Le cours du pétrole a connu une forte hausse cette semaine en lien avec la reprise des hostilités entre l’Iran et les États-Unis. Le baril de Brent s’échangeait vendredi soir contre plus de 105 dollars. Les investisseurs prennent de plus en plus conscience du risque macroéconomique. Les inquiétudes liées à l’inflation, aux rendements obligataires, aux taux d’intérêt et, in fine, à un potentiel ralentissement de l’économie se sont accrues cette semaine. Sur cinq jours, le CAC 40 est en repli pour la cinquième semaine d’affilée, abandonnant 1,2 %, à 8 179,77 points. En un mois, l’indice parisien a perdu 6,14 %. Les autres grands indices américains et européens ont également cédé du terrain cette semaine.
Aux États-Unis, en août, l’inflation globale a été de 3,4 % sur un an, se maintenant pour le 66e mois consécutif au-dessus de la cible de moyen terme de 2 % de la Réserve fédérale américaine (Fed). L’inflation sous-jacente, mesurée hors alimentation et énergie, deux composantes très volatiles, se situe à +0,3 % en variation mensuelle, contre +0,2 % attendu, et à 2,4 % sur un an.
La probabilité d’un relèvement des taux directeurs par la Fed est élevée (87 % vendredi 11 septembre, contre 74 % jeudi). Ils pourraient, dès la semaine prochaine, être portés dans une nouvelle fourchette de 3,75 % à 4 %.
Les taux des obligations souveraines ont également enregistré une forte hausse cette semaine. Le taux de l’OAT à 10 ans atteignait, vendredi 11 septembre, plus de 4,4 % et l’écart avec celui de l’Allemagne a dépassé 0,9 point. Le taux de l’obligation souveraine américaine à 10 ans s’élevait, de son côté, à près de 5 %.
La Banque centrale européenne (BCE) a décidé, sans surprise, de relever, le 10 septembre, ses taux directeurs. Cette hausse de 0,25 point est la deuxième depuis le déclenchement de la guerre en Iran. Le taux de dépôt passe donc à 2,5 %, celui des opérations principales de refinancement à 2,65 % et celui de la facilité de prêt marginal à 2,9 %.
Cette décision était attendue sur les marchés en raison des données économiques publiées ces dernières semaines. L’indice des prix à la consommation a progressé de 3,3 % sur 12 mois en août, après 2,9 % en juillet, s’éloignant ainsi de la cible de 2 % que s’est fixée la banque centrale. La hausse du cours du pétrole de ces derniers jours ne fait que conforter la volonté de la BCE d’empêcher le déclenchement d’une spirale inflationniste. Le baril de Brent de la mer du Nord a dépassé, cette semaine, le seuil symbolique des 100 dollars.
La décision de relever les taux directeurs a été facilitée par la bonne tenue de la croissance au deuxième trimestre (sauf en France). Le PIB de la zone euro s’est accru de 0,4 % en glissement trimestriel au deuxième trimestre.
L’augmentation des taux par la BCE a comme risque d’entraîner celle des taux obligataires souverains. Ces derniers évoluent à des niveaux qui, pour certains, n’avaient pas été enregistrés depuis la grande crise financière de 2008. Surtout, les taux de plusieurs pays s’écartent de plus en plus du taux allemand, ce qui pourrait fragiliser la zone euro. Ce spread entre les obligations françaises et allemandes évolue désormais à 90 points de base. Un niveau qui n’avait pas été atteint depuis la crise des dettes souveraines en 2012.
Avec un taux directeur à 2,5 %, la politique monétaire est considérée comme neutre sur le plan économique. Un nouveau resserrement d’un quart de point placerait la politique de la BCE en territoire restrictif. Or, une telle pratique intervient logiquement quand l’économie est en surchauffe, ce qui n’est pas le cas pour la zone euro.

Données BCE
Le tableau des marchés financiers
Selon le rapport annuel 2025 de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement, publié par la Banque de France, les particuliers, les entreprises et les administrations ont réalisé 35,6 milliards d’opérations de paiement scripturales en 2025, soit une progression de 5,5 % en un an. Leur montant a atteint 36 264 milliards d’euros, en hausse de 4,2 %. La carte, le sans-contact, le téléphone et désormais le virement instantané prennent une place croissante quand le chèque et, dans une moindre mesure, les retraits d’espèces poursuivent leur recul.
La carte bancaire demeure, et de loin, le premier moyen de paiement scriptural des Français. Hors retraits, elle a représenté 62,7 % du nombre des transactions en 2025, contre 62,1 % en 2024. Le prélèvement arrive loin derrière avec 14,1 % des opérations, devant le virement, 17,9 %, tandis que le chèque ne représente plus que 1,9 % des transactions. En valeur, la situation est évidemment différente compte tenu des paiements des entreprises et des opérations financières, les virements concentrent 89 % des sommes échangées.
En 2025, 72 % des paiements de proximité par carte sont réalisés sans contact, contre 68 % en 2024. En 2017, cette proportion n’était encore que de 12 %. Le téléphone prend, à son tour, le relais de la carte physique. Les paiements par mobile ont progressé de 38 % en 2025. Ils représentent près d’un paiement de proximité sur cinq, contre environ 15 % en 2024. En 2017, leur poids était quasiment nul. La diffusion d’Apple Pay, de Google Pay et des autres portefeuilles numériques modifie donc en quelques années un comportement de paiement qui était resté relativement stable durant plusieurs décennies. À l’inverse, le recours aux espèces continue de diminuer à travers le recul des retraits aux distributeurs automatiques. Ceux-ci ont baissé en 2025 de 5 % en nombre et de 3 % en montant. Le chèque poursuit également son inexorable déclin. Les montants réglés par ce moyen de paiement ont diminué de 16 % en un an et de 46 % depuis 2020.
L’autre transformation majeure concerne le virement instantané. Longtemps marginal, il entre désormais dans les usages courants. En 2025, le nombre de virements instantanés a augmenté de 78 % et les montants correspondants de 118 %. Ils représentent désormais 17 % de l’ensemble des virements en nombre, contre seulement 10 % en 2024. Cette progression devrait se poursuivre avec la généralisation du virement instantané en Europe. Le paiement devient ainsi presque aussi immédiat qu’avec une carte, y compris pour des sommes importantes. Cette rapidité constitue un progrès évident pour les particuliers comme pour les entreprises, mais elle modifie également la nature du risque. Un paiement instantané frauduleux est, par définition, plus difficile à arrêter une fois exécuté.
1,24 milliard d’euros de fraude, mais moins d’opérations frauduleuses
En 2025, la fraude portant sur les moyens de paiement a représenté 1,241 milliard d’euros, en augmentation de 3,8 %. Cette hausse est légèrement inférieure à celle des montants échangés, +4,2 %. Plus significatif encore, le nombre de transactions frauduleuses a diminué de 7,6 %, pour revenir autour de 7,2 millions d’opérations.
Le taux global de fraude demeure donc extrêmement faible : environ 0,0034 % des montants échangés, soit un peu plus de 3 euros de fraude pour 100 000 euros de flux. Cette moyenne doit néanmoins être interprétée avec prudence, car elle intègre les virements de très gros montants entre entreprises et institutions financières.
Surtout, la répartition de la fraude est en train de changer. En 2025, le virement devient le premier moyen de paiement fraudé en valeur, avec 485 millions d’euros, soit 39,1 % de la fraude totale, devant le paiement par carte, 34,9 %, et le chèque, 18,5 %. Un an auparavant, le virement ne représentait que 30 % de la fraude. Sa progression explique à elle seule 130 millions d’euros de fraude supplémentaire en 2025.
La fraude au virement a ainsi augmenté de 37 % en un an. Dans 61 % des cas en valeur, elle procède d’un détournement ; les faux virements représentent 27 % du total.
Selon le rapport 2025 sur les moyens de paiement en France, la fraude au virement instantané a porté sur 205,9 millions d’euros, soit une hausse de 91,7 % en un an. Le nombre d’opérations frauduleuses a atteint 182 568, en augmentation de 133 %. Son taux de fraude ressort à 0,0408 %, soit environ 41 euros fraudés pour 100 000 euros transférés. Le taux moyen de fraude des virements demeure très faible, à 0,0015 %. En revanche, le risque est extrêmement variable selon le canal utilisé. Les virements transmis par les dispositifs télématiques utilisés par les entreprises affichent un taux de fraude de seulement 0,0002 %, tandis que celui des opérations effectuées depuis la banque en ligne atteint 0,0063 %.
Pour les cartes émises en France, les opérations ont représenté 1 005 milliards d’euros en 2025. Le montant total de la fraude, retraits compris, s’est établi à 475 millions d’euros, en baisse de 8,6 %. Le taux de fraude est tombé à 0,047 %, son plus bas niveau historique. Autrement dit, sur 100 000 euros d’opérations, environ 47 euros font l’objet d’une fraude.
Les progrès les plus importants concernent Internet. Le taux de fraude sur les paiements par carte en ligne est passé de 0,155 % en 2024 à 0,124 % en 2025. Il a été divisé par deux depuis 2020. Cette amélioration est notamment liée à la généralisation de l’authentification forte et de 3-D Secure.
Internet reste néanmoins le talon d’Achille de la carte. Il ne représente que 27 % des montants réglés par carte, mais concentre 70 % de la fraude. À l’inverse, les paiements de proximité bénéficient d’un taux de fraude de seulement 0,011 %.
Le paiement mobile apparaît également particulièrement sûr. Son taux de fraude a diminué de 43 % en 2025. Cette évolution est d’autant plus intéressante que son utilisation progresse très rapidement. L’authentification du propriétaire du téléphone, par reconnaissance faciale, empreinte digitale ou code, rend en pratique le portefeuille numérique potentiellement plus sécurisé que l’utilisation traditionnelle de la carte. En revanche, les paiements à distance réalisés hors Internet, notamment par téléphone ou par courrier, demeurent particulièrement vulnérables. Leur taux de fraude atteint 0,322 %, soit 322 euros pour 100 000 euros de paiements, contre 124 euros pour Internet et 11 euros seulement pour les paiements de proximité.
La géographie joue également un rôle. Les opérations internationales ne constituent que 11 % des transactions par carte, mais concentrent 50 % de la fraude. Le taux de fraude est de 0,026 % pour une opération nationale, de 0,164 % pour une transaction dans l’Espace économique européen hors France et de 0,376 % en dehors de l’EEE.
Le recul du chèque contribue mécaniquement à réduire le montant des fraudes dont il fait l’objet. Celui-ci est revenu à 229 millions d’euros en 2025, en diminution de 16 %. Son taux de fraude reste néanmoins élevé, à 0,069 %, soit 69 euros pour 100 000 euros réglés.
Le vol ou la perte de chèques demeure à l’origine de l’essentiel des fraudes. L’acheminement des chéquiers constitue toujours un point de vulnérabilité. Les mesures prises par les établissements bancaires ont néanmoins permis de neutraliser 41 % des remises frauduleuses, soit 158 millions d’euros de tentatives de fraude en 2025.
