* Sally Ibrahim est la correspondante de The New Arab à Gaza.
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]]>Pour Samar Doghmosh, une Palestinienne originaire de Gaza, région ravagée par la guerre israélienne, chaque journée commence par la même question : son fils Mu’taz, âgé de 11 ans, est-il vivant ou mort ?
En décembre 2024, Mu’taz a quitté la tente familiale située à l’est de Deir al-Balah, dans le centre de Gaza, pour aller chercher de l’eau. Il n’est jamais revenu. Près de deux ans plus tard, sa mère cherche toujours une réponse.
« Certains nous disent qu’il a été tué et que des chiens errants ont dévoré son corps. D’autres affirment qu’il a été blessé. La dernière personne qui l’a vu a déclaré qu’il avait été enlevé par l’armée israélienne », a déclaré Mme Doghmosh à The New Arab.
La famille a contacté le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) après la disparition de Mu’taz, dans l’espoir que l’organisation puisse savoir s’il avait été placé en détention ou au moins obtenir des informations sur le lieu où il se trouve.
À ce jour, elle n’a reçu aucune réponse.
« Je ressens de la peur et de l’angoisse, et ma vie n’est plus la même. Tout a changé. Il me manque un morceau de mon cœur. Je ne sais pas ce qui lui est arrivé, ni s’il est vivant ou mort », a-t-elle encore dit.
Mu’taz fait partie des centaines et centaines d’enfants palestiniens qui ont disparu pendant la guerre génocidaire menée par Israël contre Gaza. Certains ont disparu lors des bombardements et des déplacements de population. D’autres seraient ensevelis sous des bâtiments détruits, et leurs familles affirment que certains auraient pu être enlevés après avoir été vus pour la dernière fois dans des zones sous contrôle israélien.
Dans le nord de Gaza, le journaliste Ahmed al-Borsh et sa famille vivent dans une tente dans la région de Bir al-Na’ja, à environ un kilomètre de la « ligne jaune » imposée par Israël au sein de l’enclave côtière.
Le 30 mai 2026, son fils Jalal, âgé de six ans et atteint d’un trouble autistique, est sorti jouer. Il n’est jamais rentré à la maison. La famille s’est immédiatement lancée à sa recherche.
Un commerçant situé à environ 100 mètres de la « ligne jaune » leur a dit avoir vu le garçon acheter une bouteille de jus de fruits avant de se diriger vers une zone proche de la ligne en question.
Ils ont fouillé les bâtiments endommagés et les environs, et ont sollicité l’aide de la protection civile et des équipes médico-légales. À un moment donné, une odeur provenant d’un bâtiment détruit à proximité a fait craindre que le corps de Jalal ne soit coincé sous les décombres.
La famille a demandé que le site soit inspecté, pour finalement découvrir que l’odeur provenait d’un animal mort.
Au bout de 35 jours, un appel téléphonique a brièvement semblé leur apporter la réponse qu’ils attendaient désespérément. Une agence des Nations unies a contacté al-Borsh pour lui annoncer qu’un enfant, que l’on pensait être Jalal, avait été retrouvé, et lui a demandé de venir l’identifier.
« Je m’y suis rendu, le cœur rempli d’espoir à l’idée de revoir enfin mon fils », a déclaré al-Borsh à TNA. « Mais je suis revenu avec un nouveau choc. L’enfant n’était pas Jalal. »
Cette erreur n’a fait qu’aggraver l’angoisse de la famille.
« Nous n’avons pas cessé de le chercher un seul instant », a-t-il déclaré. « Ce qui a rendu la situation encore plus amère, c’est d’avoir reçu cet appel nous annonçant qu’il avait été retrouvé, pour finalement découvrir que cet enfant n’était pas notre fils. »
La mère de Jalal a fouillé des maisons détruites et arpenté des quartiers dont les repères ont été effacés par la guerre.
« Je n’ai négligé aucun détail. J’ai parcouru tous les quartiers de la ville à la recherche de Jalal. Je l’appelle chaque jour », a-t-elle déclaré à TNA.
« Nous vivons au jour le jour, mais notre espoir en Allah demeure. Tout ce que je veux, c’est connaître son sort. S’il est en vie, qu’Allah le protège, et s’il est mort, qu’Allah ait pitié de lui. »
Les familles Doghmosh et al-Borsh ne sont de loin pas seules dans ce cas. Lundi, elles se sont jointes à des dizaines de familles palestiniennes lors d’un sit-in à Gaza pour réclamer des informations sur leurs enfants disparus et ceux qu’elles pensent avoir été enlevés pendant la guerre.
Les familles brandissaient des photos de leurs fils et de leurs filles, exigeant plus que des statistiques ou des promesses. Elles veulent savoir où se trouvent leurs enfants, ce qui leur est arrivé et, s’ils sont morts, où leurs corps peuvent être retrouvés.
Pour les familles d’enfants disparus, cette disparition engendre une forme de deuil particulièrement cruelle. Elles ne peuvent accepter la mort de leur enfant sans en avoir la confirmation, mais elles ne peuvent pas non plus reprendre le cours de leur vie tout en s’accrochant à l’espoir que celui-ci puisse revenir.
Rawan Ahmed, psychologue originaire de Gaza, a qualifié cette expérience de « perte ambiguë », une forme de deuil dans laquelle il n’y a aucune certitude quant au fait qu’un être cher soit mort ou vivant.
« La famille reste prisonnière entre l’espoir et la peur, incapable d’entamer son deuil et incapable de cesser d’attendre », a-t-elle déclaré à TNA.
