par la guerre à l’Est de la RDC.
« Réunion productive avec @HouseForeignGOP le président Mast pour discuter des efforts menés par le Président Trump au Soudan, en Libye et entre la RDC et le Rwanda. Je suis reconnaissant pour le rôle du Congrès qui maintient l’attention sur le Soudan et d’autres efforts de paix, ainsi que sur la manière dont nous pouvons continuer à travailler de manière constructive pour trouver des moyens de mettre fin aux pires crises humanitaires au monde et d’apporter une fin durable aux conflits », a-t-il écrit sur son compte X.
Sur le papier, les mécanismes diplomatiques en faveur de la résolution de la crise à l’Est de la RDC se multiplient. Dans les faits, cette région reste marquée par une situation sécuritaire extrêmement volatile, tandis que les accusations réciproques entre Kinshasa et Kigali continuent de nourrir la méfiance.
Les États-Unis cherchent précisément à réduire cet écart entre les textes signés et la réalité du terrain. Le sixième Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité, réuni en août à Genève avec la participation du Qatar, du Togo et de l’Union africaine, a permis de poursuivre les discussions sur le suivi des engagements. Une nouvelle réunion est prévue les 16 et 17 septembre.
Washington n’agit d’ailleurs pas seul. Le Qatar joue un rôle important dans le processus de Doha entre Kinshasa et l’AFC/M23, tandis que le Togo intervient comme médiateur de l’Union africaine. En août, Massad Boulos avait salué les progrès enregistrés dans les discussions de Doha et réaffirmé la volonté américaine de soutenir la paix dans l’Est congolais et dans l’ensemble des Grands Lacs. Que ces progrès se traduisent dans des faits concrets. C’est à ce niveau principalement que les populations de l’Est de la RDC attendent des résultats, c’est-à-dire que les armes se taisent pour qu’elles puissent enfin vivre en père.
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]]>L’article CAMEROUN: La démission de »Maurice Kamto » de MRC est apparu en premier sur Afrique Diplo.
]]>Maurice Kamto n’est plus président du MRC. Dans une lettre datée du 8 septembre et adressée au directoire national de la formation politique, l’ancien candidat à l’élection présidentielle de 2018 annonce sa démission avec effet immédiat. Il indique avoir pris cette décision « dans l’intérêt supérieur » du parti, de ses militants et sympathisants ainsi que du « Peuple du Changement ».
Quelques heures après cette annonce, Mamadou Mota a également quitté ses fonctions de premier vice-président. Il a déclaré à RFI que sa décision était liée aux pressions exercées, selon lui, par l’administration camerounaise sur les responsables du MRC. Il a notamment évoqué un « acharnement constant » et expliqué vouloir se retirer afin de permettre au parti de poursuivre ses activités.
La double démission intervient moins de neuf mois après le retour de Maurice Kamto à la présidence du MRC. L’opposant avait été reconduit lors d’une convention extraordinaire organisée le 21 décembre 2025, après avoir quitté la direction du parti pour porter sa candidature à l’élection présidentielle de la même année sous les couleurs du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem).
Cette convention fait depuis l’objet d’une contestation administrative. Dans une correspondance datée du 19 août 2026, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a indiqué à Joseph Thierry Okala Ebode, ancien cadre du MRC, que son département n’avait « pas jugé opportun de prendre acte » des travaux de la convention du 21 décembre 2025. Le courrier faisait suite à une contestation du procès-verbal de cette réunion.
Après les départs de Maurice Kamto et de Mamadou Mota, Tiriane Balbine Nadège Noah a pris la direction du parti. La deuxième vice-présidente du MRC avait déjà assuré l’intérim de la présidence lors de précédentes périodes d’absence de Kamto. Le MRC a par ailleurs engagé le processus de désignation d’un nouveau président. Une convention extraordinaire doit être organisée afin de procéder à l’élection du successeur de Maurice Kamto. Selon les informations publiées le 8 septembre, les candidatures doivent être déposées au siège du parti au plus tard le 9 octobre 2026 à 10 heures.
Le départ de Maurice Kamto intervient un an après son exclusion de l’élection présidentielle camerounaise de 2025. Candidat à la Présidentielle de 2018, au cours de laquelle il avait terminé deuxième derrière Paul Biya, Kamto avait déposé sa candidature en 2025 sous l’étiquette du Manidem. La commission électorale, Elections Cameroon (ELECAM), l’avait écarté de la liste des candidats publiée le 26 juillet 2025.
Le Conseil constitutionnel avait confirmé cette exclusion le 5 août 2025. La décision faisait état de deux investitures concurrentes au nom du Manidem. Le recours de Maurice Kamto avait été rejeté et la décision du Conseil constitutionnel était définitive. Depuis cette exclusion, le MRC s’est recentré sur les prochaines élections législatives et municipales. Le parti a engagé des activités de mobilisation et de préparation de ses structures locales dans plusieurs régions du pays en vue de ces scrutins.
Les deux élections doivent désormais se tenir en 2027. Le mandat des députés a été prorogé jusqu’au 20 décembre 2026. Tandis que celui des conseillers municipaux a été prolongé jusqu’au 28 février 2027. Au 1er septembre 2026, aucune date officielle commune pour les deux scrutins n’avait encore été fixée.
Maurice Kamto quitte ainsi la présidence du MRC qu’il occupait depuis la création du parti en 2012. Poussé vers la sortie ? En effet, tout porte à croire qu’il a été contraint de lâcher les rênes de la formation politique. La prochaine convention extraordinaire devra désigner une nouvelle direction. D’ici là, Tiriane Balbine Nadège Noah assure la conduite du MRC. Tandis que le parti poursuit la préparation de ses structures en vue des prochaines élections législatives et municipales.