La disparition progressive du chèque ne signifie donc pas la disparition immédiate du risque. Au contraire, son utilisation de plus en plus exceptionnelle peut rendre les utilisateurs moins familiers des règles de prudence qui lui sont associées.
Le principal enseignement du rapport dépasse toutefois la comparaison entre carte, chèque et virement. Les systèmes de paiement sont devenus techniquement plus sûrs. Les fraudeurs ont donc changé de cible : quand il devient difficile de pirater la machine, ils cherchent à tromper l’utilisateur.
Les fraudes dites « par manipulation » regroupent notamment le faux conseiller bancaire, la fraude au président, le changement frauduleux d’IBAN ou de RIB et les opérations que la victime est amenée à authentifier elle-même. En 2025, elles ont représenté 516 millions d’euros, soit 41,6 % de l’ensemble de la fraude aux moyens de paiement. En 2021, leur part n’était que de 21,6 %. Elle a donc quasiment doublé en quatre ans.
L’authentification forte avait été conçue pour empêcher qu’un tiers puisse effectuer une opération à l’insu du titulaire du compte. Les escrocs cherchent désormais à contourner cette protection non pas techniquement, mais psychologiquement. Un faux conseiller appelle sa victime, connaît parfois certaines de ses données personnelles, lui annonce une prétendue opération frauduleuse et lui demande de valider une authentification censée l’annuler. La victime autorise ainsi elle-même le paiement ou le virement du fraudeur. La fraude devient ainsi un problème de cybersécurité comportementale. Le téléphone, les SMS, les messageries instantanées, les réseaux sociaux et les faux sites bancaires constituent autant de moyens permettant de placer la victime dans une situation d’urgence, de peur ou de confiance artificielle.
Cette mutation explique pourquoi les réponses purement techniques ne peuvent plus suffire. Les banques sont conduites à analyser davantage le comportement entourant une opération : création récente d’un bénéficiaire, relèvement soudain d’un plafond, clôture préalable d’un produit d’épargne, succession de virements inhabituels ou encore validation d’un paiement alors que le client est en communication téléphonique avec un tiers. L’Observatoire recommande notamment le recours accru aux systèmes de détection reposant sur l’intelligence artificielle.
Les dispositifs collectifs progressent également. Depuis octobre 2025, le service de vérification du bénéficiaire permet de contrôler la concordance entre le nom du bénéficiaire et l’IBAN utilisé. Depuis mai 2026, un fichier national recense par ailleurs les comptes signalés comme présentant un risque de fraude afin de faciliter la détection des virements suspects.
Le bilan 2025 réalisé par la Banque de France se veut rassurant. Les paiements électroniques se multiplient rapidement sans provoquer d’explosion proportionnelle de la fraude. La carte bancaire atteint même son meilleur niveau historique de sécurité tandis que la fraude sur Internet recule fortement. Plus les systèmes sont sécurisés, plus la fraude se déplace vers l’utilisateur et vers les moyens de paiement les plus rapides. En quelques années, le portefeuille des Français a changé de nature. La carte sans contact a remplacé le chèque, le téléphone commence à remplacer la carte et le virement instantané réduit la frontière entre paiement et transfert bancaire. Cette révolution offre une simplicité et une rapidité inédites. Elle impose en contrepartie une vigilance nouvelle.
]]>Les pratiques diffèrent fortement d’un État membre à l’autre. L’Irlande arrive en tête avec 63,9 % des internautes abonnés à une plateforme payante de films, séries ou sport. Elle devance le Danemark, avec 61,1 %, et les Pays-Bas, avec 59,2 %. À l’opposé, seuls 9,3 % des internautes bulgares acquittaient un abonnement de ce type. La Slovénie, avec 13,7 %, la Lettonie, avec 16,7 %, et la Lituanie, avec 17,4 %, figuraient également parmi les pays où le streaming payant était le moins répandu. En matière de consommation numérique comme dans bien d’autres domaines, l’Union européenne demeure ainsi marquée par d’importants écarts entre ses États membres.

Données Eurostat
]]>Cette évolution masque des situations assez différentes selon les catégories d’entreprises. Les créations de sociétés diminuent de 3,2 %, après une quasi-stabilité en juin (+0,2 %). Les immatriculations sous le régime de la micro-entreprise se contractent également, mais de manière moins prononcée qu’un mois auparavant : -1,4 % après -3,5 %. À l’inverse, les créations d’entreprises individuelles classiques progressent de 5,3 %, effaçant largement leur recul de juin (-2,4 %). Sur les 106 310 entreprises créées en juillet, 71 727 relèvent du régime de la micro-entreprise, soit plus des deux tiers du total. Les sociétés représentent 25 218 créations et les entreprises individuelles classiques 9 365.
Le recul enregistré en juillet intervient après plusieurs mois particulièrement heurtés. Après une baisse de 6,4 % en avril, les créations avaient rebondi de 10,9 % en mai avant de diminuer de 2,5 % en juin. Ces variations mensuelles importantes invitent à privilégier les tendances sur plusieurs mois pour apprécier réellement la dynamique entrepreneuriale.
Les créations d’entreprises diminuent en juillet dans plusieurs activités de services. Le recul atteint 4,3 % dans les activités de soutien aux entreprises, après -3,7 % en juin. Il est de 6,8 % dans les services aux ménages, après -5,5 % le mois précédent. Le retournement est plus marqué dans l’immobilier. Après une hausse de 1,7 % en juin, les créations chutent de 8,3 % en juillet. Les activités financières et d’assurance restent également orientées à la baisse, avec un recul de 9,3 %, faisant suite à une contraction de 11,1 % en juin. La situation se détériore également dans l’hébergement et la restauration : les créations y diminuent de 8,0 %, contre -3,3 % un mois auparavant. À l’inverse, certains secteurs retrouvent davantage de dynamisme. Les transports et l’entreposage enregistrent une hausse de 8,4 % après +3,3 % en juin. Les activités d’information et de communication renouent, de leur côté, avec la croissance, à +4,6 %, après une chute de 10,3 % le mois précédent.
Les mouvements mensuels ne doivent pas masquer la vigueur des créations par rapport à 2025. Entre mai et juillet 2026, le nombre d’entreprises nouvellement créées dépasse de 10,3 % celui enregistré durant la même période de 2025. Cette progression est avant tout portée par les micro-entrepreneurs dont les immatriculations augmentent de 15,4 % sur un an. Les créations de sociétés progressent plus modérément, de 1,7 %, tandis que celles d’entreprises individuelles classiques augmentent de 0,8 %. Les activités de soutien aux entreprises jouent un rôle déterminant dans cette hausse. Elles comptabilisent 13 100 créations supplémentaires par rapport à la période allant de mai à juillet 2025 et contribuent ainsi pour 4,6 points à la progression totale. Le seul secteur du nettoyage courant des bâtiments représente 4 200 créations supplémentaires. À l’opposé, les transports et l’entreposage enregistrent 1 300 créations de moins que sur la période correspondante de 2025, ce qui retranche 0,5 point à l’évolution d’ensemble.
Sur une période plus longue, la tendance apparaît encore particulièrement favorable. Entre août 2025 et juillet 2026, le nombre total de créations d’entreprises augmente de 10,8 % par rapport aux douze mois précédents. Toutes les grandes catégories participent à cette progression, mais à des rythmes différents. Les immatriculations de micro-entrepreneurs progressent de 13,5 %, confirmant le poids croissant de ce régime dans la création d’activité en France. Les créations de sociétés augmentent de 6,6 %, tandis que celles d’entreprises individuelles classiques progressent de 3,0 %.

Données INSEE
]]>Les Français épargnent mais ils sont souvent accusés de mal épargner. Ils privilégieraient des placements peu rémunérateurs et peu productifs. Ce jugement de valeur sert d’aiguillon l’étude de Rexecode « Repenser l’allocation de l’épargne des ménages en France et en Europe ».
Depuis la crise sanitaire, le taux d’épargne des ménages français demeure parmi les plus élevés des pays développés. En parallèle, l’encours de l’assurance-vie dépasse désormais 2 000 milliards d’euros et les dépôts bancaires atteignent des niveaux historiques. Pourtant, leur patrimoine financier reste très inférieur à celui des ménages américains, danois ou suédois quand il est rapporté au revenu disponible. Si les ménages français détenaient un patrimoine financier équivalent à celui des Américains ou des Scandinaves, celui-ci serait pratiquement deux fois plus élevé.
En France, la composition des portefeuilles demeure dominée par les dépôts bancaires, les produits garantis et l’assurance-vie. Les actions, une fois neutralisés les effets d’intermédiation financière grâce au travail de « transparisation » réalisé par Rexecode, ne représentent qu’environ 19 % du patrimoine financier des ménages français, y compris pour les catégories d’épargnants les plus aisées où cette proportion demeure étonnamment faible. Les rapporteurs de Rexecode estiment que le rendement annuel moyen du patrimoine financier français est inférieur de 3 à 4 points à celui observé dans les pays scandinaves. Sur vingt ans, une allocation légèrement plus favorable aux actions aurait procuré près de 340 milliards d’euros de patrimoine supplémentaire aux ménages français, soit l’équivalent de 12 % du PIB, sans augmentation significative du risque à moyen terme.
L’étude apporte également un éclairage utile sur un débat souvent caricaturé. Les Français seraient culturellement hostiles au risque. Les enquêtes internationales ne confirment pas cette hypothèse. Leur aversion au risque apparaît proche de la moyenne observée dans les pays développés. Ce sont davantage les incitations institutionnelles qui orientent les comportements. Le monde de l’épargne en France se caractérise par des incitations fiscales qui aident toutes les catégories d’épargne, une réglementation prudentielle très protectrice, une distribution bancaire historiquement tournée vers les produits garantis et une éducation financière encore insuffisante. Le succès rapide du Plan d’épargne retraite montre d’ailleurs que les comportements peuvent évoluer avec un cadre réglementaire relativement simple.
Les pays disposant de systèmes importants de retraite par capitalisation — États-Unis, Suède, Danemark ou Pays-Bas — affichent non seulement un patrimoine financier nettement supérieur, mais également une exposition beaucoup plus forte aux fonds propres des entreprises. Aux États-Unis, près d’un tiers du patrimoine financier est directement investi en actions cotées, aux Pays-Bas, plus de la moitié des actifs financiers correspond à des droits à pension investis sur les marchés. Ces dispositifs permettent aux ménages de bénéficier pleinement de la création de valeur des entreprises tout en fournissant à celles-ci des capitaux stables.
La France présente une configuration presque inverse. Les dépôts représentent environ un tiers du patrimoine financier et l’assurance-vie plus d’un quart. Cette structure offre une excellente protection du capital mais limite fortement la participation des ménages à la croissance des entreprises. Plus encore, elle réduit la capacité de financement de l’économie nationale. Les entreprises françaises, notamment les plus innovantes, restent fortement dépendantes des investisseurs étrangers pour leurs augmentations de capital. Cette situation explique en partie la place prépondérante des investisseurs internationaux dans le capital du CAC 40 ainsi que dans la détention de la dette publique française.