« Cette incertitude peut entraîner une anxiété chronique, des troubles du sommeil, un stress persistant, un sentiment d’impuissance et de culpabilité », a-t-elle espliqué. « La guerre et les déplacements de population aggravent le traumatisme, car les familles fouillent les décombres tout en étant confrontées à l’insécurité, à des coupures de communication et à un manque d’informations fiables. »
L’impact psychologique peut également s’étendre aux frères et sœurs, qui peuvent craindre de plus en plus d’être eux aussi séparés de leurs parents.
« Connaître le sort de l’enfant, même si la vérité est douloureuse, est psychologiquement préférable à laisser la famille dans une attente indéfini », a-t-elle ajouté. « L’information donne à la famille une chance d’accepter la réalité, tandis que l’ignorance maintient la plaie ouverte. »
Pourtant, Gaza ne dispose toujours pas d’une base de données complète permettant de déterminer le sort de toutes les personnes disparues depuis le début de la guerre.
Le ministère palestinien de la Justice a déclaré en avril dernier que plus de 11 200 Palestiniens avaient disparu ou avaient été victimes de disparitions forcées depuis octobre 2023, dont plus de 4700 femmes et enfants.
Une estimation plus récente du Centre palestinien pour les personnes disparues et victimes de disparitions forcées évalue entre 4000 et 5000 le nombre de personnes qui seraient encore ensevelies sous des bâtiments détruits.
Entre 2500 et 3000 autres cas présentent des signes laissant supposer une disparition forcée perpétrée par Israël, bien que cette estimation repose sur un échantillon de 317 cas et ne reflète pas l’ensemble des disparitions survenues à Gaza, a indiqué le Centre palestinien dans un communiqué de presse.
Cette incertitude tient aux circonstances différentes à l’origine de chaque disparition. Une personne peut avoir été tuée lors d’une frappe, ensevelie sous les décombres, séparée de sa famille lors de son déplacement ou placée en détention sans que ses proches en aient été informés.
La récupération des corps dans les bâtiments détruits est devenue un défi majeur en soi.
Les équipes de secours de Gaza sont confrontées à des pénuries de machines lourdes, de carburant et d’équipements spécialisés, alors que d’énormes quantités de décombres recouvrent la bande de Gaza.
En juillet, la deuxième phase d’un projet visant à récupérer les corps de Palestiniens a débuté en collaboration avec le CICR.
Au terme de 381 heures de travail, les équipes ont récupéré les corps et les restes de 233 Palestiniens parmi les 407 personnes portées disparues sous les décombres de 20 habitations. Parmi les restes retrouvés figuraient ceux de 73 enfants et de 106 femmes.
Mais chaque corps non retrouvé laisse une autre famille suspendue entre l’espoir et le chagrin.
Pour les familles dont les proches ont été vus pour la dernière fois dans des zones sous contrôle militaire israélien, ces recherches soulèvent également des questions concernant la détention et les disparitions forcées.
Ahed Ferwana, analyste politique basé à Gaza, a déclaré à TNA que la disparition de Palestiniens, y compris d’enfants, devait être examinée dans un contexte plus large, en particulier lorsque les familles disposent de témoignages indiquant que leurs proches ont été vus pour la dernière fois après que les forces israéliennes ont pris le contrôle d’une zone.
« Le fait de laisser dans l’ignorance le sort de certains Palestiniens, si leur arrestation ou leur détention est confirmée, peut devenir une forme de pression psychologique sur les familles qui restent dans l’incapacité de déterminer si leurs enfants sont vivants ou morts », a-t-il déclaré.
Il a toutefois souligné qu’il fallait distinguer les cas pour lesquels il existe des preuves ou des témoignages d’arrestation des autres disparitions, notamment celles de personnes que l’on pense ensevelies sous les décombres ou séparées de leurs proches lors de leur déplacement.
« Établir les responsabilités dans chaque cas », a-t-il déclaré, « nécessite une documentation et une enquête indépendantes. »
* Sally Ibrahim est la correspondante de The New Arab à Gaza.
1er septembre 2026 – The New Arab – Traduction : Chronique de Palestine
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]]>The post Une patrie sur toile : Sliman Mansour et l’essor de l’art révolutionnaire palestinien appeared first on Chronique de Palestine.
]]>Il s’est éteint à l’hôpital Al-Makassed, à Jérusalem-Est occupée, le 24 août, à l’âge de 79 ans, mettant ainsi un terme à un héritage qu’il est impossible de décrire véritablement, mais seulement de vivre.
Sa vie a couvert presque exactement toute la durée de la Nakba palestinienne. Il est né quelques mois à peine avant l’expulsion massive du peuple palestinien de sa patrie.
Pourtant, sa mort dans une ville occupée nous montre que l’histoire de Mansour, de son art et de la lutte palestinienne pour la liberté est loin d’être terminée.
Etrangement, pendant des années, je n’ai connu Mansour qu’à travers un seul tableau : Jamal al-Mahamel (Le chameau porteur des épreuves).

Dans l’univers post-Nakba de Mansour, cette personne est un vieux porteur palestinien, un travailleur aux pieds nus portant sur son dos le fardeau de toute une patrie. Cette patrie est représentée par Jérusalem, surmontée du Dôme du Rocher, l’un des lieux les plus sacrés de l’islam.
Mansour, cependant, n’était pas musulman. Il appartenait à la communauté chrétienne palestinienne, autrefois florissante mais malheureusement en déclin, et était originaire de la ville de Birzeit, près de Ramallah en Cisjordanie.
Cela mérite réflexion. L’un des tableaux palestiniens les plus emblématiques de l’ère moderne, célébrant le rôle central de Jérusalem et l’un de ses sites islamiques historiques les plus reconnaissables, a été peint par un chrétien.
