00H48 – samedi 5 octobre 2024
On attendait, on attend beaucoup de Michel Barnier et de la « rupture » qu’il souhaitait incarner.
Mais pour le moment, sur le budget qu’il est en train de peaufiner, force est de constater que la célèbre phrase attribuée à Albert Einstein, « la folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent », s’applique malheureusement toujours parfaitement.
Notre dérapage budgétaire, jamais vu depuis le début de la Vème République, est essentiellement dû à la conjonction de trois facteurs, que nous aurions pu anticiper.
Tout d’abord nous sommes en déficit primaire depuis 50 ans. Autrement dit, même sans compter la charge des intérêts liés à notre dette abyssale, nous dépensons, structurellement, bien plus que ce que nous gagnons, contrairement à de nombreux pays. La dépense publique est largement au-dessus de nos recettes fiscales, cela dure et s’amplifie année après année.
Deuxièmement, avec la hausse des taux qu’a décidé la BCE depuis deux ans, nous endetter nous coûte plus. Même M de Lapalisse le sait. Sans revenir sur ce qui me paraît relever d’une erreur de compréhension de la situation économique par la BCE, la Banque Centrale pensait lutter contre l’inflation en montant les taux d’intérêt. Or, cette inflation était due à des éléments exogènes sur lesquels les taux d’intérêts n’avaient que peu de prise.
Par exemple, la fin de la pandémie a entraîné un redémarrage simultané des économies partout dans le monde, d’où un effet de goulot d’étranglement, et une hausse des prix. De même la guerre lancée par la Russie sur l’Ukraine a entraîné une hausse des matières premières. Deux situations qui sont en train de se résorber et sur lesquelles la hausse de taux n’a que peu d’effets.
Par contre ces hausses des taux successives, et trop importantes, ont d’une part ralenti toute l’économie européenne et d’autre part ont renchéri le coût de notre endettement. Merci Christine Lagarde et la BCE
Troisièmement, la France demeure incapable d’augmenter son taux de croissance, contrairement à de nombreux pays là encore. Nous n’arrivons pas à créer plus de richesse, nous stagnons, et cela se voit dans nos rentrées fiscales. Cette incapacité à créer plus de richesses devient un Mal Français, un problème là encore structurel, nous chutons dans les classements sur notre capacité à générer de la croissance, une chute corrélée à celle des classements PISA d’ailleurs, sur l’état de notre système éducatif. Si nous avions créé plus de richesses, nous aurions perçu bien plus de TVA et d’impôts sur les sociétés, nous aurions augmenté plus nos salariés, qui du coup auraient consommé plus, une boucle vertueuse s’il en est.
Rien de tout cela. Nous ne pouvons pas grand-chose sur la politique de la BCE, indépendante a priori, mais nous avons un zéro pointé sur la création de richesse et sur notre nécessaire équilibre budgétaire, sur notre solde primaire.
La rupture que devrait incarner Michel Barnier doit se situer précisément là, sur notre capacité à ne pas dépenser plus que ce que nous gagnons comme sur notre capacité à créer plus de richesses.
Et bien non, on nous ressasse les poncifs habituels : « on va taxer les plus riches », « on va augmenter les impôts des grandes entreprises »… rien de nouveau sous le soleil, quelle déception !
Nous avons besoin de réformes structurelles et Michel Barnier nous propose des taxes « exceptionnelles », conjoncturelles… Nous refaisons les mêmes choix, les mêmes erreurs et nous aurons les mêmes résultats, toujours plus de déficit et toujours moins de croissance !
Même sur le Travail, la déception est grande. On souhaite « désmicardiser », faire en sorte que le travail paie plus et éviter les trappes à bas salaires. On ne peut que partager ces constats. Et que fait-on ? On envisage de relever les cotisations sur les salaires à hauteur du SMIC ! On rêve les yeux grand ouverts !
Sur le Travail, le Gouvernement s’appuie sur le rapport Bozio/Wasmer commandé par Elizabeth Borne. Un rapport intéressant, technique, mais avec quelques biais. Tentons de rester digeste.
Ce rapport de statisticiens dresse un tableau utile du coût du travail. Mais on ne peut que souligner, au moins, deux biais.