Le rapport dépasse toutefois la seule question patrimoniale pour proposer une véritable réflexion macroéconomique. L’allocation optimale de l’épargne ne consiste pas uniquement à maximiser le rendement individuel. Elle doit également favoriser l’investissement productif, l’innovation et la croissance potentielle. Le cas suédois illustre cette dynamique. La réforme engagée dans les années 1990 a introduit une composante de capitalisation dans un système auparavant exclusivement fondé sur la répartition. Aujourd’hui, les fonds de pension irriguent largement le financement des entreprises nationales. Contrairement à une idée répandue, cette capitalisation ne provoque pas une fuite massive des capitaux. 43 % des investissements demeurent orientés vers les entreprises domestiques, illustrant la persistance d’un fort biais national. Ce modèle contribue à expliquer le dynamisme du marché boursier suédois, qui a enregistré davantage d’introductions en Bourse au cours de la dernière décennie que la France et l’Allemagne réunies.
Les conclusions de Rexecode invitent ainsi à dépasser l’opposition traditionnelle entre sécurité et rendement. Dans une économie vieillissante, où la croissance potentielle ralentit et où les finances publiques sont durablement contraintes, la question centrale n’est plus seulement le volume de l’épargne mais sa capacité à financer les actifs les plus créateurs de richesse. L’épargne n’est pas une fin en soi ; elle constitue un instrument d’accumulation du capital. Lorsqu’elle demeure excessivement concentrée sur des supports liquides ou garantis, elle protège le patrimoine individuel mais contribue moins efficacement à la croissance collective. Cette réflexion rejoint les conclusions du rapport Draghi sur la compétitivité européenne. Le principal déficit de l’Europe n’est plus celui de l’épargne, mais celui de sa transformation en investissements productifs. La France dispose de l’une des capacités d’épargne les plus importantes du continent. Son véritable défi consiste désormais à convertir cette abondance en capital d’innovation, en financement des entreprises et, in fine, en gains de productivité. L’enjeu dépasse la seule performance financière des ménages : il conditionne la capacité du pays à financer sa croissance future tout en préservant son modèle économique et social.
LE CHIFFRE CLÉ
340 milliards d’euros : Patrimoine financier supplémentaire qu’aurait pu accumuler en vingt ans les ménages français avec une allocation légèrement plus favorable aux actions, selon Rexecode, soit l’équivalent de 12 % du PIB.
L’Observatoire de l’épargne réglementée a présenté au mois de juillet son rapport annuel. Il fait l’état des lieux de l’épargne française. Après les niveaux exceptionnels atteints à la suite de la crise sanitaire, le taux d’épargne des ménages s’est établi, en France, à 17,9 % du revenu disponible brut, en recul de 0,6 point sur un an. Cette baisse demeure néanmoins toute relative. La proportion des revenus mise de côté dépasse encore de 3,3 points celle de 2019. En valeur, l’épargne des ménages a représenté 352 milliards d’euros sur l’ensemble de l’année.
Au sommaire de cette étude
Les retraités ne forment pas un bloc homogène. Leur niveau de vie moyen est aujourd’hui proche de celui de l’ensemble de la population, mais les écarts de revenus et de patrimoine restent considérables. Plutôt que d’opposer les générations, l’effort collectif devrait être apprécié en fonction de la capacité contributive de chacun.
Le vieillissement démographique constitue désormais l’un des principaux défis économiques des pays développés et de plusieurs grandes économies émergentes, au premier rang desquelles figure la Chine. La diminution de la population en âge de travailler pèse sur la croissance potentielle au moment même où les dépenses de retraite, de santé et de dépendance sont appelées à augmenter. Dans ce contexte, les gains de productivité deviennent plus que jamais indispensables. La robotisation et, désormais, l’intelligence artificielle nourrissent l’espoir de produire davantage avec une main-d’œuvre moins nombreuse.
La baisse de la fécondité est devenue un phénomène largement partagé. En France, l’indicateur conjoncturel de fécondité est tombé à 1,56 enfant par femme en 2025, contre plus de 2 au début des années 2010. L’Allemagne se situe à 1,32. Aux États-Unis, la fécondité reste autour de 1,6 enfant par femme. La Chine se situe désormais aux environs d’un enfant par femme. La Corée du Sud demeure dans une situation extrême : malgré une légère remontée en 2025, son taux de fécondité n’atteint que 0,80 enfant par femme.
Ces évolutions modifient progressivement la structure des économies. Moins d’actifs signifie, toutes choses égales par ailleurs, moins d’heures de travail disponibles pour produire des richesses. Pour maintenir la progression du PIB par habitant et financer des dépenses publiques croissantes, les pays vieillissants doivent donc agir sur les autres moteurs de la croissance : le taux d’emploi, la durée du travail, l’investissement et, surtout, la productivité.
La robotisation ne suffit pas à garantir la productivité
La diffusion des robots industriels constitue l’une des réponses apportées depuis plusieurs années à la raréfaction de la main-d’œuvre. Les pays les plus exposés au vieillissement figurent d’ailleurs souvent parmi les plus automatisés.
Selon l’International Federation of Robotics, la Corée du Sud possède la densité de robots industriels la plus élevée au monde, avec 1 220 robots pour 10 000 salariés de l’industrie manufacturière. L’Allemagne et le Japon figurent également parmi les économies les plus robotisées, avec respectivement 449 et 446 robots pour 10 000 salariés. Les États-Unis, avec 307 robots, se situent également dans le haut du classement mondial. La France reste nettement en retrait par rapport aux principaux pays industriels. Pour autant, le lien entre automatisation et productivité n’est pas automatique.
Les États-Unis ont enregistré en 2024 une progression de 2,2 % de leur productivité horaire, soit l’une des meilleures performances parmi les grandes économies avancées. Dans le même temps, elle reculait de 0,4 % en Allemagne et de 1,3 % au Japon, tandis qu’elle ne progressait que de 0,4 % en France. Les premières estimations pour 2025 font état d’une hausse de 1,7 % aux États-Unis, de 1,8 % en Corée du Sud et de 1,3 % au Japon.
Ces écarts rappellent que la présence de robots ne suffit pas, à elle seule, à générer des gains d’efficacité. La productivité dépend également de l’organisation des entreprises, de la qualité de la main-d’œuvre, de l’investissement, de la capacité d’innovation et de la diffusion des nouvelles technologies à l’ensemble du tissu économique.
L’avantage américain
Les États-Unis disposent aujourd’hui d’un avantage particulier. Leur population vieillit moins rapidement que celles du Japon, de l’Italie, de l’Allemagne ou de la Corée du Sud et leur économie bénéficie d’une forte capacité d’innovation. Le dynamisme des investissements technologiques, le développement de l’intelligence artificielle et l’importance des grandes entreprises numériques contribuent à soutenir les gains de productivité.
Leur situation suggère que les nouvelles technologies peuvent, au moins partiellement, amortir les conséquences économiques du vieillissement. Il serait néanmoins prématuré d’en déduire que l’intelligence artificielle permettra partout de compenser la contraction de la population active.
La situation de l’Allemagne et du Japon illustre cette difficulté. Ces deux pays disposent d’un appareil industriel fortement automatisé, mais connaissent depuis plusieurs années des gains de productivité faibles. La technologie ne peut produire tous ses effets lorsqu’elle intervient dans une économie marquée par un investissement insuffisant, une faible diffusion de l’innovation ou une diminution rapide de la population active.
Le retard français peut devenir une réserve de croissance
La France occupe une position différente. Son vieillissement est moins avancé que celui de l’Allemagne, de l’Italie, du Japon ou de la Corée du Sud, mais elle souffre d’une moindre diffusion des robots et des technologies numériques dans les entreprises.
Ce retard constitue évidemment une faiblesse, mais il peut également être considéré comme une réserve potentielle de productivité. Une accélération de l’investissement dans l’automatisation et l’intelligence artificielle pourrait permettre à la France de rattraper une partie de son retard et d’améliorer son efficacité productive.
L’enjeu ne réside pas seulement dans le développement de quelques entreprises spécialisées dans l’IA. La véritable rupture interviendra lorsque ces technologies seront utilisées à grande échelle dans les PME, l’industrie, les services, les administrations ou encore le secteur de la santé. Comme lors des précédentes révolutions technologiques, les effets macroéconomiques dépendent moins de l’invention elle-même que de sa diffusion dans l’ensemble de l’économie.
L’intelligence artificielle, une promesse encore à confirmer
Les attentes placées dans l’intelligence artificielle sont d’autant plus fortes que les contraintes démographiques vont s’accentuer. Les pays vieillissants devront financer davantage de retraites, de soins et de dépenses liées à la dépendance avec une population active qui progresse peu ou diminue.
Dans ces conditions, quelques dixièmes de point supplémentaires de gains de productivité peuvent avoir, sur longue période, des conséquences considérables pour la croissance et les finances publiques.
Il reste cependant impossible de mesurer avec précision l’effet que l’intelligence artificielle aura sur la productivité globale. Son adoption est encore récente et ses effets peuvent mettre plusieurs années à apparaître dans les statistiques. Les précédentes vagues d’innovation ont d’ailleurs montré qu’un décalage important pouvait exister entre l’apparition d’une technologie et sa traduction en gains de productivité.
La démographie impose donc une forme de course contre la montre. Dans les économies vieillissantes, l’augmentation de la productivité n’est plus simplement souhaitable : elle devient une condition du maintien de la croissance et du financement des systèmes sociaux. L’intelligence artificielle et la robotisation peuvent contribuer à relever ce défi, mais elles ne dispenseront ni d’investir, ni de former, ni de mieux organiser le travail. Les prochaines années permettront de savoir si la révolution technologique annoncée sera suffisamment puissante pour contrebalancer, au moins en partie, le choc démographique.
LE CHIFFRE CLÉ
0,8 enfant par femme
C’est le taux de fécondité en Corée du Sud
]]>La préparation du projet de loi de finances et du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 a, une nouvelle fois, replacé les retraites au cœur du débat budgétaire. Comme presque chaque automne depuis 2024, la question de l’indexation des pensions sur l’inflation resurgit. Faut-il maintenir intégralement leur pouvoir d’achat, limiter leur revalorisation, voire demander un effort particulier aux retraités ? À travers ce débat se dessine une interrogation plus large : sommes-nous en train d’installer, en France, une opposition entre les générations ?
Le sujet est d’autant plus sensible que la situation moyenne des retraités s’est considérablement améliorée au cours des dernières décennies. Leur niveau de vie est aujourd’hui voisin de celui de l’ensemble de la population et lui est même légèrement supérieur selon certaines mesures du Conseil d’orientation des retraites. Les retraités détiennent également une part importante du patrimoine des ménages. Rien de très surprenant à cela : le patrimoine est, par définition, le résultat d’une accumulation au fil du temps, issue de l’épargne, du remboursement des emprunts immobiliers et, parfois, des transmissions familiales.