À l’ère des fascistes israéliens tels que le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir et de ses « guerres de religion », cela peut paraître inhabituel. Pour les Palestiniens, c’est tout le contraire. Bien que profondément spirituels, les Palestiniens ont, au fil de l’histoire, su dépasser les clivages religieux dans leur longue lutte pour la liberté.
Une mosquée n’est jamais simplement une mosquée, et une église n’est jamais simplement une église. Ce sont des symboles puissants d’histoire, de culture, d’identité, de spiritualité et de continuité.
Mansour a confié au « Chameau des épreuves » la tâche de porter tout cela à lui seul, tandis que le monde observait un vieil homme courbé sous un poids insupportable, mais farouche et inébranlable dans sa détermination.
Bien que ce tableau ait été réalisé en 1973, il a connu un véritable essor de popularité pendant la première Intifada, ce soulèvement populaire qui a uni les Palestiniens du monde entier. Il a pris une nouvelle dimension : nous, les Palestiniens, sommes peut-être seuls, épuisés par le temps et la trahison des autres, mais nous restons aussi inébranlables que jamais.
La dernière fois que j’ai vu ce tableau accroché dans le salon de mon ancienne maison, dans le camp de réfugiés de Nuseirat à Gaza, c’était aussi la dernière fois que j’ai vu mon père, la plupart de mes frères et bon nombre de mes amis d’enfance.
Mon père est mort quelques années plus tard. La maison a été bombardée. Le tableau n’est plus accroché là où il se trouvait autrefois, au cœur de notre ancien foyer de réfugiés.
Ironie du sort, ce n’est qu’après avoir quitté la Palestine que j’ai découvert que Sliman Mansour était bien plus que l’auteur d’un simple tableau. Il appartenait à un mouvement artistique qui a enseigné le sumud visuel, la ténacité, à toute une génération.
Mon ignorance n’était pas de mon fait. Des artistes tels que Mansour, Ismail Shammout, Fathi Ghaben, Vera Tamari, Tayseer Barakat et Nabil Anani, entre autres, étaient tout simplement interdits par les décrets militaires israéliens.
Israël craint l’art palestinien, en particulier celui qui préserve la mémoire, affirme la résistance et évoque la révolution. Pendant l’Intifada, l’armée israélienne menait presque quotidiennement des raids dans les camps de réfugiés palestiniens, surtout avant l’aube, afin de s’assurer que les expressions artistiques peintes sur les murs soient recouvertes de peinture.
Evidemment, ce ne sont pas les soldats eux-mêmes qui repeignaient les murs. Ils tiraient de leur sommeil des réfugiés épuisés et les forçaient à effacer chaque graffiti, chaque image et chaque mot.
Les soldats pensaient peut-être qu’ils accomplissaient un devoir militaire, qu’ils contribuaient d’une certaine manière à protéger la dite sécurité nationale israélienne. En réalité, ils tentaient d’effacer les traces d’un peuple dont les racines sur cette terre étaient bien plus profondes que l’occupation elle-même.
Mais les œuvres n’ont jamais pu disparaître. Il ne suffisait pas de les recouvrir de peinture, même lorsque l’artiste lui-même avait disparu, car le véritable art est bien plus qu’un simple agencement de couleurs sur une toile. C’est l’une des formes les plus profondes de témoignage de sa propre existence.
Fathi Ghaben, qui était devenu un ami proche de ma famille, avait, comme la plupart des Gazaouis, plus que sa part de souffrances. C’était un réfugié originaire d’un village autrefois tranquille appelé Hirbiya, au nord de Gaza. Sa famille avait trouvé refuge à Gaza pendant la Nakba.
Ghaben n’avait aucun souvenir du village qu’il avait perdu dans son enfance, mais ses couleurs imprégnaient ses tableaux. Pour lui, la Palestine était une belle femme, puissante dans sa détermination mais douce dans son regard. Ses yeux, toujours d’une grande netteté, incarnaient la beauté d’une patrie qui ne l’avait jamais abandonné. Elle était l’ouvrière, la paysanne, l’étudiante, la manifestante, la combattante.
Ghaben a été emprisonné à plusieurs reprises par Israël pour avoir mis en avant les couleurs du drapeau palestinien dans son art, accusé d’« incitation à la révolte par ses peintures ».
L’armée d’occupation a assassiné son jeune neveu en 1982, et nombre de ses proches ont été tués lors du génocide.
Ghaben lui-même est mort pendant le génocide, en février 2024, après avoir été chassé de chez lui.
Pour moi, et j’ose dire pour beaucoup de ma génération, il est difficile d’appréhender un art qui ne porte pas ce genre de poids — un art qui dépasse la simple « expression » et devient une expérience faite de sang, de sueur, de larmes et du fardeau des souvenirs qui ne pourra trouver le repos que lorsque la justice finira par prévaloir en Palestine.
Je repense au « Chameau des épreuves », et je suis convaincu que la figure de Mansour représentait plus que la Palestine et le peuple palestinien. Peut-être sans s’en rendre compte, il peignait également l’artiste palestinien lui-même.
Eux aussi portaient une immense responsabilité sur leurs épaules. Sans eux, plusieurs générations n’auraient peut-être jamais véritablement apprécié les couleurs de la Palestine, senti l’odeur de la poudre de la révolution, ni compris le véritable sens de la perte d’une patrie.
* Dr Ramzy Baroud est journaliste, auteur et rédacteur en chef de Palestine Chronicle.
Il est l'auteur de six ouvrages. Son dernier livre, coédité avec Ilan Pappé, s'intitule « Our Vision for Liberation : Engaged Palestinian Leaders and Intellectuals Speak out » (version française). Parmi ses autres livres figurent « These Chains Will Be Broken: Palestinian Stories of Struggle and Defiance in Israeli Prisons », « My Father was a Freedom Fighter » (version française), « The Last Earth » et « The Second Palestinian Intifada » (version française) Son dernier livre, « Before the Flood », a été publié par Seven Stories Press.