Premièrement, pour ses auteurs, et ils l’écrivent noir sur blanc dès leur table des matières, « Les exonérations de cotisation bénéficient en premiers lieux aux employeurs de salariés proches du Smic ». Pour les auteurs de ce rapport, ce sont les employeurs qui bénéficient des exonérations… une approche quasi-idéologique. Par définition, les exonérations bénéficient aussi bien aux employeurs qu’aux salariés. Pourquoi pointer les employeurs comme seuls bénéficiaires ?
A brut équivalent, si je diminue les cotisations, le salarié touchera plus ; il bénéficie de cette exonération. L’entreprise décide de ses salaires bruts, c’est ce qu’elle paie réellement, elle ne décide pas du salaire net, issu d’un calcul avec des variables qui changent souvent. Si les cotisations baissent, le gagnant n’est pas l’entreprise mais le salarié. Pourquoi ne pas dire que les salariés sont les grands gagnants des exonérations de cotisation et au contraire souligner, dans le titre, dans la table des matières, que ce sont non pas d’ailleurs les entreprises mais les « employeurs » ? un biais idéologique ?
De même, les auteurs de ce rapport soulignent que pour qu’un salarié puisse percevoir 100€ de plus, cela implique un coût pour l’entreprise jusqu’à 497€. Là encore la présentation est biaisée, et il faut lire tous les commentaires des graphes et tableaux du rapport pour comprendre que ce chiffre est la somme du coût supplémentaire pour l’entreprise (environ 250/300€), avec l’impôt sur le revenu supplémentaire potentiellement payé, et surtout la perte des aides perçues par le salarié, aides qui dépendent des revenus perçus, comme essentiellement la prime pour l’activité que le salarié aurait perçue. On somme quelque part des choux et des carottes…
D’ailleurs les journalistes qui relaient la parole gouvernementale se font avoir sans le savoir. Pour beaucoup, ceux qui n’ont pas lu toutes les lignes du rapport, une hausse des salaires de 100€ entraîne un coût pour l’entreprise de 500€, ce qui est faux, mais nous l’entendons partout depuis une semaine. Cela permet au Gouvernement de braquer les projecteurs sur les cotisations salariales et patronales, et non sur tous les éléments du coût supplémentaire.
Le Gouvernement pourrait agir sur l’impôt sur les revenus, en modifiant par exemple la déduction forfaitaire de 10% sur les salaires et pensions, en la passant à 11, 12 ou 13%, et en plafonnant différemment cette déduction. Le Gouvernement pourrait agir sur la CSG sur les salaires et revenus de remplacement, avec une exonération sur les 500 premiers euros par exemple (compensée par une hausse de la Tva bien sûr).
Le Gouvernement pourrait modifier les règles sur la prime d’activité. Non, il pointe le doigt sur les cotisations. Pire, il envisage de remonter les cotisations sur les salaires à hauteur du SMIC et baisser celles autour de 1,5 SMIC.
S’il acte en décision ce qui ne semble être qu’une proposition de réflexion, le Gouvernement va en fait alourdir brutalement le coût du travail pour toutes les entreprises ou diminuer le SMIC net perçu. Il pense, par ce petit tour de passe-passe, bien sûr, augmenter ses recettes, mais au bout du compte, c’est l’activité économique au sens large qu’il va toucher. Il va freiner la croissance, diminuer notre capacité à créer des emplois, et augmenter encore nos déficits. Décevant !
Nous étions sur une bonne trajectoire de lutte contre le chômage et nous pouvions viser le plein emploi, c’est fini ! La politique du Plein emploi permettait de donner plus de travail, de diminuer ainsi le chômage, de contribuer grandement à améliorer nos équilibres budgétaires avec plus de recettes sur les salaires et sur la consommation et moins de dépenses sociales ! Mettre un terme à la recherche du Plein Emploi, ne plus en faire un objectif de notre politique, nous fera sortir de notre belle trajectoire de lutte contre le chômage, l’un des rares succès de la Présidence Macron, et cela augmentera nos déficits ! Navrant ! Ce n’est pas là la rupture tant attendue…
Au final, le Gouvernement Barnier s’apprête à reprendre les mêmes vieilles recettes que tous ses prédécesseurs. S’il veut obtenir des résultats, vraiment, différents, il lui faut opter pour une vraie rupture, s’attaquer de front aux dépenses publiques, repenser entièrement l’Etat, son périmètre, son efficacité, sa performance, son coût, et parallèlement, en même temps, tout faire pour que nous puissions produire plus, créer plus de richesses, avoir plus de croissance.