Cette photographie moyenne ne saurait toutefois résumer la réalité des quelque 17 millions de retraités français. Les écarts sont considérables en fonction des carrières professionnelles, du niveau des pensions, de la situation familiale et de la détention ou non d’un logement. Avec une pension moyenne de l’ordre de 1 700 euros par mois, il est difficile de présenter l’ensemble des retraités comme une population privilégiée. Dans une période où les solutions structurelles aux difficultés économiques et budgétaires sont difficiles à mettre en œuvre, la recherche de catégories supposées favorisées peut néanmoins apparaître comme une solution politique commode.
La désindexation, une économie rapide mais non une réforme
La sous-indexation des pensions possède, du point de vue budgétaire, un avantage évident : elle produit des économies rapidement. Le principe consiste à revaloriser les pensions moins vite que les prix, voire à les geler temporairement. Selon l’ampleur de la mesure et les régimes concernés, l’économie peut atteindre plusieurs milliards d’euros, entre 3 et 8 milliards.
L’efficacité comptable est donc incontestable. Son efficacité économique est en revanche beaucoup plus discutable. La désindexation revient à organiser une diminution du pouvoir d’achat des retraités sans agir sur les causes profondes des déséquilibres financiers. Le poids croissant des retraites dans les dépenses publiques est avant tout la conséquence du vieillissement démographique et d’une croissance économique insuffisante. Lorsque le moteur économique fonctionne au ralenti, la progression des dépenses liées à l’âge devient mécaniquement plus difficile à financer.
Le risque est alors de transformer un problème économique en affrontement générationnel.
Les générations du baby-boom sont fréquemment présentées comme ayant bénéficié d’une conjonction exceptionnelle de circonstances favorables : forte croissance, progression des salaires, plein-emploi relatif, accès plus facile à la propriété et montée en puissance des systèmes de retraite. Une partie de ce constat est exacte. Mais il serait réducteur d’en déduire que tous les membres de ces générations ont connu des parcours privilégiés. Les trajectoires professionnelles, familiales et patrimoniales demeurent extrêmement diverses. Surtout, il serait étrange de reprocher rétrospectivement à une génération d’avoir travaillé, produit, épargné et contribué à la richesse nationale dans le cadre des règles qui lui étaient alors proposées.
Un niveau de vie proche de celui de l’ensemble de la population
Les données récentes permettent de mieux cerner la situation. Selon l’INSEE, le niveau de vie médian des retraités s’est établi à 26 830 euros en 2024, soit environ 2 236 euros par mois. Il était ainsi légèrement supérieur au niveau de vie médian de l’ensemble de la population, de 26 740 euros, mais demeurait inférieur à celui des actifs, qui atteignait 29 240 euros. Le niveau de vie médian des retraités représentait donc un peu moins de 92 % de celui des actifs.
L’année 2024 a été favorable aux retraités du fait du calendrier de revalorisation des pensions. Les pensions de base avaient notamment progressé de 5,3 % au 1er janvier, alors que l’inflation ralentissait. En euros constants, le niveau de vie médian des retraités a augmenté de 3,5 % sur l’année, contre 1,8 % pour l’ensemble de la population.
Il convient néanmoins de ne pas confondre niveau de vie et montant de la pension. Le niveau de vie est calculé à partir de l’ensemble des ressources disponibles du ménage, après prélèvements, rapportées au nombre de personnes qui le composent. Or les ménages de retraités sont, en moyenne, de plus petite taille que ceux des actifs et ont rarement des enfants à charge. Cette caractéristique contribue mécaniquement à rapprocher leur niveau de vie de celui du reste de la population.
Le Conseil d’orientation des retraites estimait ainsi qu’en 2023 le niveau de vie moyen des retraités atteignait 2 473 euros par mois et par unité de consommation, contre 2 468 euros pour l’ensemble de la population. Cette quasi-égalité ne signifie pas que les revenus totaux des ménages retraités soient comparables à ceux des ménages actifs. Ceux-ci restent sensiblement plus élevés. C’est notamment la différence de composition des foyers qui réduit l’écart une fois les revenus rapportés au nombre d’unités de consommation.
La diminution de la pauvreté des personnes âgées, un succès collectif
La France se caractérise par une situation relativement favorable de ses personnes âgées par rapport à de nombreux autres pays. Il faut y voir l’un des succès majeurs de la généralisation des régimes de retraite de base et complémentaires.
Il y a quelques décennies encore, la vieillesse était étroitement associée à la pauvreté. En 1975, plus de deux millions de personnes âgées de plus de 65 ans percevaient le minimum vieillesse. Elles étaient un peu plus de 800 000 en 2024, alors même que le nombre de retraités est passé, dans le même temps, d’environ 5 à 17 millions.
La pauvreté s’est donc progressivement déplacée vers d’autres catégories de la population. Ce résultat ne devrait pas être considéré comme une anomalie qu’il conviendrait de corriger mais comme l’un des acquis de notre système social.
En 2024, 10,4 % des retraités vivaient sous le seuil de pauvreté, contre 15,4 % pour l’ensemble de la population. Ce taux a reculé de 0,7 point en un an, notamment grâce aux revalorisations des pensions, du minimum contributif et de l’allocation de solidarité aux personnes âgées. Il rejoint désormais celui observé pour l’ensemble des actifs.
Le patrimoine change la comparaison, sans tout expliquer
Toute analyse de la situation des retraités serait cependant incomplète sans prendre en compte leur patrimoine. Celui-ci progresse naturellement avec l’âge. Les ménages âgés ont disposé de plusieurs décennies pour épargner, acquérir leur résidence principale, rembourser leurs emprunts et, éventuellement, bénéficier d’un héritage.
L’immobilier joue un rôle déterminant dans cette accumulation. En 2024, plus de sept ménages sur dix dont la personne de référence avait au moins 70 ans étaient propriétaires de leur résidence principale, contre moins de six sur dix pour l’ensemble des ménages. Parmi ces propriétaires âgés, seule une faible proportion avait encore un emprunt immobilier à rembourser.
Le fait d’être propriétaire de son logement procure un avantage économique réel. Un ménage qui a terminé de rembourser son crédit ne perçoit certes aucun revenu supplémentaire, mais il n’a plus de loyer à acquitter. Lorsque cet avantage est valorisé statistiquement sous la forme d’un « loyer imputé », la situation relative des retraités apparaît plus favorable encore.
Cette approche ne doit pourtant pas conduire à assimiler patrimoine et revenu disponible. Une maison ou un appartement, aussi bien valorisé soit-il, ne finance pas les dépenses courantes tant qu’il n’est pas vendu ou mobilisé. Un retraité peut disposer d’un patrimoine immobilier significatif tout en percevant une pension modeste. Il continue par ailleurs à supporter des dépenses d’entretien, des travaux, des impôts locaux et, avec l’âge, éventuellement le coût de l’adaptation de son logement.
Il n’existe pas un retraité type
Les moyennes nationales masquent enfin de très fortes disparités. La situation d’un ancien cadre bénéficiant d’une pension confortable et d’un important patrimoine financier n’a guère de rapport avec celle d’un ancien indépendant ayant peu cotisé. De même, un couple cumulant deux pensions et propriétaire de son logement dispose d’une capacité financière très différente de celle d’une personne seule, locataire et titulaire d’une petite retraite.
Les femmes âgées sont particulièrement exposées à certaines fragilités. Le montant de leurs pensions porte encore la trace de carrières plus courtes, de périodes d’interruption liées à l’éducation des enfants et d’écarts salariaux plus importants par le passé. Le décès du conjoint peut également entraîner une baisse sensible du niveau de vie, alors même que nombre de dépenses liées au logement demeurent inchangées.
L’avancée en âge entraîne en outre l’apparition de nouvelles charges. Les dépenses de santé, l’adaptation du domicile, le recours à une aide à domicile ou, à terme, l’hébergement dans un établissement pour personnes dépendantes peuvent représenter des montants considérables. Le patrimoine accumulé durant la vie active sert alors moins à entretenir une consommation confortable qu’à financer les dernières années de vie et, fréquemment, à venir en aide aux enfants ou aux petits-enfants.
La capacité contributive plutôt que l’âge
Dans un pays confronté à un déficit public élevé et au vieillissement de sa population, il n’est évidemment pas illégitime de s’interroger sur la participation des retraités à l’effort de redressement des comptes publics. Compte tenu de leur poids démographique et du montant des dépenses de retraite, les exclure par principe du débat serait difficilement compréhensible.
Mais considérer les retraités comme une catégorie uniforme serait tout aussi contestable.
Une désindexation générale possède l’avantage de la simplicité et du rendement budgétaire immédiat. Elle frappe en revanche de la même manière, en proportion de leur pension, des retraités dont les situations économiques peuvent être très différentes. Une contribution davantage concentrée sur les revenus élevés respecterait mieux le principe de capacité contributive, même si elle serait plus complexe à organiser.
Les retraités bénéficient aujourd’hui, en moyenne, d’un niveau de vie comparable à celui de l’ensemble de la population et disposent d’un patrimoine supérieur. Il faut d’abord y voir le résultat de plusieurs décennies de développement économique, de diffusion de la propriété immobilière et de consolidation du système français de retraite. La forte diminution de la pauvreté des personnes âgées constitue à cet égard une réussite collective.
Ce succès ne transforme pas pour autant les retraités en un bloc de privilégiés.
Entre une personne seule disposant d’une faible pension et un couple cumulant deux retraites confortables, propriétaire de son logement et détenteur d’un patrimoine financier, les capacités contributives sont sans commune mesure. Dans le débat budgétaire, la frontière entre ceux qui peuvent supporter un effort supplémentaire et ceux qui le peuvent difficilement passe donc moins entre les générations qu’à l’intérieur de chacune d’entre elles.
Opposer les jeunes aux retraités serait dès lors une facilité et probablement une erreur. En matière de redistribution, l’âge compte, mais le revenu, le patrimoine réellement mobilisable et la situation familiale comptent davantage. La recherche de l’équité devrait conduire à raisonner en termes de capacité contributive plutôt qu’à transformer les générations en catégories antagonistes.
LE CHIFFRE CLÉ
10,4 % : Part des retraités vivant sous le seuil de pauvreté en 2024, contre 15,4 % pour l’ensemble de la population.
Les ménages français n’ont pas perdu leur goût pour l’épargne en ce début d’année 2026. Selon la Banque de France, ils ont même légèrement accru l’effort consenti sur leurs revenus. En revanche, leurs choix de placement évoluent : les livrets réglementés perdent du terrain tandis que l’assurance-vie, l’épargne retraite et les supports investis en actions bénéficient d’un regain d’intérêt.
Au premier trimestre 2026, le taux d’épargne des ménages s’est établi à 17,4 % du revenu disponible brut, contre 17,2 % au cours des deux trimestres précédents. Plus d’un euro sur six perçu par les ménages est ainsi épargné. Le taux d’épargne financière, correspondant à la part de l’épargne qui n’est notamment pas consacrée à l’investissement immobilier, est passé de 9,1 % à la fin de 2025 à 9,5 % au premier trimestre. Il demeure à un niveau historiquement élevé.