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]]>L’article AFRIQUE: Le projet de monnaie: »ECO » est apparu en premier sur Afrique Diplo.
]]>Pendant longtemps, l’ECO a ressemblé à une promesse constamment repoussée et échéances se sont succédé sans jamais déboucher sur la mise en circulation de la monnaie commune. Cette fois, le discours de la CEDEAO se veut différent car il ne s’agit plus seulement de fixer une date, mais de préparer concrètement les conditions de son lancement.
Considéré comme l’un des projets les plus ambitieux de l’organisation régionale, l’ECO vise à renforcer l’intégration économique, faciliter les échanges commerciaux, réduire les coûts des transactions financières et favoriser une croissance durable, résiliente et inclusive au sein de l’espace communautaire.
La 14e session du Conseil de convergence, tenue en visioconférence, lundi, a ainsi examiné les conclusions des travaux techniques menés au cours des dernières semaines. Inflation, déficit budgétaire, réserves de change, dette publique et autres indicateurs macroéconomiques ont été passés au crible. Ces données doivent permettre de déterminer quels États sont réellement capables de franchir la première étape vers l’union monétaire.
Le message adressé par les gouverneurs est sans ambiguïté : 2027 reste l’objectif, mais il faut désormais accélérer. Le Comité des gouverneurs a demandé que les travaux politiques et juridiques encore en suspens soient rapidement repris. La CEDEAO a d’ailleurs chargé la Task Force présidentielle consacrée à l’Eco de se réunir avant le sommet de décembre. Son rôle sera notamment de trancher les questions qui ne peuvent être réglées par les seuls experts. La Guinée a par ailleurs été autorisée à rejoindre cette instance, dont le Président Alassane Ouattara est désormais le seul membre encore en fonction parmi les membres initiaux.
Avant l’échéance de 2027, des questions essentielles devront être tranchées. D’abord comment organiser la future banque centrale, puis quelle politique de change adopter ? Enfin, comment gérer les différences entre les économies de la région ? Et surtout, comment articuler la future monnaie avec l’espace de l’UEMOA et les pays utilisant aujourd’hui le franc CFA ?
La principale nouveauté depuis quelques semaines tient à la stratégie de lancement de la monnaie. En effet, la CEDEAO n’envisage plus nécessairement une entrée simultanée de tous ses membres. Les États qui rempliront les critères de convergence et seront prêts pourraient constituer le premier groupe. Cette approche à plusieurs vitesses permet de ne pas laisser les économies les mieux préparées prisonnières des difficultés des autres. La Commission de la CEDEAO avait déjà indiqué que tous les États n’auraient pas nécessairement à satisfaire les critères de convergence au même moment pour permettre au processus d’avancer.
Le sommet des chefs d’État de juillet 2026 a confirmé la volonté de maintenir le cap de 2027, alors que la CEDEAO cherche parallèlement à relancer son agenda d’intégration régionale. La réunion tenue lundi dernier par les gouverneurs des banques centrales rappelle que le calendrier est désormais serré et que le compte à rebours est effectivement lancé. Il faudra passer des intentions aux décisions, des décisions aux mécanismes et des mécanismes à la monnaie.
L’ECO constitue depuis plus de deux décennies l’un des principaux chantiers de l’intégration ouest-africaine. Destinée à remplacer le franc CFA dans les pays de l’UEMOA et unifier les différentes zones monétaires de la région, la monnaie unique devait initialement voir le jour en 2020.
Mais les divergences entre États membres sur son architecture, les débats autour de la réforme du franc CFA ainsi que la covid-19 et le non-respect répété des critères de convergence macroéconomique ont conduit à plusieurs reports successifs.
En optant désormais pour un lancement progressif, la CEDEAO cherche à éviter qu’un retard de certains pays ne bloque l’ensemble du processus.
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]]>L’article GUINEE BISSAU: Le projet de réforme constitutionnelle est apparu en premier sur Afrique Diplo.
]]>Après le Zimbabwe, la Guinée, le Togo, l’Ouganda ou le Tchad ces dernières années, il s’agit du dernier exemple d’un pays africain qui a souhaité modifier ou changer sa Constitution pour étendre la durée des mandats, supprimer les limites d’âge ou renforcer les prérogatives du pouvoir exécutif.
Selon les résultats annoncés par la Commission nationale électorale du pays, mardi 1er septembre, après le dépouillement de l’ensemble des votes exprimés dimanche, le oui l’emporte à « 70 % ».
La Guinée-Bissau est dirigée depuis le 26 novembre dernier, veille de l’annonce prévue des résultats provisoires des élections présidentielle et législatives, par des militaires qui ont renversé le président sortant, Umaro Sissoco Embalo, et suspendu le processus électoral. Le général Horta N’Tam, un proche de M. Embalo, a été désigné pour superviser une transition d’un an.
La présidente de la commission électorale, Carmen Isaura Lobo, a qualifié le référendum de « succès » obtenu, selon elle, grâce au « professionnalisme » des commissions régionales et des agents déployés dans les bureaux de vote. Lors d’un point de presse, elle s’est félicitée de la « transparence » et de la « crédibilité » du processus référendaire, qui n’a pas suscité l’engouement.
Ce scrutin précède de quelques mois les élections générales prévues le 6 décembre pour un retour au pouvoir des civils, dans un climat politique tendu. L’opposition avait appelé à boycotter le référendum, notamment le PAIGC, parti historique qui a mené le pays à l’indépendance en 1974. Le référendum s’est, selon lui, déroulé « dans un contexte de restriction des libertés publiques ».