Dr Ramzy Baroud est chercheur principal non résident au Centre for Islam and Global Affairs (CIGA). Son site web.
3 septembre 2026 – Middle East Monitor – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah
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]]>Le fossé entre ce qui est infligé aux Palestiniens et la réaction appropriée de la communauté internationale a toujours été immense. Mais aujourd’hui, il est si grand qu’il engloutit la réalité elle-même.
Alors que les licences d’exportation d’armes vers Israël délivrées par des États tels que l’Allemagne se multiplient, les discours sur des mesures plus sévères et des sanctions de la part d’autres pays européens ne restent que des paroles.
Des personnes continuent d’être tuées à Gaza, des familles palestiniennes restent assiégées en Cisjordanie, et la droite politique israélienne ne laisse planer aucun doute sur le caractère intentionnel de ces violations, en faisant part au monde entier de ses espoirs et de ses projets.
En voici quelques exemples, tirés uniquement des derniers jours. Jeudi, le ministre israélien de la Sécurité nationale d’extrême droite, Itamar Ben-Gvir, a détaillé un plan visant au nettoyage ethnique illégal de tous les Palestiniens de la bande de Gaza.
Il a également publié une vidéo générée par IA, désormais supprimée, montrant des hommes palestiniens entrant sur un tapis roulant menant à un centre de détention, d’où ils ressortaient émaciés et en larmes.
Il y a quelques jours également, le ministre de la Défense, Israel Katz, a déclaré que le pays était « organisé et prêt » à expulser les Palestiniens de Gaza « par tous les moyens possibles ».
Ce théâtre macabre continue de se dérouler, ses représentations devenant de moins en moins crédibles de jour en jour.
Le Conseil de la paix promet que Gaza sera « reconstruite pour le bien » de sa population, tandis que l’idée selon laquelle ces mêmes Palestiniens de Gaza ne peuvent pas être autorisés à vivre décemment est exprimée par les responsables politiques israéliens avec une constance et une fréquence qui tournent ces déclarations en dérision.
Le mois dernier, l’ancien chef du Conseil de sécurité nationale israélien, Giora Eiland, a souligné que l’acceptation par Israël du plan en 15 points de Donald Trump relevait d’une tactique militaire temporaire, plutôt que d’une paix à long terme. « Israël n’a aucun intérêt à ce que Gaza soit reconstruite ; il vaut mieux pour nous qu’elle soit détruite pour les générations à venir », a-t-il déclaré.
Moshe Feiglin, autrefois considéré comme un « paria d’extrême droite » selon le Times of Israel, est désormais en passe d’obtenir un poste au sein du gouvernement grâce à une alliance avec le Parti sioniste religieux du ministre des Finances, Bezalel Smotrich.
Dans une récente interview, Feiglin a déclaré que ceux qui ne voulaient pas quitter Gaza devaient y être contraints « par tous les moyens possibles. Nous couperons ses canalisations d’eau, par exemple ».
Ce genre de discours, émanant des rangs mêmes du gouvernement, est souvent écarté comme non représentatif de l’État israélien et, à l’approche des élections, est considéré comme une rhétorique électorale sensationnaliste mais finalement peu sérieuse. Or, des personnalités telles que Ben-Gvir et Katz ne sont pas des voix marginales : ce sont des ministres chargés de portefeuilles exécutifs à fort impact – la sécurité et la défense – qu’ils ont bel et bien utilisés pour faire avancer une politique en accord avec leurs déclarations.
Ben-Gvir a rouvert la prison souterraine de Rakefet, fermée dans les années 1980 pour ses conditions inhumaines. Il a réussi à faire adopter la peine de mort pour les Palestiniens reconnus coupables d’attentats terroristes, et a célébré cette législation avec un gâteau orné d’un nœud coulant.
La torture et les abus sexuels dans les prisons israéliennes sont largement documentés, ces derniers valant à Israël une place sur la liste noire de l’ONU relative aux violences sexuelles dans les zones de conflit.
Comme Ben-Gvir lui-même aime à le dire : « nous l’avons promis, nous l’avons fait ».
Katz a approuvé la plus grande expansion des colonies en Cisjordanie depuis des décennies et a justifié cette décision en affirmant qu’elle « empêche la création d’un État palestinien qui mettrait Israël en danger » ; il a récemment fait avancer la légalisation des fermes des avant-postes de colonies en Cisjordanie, et a ordonné à l’armée israélienne (IDF) de transférer les fonctions de maintien de l’ordre en Cisjordanie à la police israélienne, ce qui constitue une manœuvre détournée en vue de l’annexion.
Comme l’a écrit le député Ahmad Tibi dans Haaretz plus tôt cette année, il existe une fiction au cœur de la politique israélienne, où les efforts des responsables politiques pour expliquer et justifier leur politique auprès de l’opinion internationale se déroulent comme si « le racisme et l’extrémisme qui guident aujourd’hui la politique gouvernementale n’existaient qu’en marge ». Alors qu’en réalité, ils sont au cœur même de l’État.
Et si certaines des déclarations les plus extrêmes ne sont que de la démagogie électorale, qu’est-ce que cela révèle des limites du débat public dans le pays lorsque votre campagne consiste en un nettoyage ethnique de masse ? Qu’est-ce que cela révèle non seulement sur l’avenir de Gaza, mais aussi sur celui de tous les Palestiniens des territoires occupés qui subissent les démolitions de maisons, les attaques des colons et l’annexion de facto de la Cisjordanie ?