Monsieur le Premier Ministre, il n’est pas encore trop tard…
Publié le 15/04/2024 par Clara Dealberto et Beatrice Parrino lecture 2 min
Cette année, la France va emprunter 285 milliards d’euros sur les marchés, selon le programme de l’agence France Trésor. © Xavier Francolon/SIPA / SIPA / Xavier Francolon/SIPA
À entendre Emmanuel Macron et le gouvernement, les caisses de l’État déborderaient d’argent. Une corporation se plaint ; une aide publique est débloquée, illico presto.
C’est d’ailleurs devenu la marque de fabrique de ce chef de l’État, élu depuis 2017. Bien sûr, il a été aux prises avec la crise sanitaire, lié au Covid, les conséquences de la guerre en Ukraine, l’explosion des prix de l’énergie…
Mais juger, un peu de ces incroyables largesses :
Tous ces chèques conduisent, notre trajectoire budgétaire, a dévié au point d’être loin de respecter les standards imposés par le Traité de Maastricht. Notre déficit était de 5,5 % en 2023, selon l’INSEE ; le gouvernement jure qu’il devrait atteindre les 5,1 % en 2023 cette année, soit bien au-dessus des 3 %, bornes fixées par Bruxelles.
Quant à notre dette, elle dépasse les 3 100 milliards d’euros fin 2023. Ainsi, pour contenir la déroute des comptes, le gouvernement a dégainé un plan d’économies de 20 milliards. Une broutille qui ne devrait guère redonner de l’air à notre économie ? Vraisemblablement, car aucune réforme structurelle n’a été annoncée.
Cette année, la France va emprunter 285 milliards d’euros sur les marchés, selon le programme de l’agence France Trésor.
La charge de la dette était initialement budgétée à 52,2 milliards. Mais pour bien saisir à quel point, notre pays vit au-dessus de ses moyens, nous avons demandé à l’Institut Molinari, un think tank libéral (groupe d’étude et réflexion privé) de calculer pour nous à partir de quel jour la France vit à crédit.
Les chiffres sont sans appel.
Le jour où les administrations publiques françaises ont tout dépensé :
En 1978 : le 16 décembre
En 1981 : le 13 décembre,
en 1988 : le 12 décembre
En 1995 : Le 27 novembre
en 2002 : le 9 décembre
en 2007 : le 10 décembre
En 2017 : le 9 décembre 2022
En 2022 : le 1er décembre en 2023
En 2023 : le 22 novembre
En soi, il n’est pas grave de s’endetter. Sauf, que dans le cas de la France, il s’agit de passer par l’emprunt pour financer des dépenses courantes, et non pas pour réaliser de vrais investissements ; rien sur l’intelligence artificielle, rien sur les nouvelles technologies, rien sur la recherche, rien sur l’industrie, rien sur l’accompagnement du vieillissement de la population, rien sur l’éducation… et que dire de l’état de délabrement, de nos services publics, entre parenthèses (hôpitaux, école…)
En 1999, nous étions moins endettés que la zone euro (11% de PIB en moins). En 2009, après la grande crise financière, nous avions rejoint la moyenne de la zone euro.
Et maintenant ? Nous sommes à 25 points au dessus…
Des travaux ont été engagés sur des fuites dans les réseaux d’eau potable, de nouveaux projets de réutilisation des eaux usées ont été lancés. Mais les promesses sur la qualité de l’eau ou sur les nouveaux moyens financiers pour les agences de l’eau tardent à se matérialiser.
La gestion de l’eau s’est-elle améliorée depuis l’annonce en grande pompe par Emmanuel Macron d’un vaste plan antisécheresse, fin mars 2023 ? Même si le gouvernement se targue d’avoir engagé « 100 % des 53 mesures annoncées » (dont 14 effectivement mises en oeuvre), le bilan global, un an plus tard, reste mitigé.
Annoncé dans la foulée de la sécheresse de l’été 2022, qui avait brutalement rappelé que l’eau est une ressource précieuse, ce plan visait à inciter aux économies (-10 % de consommation d’ici à 2030), à optimiser son utilisation en réduisant les fuites, par exemple, mais aussi à améliorer la qualité de l’eau en s’attaquant aux pollutions.
En déplacement en Meurthe-et-Moselle pour présenter la liste promise des 50 sites industriels engagés dans des plans d’économies, le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, s’est félicité de plusieurs avancées notables.