Le projet de réforme constitutionnelle propose d’accorder au chef de l’Etat le pouvoir de nommer et de révoquer le premier ministre, le gouvernement et de dissoudre le Parlement. L’objectif affiché par les autorités de transition est de stabiliser les institutions avant la présidentielle, en évitant les conflits entre la présidence et la primature, qui ont miné la Guinée-Bissau par le passé. Ce pays lusophone côtier d’Afrique de l’Ouest a connu cinq coups d’Etat et une kyrielle de tentatives de putsch depuis son indépendance.
La nouvelle Constitution abandonne l’ancien modèle où le premier ministre était issu de la majorité parlementaire, ce qui avait donné lieu à des cohabitations difficiles, comme après les législatives de 2023. Le président Embalo avait alors dissous le Parlement dominé par l’opposition en décembre 2023, à la suite de ce qu’il a présenté comme une tentative de putsch. Il a dirigé par ordonnances jusqu’à sa destitution en novembre 2025.
Une partie de la classe politique et de la société civile conteste avec véhémence la réécriture en profondeur de la Constitution par un pouvoir de transition non élu. « Le système présidentialiste que la junte veut imposer va concentrer tous les pouvoirs entre les mains d’un seul homme. Cela est dangereux pour notre démocratie », a récemment déclaré Boubacar Touré, président de la Ligue bissau-guinéenne des droits humains.
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]]>L’article TUNISIE: L’arrestation de »Mohamed Yousfi » est apparu en premier sur Afrique Diplo.
]]>Vendredi 4 septembre 2026, Mohamed Yousfi s’apprêtait à entrer dans les locaux de la radio Express FM, à Tunis, lorsqu’il a été arrêté par des agents de sécurité. Le journaliste devait participer à l’émission « Le Mag Express » pour présenter un ouvrage d’Al-Qatiba consacré à la politique de l’eau en Tunisie alors que le pays affronte actuellement une nouvelle pénurie d’eau potable.
Dans la nuit de vendredi à samedi, un juge d’instruction du Pôle judiciaire économique et financier a ordonné son placement en garde à vue. Les autorités tunisiennes ont alors fourni une première explication, très différente du sujet que le journaliste devait aborder à la radio.
Selon une source judiciaire citée par l’agence officielle Tunis Afrique Presse, le parquet a ouvert une information judiciaire contre Mohamed Yousfi et contre toute autre personne que l’enquête pourrait mettre en cause. La procédure porte sur plusieurs soupçons : constitution d’une entente visant à porter atteinte aux personnes et aux biens, enrichissement illicite et blanchiment habituel d’argent dans le cadre d’une organisation ou d’une entente. La justice évoque également l’utilisation présumée de facilités liées à l’activité professionnelle et sociale du journaliste.
Le point le plus concret concerne des « flux financiers illicites » dont Mohamed Yousfi aurait bénéficié par l’intermédiaire d’une association. Une commission rogatoire a été confiée à la troisième brigade centrale d’enquête sur les crimes financiers complexes de la Garde nationale, à El Aouina.

Aucun montant ni aucune opération précise n’a pour l’instant été rendu public, et l’association concernée n’a pas été officiellement identifiée. Ces accusations restent donc des soupçons soumis à l’enquête, et Mohamed Yousfi bénéficie de la présomption d’innocence.
La version du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) apporte un autre éclairage. Son président, Zied Dabbar, a confirmé que Mohamed Yousfi avait été arrêté au moment où il s’apprêtait à participer à une émission de radio. Le syndicat affirme surtout qu’il a été interrogé sur son travail, ses prises de position et la ligne éditoriale d’Al-Qatiba et, selon les informations recueillies par son équipe juridique, sur des publications diffusées sur Facebook.
Le SNJT relève par ailleurs qu’une campagne de dénigrement et d’incitation visant Mohamed Yousfi avait circulé sur les réseaux sociaux avant son interpellation, et s’interroge sur un éventuel lien entre cette campagne et les poursuites engagées. Pour le syndicat, l’affaire touche plus largement le droit des journalistes à exercer leur métier et celui des Tunisiens à disposer d’une information libre. Mohamed Yousfi est, en effet, connu comme une voix critique des politiques conduites par le président Kaïs Saïed.
Rédacteur en chef des contenus arabophones d’Al-Qatiba, Mohamed Yousfi travaille pour un média d’investigation fondé en 2019, porté par l’ONG tunisienne Taqallam pour la liberté d’expression et de création. La plateforme publie notamment des enquêtes sur la corruption, l’économie, les ressources naturelles, les droits humains et le fonctionnement des institutions tunisiennes.
La proximité entre l’arrestation et l’émission consacrée à la crise de l’eau a rapidement suscité des spéculations. Al-Qatiba venait de réunir plusieurs de ses enquêtes sur les politiques hydrauliques tunisiennes, alors que les pénuries, les coupures et la dégradation des réseaux alimentent un mécontentement croissant. Cependant, les accusations annoncées ne reposent pour l’instant pas sur le décret-loi 54, relatif à la cybercriminalité et à la diffusion de fausses informations, sur lequel s’appuient plusieurs poursuites récentes contre des journalistes tunisiens.
Cette arrestation intervient dans un environnement de plus en plus difficile pour la presse indépendante. Dans son classement 2026, Reporters sans frontières place la Tunisie au 137e rang mondial, contre le 129e en 2025. L’organisation décrit une multiplication des intimidations, des poursuites et des restrictions visant les journalistes critiques.
Les cas de Mourad Zeghidi, Borhen Bsaies, Zied El Heni ou Khaoula Boukrim ont déjà illustré ce durcissement. La Fédération internationale des journalistes (FIJ) s’est jointe samedi au SNJT pour réclamer la libération immédiate de Mohamed Yousfi. Son secrétaire général, Anthony Bellanger, a dénoncé une arrestation qui « s’inscrit directement dans la politique répressive tunisienne » visant les journalistes indépendants.