Même si ces personnalités constitueraient une minorité, tant en termes de sièges détenus à la Knesset que de nombre relatif de personnes ayant voté pour elles, elles détiennent toujours les leviers du pouvoir ; il n’existe aucune mobilisation nationale significative contre elles, et le reste du système est incapable ou peu disposé à les arrêter.
Les distinctions quant à la taille de leur électorat ou à leur degré de représentativité par rapport à l’ensemble des Israéliens n’ont absolument aucune importance pour le sort des Palestiniens sur lesquels ils exercent désormais une autorité complète et exécutive.
La question qui se pose désormais est la suivante : pourquoi ne prend-on pas ces personnes au mot ? Pourquoi n’y a-t-il ni sentiment d’urgence ni indignation ? Pourquoi ces politiques et ces objectifs déclarés de l’État israélien ne sont-ils pas pris au sérieux et ne font-ils pas l’objet de sanctions appropriées, d’embargos commerciaux et d’armement, ainsi que d’une condamnation internationale ?
Il existe une asymétrie flagrante quant à la perception de la puissance de la rhétorique et de l’action israéliennes. « Du fleuve à la mer », par exemple, telle qu’exprimée par les Palestiniens et leurs partisans, est stigmatisée et son utilisation est censurée.
Pourtant, l’interprétation la plus extrême de cette expression, selon laquelle elle signifierait qu’il ne peut y avoir qu’un seul peuple souverain sur le territoire mentionné, est monnaie courante en Israël.
* Nesrine Malik est chroniqueuse au Guardian et autrice de We Need New Stories: Challenging the Toxic Myths Behind Our Age of Discontent.
7 septembre 2026 – The Guardian – Traduction : Chronique de Palestine
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]]>Une fois par an, Ali Ghanim se rend dans l’oliveraie familiale située dans le village de Sarra, en Cisjordanie occupée, pour la récolte annuelle d’huile d’olive. Transmis de génération en génération, le commerce de l’huile d’olive est autant un symbole d’héritage qu’un moyen de subsistance pour Ali Ghanim, qui partage la propriété de l’exploitation avec ses frères.
« C’est une tradition pour tout le village, jeunes et moins jeunes, de participer chaque année à la récolte des olives – certains vont même jusqu’à prendre congé pour y contribuer », explique Ghanim, agriculteur et ingénieur, au journal The National.
Mais ces dernières années, l’exportation de son huile d’olive s’accompagne de risques croissants, ce qui a entraîné la disparition des revenus de nombreuses familles.
La recrudescence des violences commises par les colons, le durcissement des restrictions de circulation et le renforcement des réglementations en matière d’exportation ne sont que quelques-uns des facteurs qui ont rendu l’agriculture et l’exportation de l’huile d’olive palestinienne de plus en plus difficiles.
Commençant à la mi-octobre et durant environ un mois, la saison des récoltes peut parfois se prolonger jusqu’en janvier, en fonction des conditions de récolte telles que les précipitations annuelles et l’accès aux oliveraies. La récolte constitue l’une des principales sources de revenus des agriculteurs chaque année.
Une saison productive permettrait de produire environ 33 000 tonnes d’huile d’olive, dont jusqu’à 15 000 tonnes seraient exportées. Ces dernières années, la production est restée inférieure à 10 000 tonnes, avec seulement 7000 tonnes l’année dernière – soit moins que ce qui peut être exporté.
« Les trois dernières années ont été particulièrement difficiles », explique M. Ghanim, évoquant une recrudescence des actes de vandalisme commis par des colons sur l’exploitation agricole de sa famille.
En juin, des colons ont vandalisé au moins 100 oliviers et jeunes plants, et ont incendié et détruit plus de 170 dunums (16,9 hectares) de cultures de blé et de cultures saisonnières, selon le rapport sur la situation humanitaire du Bureau des affaires humanitaires des Nations unies pour le mois de juin.
Les attaques de colons ont représenté 55 % de l’ensemble des blessés palestiniens cette année et constituent la principale cause de blessures chez les Palestiniens en Cisjordanie, indique le rapport.
« Nous avons également constaté une augmentation du nombre de colons qui pénètrent dans les exploitations agricoles pour récolter eux-mêmes les olives, ce qui est illégal et a également fortement affecté les rendements au cours de l’année écoulée », explique Fuad Abu Saif, expert agricole palestinien et chercheur spécialisé dans le développement rural, l’agroécologie et la souveraineté alimentaire.
Les restrictions de circulation imposées par l’armée israélienne, en particulier dans le nord de la Cisjordanie où se trouvent près de 70 % des oliveraies, ont gravement affecté le commerce des agriculteurs et les exportations d’huile d’olive.
Des postes de contrôle peuvent être mis en place de manière inopinée et entraver les déplacements vers et depuis les exploitations agricoles.
« Certaines saisons, nous n’avons pas pu récupérer ni récolter les olives car l’armée israélienne nous a empêchés d’accéder à nos oliveraies ; à la fin de la saison, la plupart des olives étaient tombées des arbres et avaient pourri avant que nous puissions les atteindre. Ce fut une perte énorme », explique Ghanim.
Il ajoute que cette situation est devenue courante pour presque tous les agriculteurs de son village au cours des dernières années.
Selon l’ONU, chaque année, des milliers d’agriculteurs se voient refuser l’accès aux oliveraies situées entre le mur de séparation et la Ligne verte. La majorité des quelque 62 portails agricoles situés le long du mur sont fermés toute l’année. En 2025, 74 % de ces portails étaient ouverts pendant la saison des récoltes, mais uniquement pendant un nombre limité de jours.
« Il est arrivé que l’accès aux routes soit autorisé un jour, puis révoqué quelques heures plus tard, et que les agriculteurs se retrouvent bloqués dans leurs exploitations pendant de longues périodes », explique Wajeda Khalidi, fondatrice et directrice de la société Levant Foods, basée aux Émirats arabes unis.