En valeur, l’épargne brute a atteint 86 milliards d’euros sur les trois premiers mois de l’année, après 84,6 milliards au quatrième trimestre 2025. La persistance d’un tel effort témoigne à la fois de la capacité d’épargne des ménages français et de leur prudence. Les incertitudes économiques, géopolitiques et budgétaires entretiennent le besoin de conserver une réserve financière importante.
La France se distingue toujours nettement de ses partenaires européens. Au premier trimestre, le taux d’épargne moyen de la zone euro s’élevait à 14,3 %, soit 3,1 points de moins qu’en France. L’écart est encore plus important pour l’épargne financière : 9,5 % du revenu disponible en France, contre 5,8 % en moyenne dans la zone euro. Cette abondance d’épargne représente potentiellement une ressource importante pour le financement de l’économie, à condition qu’elle puisse être orientée vers des placements de long terme et vers les entreprises.
À cette forte propension à l’épargne répond une faible appétence pour l’endettement. Les nouveaux engagements financiers des ménages n’ont représenté que 2,9 milliards d’euros au premier trimestre, après 3,5 milliards au trimestre précédent. Ils restent très en deçà de la moyenne trimestrielle enregistrée depuis 2013, hors période de crise sanitaire, qui s’élève à 10,9 milliards d’euros.
Le marché immobilier demeure l’une des principales explications de cette faiblesse. Le nombre de transactions reste inférieur à ses précédents sommets et le niveau des taux d’intérêt continue de limiter la demande de crédit.
L’investissement des ménages, composé essentiellement des achats de logements neufs et des travaux importants, s’est élevé à 39,2 milliards d’euros au premier trimestre, contre 39,7 milliards à la fin de 2025.
En revanche, les placements financiers ont retrouvé de la vigueur. Les flux vers les principaux produits financiers sont passés de 26,1 milliards d’euros au quatrième trimestre 2025 à 32 milliards au premier trimestre 2026. Sur quatre trimestres glissants, ils approchent désormais 130 milliards d’euros.
Au-delà du montant de l’épargne, le changement le plus significatif concerne sa composition.
Les placements en produits de taux n’ont recueilli que 10,3 milliards d’euros au premier trimestre, contre 17,1 milliards au trimestre précédent. À l’inverse, les flux orientés vers les fonds propres ont atteint 18,2 milliards d’euros, soit plus de trois fois leur niveau du quatrième trimestre 2025.
Ce mouvement s’explique notamment par le reflux de l’épargne réglementée. Entre 2022 et 2024, le Livret A et le Livret de développement durable et solidaire (LDDS) avaient bénéficié de la remontée rapide de leur rémunération et avaient capté une part considérable de l’épargne financière des Français. La baisse de leurs taux a depuis réduit leur avantage relatif.
Au premier trimestre 2026, l’épargne réglementée a ainsi enregistré 10,4 milliards d’euros de retraits nets. Sur quatre trimestres, la décollecte atteint 16,1 milliards d’euros. Il ne s’agit pas nécessairement d’une diminution de l’épargne des ménages, mais davantage d’un déplacement de celle-ci vers d’autres supports.
L’assurance-vie et l’épargne retraite figurent parmi les principaux bénéficiaires de cette réallocation.
Les fonds en euros et les produits de retraite à capital garanti ont enregistré une collecte nette de 13,4 milliards d’euros au premier trimestre, après 12,2 milliards au quatrième trimestre 2025. Les unités de compte ont, de leur côté, recueilli 11,3 milliards d’euros, contre 8,1 milliards trois mois auparavant.
Les premières données disponibles pour le deuxième trimestre prolongent cette tendance, avec respectivement 11,1 milliards d’euros de flux vers les supports garantis et 13 milliards vers les unités de compte.
À la fin du premier trimestre, l’encours des fonds en euros et des droits à pension atteignait 1 572,7 milliards d’euros. Celui des unités de compte représentait 602,9 milliards d’euros.
L’assurance-vie conforte ainsi son rôle de principal réceptacle de l’épargne financière longue des ménages. Elle profite à la fois du rétablissement de la compétitivité des fonds en euros, grâce à l’amélioration de leurs rendements, et de la recherche de diversification des épargnants.
Les ménages ont également accru leur exposition aux actions. Après 3 milliards d’euros de ventes nettes au quatrième trimestre 2025, les actions cotées ont bénéficié de 2,5 milliards d’euros d’achats nets au premier trimestre 2026. Les actions non cotées et autres participations ont, pour leur part, recueilli 3,7 milliards d’euros, après une décollecte de 700 millions d’euros au trimestre précédent.
Cette réorientation vers les fonds propres constitue une évolution favorable pour le financement des entreprises. Elle reste néanmoins en partie indirecte, une proportion importante des investissements en actions étant réalisée à travers des contrats d’assurance-vie, des produits d’épargne retraite ou des organismes de placement collectif.
À la fin du mois de mars, le patrimoine financier des ménages français atteignait 6 590,5 milliards d’euros. Il était légèrement inférieur à son niveau de décembre en raison du recul des marchés boursiers intervenu en début d’année, mouvement qui a depuis été en partie corrigé.
En 2025, ce patrimoine avait progressé de 175,2 milliards d’euros. Cette augmentation provenait pour 128,4 milliards de nouveaux placements et pour 46,8 milliards d’effets de valorisation positifs.
Les fluctuations du début de 2026 rappellent que l’évolution des encours investis en actions ne dépend pas uniquement des nouveaux versements. Malgré des flux positifs, la valeur des placements en fonds propres est ainsi passée de 2 576 milliards d’euros à la fin de 2025 à 2 511,6 milliards à la fin du premier trimestre, sous l’effet de la baisse des marchés.
Les placements de taux demeurent néanmoins largement dominants. Fin mars, ils représentaient 3 922,3 milliards d’euros, soit environ 60 % du patrimoine financier recensé par la Banque de France, contre un peu plus de 38 % pour les produits de fonds propres.
La transformation de l’épargne française est donc engagée mais reste graduelle. Les ménages demeurent attachés à la sécurité et à la liquidité. Ils acceptent cependant davantage de diversification dès lors que la rémunération des placements sans risque diminue.
Le début de l’année 2026 ne marque donc pas la fin de l’épargne de précaution, bien au contraire. Les Français continuent à épargner sensiblement plus que la moyenne européenne. Le changement réside ailleurs : une partie des sommes accumulées quitte progressivement les livrets pour rejoindre l’assurance-vie, l’épargne retraite et, directement ou indirectement, les fonds propres. Pour l’économie française, l’enjeu n’est désormais plus seulement de disposer d’une épargne abondante, mais de parvenir à mieux la mobiliser au service de l’investissement de long terme.
LE CHIFFRE CLÉ
17,4 % : Part du revenu disponible brut épargnée par les ménages français au premier trimestre 2026, contre 14,3 % en moyenne dans la zone euro.
Après plusieurs mois de baisse, le bitcoin retrouve brusquement des couleurs. En cette seconde partie du mois d’août la première des cryptomonnaies a gagné plus de 10 %, franchissant à nouveau la barre des 70 000 dollars et retrouvant ses niveaux du début du mois de juin. Jeudi 20 août, il évoluait au-dessus de 72 000 dollars. Lors de la troisième semaine d’août, il a gagné près de 17 %. L’Ether et les valeurs cotées liées aux actifs numériques ont accompagné le mouvement. Coinbase, Strategy ou encore Circle ont enregistré de fortes hausses à Wall Street.
Le cours du bitcoin est orienté à la hausse par la combinaison de trois facteurs : la perspective d’une réglementation américaine plus favorable aux actifs numériques, la détente momentanée des taux obligataires, après intervention de la Réserve fédérale, et un puissant mouvement de rachats de positions vendeuses. Le mouvement intervient après une année particulièrement agitée pour les cryptomonnaies. L’élection de Donald Trump, en novembre 2024, avait été accueillie avec enthousiasme par les investisseurs. Le candidat républicain avait promis de faire des États-Unis la première puissance mondiale dans le domaine des actifs numériques et de rompre avec l’approche plus restrictive de l’administration précédente. Cette anticipation avait contribué à propulser le bitcoin jusqu’à un record supérieur à 126 000 dollars en octobre 2025. La correction qui a suivi a été importante. À la fin du mois de juin 2026, le bitcoin avait abandonné plus de la moitié de sa valeur par rapport à son sommet. Malgré son rebond d’août, il reste ainsi très éloigné de son record historique et affiche toujours un recul sensible depuis le début de l’année.
Son cours dépend toujours des flux financiers, du niveau des taux d’intérêt et de l’appétit des investisseurs pour le risque. Il est devenu en outre dépendant des annonces du Président américain.
Mercredi 19 août, Donald Trump a réuni à la Maison-Blanche plusieurs responsables du secteur, parmi lesquels des dirigeants de Coinbase, Robinhood, Kraken et ICE, la maison mère du New York Stock Exchange, ainsi que les responsables des deux grands régulateurs financiers américains, la SEC et la CFTC. À cette occasion, le Président américain a demandé au Congrès d’avancer sur le « Clarity Act », texte qui doit clarifier la répartition des compétences entre ces deux autorités.
Depuis plusieurs années, l’industrie américaine des cryptomonnaies réclame de savoir dans quelles circonstances un actif numérique doit être assimilé à un titre financier, relevant principalement de la SEC, ou à une matière première, placée davantage sous l’autorité de la CFTC. Le Clarity Act vise précisément à réduire cette zone grise juridique. Le texte a été adopté par la Chambre des représentants en juillet 2025 par 294 voix contre 134, amis depuis, son parcours est bloqué au Sénat.
L’administration de Donald Trump entend créer un cadre permettant aux banques, aux gestionnaires d’actifs et aux entreprises technologiques américaines de développer des produits reposant sur la blockchain et la tokenisation. La SEC s’inscrit déjà dans cette évolution. Son président, Paul Atkins, a inscrit dans le programme réglementaire de 2026 la volonté de faciliter les levées de capitaux utilisant des cryptoactifs et de clarifier les règles applicables à leur conservation et aux titres financiers tokenisés.
Donald Trump souhaite également aller plus loin en faisant du bitcoin un actif stratégique pour les États-Unis. Dès mars 2025, il avait créé par décret une « Strategic Bitcoin Reserve ». Celle-ci est notamment alimentée par les bitcoins saisis par les autorités fédérales dans le cadre de procédures judiciaires. Le décret prévoit également que les ministères du Trésor et du Commerce puissent élaborer des stratégies permettant d’acquérir des bitcoins supplémentaires, à condition que ces opérations soient neutres pour le budget fédéral et n’entraînent pas de coût supplémentaire pour le contribuable. La perspective de nouveaux achats publics est évidemment appréciée par le marché. Elle introduirait un acteur supplémentaire du côté de la demande dans un univers où le nombre total de bitcoins est plafonné à 21 millions.