Concernant les fuites, 93 des 171 « points noirs » (identifiés l’an dernier pour leur taux de perte supérieur à 50 %) ont fait l’objet de travaux, pour 125 millions d’euros dont 59 millions d’aides accordées par les agences de l’eau. Le plan avait prévu de débloquer pour cela 180 millions d’euros.
Les projets de réutilisation des eaux usées se sont aussi multipliés : le ministre a évoqué « plus de 700 projets en service ou à l’étude », pour un objectif de 1.000 en 2027, grâce à la parution de plusieurs décrets en ce sens.
Mais d’autres mesures annoncées, comme la généralisation de la tarification progressive, ont fait flop. Publié fin novembre, le rapport promis du Conseil économique social et environnemental sur le sujet a conclu que les conditions d’une telle généralisation n’étaient pas réunies.
Les grandes promesses sur la réduction des pollutions ont aussi été mises sur pause. « Ce sera le sujet de l’année qui vient, nous avons des marges d’amélioration dans ce domaine », a reconnu Christophe Béchu.
Le plan prévoyait notamment une protection accrue des aires de captage, en y réduisant par exemple l’utilisation des pesticides. « Nous craignons que les mesures correspondantes prévues dans le plan Ecophyto n’y soient pas maintenues », avance Régis Taisne, chef du département eau à la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR).
Surtout, les moyens supplémentaires promis pour les agences de l’eau semblent également se dégonfler. Emmanuel Macron avait évoqué une enveloppe de 475 millions d’euros, qui devaient notamment provenir d’une meilleure répartition des redevances entre usagers . Alors que le projet de loi de finances pour 2024 avait prévu de ponctionner davantage les industriels (pour 120 millions) et les agriculteurs (pour 47 millions), le gouvernement a finalement accepté d’exempter les agriculteurs .
« Par ailleurs plusieurs autres programmes financiers ont été amputés, au détriment des agences de l’eau », dénonce Régis Taisne. La colère des agriculteurs et le creusement du déficit public ont eu raison des ambitions sur l’eau, en tout cas pour l’instant.
Enfin le débat sur les bassines n’a pas été réellement tranché. Il faut regarder « projet par projet » pour identifier « ceux sur lesquels il y a matière à accélérer et ceux sur lesquels il peut y avoir des débats », a estimé Christophe Béchu vendredi, alors que les Soulèvements de la Terre appelaient à de nouvelles manifestations à Sainte-Soline (Deux-Sèvres), théâtre de violents affrontements il y a tout juste un an.
]]>
Deux valeurs font le buzz sur les marchés en ce moment : une américaine Nvidia (+ 16,4% en cinq séances), une française Air Liquide (+ 10,5% en sept jours). Tirant toute la cote vers le haut.
En une semaine, le Cac 40 a doublé sa performance cumulée depuis le 1er janvier (+ 5%).
Les investisseurs qui sont sortis du marché il y a dix jours affichent, aujourd’hui une performance deux fois moindre que ceux qui sont restés investis. Seuls les traders peuvent gagner de l’argent en multipliant les allers-retours. L’investisseur lambda doit acheter des actions et les conserver dans la durée (stratégie « buy and hold »). N’oubliez pas que la performance annuelle des indices se fait sur quelques séances.
La flambée de Nvidia et Air Liquide montrent que dans la configuration actuelle de marché ce sont les belles valeurs de croissance même chères qui s’en sortent le mieux. La stratégie « value » (investir dans des actions décotées) n’est pas morte pour autant. Mais, en 2024, un investisseur prudent qui se positionne dans la durée, doit privilégier l’approche « growth » (investir dans des actions à croissance rapide comme Nvidia) et les belles valeurs de fond de portefeuille (Air Liquide).
Détenue par plus de 700 000 petits porteurs, Air Liquide est, en France, l’une des valeurs préférées des actionnaires individuels. Pour profiter de la hausse de son cours et de son dividende dans la durée, Le Revenu conseille de la détenir en direct depuis un compte-titres ordinaire ou un plan d’épargne en action (PEA) .
Investir dans Nvidia en direct est possible mais coûteux en frais et pénalisant sur le plan fiscal (double imposition des dividendes). Surtout, dans un monde de la tech très volatil ou une technologie chasse l’autre, rien ne permet d’affirmer que dans cinq ans Nvidia sera toujours la valeur la plus attrayante de son secteur.