L’entreprise de Mme Khalidi collabore avec les agriculteurs locaux afin de soutenir la résilience des communautés palestiniennes grâce à l’exportation d’huile d’olive palestinienne. Levant Foods commercialise actuellement de l’huile d’olive et des produits de base palestiniens aux Émirats arabes unis et prévoit de se développer dans toute la région.
Les restrictions de déplacement ont également des répercussions sur la manière dont les organismes de réglementation, comme ceux de l’Union européenne, délivrent les certifications internationales pour la production biologique et l’étiquetage des produits biologiques.
« C’est un problème majeur pour de nombreux agriculteurs palestiniens qui produisent déjà des produits biologiques, mais qui ne peuvent pas obtenir la certification pour le prouver », explique Mme Khalidi.
Les agriculteurs palestiniens voient leurs moyens de subsistance détruits par les colons israéliens
Elle ajoute que, comme les organismes de contrôle sont souvent dans l’impossibilité d’accéder aux exploitations en raison des restrictions de déplacement, les contrôles requis pour obtenir la certification biologique sont difficiles à mener à bien.
La certification biologique peut revêtir une importance particulière pour les exportations, car elle permet aux producteurs de vendre plus facilement leur huile en tant que produit biologique sur les marchés internationaux. Elle peut également accroître la valeur commerciale du produit.
L’année dernière, The Guardian a rapporté que l’entreprise sociale britannique Zaytoun, qui s’approvisionne en huile d’olive auprès d’agriculteurs palestiniens de Cisjordanie, ne pouvait plus apposer le label Fairtrade sur son huile d’olive en raison de contrôles incomplets dus à des restrictions d’accès.
Alors que la production d’huile d’olive se heurte à des obstacles croissants, l’exportation vers les marchés régionaux et internationaux est également devenue plus difficile depuis 2023.
« Les réglementations israéliennes en matière de sécurité et de douanes limitent les possibilités d’exportation des agriculteurs palestiniens », explique Abu Saif, qui travaille toute l’année avec environ 300 à 400 agriculteurs, en leur fournissant des formations et du matériel afin d’aider les communautés agricoles à respecter les normes internationales relatives à l’exportation d’huile d’olive extra vierge.
« Des critères stricts en matière de hauteur et de poids s’appliquent aux palettes de marchandises transitant de la Cisjordanie par les postes-frontières et les ports israéliens », ajoute-t-il.
Ces règles limitent souvent la hauteur maximale des palettes afin qu’elles puissent passer dans les équipements de contrôle de sécurité, ce qui oblige les exportateurs palestiniens à utiliser davantage de palettes pour une même quantité de marchandises.
« Ce critère ralentit également le processus d’exportation de l’huile, ce qui n’est pas idéal pour la durée de conservation d’un produit de consommation courante, et alourdit le coût de l’huile d’olive elle-même », ajoute-t-il.
Les entreprises comme celle de M. Khalidi sont alors confrontées à des retards dans la réception du produit, ce qui affecte leurs activités destinées aux consommateurs.
« Avant le 7 octobre, ma cargaison d’huile d’olive palestinienne arrivait aux Émirats arabes unis en moins de dix jours. Aujourd’hui, les délais d’attente peuvent atteindre deux mois », explique Khalidi, qui cite les retards dans les ports israéliens comme l’une des principales causes de ce ralentissement.
Si les retards et les restrictions affectent l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement jusqu’au consommateur, ce sont souvent les agriculteurs palestiniens comme Ghanim qui en paient le prix le plus lourd.
« Si l’on compare les deux, un agriculteur israélien peut exporter en un jour à une semaine, tandis que pour un agriculteur palestinien, cela peut prendre entre une semaine et deux mois pour que ses produits parviennent aux consommateurs », explique Abu Saif.
* Jumana Naim est journaliste et consultante en relations publiques. Elle réside aux Émirats arabes unis. En tant que journaliste multimédia et professionnelle des médias ayant travaillé pour des publications et des entreprises internationales dans les domaines du journalisme, de la communication et des relations publiques, elle a collaboré à de nombreuses publications, notamment The National, Al Jazeera, Architectural Digest, Vogue Arabia, Harper's Bazaar, Harper's Bazaar Interiors, Grazia et le magazine Identity, traitant des thèmes de l'art, de la culture et du design.
4 septembre 2026 – National News – Traduction : Chronique de Palestine – Éléa Asselineau
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]]>Haneen Fanoun, 39 ans, pleure encore dans un petit appartement loué depuis que sa maison à deux étages de Nahalin, à l’ouest de Bethléem, dans le sud de la Cisjordanie occupée, a été démolie.
Mais ce qui la fait souffrir, ce n’est pas seulement la perte de la maison qu’elle a mis des années à construire et dans laquelle elle s’était enfin installée en 2012. Elle est également hantée par l’arrestation, les coups et les humiliations qu’elle a subis de la part de l’armée israélienne pendant la démolition.
L’histoire de Haneen reflète la réalité à laquelle sont confrontées les femmes palestiniennes dans toute la Cisjordanie occupée, où elles sont victimes de nombreuses formes de harcèlement et d’abus de la part des soldats et des colons israéliens, et privées de leurs droits les plus fondamentaux.
Ces violations vont des arrestations aux agressions physiques. Plus récemment, l’armée israélienne a également mené une politique délibérée à l’encontre des femmes palestiniennes enceintes en entravant leur accès aux hôpitaux et aux centres de soins aux postes de contrôle militaires disséminés dans toute la Cisjordanie, faisant de cette obstruction une pratique systématique.