Depuis sa garde à vue, Mohamed Yousfi a fait parvenir un message à ses confrères par l’intermédiaire de son avocate, Hela Ben Salem. Il y affirme que « ce n’est pas Mohamed Yousfi qui est puni, mais Al-Qatiba pour son attachement à son indépendance », et appelle les journalistes indépendants à « ne pas avoir peur » et à continuer leur travail.
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]]>L’article CAMEROUN: La succession incertaine de »Paul Biya » est apparu en premier sur Afrique Diplo.
]]>Paul Biya, 93 ans, avait regagné Yaoundé le 20 août après 74 jours passés en Europe, un séjour officiellement qualifié de « privé » qui avait ravivé les interrogations sur son état de santé. Deux jours plus tard, le 22 août, il apparaissait aux côtés de son épouse Chantal Biya pour recevoir au palais de l’Unité les Lionnes indomptables, sacrées quelques jours plus tôt championnes d’Afrique. La cérémonie, retransmise par les médias officiels avec des images parfaitement maitrisées, a donné lieu à un discours du chef de l’État, à la remise de décorations aux joueuses et à des photographies protocolaires.
Cette apparition a temporairement mis fin aux inquiétudes sur sa vie et assurée sa présence physique dans le pays. Elle n’a laissé toutefois aucune place à l’imprévu car il n’y a pas eu de conférence de presse et encore moins d’échange informael avec des journalistes. Depuis, plus aucun déplacement en dehors du cadre sécurisé de la présidence n’a été annoncé.
Depuis cette réception, Paul Biya n’a plus été vu en public. Le site officiel de la présidence ne mentionne, au 6 septembre, aucune nouvelle audience ni sortie du chef de l’État. D’un point de vue politique, sa dernière rencontre répertoriée avec une personnalité étrangère remonte au 7 mai, soit quatre mois. Officièllement L’activité présidentielle ne s’est pas arrêtée pour autant avec la signature le 31 août de plusieurs décrets relatifs à la justice militaire, à la défense et à des nominations diplomatiques. Enfin, des messages de félicitations ou de condoléances à des dirigeants étrangers ont été publiés début septembre.
C’est dans ce climat qu’une série de décrets présidentiels, signés le 3 août, a été annoncée au journal de la CRTV. L’ampleur du mouvement est considérable avec six nouveaux commandants territoriaux désignés dans quatre des cinq régions militaires interarmées, qui couvrent notamment le Centre, siège des institutions, la zone anglophone du Sud-Ouest et l’Extrême-Nord où l’armée affronte Boko Haram. Cinq colonels accèdent au généralat. Le commandant de la Garde présidentielle, Raymond Jean Charles Beko’o Abondo, en poste depuis treize ans, est promu général de brigade tout en étant maintenu à la tête de l’unité. 
Il s’agit d’une première depuis la création de celle-ci en 1985. Un nouveau major général de l’état-major des armées, le général de division Hippolyte Ebaka, a également été nommé, tandis que le général Romance Mezui Zo’o, jusqu’ici patron des troupes aéroportées de Koutaba, prend le commandement de la Brigade d’intervention rapide, grande formation de l’armée de terre. Presque toutes les structures capables de mobiliser rapidement des hommes et du matériel sur le territoire sont concernées.
Une opération de cette ampleur nourrit mécaniquement les rumeurs de coup d’État. Sa logique paraît pourtant défensive et tout indique qu’il s’agit plutôt d’en empêcher un.
Depuis la tentative de renversement du 6 avril 1984, conduite notamment par des membres de la garde républicaine, Paul Biya accorde une attention constante à l’équilibre interne des forces armées. Son système repose sur plusieurs appareils qui se surveillent mutuellement entre armée régulière, gendarmerie, Garde présidentielle, unités d’élite du BIR. Les chercheurs décrivent cette architecture comme une organisation conçue pour qu’aucun commandement ne puisse concentrer assez de moyens pour menacer le palais.
La décision concernant la Garde présidentielle envoie à cet égard le signal le plus clair. Cette unité protège Etoudi, les résidences officielles et les principaux centres du pouvoir. En élevant son commandant au généralat plutôt qu’en le remplaçant, le régime consolide son dernier rempart et récompense treize années de loyauté. Les nominations à la tête des unités d’intervention procèdent de la même préoccupation ui veut: s’assurer de la fidélité des forces les plus opérationnelles du pays au moment où un président de 93 ans reste invisible depuis près de deux mois et où plusieurs clans pourraient être tentés d’accélérer la bataille de succession.
Les décrets indiquent que le sommet de l’État juge le risque, militaire ou politique, suffisamment sérieux pour réorganiser sans attendre la chaîne de commandement.
Reste la question de l’autorité réelle derrière ces signatures. Paul Biya gouverne-t-il encore personnellement depuis l’étranger ? A-t-il choisi lui-même les officiers promus, ou son entourage utilise-t-il le sceau présidentiel pour préparer l’après-Biya ? « Personne ne peut procéder à de telles nominations au sein de l’armée hormis le chef de l’État », veut croire un colonel à la retraite interrogé par RFI. L’opposition n’en est pas convaincue et le MRC de Maurice Kamto réclame des preuves de l’exercice effectif des fonctions présidentielles, rappelant que le nouveau gouvernement annoncé par Paul Biya fin décembre 2025 n’a toujours pas vu le jour.
L’incertitude est d’autant plus vive que le poste de vice-président, rétabli par la révision constitutionnelle du 4 avril 2026, demeure vacant. Nommé et révoqué par le chef de l’État, son titulaire serait pourtant appelé à achever le mandat en cours, jusqu’en 2032, en cas de décès, de démission ou d’empêchement définitif constaté par le Conseil constitutionnel. Quatre mois après la réforme, le Cameroun dispose d’un mécanisme de succession qu’aucun nom n’est encore venu remplir. Tant que ce vide persiste, le contrôle des casernes fait office de garantie pour le régime.
