Cette citation de De Salins (1996), ainsi que d’autres lectures réalisées dans le cadre de ma recherche, me motivent à réfléchir à l’importance de l’influence de nos croyances et nos pratiques pédagogiques dans le processus d’apprentissage de nos apprenants. Quand nous arrivons dans une classe, notre formation, notre parcours et nos représentations pédagogiques se reflètent dans notre discours et notre agir professoral. Le choix d’un manuel, d’une activité, ou de nos corrections n’est donc pas une simple décision lors de la préparation d’une séance. Ce choix représente la manière dont nous concevons l’enseignement, l’apprentissage et la vision que nous avons sur la langue.
En ce qui concerne la grammaire –matière d’une langue tradition scolaire-, Langacker (2013) nous dit qu’elle a une mauvaise réputation*. Ce n’est peut-être pas étonnant puisque si nous pensons à nos expériences –plutôt en tant qu’apprenants-, il est fort probable que nos souvenirs de la grammaire soient liés aux longs exercices traditionnels, aux listes de conjugaison ou encore à des règles qui apparemment n’ont aucune explication logique. Les raisons de cette réputation ne sont pas à expliquer ici, quoique cette question puisse constituer un bel sujet de recherche. Avec ce billet, je me propose plutôt de partager des questions que je me pose depuis quelques années et qui reviennent de manière récurrente à mon esprit : mes (nos) apprenants auraient-ils aussi l’impression de s’ennuyer quand on travaille la grammaire en classe ? Les explications et les activités de grammaire qu’on fait en classe leur servent pour apprendre à communiquer et, surtout, à accomplir leurs objectifs d’apprentissage et de communication ? Y aurait-il une manière d’aider nos apprenants à comprendre véritablement le fonctionnement grammaticale afin que cet enseignement soit non seulement utile mais également significatif ?
Voici les inquiétudes qui motivent mon mémoire, que j’essaie d’orienter vers les tentatives de De Salins : sortir de la tradition scolaire pour avancer vers une meilleure compréhension de la grammaire afin d’améliorer mes (nos) pratiques pédagogiques par rapport à ce sujet. Ce travail doit absolument passer par la prise de conscience de mes croyances et la réflexion sur mes choix didactiques.
* “Having spent most of my life investigating grammar, I am quite aware that this passion is not shared by the general populace. Let’s face it –grammar has a bad reputation. […] It doesn’t have to be this way. Grammar is actually quite engaging when properly understood. […] grammar is meaningful.”
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]]>Bibliographie à poursuivre
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]]>Cette recherche action rend compte des expériences des enseignants en formation en M1 à Paris 3 grâce à la récolte de leurs travaux au long de l’année (unités didactiques, rapports de stage, biographie langagière, etc.). Elle a d’ailleurs pour objectif de découvrir le lien entre technicité et réflexivité ; c’est-à-dire, comment les étudiants font le lien entre la formation qu’ils reçoivent (comment enseigner la langue) et leur propre développement de la réflexivité sur la langue et sur son apprentissage.
Il est important de dire que le développement de cette capacité réflexive ainsi que le choix d’une démarche inductive dans la formation d’enseignants ne sont pas encore des pratiques répandues. Elles vont ainsi poser certains problèmes lors des réalisations des unités didactiques et du stage. En effet, les chercheurs ont trouvé qu’une telle posture peut générer de l’insécurité chez les enseignants et qu’il y a donc plutôt tendance à tâtonner entre les démarches inductives et déductives pour enseigner la grammaire. Certains enseignants en formation ont également l’impression de devoir faire face à sa propre insécurité linguistique et d’autres disent éviter la correction des apprenants en classe. A ce propos, il semblerait qu’il y a une prise de conscience par rapport à la maîtrise des connaissances grammaticales et linguistiques. Enfin, vu qu’on a encore une vision traditionnelle de la grammaire et de son enseignement, les enseignants en formation trouvent qu’il peut y avoir une réticence de la part des apprenants selon leurs cultures éducatives.
Plusieurs questions me viennent ainsi à l’esprit :
Dès nos jours, en Didactique du Français Langue Etrangère, l’approche communicative met la communication au cœur de l’apprentissage, le but principal de l’enseignement est ainsi le développement d’une compétence communicative dont la grammaire –parmi les compétences linguistiques- en fait partie. Malgré cela, quand on regarde de plus près les manuels dit communicatifs et qu’on évalue nos propres expériences en tant qu’enseignants, on se rend compte qu’il y a une difficulté dans la mise en place des composantes grammaticales dû à une disjonction des entrées linguistiques et sémantiques. A ce propos, Jean-Louis Chiss affirme qu’il y a une « tendance à la marginalisation de la grammaire sous la forme d’appendices grammaticaux et s’il y a « retour de la grammaire », après une phase d’abandon, il s’agit le plus souvent du retour des « règles » de la grammaire traditionnelle. » (Chiss, David, 2011).
Cette situation, ainsi que mon expérience en tant qu’enseignante, m’amène à me demander s’il y aurait une grammaire qui permettrait à la fois d’enseigner et apprendre les formes et leurs sens. Si oui, faciliterait-cette approche l’apprentissage de la grammaire ?
Pour pouvoir répondre à ces questionnements, ce mémoire est consacré à la sémantique verbale et à l’enseignement et l’apprentissage des temps du passé. Le cadre théorique qui guidera la recherche est la grammaire cognitive puisqu’elle considère que la sémantique est le cœur et la finalité du langage. C’est ainsi que toute unité –syntaxique, lexicale ou grammaticale- est « porteuse de sens » et leur combinaison produit des « représentations cognitives » dont le sens varie selon les structures choisies par le locuteur pour le décrire. (Talmy, Ibid, P.75)
Bibliographie :
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Bruno Latour part du principe que « tout fait partie des données »1 et que, tout en étant méthodique et créatif, il faut savoir comment organiser cette pluie d’information pour pouvoir l’utiliser. Il propose l’usage de quatre carnets qui permettront de classifier les données et de tenir compte de l’évolution de la recherche. Le premier est un agenda-calendrier, le deuxième sert à collecter des informations (idées, références, etc.), le troisième est consacré aux essaies d’écriture, le quatrième est l’espace pour les réflexions issues des retours et réactions des autres.
Il s’agit d’une méthode très intéressante mais je ne suis pas tout à fait d’accord avec cette manière de faire. D’abord, je crois que tout ne peut pas faire partie des données ; je pense plutôt que n’importe quoi pourrait en devenir une. En ce sens, le premier pas consiste à apprendre à distinguer l’information qui pourrait être utile de celle qui ne l’est pas et qui pourrait donc porter à confusion. Ce n’est pas un travail facile, bien évidemment ! Pourtant, prendre note seulement de ce qui est important, peut faciliter le triage et traitement des données.
Quant aux carnets, il me semble plus pratique d’avoir uniquement un petit cahier que je pourrai porter partout et qui me permettra d’avoir sur moi toutes les notes concernant mon mémoire. En noir, je noterai des idées, questions, citations, références ou toute autre information que je trouverais ou que me viendra à l’esprit spontanément. En vert, j’écrirai ce que j’ai à faire, par exemple, des modifications, des choses à ajouter, etc. En marron, je mettrai les commentaires de mes camarades, amis, professeurs, directeur de mémoire, et autres. Ceci me paraît fondamental pour avoir une approche différente du déroulement de mon travail.