En 2022, l’armée israélienne a délivré à Haneen et à sa famille de sept personnes un arrêté de suspension des travaux concernant leur maison située dans la ville de Nahalin, au motif que celle-ci n’était pas couverte d’un permis de construire.
Dans une indifférence générale, la barbarie israélienne se déchaîne aussi en Cisjordanie
Bien qu’elle ait fourni tous les documents requis, la famille s’est vu refuser le permis. L’Administration civile israélienne en Cisjordanie leur avait toutefois assuré que leur maison ne serait pas démolie, puisqu’ils s’étaient conformés à l’arrêté de suspension des travaux.
Puis, le 22 juillet, l’armée israélienne a soudainement fait irruption à Nahalin et encerclé la maison de Haneen, se préparant à la démolir sans avertissement.
Elle s’est précipitée dehors, hurlant après les soldats dans l’espoir qu’ils aient pitié d’elle et mettent fin à la démolition.
Au lieu de cela, des soldates israéliennes l’ont agressée, la frappant si violemment qu’elle a perdu connaissance. Elles l’ont menottée, immobilisée, lui ont bandé les yeux et l’ont emmenée dans un véhicule militaire.
« J’ai été battue et humiliée pendant tout le trajet. On m’a emmenée au centre d’interrogatoire de la colonie voisine de Beitar Illit. Après des heures de traitements dégradants, j’ai été transférée au tristement célèbre centre de détention d’al-Maskubiya », a-t-elle déclaré au Palestine Chronicle.
Haneen raconte que son corps était couvert de contusions suite aux violents coups qu’elle a subis. Elle a également été la cible d’insultes et de violences verbales incessantes, traînée sans pitié sur le sol et forcée de se déshabiller entièrement devant des caméras.
Pourtant, tout au long de cette épreuve, une seule pensée l’obsédait : son foyer.
Avait-il été démoli ? Qu’était-il advenu des meubles qu’elle avait mis des mois à choisir avec soin ? Où étaient ses cinq enfants ? Où dormaient-ils ?
Elle est restée dans cet état d’angoisse jusqu’à ce que son avocat l’informe enfin que la maison avait bel et bien été démolie.
Les voisins avaient désespérément tenté de sauver les biens de la famille, jetant les meubles depuis le deuxième étage avant que la maison ne soit détruite. Les habitants de la ville ont mis à la disposition de son mari et de ses cinq enfants un petit appartement exigu où ils ont pu se loger après avoir perdu leur maison.
« J’ai passé huit jours au centre de détention d’al-Maskubiya dans des conditions extrêmement difficiles. La nourriture était insuffisamment cuite, maigre, et une partie était moisie. Les vêtements étaient sales, et il nous était interdit de porter les nôtres. Nous avons été victimes d’insultes, de coups, et on nous a refusé les soins médicaux et les douches. Le trajet jusqu’au tribunal a été un véritable calvaire au cours duquel nous avons été humiliés et photographiés », a expliqué Haneen.
Haneen a finalement été libérée, mais elle n’est jamais rentrée chez elle.
Sa maison avait été réduite en ruines, et il est interdit à la famille de la reconstruire ou même d’utiliser le terrain sur lequel elle se trouvait autrefois.
Elle pleure encore chaque jour ce qui était autrefois son havre de paix, aujourd’hui disparu en un instant. Elle a payé le prix fort simplement pour avoir dénoncé sa destruction, comme si même le chagrin lui-même était interdit.
Les violations commises à l’encontre des femmes palestiniennes en Cisjordanie occupée continuent de s’intensifier en toute impunité. Les soldats et les colons israéliens soumettent les femmes à des agressions, des passages à tabac, des arrestations et d’autres formes d’abus.
L’offensive israélienne en Cisjordanie est le deuxième acte du génocide à Gaza
Samedi matin, peu après minuit, des soldats israéliens ont arrêté trois femmes de Jénine, au seul motif qu’elles avaient des liens de parenté avec une personne que Israël considère comme un homme recherché. Elles ont été emmenées de chez elles et séparées de leurs enfants, alors qu’elles n’avaient commis aucun crime.
Selon la Commission palestinienne des affaires des prisonniers, une centaine de femmes palestiniennes sont toujours détenues dans les prisons israéliennes, dont deux femmes enceintes, plusieurs mères et deux patientes atteintes d’un cancer. Beaucoup sont également mères ou épouses de martyrs.
L’une des violations les plus flagrantes de ces derniers mois a été l’entrave délibérée imposée à des femmes palestiniennes enceintes qui tentaient de se rendre à l’hôpital pour accoucher.
Dans un cas, cette entrave a entraîné la perte du bébé d’une femme, qui a failli mourir d’une hémorragie grave.
L’infirmière Sabreen Mohsen, originaire de Naplouse, a déclaré au *Palestine Chronicle* qu’elle accompagnait une femme enceinte du village de Qaryut, au sud de la ville, lorsque celle-ci a commencé à accoucher prématurément alors qu’elle en était à son sixième mois de grossesse.
Des soldats israéliens ont empêché l’ambulance de passer.
La femme a accouché à l’intérieur de l’ambulance et a souffert d’une hémorragie interne, avant de finir par perdre connaissance. Son nouveau-né était encore en vie et avait un pouls normal, mais il fallait de toute urgence l’emmener à l’hôpital pour le placer dans une couveuse.
« Les soldats nous ont ordonné d’arrêter l’ambulance et de couper le moteur immédiatement, ce qui a interrompu l’apport d’oxygène à la femme, qui était complètement inconsciente et dont l’état se détériorait. Nous les avons suppliés de nous laisser passer car il s’agissait d’une urgence, mais ils nous ont fait attendre plus de 40 minutes », a déclaré Mohsen.