Franck Emmanuel Biya, 54 ans, fils aîné du chef de l’État, fait figure de favori aux yeux d’une partie de l’appareil même s’il n’a jamais manoeuvré pour se positionner. Cet homme d’affaires discret, sans mandat électif ni fonction officielle, est porté par un mouvement de partisans, les « Franckistes », qui militent pour une continuité familiale à la manière du Gabon ou du Tchad. Franck Biya jouit par ailleurs d’une bonne popularité car il a la réputation d’être compétent et intégre. L’hypothèse dynastique se heurte pourtant à des résistances jusque dans le premier cercle.
Selon Jeune Afrique, des élites du Sud reprochent au fils du président son absence d’ancrage régional, et Chantal Biya elle-même n’y serait pas favorable. La première dame, qui ne paraît pas briguer de rôle politique direct, pèse davantage en arbitre des ambitions qu’en candidate, même si certains de ses proches avancent le nom de Franck Hertz, son fils issu d’une précédente union.
Face à la piste familiale, les barons du régime affûtent leurs arguments. Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence, dispose d’une délégation permanente de signature qui en fait depuis des années un numéro deux de fait, mais il n’a jamais siégé au comité central du RDPC. Le ministre des Finances Louis Paul Motaze s’y présente au contraire comme un candidat acceptable pour le parti, tandis que Samuel Mvondo Ayolo, directeur du cabinet civil, et le Premier ministre Joseph Dion Ngute complètent la liste des noms les plus cités à Yaoundé. Cependant ils manquent tous les trois d’envergure internationale pour s’imposer.
Au final, ces décrets verrouille les casernes avant une échéance potentiellement décisive, qu’il s’agisse du retour du président, de la désignation du premier vice-président de l’histoire du régime ou d’une annonce plus grave. Le journal de la CRTV, qui a détaillé lundi soir les promotions, n’a en revanche donné aucune nouvelle du principal intéressé.
Par Guylain Gustave Moke
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]]>L’article SENEGAL: La hausse des prix est apparu en premier sur Afrique Diplo.
]]>Avec le même billet de 10 000 francs CFA, expliquent-ils, on repart aujourd’hui avec beaucoup moins de produits qu’il y a quelque temps. « Avant, avec 10 000 francs, je pouvais acheter de la viande, des légumes, de l’oignon et quelques condiments. Maintenant, il faut presque le double pour avoir la même quantité », témoigne Awa Ndiaye, vendeuse de vêtements, rencontrée devant un étal de légumes au marché Castors. Pour cette mère de famille, le problème ne concerne plus seulement quelques produits. « Tout a augmenté. Même les petites choses qu’on achetait sans trop réfléchir sont devenues chères », déplore-t-elle.
Chez les bouchers, la hausse du prix de la viande est particulièrement visible. Le kilogramme qui se négociait autour de 4 000 francs CFA est désormais proposé à environ 5 000 francs. Mamadou Diop, boucher depuis une quinzaine d’années à Castors, explique que les consommateurs sont les premiers à subir cette situation. « Nous aussi, nous constatons la hausse. Le prix auquel nous achetons la viande augmente, et nous sommes obligés de répercuter une partie sur le client. Mais le problème, c’est que le client n’a pas forcément les moyens de suivre », explique-t-il.
Devant son étal, un client hésite avant de demander une petite quantité. « Avant, je venais prendre un kilogramme sans trop calculer. Aujourd’hui, je demande d’abord le prix. Si c’est 5 000 francs, je prends moins », raconte Ibrahima Fall, chauffeur de taxi. Pour lui, cette réduction des quantités est devenue une stratégie quotidienne. « On ne peut pas arrêter de manger, donc on réduit les portions. C’est ça, la réalité ». Quelques mètres plus loin, les condiments donnent eux aussi une idée de la flambée des prix.
Le persil, vendu auparavant autour de 500 francs CFA la quantité habituelle, est cité par plusieurs consommateurs comme l’un des exemples les plus frappants de la hausse. « Regardez le persil ! Ce qu’on achetait à 500 francs peut maintenant nous coûter jusqu’à 5 000 francs selon la quantité et le conditionnement. C’est devenu incroyable », s’exclame Fatou Sarr, restauratrice. Pour cette dernière, qui prépare chaque jour des repas destinés à ses clients, l’augmentation des condiments et des légumes a des conséquences directes sur son activité.
« Quand les prix augmentent, je dois choisir entre augmenter mes prix ou réduire ma marge. Mais si j’augmente trop, les clients vont partir. C’est un véritable casse-tête », explique-t-elle. Elle dit avoir déjà réduit certaines quantités utilisées dans ses plats. « On essaie de faire avec moins. Mais à force de réduire, la qualité peut aussi être affectée ». À Sandaga, les étals d’oignons attirent les ménagères. Ici aussi, la hausse est au cœur des discussions. Selon plusieurs consommateurs interrogés, le kilogramme d’oignon qui pouvait coûter environ 300 francs CFA se vend désormais autour de 800 francs.
Marième Ba, ménagère, tient son sac d’une main et son téléphone de l’autre. Elle vient de faire quelques achats. « Je viens d’acheter de l’oignon, de la tomate et quelques légumes. Rien qu’avec ça, j’ai déjà dépensé une somme importante. Avant, je pouvais remplir le panier avec beaucoup moins », dit-elle. Elle raconte avoir modifié ses habitudes. « Avant, je pouvais acheter plusieurs kilogrammes pour la semaine. Maintenant, j’achète au jour le jour ou en petite quantité. On ne peut plus faire les provisions comme avant ».