Elle est également symbolique. Pendant longtemps, les cryptomonnaies se sont développées dans une logique de défiance vis-à-vis des États et des banques centrales. Vingt ans après la crise financière, le bitcoin pourrait paradoxalement devenir un actif détenu par l’État fédéral américain. L’institutionnalisation serait alors presque complète. Les annonces de Donald Trump que n’expliquent qu’une partie du mouvement observé cette semaine. Le bitcoin reste un actif très sensible aux conditions monétaires et financières internationales. Or, presque simultanément aux déclarations de Donald Trump, le Trésor américain a annoncé une augmentation de ses rachats d’obligations de long terme. Cette décision a momentanément détendu les rendements obligataires américains et favorisé les actifs risqués. Le lien peut sembler paradoxal pour un actif parfois présenté comme une alternative aux monnaies traditionnelles. Dans les faits, depuis plusieurs années, le bitcoin se comporte fréquemment comme un actif financier à duration élevée. Il profite de la baisse des taux réels, de l’abondance de liquidités et de la faiblesse du dollar, et souffre lorsque les rendements obligataires augmentent fortement. Son intégration croissante à la finance traditionnelle a même tendance à renforcer cette relation.
Enfin, de nombreux investisseurs avaient parié sur une poursuite de la baisse du bitcoin. La brusque remontée des cours les a contraints à fermer leurs positions. Or, pour déboucler une position vendeuse, il faut racheter l’actif qui avait été vendu. Le mécanisme a créé un classique « short squeeze » : la hausse provoque des rachats forcés qui alimentent eux-mêmes la hausse. Environ 2,7 milliards de dollars de positions vendeuses auraient ainsi été liquidés sur l’ensemble du marché des cryptomonnaies en l’espace d’une journée. Cette donnée invite également à ne pas extrapoler trop rapidement le mouvement. Une fois les positions vendeuses liquidées, le marché doit trouver de nouveaux acheteurs pour prolonger son ascension.
Le véritable enseignement de cet épisode dépasse donc le passage du bitcoin de 60 000 à plus de 70 000 dollars. Depuis quinze ans, les cryptomonnaies oscillent entre deux mondes. Elles sont nées avec l’ambition de créer un système financier échappant aux banques, aux banques centrales et aux États. Elles dépendent aujourd’hui de plus en plus des décisions du Trésor américain, de la réglementation de la SEC, des ETF proposés par les grands gestionnaires d’actifs et, désormais, des choix stratégiques de la Maison-Blanche. Cette évolution pourrait réduire à terme certains des risques réglementaires qui ont longtemps pesé sur le secteur. Elle ne fera pas disparaître pour autant sa volatilité. Le bitcoin demeure un actif dépourvu de flux de revenus permettant d’établir une valorisation fondamentale comparable à celle d’une action ou d’une obligation. Son cours reste donc largement déterminé par les anticipations de demande. Le rebond du mois d’août traduit ainsi moins le début assuré d’un nouveau cycle haussier que le changement de nature du marché des cryptomonnaies. Après l’époque des pionniers et celle de la spéculation effrénée, s’ouvre celle de l’institutionnalisation. Les États-Unis ont clairement décidé d’en être un des principaux acteurs. Reste à savoir si cette normalisation réduira la volatilité du bitcoin ou si elle permettra simplement à ses traditionnels mouvements de balancier de s’exercer sur un marché devenu beaucoup plus important.
LE CHIFFRE CLÉ
21 millions : nombre maximal de bitcoins pouvant être mis en circulation ; environ 20,08 millions existaient au 31 août 2026.
Le Plan d’épargne en actions a été créé en 1992 afin de favoriser la détention d’actions françaises par les ménages. Il a ensuite été ouvert aux actions européennes. Avec le développement de la gestion indicielle et des techniques financières, son utilisation a progressivement évolué. Les titulaires d’un PEA peuvent aujourd’hui, par l’intermédiaire de certains fonds indiciels cotés, les ETF, bénéficier de la performance de marchés non européens tout en conservant les avantages fiscaux attachés à leur plan.
Cette possibilité a été menacée durant quelques semaines au cours de l’été 2026. La Direction générale du Trésor avait engagé une réflexion visant à modifier les règles d’éligibilité des fonds utilisant des contrats d’échange de performance, les swaps, pour reproduire des indices extra-européens. Une mesure aurait pu être introduite dans le projet de loi de finances pour 2027.
Le gouvernement a finalement décidé de ne pas donner suite à ce projet. Le 26 août 2026, David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics, a indiqué que le gouvernement ne proposerait pas d’exclure les ETF swappés du PEA et qu’il ne modifierait pas leurs conditions d’éligibilité. Les détenteurs de PEA pourront donc continuer, dans les conditions actuelles, à investir dans des ETF synthétiques répliquant notamment des indices américains ou mondiaux.
Cette décision met fin, au moins pour le projet de loi de finances pour 2027, aux interrogations concernant les fonds déjà détenus. Il n’est plus question d’imposer leur cession, de prévoir une période transitoire ou d’instituer une « clause de grand-père » pour préserver les droits des épargnants déjà investis. Les règles existantes continuent de s’appliquer.
Le débat intervient alors que les ETF connaissent un essor rapide auprès des particuliers. Selon l’Autorité des marchés financiers, plus de 1,1 million de Français ont effectué au moins une opération sur un ETF en 2025, soit une progression de 83 % en un an. Ils n’étaient que 607 000 en 2024 et 223 000 en 2020.
Le nombre de transactions réalisées par des particuliers français sur ces produits a plus que doublé en un an, passant de 6 millions en 2024 à 14,4 millions en 2025.
Le succès des ETF repose sur plusieurs caractéristiques : simplicité d’utilisation, frais généralement réduits, liquidité et possibilité d’accéder, avec un seul produit, à plusieurs centaines voire plusieurs milliers d’entreprises. Les indices mondiaux et américains figurent parmi ceux qui attirent le plus les épargnants.
Or le PEA n’a pas été conçu, à l’origine, pour offrir une exposition à Wall Street ou aux marchés asiatiques. Il bénéficie d’un régime fiscal avantageux précisément parce qu’il est censé favoriser l’investissement en actions européennes.
L’accès aux marchés extra-européens par l’intermédiaire du PEA repose sur une distinction entre les actifs effectivement détenus par le fonds et la performance financière qu’il délivre.
Pour être éligible au PEA, un placement collectif doit respecter les conditions prévues par la réglementation et notamment investir au moins 75 % de ses actifs dans des titres répondant aux critères du plan.
Un ETF à réplication physique du S&P 500 qui achète directement des actions Apple, Microsoft, Amazon ou Nvidia ne peut donc pas, en principe, respecter cette règle.
Les ETF synthétiques fonctionnent différemment. Ils peuvent détenir un portefeuille composé de titres européens éligibles au PEA et conclure parallèlement avec un établissement financier un contrat d’échange de performances, ou « swap ».
Grâce à ce contrat, le fonds échange la performance de son portefeuille contre celle d’un indice de référence. Il peut ainsi détenir juridiquement des actifs européens tout en délivrant économiquement à l’investisseur la performance du S&P 500, du Nasdaq ou du MSCI World.
Le cadre juridique du PEA reste donc respecté, même si l’exposition économique de l’épargnant est largement internationale.
Le fonds iShares MSCI World Swap PEA de BlackRock illustre ce mécanisme. Domicilié en Irlande et éligible au PEA, il recourt à une réplication synthétique pour suivre le MSCI World. Sa domiciliation et la composition du portefeuille permettant son éligibilité au PEA ne signifient donc pas que sa performance repose uniquement sur des entreprises européennes.
Cette situation est depuis plusieurs années contestée par ceux qui considèrent que l’avantage fiscal du PEA doit être réservé au financement des entreprises françaises et européennes.
Le 14 mai 2026, le sénateur Hervé Maurey avait ainsi interrogé le gouvernement sur la possibilité d’utiliser le PEA pour bénéficier de la performance d’indices comme le Dow Jones, le S&P 500 ou le MSCI World. Il mettait en avant la finalité de la dépense fiscale : favoriser le financement de l’économie nationale et européenne.
À la fin du mois de juillet, une note commune de plusieurs organisations professionnelles faisait état d’une réflexion de la Direction générale du Trésor tendant à mettre fin à l’éligibilité de certains fonds utilisant des swaps pour procurer une exposition à des marchés extra-européens.
Cette perspective avait suscité de nombreuses réactions. Le 25 août, le député Corentin Le Fur avait à son tour interrogé le gouvernement sur ses intentions, en soulignant que, dans le droit en vigueur, les ETF synthétiques peuvent être éligibles au PEA tout en reproduisant la performance d’indices comprenant des entreprises situées hors de l’Espace économique européen.
L’annonce du 26 août tranche désormais le débat : le gouvernement ne souhaite pas remettre en cause cette possibilité.
Pour les épargnants, le maintien des règles actuelles évite une réduction importante des possibilités de diversification offertes par le PEA.
Les ETF mondiaux permettent en effet d’accéder avec une seule ligne à plusieurs centaines ou plusieurs milliers d’entreprises. Les fonds répliquant le S&P 500 donnent accès aux principales capitalisations américaines et ceux suivant le Nasdaq offrent une exposition importante aux entreprises technologiques.
Une exclusion aurait conduit de nombreux épargnants souhaitant conserver une diversification internationale à utiliser davantage le compte-titres ordinaire ou d’autres enveloppes d’épargne. Elle n’aurait donc pas nécessairement entraîné un transfert équivalent de capitaux vers les entreprises européennes.
Le gouvernement semble avoir privilégié la stabilité des règles et la liberté de diversification des épargnants. Modifier brutalement l’éligibilité de produits largement diffusés aurait également obligé les banques, les courtiers et les sociétés de gestion à adapter leurs systèmes et à informer plusieurs centaines de milliers de clients.
La progression rapide des ETF auprès des jeunes investisseurs a probablement également pesé dans le débat. En cinq ans, le nombre de particuliers français utilisant ces produits a quasiment été multiplié par cinq.
L’abandon du projet ne fait toutefois pas disparaître la question de fond.
Le PEA reste un dispositif fiscal destiné à favoriser le financement des entreprises européennes. Or un épargnant peut aujourd’hui bénéficier de cet avantage fiscal tout en recherchant principalement la performance des entreprises américaines ou mondiales.
Cette situation résulte de la différence entre la localisation des actifs juridiquement détenus par un fonds et son exposition économique finale. Elle est parfaitement compatible avec les règles actuelles mais peut apparaître éloignée de l’objectif initial du dispositif.
Le gouvernement a choisi de ne pas résoudre cette contradiction par une restriction des ETF synthétiques. Ce choix peut aussi se comprendre par la volonté de ne pas opposer deux objectifs de politique économique : orienter davantage l’épargne des ménages vers les entreprises européennes et permettre aux Français de diversifier efficacement leur épargne à long terme.
Le véritable enjeu est peut-être ailleurs. Plutôt que d’empêcher les épargnants d’investir dans les entreprises américaines, les pouvoirs publics doivent rendre les entreprises et les marchés financiers européens suffisamment attractifs pour que les ménages aient spontanément intérêt à y consacrer une part plus importante de leur patrimoine.
Le débat de l’été 2026 aura ainsi eu le mérite de mettre en évidence les deux visages du PEA. Il demeure un outil de financement de l’économie européenne, mais il est devenu également, grâce aux ETF synthétiques, une enveloppe de diversification mondiale. Pour le moment, le gouvernement a décidé de préserver les deux.