Autant de raisons qui nous incitent à jouer la valeur indirectement via un fonds d’investissement, dans l’idéal un ETF qui réplique la performance du Nasdaq ou d’un indice américain plus large et moins risqué comme le S&P 500.
Dans notre vidéo, plus de conseils patrimoniaux pour optimiser vos investissements boursiers 2024.
]]>Madame, Monsieur,
Tout au long de cette dernière année, je vous ai écrit que le pessimisme ambiant ne me semblait pas justifié. Si les principaux foyers d’incertitude recelaient – et recèlent encore – bien des opportunités sous-jacentes, leur accumulation était néanmoins une incitation à un optimisme mesuré. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Selon nous, les principaux sujets de préoccupation se focalisent autour des trois pôles suivants :
La soutenabilité d’un endettement mondial élevé
L’évolution de l’endettement public au cours des vingt dernières années est alarmante. En moins de vingt ans, les ratios de dette rapportée aux PNB des principaux pays développés ont doublé, dépassant 100% dans la plupart des cas. En outre, la hausse récente des taux d’intérêt alourdit le fardeau de ces dettes et obère la solvabilité des pays emprunteurs. L’objectif modeste d’une stabilisation d’un ratio d’endettement suppose en effet que le taux de croissance soit égal au taux moyen d’intérêt payé par un Etat dans l’hypothèse de déficits publics zéro, charges d’intérêt comprises. Compte-tenu des laxismes budgétaires prévalents, l’atteinte de cet objectif est politiquement irréaliste. Aussi est-il essentiel que les taux d’intérêt réels soient le plus bas possible et en tous les cas en-deçà des taux de croissance réels, inflation déduite. Gageons que la compression des taux réels va devenir l’un des axes directeurs des politiques monétaires au cours des prochains mois, d’autant que la réduction des tensions inflationnistes redonne de la marge de manœuvre aux Banques Centrales. Ainsi, dès décembre dernier, les ténors de la FED ont signalé l’approche d’un assouplissement monétaire, sous la forme d’une baisse de taux accompagnée d’une cessation totale ou partielle de leurs ventes d’effets publics.
La résilience de l’activité mondiale
La perspective d’une baisse des taux d’intérêt est naturellement un facteur de soutien à l’ensemble de l’activité, le secteur de la construction étant particulièrement favorisé. Son impact sera amplifié par la poursuite de politiques budgétaires accommodantes, notamment aux Etats-Unis où l’échéance électorale de novembre prochain incitera l’administration démocrate à se montrer généreuse. Enfin, l’accalmie sur l’ensemble des prix des matières premières et principalement de l’énergie, accroît le pouvoir d’achat des consommateurs dont la confiance est soutenue par des marchés de l’emploi porteurs. Qui aurait pu imaginer les prix actuels du gaz naturel et du pétrole, la guerre d’Ukraine s’enlisant et le Moyen-Orient à l’état de poudrière ?
Les risques géopolitiques
Nous n’avions pas envisagé un enlisement de la guerre en Ukraine, tant nos informations sur l’armée russe ne laissaient présager sa résistance aux offensives ukrainiennes. Or, l’impunité présente de V. Poutine incite Xi Jinping à mener une politique autarcique et nourrit ses ambitions taïwanaises. Enfin, la crise au Moyen-Orient avive brutalement les tensions d’une région notoirement instable, surarmée, avec des jeux d’alliances suscitant des risques d’extension des conflits à faire frémir. Si une accalmie prochaine de ces tensions est illusoire, il n’est pas déraisonnable d’escompter que le jeu des interdépendances des différentes parties en présence ne nous épargne un conflit majeur.
Qu’en est-il des perspectives des marchés ? La résilience de l’activité mondiale, combinée avec des taux d’intérêt réels en baisse doit continuer à favoriser la bonne tenue des actifs risqués, que ce soit au sein des valeurs de technologie, dopées par les progrès fulgurants de l’intelligence artificielle, ou de l’univers émergent dont la sous-évaluation sera rendue encore plus criante par la baisse des taux et celle éventuelle du dollar. Enfin, l’accumulation des risques géopolitiques rend plus que légitime une exposition or dans les portefeuilles, dont l’attrait est renforcé par la poursuite de politiques budgétaires laxistes dorénavant moins contrecarrées par des politiques monétaires restrictives.
Sur cette note qui demeure prudemment optimiste, je me permets de vous présenter mes meilleurs vœux de bonheur et de prospérité.
Édouard Carmignac
]]>