La hausse des prix touche également les autres légumes. Tomates, carottes, pommes de terre et autres produits maraîchers connaissent, selon les périodes et les arrivages, des variations que les consommateurs ressentent directement. À quelques mètres des vendeurs de légumes, les bidons et bouteilles d’huile sont alignés sur les étals. Là encore, les consommateurs dénoncent une hausse. Le litre d’huile qui coûtait environ 1 400 à 1 500 francs CFA est désormais vendu autour de 1 700 à 1 800 francs.
Pour Cheikh Mbaye, étudiant et livreur à temps partiel, cette augmentation pèse particulièrement sur les ménages qui cuisinent quotidiennement. « Quand tu fais les courses avec un budget limité, chaque 200 ou 300 francs compte. L’huile, le riz, l’oignon, la viande : quand tout augmente en même temps, le budget explose », explique-t-il. Selon lui, la conséquence est visible dans les foyers. « Beaucoup de familles réduisent les quantités ou changent les menus. On mange ce qui coûte le moins cher ».
Du côté des vendeurs de poisson, le constat est similaire. Le traditionnel tas de poisson qui pouvait être acheté autour de 2 000 francs CFA se négocie désormais entre 3 500 et 4 000 francs, selon les espèces et la quantité. Ousmane Seck, mareyeur, affirme que plusieurs facteurs peuvent expliquer les variations de prix. « Le prix dépend de l’arrivage, de la disponibilité du poisson, du transport et de plusieurs autres charges. Quand les coûts augmentent en amont, cela finit forcément par se ressentir au marché », explique-t-il. Mais pour les consommateurs, l’explication importe finalement peu : le constat reste le même, le panier coûte plus cher.
« Avant, avec 2 000 francs, je pouvais acheter un tas de poisson pour la famille. Aujourd’hui, il faut prévoir presque le double », regrette Khady Touré, vendeuse de fruits. À la sortie du marché de Sandaga, les témoignages se ressemblent. Certains consommateurs parlent d’une véritable course contre la hausse des prix. Abdoulaye Sy résume le sentiment de nombreux Dakarois : « On travaille, mais on a l’impression que notre argent perd de sa valeur. Les revenus ne montent pas au même rythme que les dépenses ».
Ce mécanicien de profession estime que les familles doivent désormais établir des priorités très strictes. « Avant, on pouvait faire quelques achats supplémentaires. Maintenant, on prend seulement l’essentiel. Si la viande est trop chère, on prend du poisson. Si le poisson est cher, on cherche autre chose. Mais aujourd’hui, même les alternatives deviennent chères », peste-t-il. Entre Castors et Sandaga, les commerçants continuent pourtant leur activité, dans l’espoir de maintenir leurs ventes malgré la pression sur les prix.
Mais derrière les étals colorés et le ballet incessant des clients, une réalité s’impose : la cherté de la vie n’est plus seulement une question de statistiques. Elle se mesure désormais dans le contenu des paniers, la taille des portions et les choix faits chaque jour dans les ménages. À Dakar, du marché de Castors aux ruelles animées de Sandaga, les consommateurs le répètent : avec le même budget qu’hier, ils repartent aujourd’hui avec beaucoup moins. Et pour beaucoup, la question n’est plus de savoir si les prix ont augmenté, mais jusqu’où cette hausse ira, et surtout, comment les familles pourront continuer à faire face.
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]]>Si Pedro Sánchez conserve une ligne prudente à l’égard de Rabat, encore plus depuis les derniers évènements à Ceuta, pour la presse espagnole le ton se durcit. El País a récemment décrit un Maroc renforcé par les soutiens américain et israélien, au point d’agir avec l’assurance que lui confèrent ces alliances. L’arabiste Bernabé López García y voit un facteur ayant contribué à « enhardir » Rabat sur la scène internationale.
Le tournant remonte à décembre 2020. En fin de premier mandat, Donald Trump reconnaît la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental et Rabat normalise en retour ses relations avec Israël dans le cadre des accords d’Abraham. Depuis son retour à la Maison-Blanche, le président américain a confirmé cette ligne et présente le plan d’autonomie marocain comme la seule base crédible de règlement. Cette position américaine n’a cependant rien changé au statut du territoire aux Nations unies, où il figure toujours sur la liste des territoires non autonomes.
Le geste le plus visible de ce rapprochement date de l’été 2026. Par lettre datée du 2 juillet, Mohammed VI a informé Donald Trump de sa décision de baptiser « Autoroute Donald J. Trump » la voie express Tiznit-Dakhla, un axe de 1 055 kilomètres traversant en grande partie le Sahara occidental et desservant le futur port de Dakhla Atlantique. Le roi y évoque la reconnaissance américaine de 2020 comme un événement qui « restera à jamais gravé dans la mémoire des Marocains ». Trump a remercié le souverain sur son résaeu Truth Social, disant espérer parcourir un jour « cette grande autoroute ».
Washington a par ailleurs renforcé sa coopération militaire avec Rabat, notamment via les exercices African Lion, et Donald Trump a demandé à son administration d’accélérer le développement économique au Maroc, Sahara occidental compris.

L’alliance ne se limite pas à Washington et Rabat. En juillet 2023, Israël a lui aussi officiellement reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, par une lettre de Benyamin Netanyahou à Mohammed VI dans laquelle le Premier ministre israélien indiquait examiner favorablement l’ouverture d’un consulat à Dakhla. Cette reconnaissance s’inscrit dans le prolongement direct des accords d’Abraham de décembre 2020, qui avaient rétabli les relations diplomatiques israélo-marocaines en contrepartie de la reconnaissance américaine de la marocanité du territoire.