Le 31 août dernier, nous avons appris avec tristesse le décès d’Édouard Balladur. Je voudrais ici rendre hommage non seulement à l’ancien Premier ministre, mais aussi à l’homme que j’ai personnellement connu et avec lequel j’ai eu l’occasion d’échanger à de nombreuses reprises.
Édouard Balladur avait une qualité rare en politique, il savait regarder au-delà de l’échéance suivante. Sur les retraites comme sur le financement de l’économie, il avait compris très tôt que les évolutions démographiques imposeraient de faire évoluer notre modèle. Ministre de l’Économie et des Finances entre 1986 et 1988, il fut ainsi à l’origine des premiers plans d’épargne en vue de la retraite, créés par la loi du 17 juin 1987 et ouverts à compter du 1er janvier 1988.
Il ne s’agissait évidemment pas de remettre en cause la retraite par répartition. L’idée était, au contraire, de la consolider en permettant aux Français de se constituer progressivement un complément de retraite par capitalisation. Cette première tentative fut rapidement interrompue après l’alternance de 1988. À compter du 1er janvier 1990, il ne fut plus possible d’ouvrir de nouveaux plans ni d’effectuer de nouveaux versements. Quelques années plus tard, lorsque Édouard Balladur devint Premier ministre, nous avons naturellement reparlé de cette question. Il m’encouragea à avancer sur le sujet. Alors député des Vosges, je déposai en novembre 1993 une proposition de loi visant à créer un véritable étage supplémentaire de retraite par capitalisation, organisé à la fois dans un cadre individuel et collectif.
Je garde le souvenir d’un Premier ministre qui connaissait parfaitement les enjeux du dossier et qui savait combien le temps joue un rôle essentiel en matière d’épargne retraite. Il était pleinement conscient de la nécessité de renforcer les fonds propres de nos entreprises et de renforcer notre marché financier. Après plusieurs années de travaux, d’auditions, de discussions et de débats, la loi créant les plans d’épargne retraite fut définitivement adoptée, grâce au soutien d’Alain Juppé, alors Premier Ministre, le 20 février 1997 et promulguée le 25 mars. Cette loi allait beaucoup plus loin que la simple création d’un nouveau produit d’épargne. Nous voulions créer de véritables fonds de pension français, adaptés à notre modèle social avec la participation des partenaires sociaux et des adhérents. Par ailleurs, les sommes collectées devaient être gérées par des fonds d’épargne retraite spécifiques, soumis à des règles prudentielles et placés sous le contrôle de comités de surveillance. La loi permettait d’investir largement dans les actions et dans les fonds propres des entreprises. Ces derniers avaient également l’obligation d’exercer leurs droits de vote dans l’intérêt de leurs adhérents.
Notre objectif était double : permettre aux salariés de se constituer, durant toute leur vie professionnelle, un véritable complément de retraite et faire émerger en France des investisseurs institutionnels de long terme capables de financer nos entreprises. Malheureusement, cette loi n’eut jamais réellement la possibilité de vivre. Après l’alternance de juin 1997, le gouvernement de Lionel Jospin choisit de ne pas prendre les textes nécessaires à sa mise en œuvre. Elle fut finalement abrogée en janvier 2002.
Cette histoire laisse un sentiment de gâchis. Entre les premières initiatives d’Édouard Balladur en 1987 et aujourd’hui, près de quarante années se sont écoulées. En matière de capitalisation, quarante ans représentent presque deux générations d’épargnants. Si la France avait conservé le cap engagé à la fin des années 1980 et dans les années 1990, les fonds d’épargne retraite auraient pu, selon mes estimations, disposer aujourd’hui d’un encours de l’ordre de 1 000 milliards d’euros, soit près du tiers du PIB. La France disposerait alors de puissants investisseurs de long terme capables d’accompagner ses entreprises, son innovation, ses infrastructures et sa transition énergétique. Une part beaucoup plus importante de l’épargne des Français contribuerait directement au financement de l’économie française et européenne.
Nos partenaires qui ont fait le choix de la capitalisation disposent aujourd’hui de ces masses financières. Nous, nous débattons encore de la nécessité de mieux orienter l’épargne vers le financement productif.
Il ne sert néanmoins à rien de pleurer sur le lait renversé. Le meilleur hommage que nous puissions rendre aujourd’hui à Édouard Balladur est peut-être de reprendre le travail là où nous l’avons laissé. La France a toujours besoin d’un véritable système de fonds de pension, complémentaire de la répartition, ouverts au plus grand nombre, organisés dans la durée, associant les partenaires sociaux et les épargnants, et investis dans le financement de notre économie. Édouard Balladur l’avait compris il y a près de quarante ans. Il serait temps, enfin, d’en tirer toutes les conséquences.
LE CHIFFRE CLÉ
1 000 milliards d’euros : encours qu’auraient pu atteindre aujourd’hui les fonds d’épargne retraite français si un véritable système de capitalisation avait été développé et maintenu depuis la fin des années 1980.
L’épargne salariale représente 230 milliards d’euros d’encours en 2025 et 13 millions de salariés bénéficiaires. Elle a pour objectif d’associer le salarié à la performance de l’entreprise et de l’inscrire dans une logique d’épargne de long terme, permettant ainsi le financement des entreprises. Régulièrement, les pouvoirs publics mettent en place des déblocages exceptionnels afin de relancer la consommation. Les dernières expériences en la matière ont été décevantes, ce qui n’empêche pas qu’une nouvelle proposition de loi soit en cours de discussion.
Les sommes issues de l’intéressement, de la participation, des primes de partage de la valeur et des abondements, versées sur un Plan d’Épargne Entreprise (PEE), sont en principe bloquées pendant cinq ans.
Le législateur a néanmoins prévu des cas de déblocage anticipé permettant aux salariés de récupérer leur épargne sans pénalité fiscale. Initialement, ces sorties anticipées concernaient des événements de la vie (décès, invalidité, perte d’emploi, mariage, divorce, création ou reprise d’entreprise, surendettement). Elles ont été étendues à l’acquisition ou à la rénovation de la résidence principale, à l’achat d’un véhicule propre ou à l’activité de proche aidant.
Par ailleurs, les pouvoirs publics instituent régulièrement des périodes de déblocage exceptionnel. Celles-ci sont généralement liées à des difficultés de pouvoir d’achat provoquées par la survenue d’une crise ou d’un choc (crise financière, Covid, guerre en Ukraine, etc.).
Depuis le début du siècle, quatre déblocages exceptionnels ont été opérés, avec des résultats toujours plus faibles :
Ces déblocages ne servent que marginalement la consommation. En 2004, à peine 1,5 milliard d’euros, soit environ 20 %, a été effectivement consommé. Le reste a été réalloué vers d’autres formes d’épargne ou conservé sous forme de liquidités. Ce constat n’a jamais été démenti depuis. Pour les derniers cas de déblocage, les pouvoirs publics les ont conditionnés à la présentation de preuves d’achat, mais cela n’empêche pas les ménages d’accroître leur effort d’épargne par ailleurs. Les déblocages génèrent avant tout des effets d’aubaine. Les ménages qui débloquent leur épargne salariale avaient l’intention d’acheter, avec ou sans ce dispositif.
En 2008, 1,6 million de salariés avaient utilisé le dispositif de déblocage exceptionnel, contre 471 000 en 2013 et 309 000 en 2022. Malgré un contexte d’inflation élevée, les montants débloqués en 2022 sont restés marginaux au regard des masses en jeu : 1,3 milliard d’euros, à comparer à plus de 26 milliards de flux annuels et à plus de 100 milliards d’encours.
Le déblocage exceptionnel ne crée pas de pouvoir d’achat. Il modifie le calendrier d’utilisation d’une épargne existante. S’il autorise une consommation anticipée – souvent partielle – ou un simple déplacement d’actifs, il ne génère pas une consommation nouvelle. L’effet macroéconomique est, dès lors, mécaniquement limité.
Pour éviter la réallocation vers d’autres produits d’épargne, la loi de 2022 avait prévu, jusqu’au 31 décembre 2022, un déblocage exceptionnel dans la limite de 10 000 euros pour les sommes issues de la participation et de l’intéressement affectées au PEE, à condition de financer des biens ou des services et d’en conserver les justificatifs. Le dispositif excluait les produits de retraite collective (Perco, PER d’entreprise collectif), les fonds solidaires et certaines formes d’actionnariat salarié.
La proposition de loi en discussion au printemps 2026 prolonge cette logique tout en en modifiant le calibrage. Elle prévoit un déblocage exceptionnel sur une durée d’un an, dans la limite de 5 000 euros, sans condition de ressources, portant sur les droits de participation et d’intéressement placés sur des plans d’épargne salariale, à l’exclusion des dispositifs de retraite et de certains supports spécifiques. Les sommes devraient, comme en 2022, financer des biens ou des services, avec obligation de justification.
Les salariés disposant d’une épargne salariale significative appartiennent majoritairement aux catégories les mieux insérées sur le marché du travail. Pour l’essentiel, ce sont des salariés travaillant dans de grandes entreprises et percevant des rémunérations supérieures à la moyenne. Leur propension à augmenter leur consommation est faible. Les salariés des TPE, les plus modestes, ne sont pas, en règle générale, couverts. Or, ce sont ces derniers qui sont le plus confrontés aux problèmes de pouvoir d’achat.
Les pouvoirs publics demandent aux Français d’épargner davantage sur le long terme et de contribuer au financement des entreprises. Ils les encouragent notamment à financer le secteur de la défense. Or, dans le même temps, ils prennent des mesures visant à débloquer le produit d’épargne le plus investi dans le financement des entreprises.
Si les salariés débloquent de moins en moins leur épargne salariale, c’est qu’ils considèrent majoritairement ce placement comme intéressant. Dans les faits, ils ont raison.
De 2010 à 2024, la performance totale nette de frais de gestion de la gestion pilotée de l’épargne salariale, selon les profils de risque, varie de +38,4 % pour un profil prudent à +111,2 % pour un profil dynamique. La performance annualisée est de +2,2 % pour le profil prudent sur 15 ans (+1,6 % sur 10 ans et +1,2 % sur 5 ans). Elle est de +3,7 % pour le profil équilibré sur 15 ans (+3,2 % sur 10 ans et +2,5 % sur 5 ans). Elle est de +5,1 % pour le profil dynamique sur 15 ans (+4,7 % sur 10 ans et +3,8 % sur 5 ans).
Par ailleurs, la première motivation pour placer son argent dans un PEE ou un PERCO PERCOL est la préparation de la retraite. De ce fait, il n’est pas surprenant que la grande majorité des salariés ne souhaitent pas puiser dans leur épargne salariale de manière anticipée.
62 % des flux bruts de l’épargne salariale au premier semestre 2025 ont été placés en fonds actions et en fonds diversifiés. Dans les dispositifs d’épargne retraite collective des entreprises (PERCOL et PERCO), les fonds actions et diversifiés représentent plus de 63 % des actifs gérés. Les encours en actionnariat salarié s’élèvent à 80,4 milliards d’euros (+15,2 % par rapport à juin 2024).