Cette convergence entre Washington, Rabat et Tel-Aviv est précisément ce que dénonce le journaliste canarien Carlos Sosa, qui présente le Maroc comme le relais régional des ambitions américaines et de son partenariat stratégique avec Israël en Afrique.
Pour les opposants à la présence marocaine, cette alliance vise avant tout à sécuriser l’accès à un territoire riche en ressources, notamment phosphates autour de Bou Craa, eaux poissonneuses, potentiel éolien, solaire et hydrogène vert. S’y ajoutent des ressources marines encore mal évaluées au large des côtes sahraouies, proches des Canaries, où certains médias espagnols évoquent des terres rares et des hydrocarbures. Les projets agricoles autour de Dakhla, l’extraction de sable et la construction du nouveau port atlantique nourrissent également les critiques d’une exploitation menée sans le consentement du peuple sahraoui.
Rabat rejette catégoriquement le terme de « pillage » et présente ses investissements dans les « provinces du Sud » comme un facteur de développement des infrastructures et de l’emploi local. Mais sans jamais avoir pu montrer que la population locale tirait le moinre bénéfice de ces investissements.
La justice européenne défend une lecture bien plus restrictive. Le 4 octobre 2024, la Cour de justice de l’Union européenne a tranché, dans les affaires jointes C-778/21 P, C-798/21 P, C-779/21 P et C-799/21 P, que les accords de pêche et de produits agricoles conclus entre l’UE et le Maroc ne pouvaient s’appliquer au Sahara occidental sans le consentement du peuple sahraoui, distinct de la population résidant aujourd’hui sur le territoire. La Cour a laissé un délai d’un an à l’Union et au Maroc pour mettre fin à cette application. En février 2025, elle a rejeté une demande de rectification de la Commission européenne portant sur l’estimation de la part de population sahraouie déplacée hors du territoire, confirmant sa position initiale.
Cette jurisprudence complique les importations européennes de produits agricoles ou halieutiques issus du Sahara occidental et commercialisés comme marocains. Elle montre que les succès diplomatiques de Rabat ne suffisent pas à lever les obstacles juridiques entourant l’exploitation de ces ressources.
L’Espagne se trouve en position inconfortable. Ancienne puissance coloniale du territoire, elle reste directement concernée par le dossier sahraoui. Pedro Sánchez a pourtant rompu en 2022 avec la position traditionnelle de Madrid en qualifiant le plan marocain d’autonomie de solution « la plus sérieuse, réaliste et crédible ».
Ce changement de ligne avait immédiatement pesé sur les relations avec Alger, qui soutient le Front Polisario et le droit à l’autonomie de la population depuis les origines du conflit. Alger héberge aussi les camps de réfugiés sahraouis de Tindouf. L’Algérie avait alors suspendu son traité d’amitié avec l’Espagne, rappelé son ambassadeur et gelé une partie de ses échanges commerciaux avec Madrid, les livraisons de gaz n’ayant, elles, jamais cessé.
La crise migratoire de Ceuta, à l’été 2026, et le rapprochement affiché entre Trump et Mohammed VI ravivent les critiques contre le choix fait par Madrid en 2022. Une partie de la presse espagnole estime que le gouvernement a contribué à renforcer un Maroc désormais mieux armé pour peser sur l’Espagne, tout en poursuivant ses projets économiques au Sahara occidental. En gros, l’Espagne a perdu sur les deux front et la publication du rapport de police sur la vague migratoire de Ceuta de fin juillet renforce l’opinion publique dans son sentiment.
Dans le même temps, Madrid a donc entamé un dégel progressif avec l’Algérie. Pedro Sánchez s’est rendu à Alger le 20 juillet 2026, une visite de cinq heures où il fut reçue par Abdelmadjid Tebboune au palais d’El Mouradia. C’était la première d’un chef de gouvernement espagnol dans la capitale algérienne depuis le début de la crise de 2022. À l’issue de l’entretien, les deux pays ont annoncé la tenue en octobre d’une huitième Réunion de haut niveau, un format qui n’avait plus réuni Alger et Madrid depuis 2018.
Selon le quotidien espagnol El Independiente et le média Africa Intelligence, cette rencontre d’octobre pourrait s’accompagner d’une visite d’État d’Abdelmadjid Tebboune à Madrid, sur invitation conjointe du roi Felipe VI et de Pedro Sánchez. Ce serait une première depuis son arrivée au pouvoir. Ni la Moncloa ni la Casa Real n’ont pour l’instant confirmé ce format, mais les discussions porteraient notamment sur l’énergie, la migration et la sécurité.
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]]>La capitale nigérienne a été le théâtre, samedi, de plusieurs heures de tirs et d’explosions après une tentative de soulèvement de militaires contre les autorités dirigées par le général Abdourahamane Tiani. Les affrontements ont notamment concerné la base aérienne 101, implantée dans l’enceinte de l’aéroport Diori Hamani, ainsi que les secteurs abritant le palais présidentiel et les institutions gouvernementales. Le signal de la télévision nationale a également été interrompu pendant un peu plus d’une heure avant de reprendre dans la matinée.
Le ministère nigérien de la Défense a affirmé que des soldats mutins avaient retenu des militaires dans une caserne avant d’ouvrir le feu sur plusieurs « sites sensibles ». Dans un communiqué lu à la télévision nationale, le général Salifou Mody a déclaré que les forces de défense et de sécurité avaient progressivement repris le contrôle des positions concernées. Dimanche, les autorités ont annoncé avoir récupéré le contrôle de la base militaire située à l’aéroport.
Selon les informations diffusées, les militaires impliqués dans la mutinerie ont tenté d’atteindre le palais présidentiel. La garde présidentielle a repoussé leur progression. Des véhicules blindés ont été déployés dans plusieurs secteurs de Niamey, notamment aux abords de l’aéroport et des zones administratives. Des barrages et des contrôles ont également été installés sur plusieurs axes de la capitale après les affrontements.
Les combats ont duré plusieurs heures au cours de la journée de samedi. Une partie des militaires impliqués s’est rendue après des négociations, tandis que d’autres ont continué à résister dans la zone de la base aérienne. Les forces restées loyales au pouvoir ont ensuite lancé une opération pour reprendre les positions occupées. La situation était annoncée comme calme dimanche, même si des contrôles de sécurité demeuraient en place dans la capitale.
La télévision nationale nigérienne a diffusé des images montrant plusieurs dizaines de militaires arrêtés après les affrontements. Des soldats, pour la plupart jeunes, apparaissent sur ces images regroupés et placés sous surveillance. Les autorités n’ont pas publié de liste complète des personnes arrêtées ni précisé leurs grades et leurs unités. Des femmes figurent également parmi les militaires montrés à l’écran. 
Le nombre exact de morts et de blessés reste également indéterminé. Des sources citées par les médias internationaux font état de militaires tués ou arrêtés, mais le gouvernement nigérien n’a pas communiqué de bilan humain définitif. Des opérations de recherche et de contrôle se sont poursuivies après la fin des affrontements dans différents secteurs de Niamey.
Les militaires à l’origine de la mutinerie appartiendraient à plusieurs unités de l’armée nigérienne, notamment aux Forces spéciales. Des soldats venus de différentes régions, dont Tillabéri et Dosso, auraient rejoint Niamey avant les affrontements. Les Forces spéciales constituent une composante de l’armée engagée dans les opérations contre les groupes jihadistes actifs dans l’ouest du Niger et dans les zones frontalières avec le Mali et le Burkina Faso.
Le ministre de la Défense, Salifou Mody, avait initialement qualifié les événements de « mouvement d’humeur » d’un groupe de soldats en rupture avec le règlement militaire. Les autorités nigériennes ont ensuite décrit les faits comme une tentative de déstabilisation. La Confédération de l’Alliance des États du Sahel, qui regroupe le Niger, le Mali et le Burkina Faso, a également dénoncé une tentative de déstabilisation et déclaré que celle-ci avait été contenue par les forces loyalistes.
Des sources font état d’un soutien aérien et terrestre aux forces nigériennes restées fidèles au pouvoir. Reuters a également rapporté la présence de personnels russes et italiens sur le site aéroportuaire de Niamey avant les événements. La base aérienne 101 est située à proximité immédiate de l’aéroport international Diori Hamani. Elle accueille notamment des moyens aériens utilisés dans les opérations de lutte contre les groupes armés.
La base 101 n’est pas ciblée par hasard. Installée au sein du complexe aéroportuaire de Niamey, elle concentre une partie des capacités aériennes et des moyens de surveillance par drones de l’armée nigérienne. Elle accueille aussi des éléments de l’Africa Corps russe, qui a pris le relais du groupe Wagner, ainsi que le commandement opérationnel de la Force unifiée de l’AES, selon les précisions apportées par Moscou après l’attaque de janvier. Le site est devenu, à ce titre, le principal symbole de l’architecture militaire mise en place par Niamey, Bamako et Ouagadougou depuis leur rupture avec leurs anciens partenaires occidentaux.
Cette architecture affiche pourtant une vulnérabilité récurrente. En janvier, une quarantaine d’assaillants avaient attaqué la base ; l’opération avait ensuite été revendiquée par l’État islamique au Sahel, et les autorités nigériennes avaient fait état de vingt « mercenaires » neutralisés et de quatre militaires blessés. En juin, une nouvelle attaque menée par le JNIM avait fait treize morts, dont onze membres des forces de défense et de sécurité et deux civils, selon le bilan communiqué à l’époque par le ministère nigérien de la Défense.
Cette troisième attaque en sept mois intervient alors que Niamey accueille la première session du Parlement confédéral de l’AES, dont la cérémonie inaugurale s’est tenue le 24 août et dont les travaux en séance ordinaire devaient se poursuivre jusqu’au 29 août. Rien n’indique à ce stade que les 45 parlementaires confédéraux réunis dans la capitale nigérienne aient été spécifiquement visés, mais la coïncidence des calendriers accentue la portée politique de l’épisode.
Trois attaques en sept mois sur le même site interrogent la capacité de l’AES à sécuriser ses installations les plus sensibles, alors que les trois régimes membres ont fait de la restauration de la souveraineté militaire du Sahel l’un des axes de leur discours fondateur. L’identité des auteurs de cette nouvelle attaque, comme les circonstances précises des combats de la nuit du 28 au 29 août, restent pour l’instant à établir.
Arrivé au pouvoir à la suite du coup d’État de juillet 2023, le général Abdourahamane Tiani dirige le Niger à la tête du CNSP. Depuis le renversement du président Mohamed Bazoum, le régime militaire a engagé une réorientation de sa politique extérieure, marquée notamment par la rupture avec la France et le rapprochement avec la Russie. Avec le Burkina Faso et le Mali, le Niger a également renforcé son alliance au sein de l’AES, devenue une confédération entre les trois États sahéliens dirigés par des régimes militaires.
Le Niger forme l’Alliance des États du Sahel avec le Mali et le Burkina Faso. Les trois pays ont également quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Les autorités nigériennes ont désormais annoncé le retour au calme à Niamey et la reprise du contrôle des sites concernés par la mutinerie. Les opérations de sécurité se poursuivent dans la capitale, tandis qu’aucun bilan officiel définitif des victimes des affrontements n’a encore été communiqué.
Par Guylain Gustave Moke
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