Selon l’Association française de la gestion (AFG), au sein de l’épargne salariale, 108 fonds labellisés ISR sont distribués, représentant 23,8 milliards d’euros d’encours, soit 10 % de l’ensemble.
Le paradoxe est complet. En cherchant à mobiliser une épargne abondante pour soutenir la consommation, les pouvoirs publics contribuent à altérer la nature de l’épargne salariale sans obtenir, en retour, un effet macroéconomique significatif. Le déblocage exceptionnel apparaît ainsi pour ce qu’il est : un instrument d’affichage.
]]>L’épargne salariale et l’épargne retraite d’entreprise sont devenues des composantes importantes du patrimoine financier des ménages. À la fin de 2025, leurs encours atteignaient, selon l’Association française de gestion 229,4 milliards d’euros, en hausse de 14,7 % en un an. Les plans d’épargne entreprise représentaient 191 milliards d’euros et les dispositifs collectifs d’épargne retraite 39 milliards d’euros.
La progression ne résulte pas du seul effet de la hausse des marchés financiers. Depuis 2008, les encours ont été multipliés par 3,2, avec une croissance annuelle moyenne de 7,1 %. L’allocation des actifs s’est parallèlement modifiée au profit des placements de long terme. Parmi les fonds diversifiés, la part des fonds monétaires est ainsi passée de 21 % en 2013 à 15 % en 2025 tandis que celle des fonds actions augmentait de 10 à 17 %.
442 000 entreprises proposaient, à la fin de 2025, un PEE et/ou un dispositif d’épargne retraite. 403 000 disposaient d’un PEE et 262 000 d’un dispositif collectif d’épargne retraite. L’épargne salariale concernait 13,2 millions de comptes, soit 402 000 supplémentaires en un an. Environ un salarié du privé sur deux dispose d’un produit d’épargne salariale. Dans les PME de moins de 10 salariés, seulement 20 % sont couverts, contre 61 % pour ceux travaillant dans des entreprises de plus de 10 salariés.
Le projet actuellement étudié répond avant tout à une préoccupation budgétaire. La Sécurité sociale étant confrontée à des déficits importants, l’exécutif souhaite réduire certaines « niches sociales ». L’épargne salariale bénéficie aujourd’hui d’un régime social plus favorable que le salaire classique, même si les salariés acquittent déjà la CSG et la CRDS dès le premier euro, les employeurs étant soumis au forfait social.
Parmi les pistes évoquées figure le maintien d’une exonération de cotisations sociales jusqu’à 3 000 euros par an et leur assujettissement au-delà. Le seuil serait apprécié séparément pour l’intéressement, la participation et l’abondement.
La deuxième solution serait la création d’une contribution d’assurance maladie, supportée à la fois par l’employeur et par le salarié sur les sommes supérieures à 3 000 euros. Pour les entreprises concernées, cette nouvelle contribution se substituerait au forfait social déjà acquitté au-delà de ce niveau. Dans les deux hypothèses, la CSG et la CRDS continueraient à être prélevées dès le premier euro.
L’exécutif considère que certaines entreprises peuvent privilégier l’intéressement, la participation ou l’abondement plutôt que des augmentations de salaire, ce qui réduit les recettes de cotisations. Il souligne également que les salariés des grandes entreprises et les salariés disposant des rémunérations les plus élevées sont davantage bénéficiaires de ces dispositifs. Cela est exact mais c’est au nom de la diffusion de l’épargne salariale que ces exonérations ont été instituées. En changeant de cap, le gouvernement risque de freiner la diffusion de l’épargne salariale et de rendre ce système encore plus complexe. Par ailleurs, l’épargne salariale constitue un vecteur important de partage de la valeur et donc d’accès des salariés aux bénéfices de leur entreprise. Les produits d’épargne salariale ont été conçus pour associer les salariés aux résultats de leur entreprise et favoriser la constitution d’une épargne longue.
En 2025, la collecte brute d’épargne salariale a atteint 23,4 milliards d’euros. La participation a représenté 6,3 milliards d’euros et l’intéressement 7,3 milliards. À eux seuls, ces deux mécanismes ont ainsi généré 59 % des flux, auxquels s’ajoutent 4,7 milliards d’euros d’abondement des entreprises.
L’instauration d’une contribution sociale sur l’épargne salariale diminuerait le rendement net de ce placement.
Certaines entreprises pourraient diminuer leurs primes et abondements d’épargne salariale afin de rester en deçà du seuil de 3 000 euros, ce qui réduirait d’autant le rendement budgétaire.
L’épargne salariale constitue un important vecteur de financement des entreprises. Selon l’AFG, les actions représentent 64 % des titres détenus et les obligations d’entreprises 12 %. Au total, 76 % de l’épargne salariale finance directement les entreprises. Par ailleurs, 57 % des encours sont investis auprès d’émetteurs français et cette proportion atteint 66 % pour les investissements en actions. Les fonds d’actionnariat salarié représentaient 85 milliards d’euros fin 2025, en progression de 21,7 % en un an. Ces montants constituent une source de capital relativement stable pour les entreprises et contribuent également à rapprocher les salariés de leur entreprise.
Depuis plusieurs années, la France comme l’Union européenne cherchent à mobiliser davantage l’épargne privée en faveur de l’investissement productif, de l’innovation, de la transition énergétique et de la défense. L’épargne salariale répond précisément à cet objectif.
Augmenter les prélèvements sur cette épargne au moment où les pouvoirs publics cherchent à favoriser l’investissement productif apparaît contreproductif et inutile.
]]>Dans le cadre de la préparation du budget de la Sécurité sociale pour 2027, le gouvernement étudie la possibilité de soumettre à cotisations sociales une partie des sommes versées au titre de la participation, de l’intéressement et de l’abondement des employeurs. Le projet évoqué porterait sur les versements dépassant 3 000 euros par an et par dispositif et procurerait, selon les estimations mentionnées, environ un milliard d’euros de recettes supplémentaires à la Sécurité sociale. Cette proposition intervient au moment où les pouvoirs publics cherchent à orienter davantage l’épargne des ménages vers le financement des entreprises.
L’épargne salariale et l’épargne retraite d’entreprise sont devenues des composantes importantes du patrimoine financier des ménages. À la fin de 2025, leurs encours atteignaient, selon l’Association française de gestion 229,4 milliards d’euros, en hausse de 14,7 % en un an. Les plans d’épargne entreprise représentaient 191 milliards d’euros et les dispositifs collectifs d’épargne retraite 39 milliards d’euros.
La progression ne résulte pas du seul effet de la hausse des marchés financiers. Depuis 2008, les encours ont été multipliés par 3,2, avec une croissance annuelle moyenne de 7,1 %. L’allocation des actifs s’est parallèlement modifiée au profit des placements de long terme. Parmi les fonds diversifiés, la part des fonds monétaires est ainsi passée de 21 % en 2013 à 15 % en 2025 tandis que celle des fonds actions augmentait de 10 à 17 %.
442 000 entreprises proposaient, à la fin de 2025, un PEE et/ou un dispositif d’épargne retraite. 403 000 disposaient d’un PEE et 262 000 d’un dispositif collectif d’épargne retraite. L’épargne salariale concernait 13,2 millions de comptes, soit 402 000 supplémentaires en un an. Environ un salarié du privé sur deux dispose d’un produit d’épargne salariale. Dans les PME de moins de 10 salariés, seulement 20 % sont couverts, contre 61 % pour ceux travaillant dans des entreprises de plus de 10 salariés.
Le projet actuellement étudié répond avant tout à une préoccupation budgétaire. La Sécurité sociale étant confrontée à des déficits importants, l’exécutif souhaite réduire certaines « niches sociales ». L’épargne salariale bénéficie aujourd’hui d’un régime social plus favorable que le salaire classique, même si les salariés acquittent déjà la CSG et la CRDS dès le premier euro, les employeurs étant soumis au forfait social.
Parmi les pistes évoquées figure le maintien d’une exonération de cotisations sociales jusqu’à 3 000 euros par an et leur assujettissement au-delà. Le seuil serait apprécié séparément pour l’intéressement, la participation et l’abondement.
La deuxième solution serait la création d’une contribution d’assurance maladie, supportée à la fois par l’employeur et par le salarié sur les sommes supérieures à 3 000 euros. Pour les entreprises concernées, cette nouvelle contribution se substituerait au forfait social déjà acquitté au-delà de ce niveau. Dans les deux hypothèses, la CSG et la CRDS continueraient à être prélevées dès le premier euro.
L’exécutif considère que certaines entreprises peuvent privilégier l’intéressement, la participation ou l’abondement plutôt que des augmentations de salaire, ce qui réduit les recettes de cotisations. Il souligne également que les salariés des grandes entreprises et les salariés disposant des rémunérations les plus élevées sont davantage bénéficiaires de ces dispositifs. Cela est exact mais c’est au nom de la diffusion de l’épargne salariale que ces exonérations ont été instituées. En changeant de cap, le gouvernement risque de freiner la diffusion de l’épargne salariale et de rendre ce système encore plus complexe. Par ailleurs, l’épargne salariale constitue un vecteur important de partage de la valeur et donc d’accès des salariés aux bénéfices de leur entreprise. Les produits d’épargne salariale ont été conçus pour associer les salariés aux résultats de leur entreprise et favoriser la constitution d’une épargne longue.
En 2025, la collecte brute d’épargne salariale a atteint 23,4 milliards d’euros. La participation a représenté 6,3 milliards d’euros et l’intéressement 7,3 milliards. À eux seuls, ces deux mécanismes ont ainsi généré 59 % des flux, auxquels s’ajoutent 4,7 milliards d’euros d’abondement des entreprises.
L’instauration d’une contribution sociale sur l’épargne salariale diminuerait le rendement net de ce placement.
Certaines entreprises pourraient diminuer leurs primes et abondements d’épargne salariale afin de rester en deçà du seuil de 3 000 euros, ce qui réduirait d’autant le rendement budgétaire.
L’épargne salariale constitue un important vecteur de financement des entreprises. Selon l’AFG, les actions représentent 64 % des titres détenus et les obligations d’entreprises 12 %. Au total, 76 % de l’épargne salariale finance directement les entreprises. Par ailleurs, 57 % des encours sont investis auprès d’émetteurs français et cette proportion atteint 66 % pour les investissements en actions. Les fonds d’actionnariat salarié représentaient 85 milliards d’euros fin 2025, en progression de 21,7 % en un an. Ces montants constituent une source de capital relativement stable pour les entreprises et contribuent également à rapprocher les salariés de leur entreprise.
Depuis plusieurs années, la France comme l’Union européenne cherchent à mobiliser davantage l’épargne privée en faveur de l’investissement productif, de l’innovation, de la transition énergétique et de la défense. L’épargne salariale répond précisément à cet objectif.
Augmenter les prélèvements sur cette épargne au moment où les pouvoirs publics cherchent à favoriser l’investissement productif apparaît contreproductif et inutile.
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