Pendant ce temps, malgré les supplications répétées de Sabreen, les soldats ont pointé leurs armes sur elle et l’ont menacée.
Le pouls du nouveau-né s’est progressivement affaibli jusqu’à ce qu’il décède au poste de contrôle israélien d’Awarta. Sa mère a elle aussi failli y laisser la vie.
« Après ce retard, ils nous ont autorisés à passer. La femme luttait pour sa vie. Nous avons rapidement rétabli son apport en oxygène et prié Dieu de la sauver. Nous sommes arrivés à l’hôpital de Naplouse en un temps record, et le personnel médical a réussi à la sauver, mais elle a perdu son bébé. »
Les soldats semblaient totalement indifférents à la mort de l’enfant, car les forces israéliennes prennent régulièrement pour cible les ambulances, quelles que soient les urgences médicales qu’elles transportent.
Sabreen se souvient de nombreux autres cas difficiles où elle a été contrainte d’accoucher des bébés aux postes de contrôle israéliens, car les bouclages empêchaient les femmes enceintes de rejoindre les hôpitaux.
Les ambulances sont également souvent contraintes d’emprunter des itinéraires alternatifs longs et pénibles, car les forces israéliennes bloquent les accès aux villages et villes palestiniens.
« La situation des femmes enceintes est extrêmement difficile en raison de ces fermetures fréquentes. Leur état nécessite qu’elles soient transportées à l’hôpital le plus rapidement possible, mais nous constatons des retards et des entraves délibérés, qui ont des répercussions négatives sur la santé de la mère et de l’enfant », a-t-elle conclu.
Selon le rapport humanitaire 2026 de l’UNFPA, les restrictions, les postes de contrôles, les bouclages et les raids entravent l’accès aux soins de santé pour environ 73 000 femmes enceintes en Cisjordanie occupée.
Maisons abattues, vergers détruits : le martyre sans fin des Palestiniens
Ces restrictions comprennent des retards dans les orientations vers des soins spécialisés et des obstacles empêchant les ambulances et le personnel soignant d’accéder aux établissements médicaux.
Shawan Jabarin, directeur de l’organisation de défense des droits de l’homme Al-Haq, a déclaré au *Palestine Chronicle* que les femmes palestiniennes, à l’instar des autres Palestiniens, sont devenues la cible de l’agression israélienne, quels que soient leurs actes ou l’endroit où elles se trouvent.
Il a ajouté que l’agression israélienne avait atteint des « proportions sans précédent ».
« Le fait de prendre pour cible les femmes a des répercussions qui vont bien au-delà de la femme elle-même. Israël est pleinement conscient des implications que représente le fait d’arracher une femme à son foyer, à sa famille et à son rôle central au sein de celle-ci, ainsi que de l’angoisse et du bouleversement que son arrestation provoque chez les membres de sa famille », a déclaré M. Jabarin.
Selon M. Jabarin, l’arrestation des femmes palestiniennes s’inscrit dans un cadre plus large de punition collective pratiquée par Israël.
Il a souligné que les conséquences ne s’arrêtent pas à l’arrestation d’une femme, mais s’étendent à sa famille et à l’ensemble de la communauté qui l’entoure.
Jabarin a expliqué que cette politique ne se limite pas aux arrestations. Elle inclut également les démolitions de logements et la prise de femmes en otage, pratiques qu’Israël utilise, selon lui, à des fins politiques.
« Ces pratiques constituent des punitions collectives visant des personnes qui n’ont aucun lien avec les faits en cause, mais qui sont utilisées comme moyen de faire pression sur quelqu’un d’autre, comme dans les cas où un membre de la famille est arrêté pour contraindre une autre personne à se rendre », a conclu Jabarin.
* Fayha Shalash est une journaliste palestinienne vivant à Ramallah. Diplômée de l'université de Birzeit en 2008, elle travaille depuis lors en tant que journaliste.Ses articles sont parus dans plusieurs publications en ligne, dont The Palestine Chronicle, Al-Jazeera et Al-Mayadeen.
26 août 2026 – The Palestine Chronicle – Traduction : Chronique de Palestine – Éléa Asselineau
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]]>La guerre craint la musique, le théâtre et la peinture. Elle craint tout ce qui vibre encore d’émerveillement. Elle craint les cerfs-volants en papier que les enfants confectionnent pendant les fragiles moments de cessez-le-feu, à partir de bouts de papier et de restes d’espoir récupérés sous les décombres.
C’est pourquoi la guerre ne se limite pas à son objectif premier et le plus évident : tuer des êtres humains et détruire leurs corps. Avec une cruauté particulière, elle s’en prend à tout ce que les êtres humains créent de beau. Elle cherche à effacer notre mémoire visuelle et sonore, de peur qu’il ne reste un petit quelque chose qui nous rappelle comment nous souriions autrefois.
Tout au long de cette ligne d’eau interminable, qui s’étire comme une artère desséchée entre les tentes et les murs des maisons en ruines, il y a des dizaines de personnes qui ont contribué à façonner le paysage culturel et intellectuel de la Palestine : écrivains, poètes, professionnels du théâtre, musiciens, artistes plasticiens, médecins, enseignants et professeurs d’université.
Ils se tiennent là, dans une dignité silencieuse, sous un soleil brûlant qui rôtit leurs corps épuisés, attendant leur tour pour remplir d’eau potable des bidons en plastique.
Là, dans cette file d’attente, tous les titres s’effacent comme des feuilles d’automne emportées par un coup de vent. Il n’y a plus de metteur en scène, de musicien célèbre ou d’artiste dont l’œuvre a été saluée par la critique. Il n’y a plus que de simples êtres humains menant le combat le plus ancien et le plus fondamental qui soit : celui du droit à la vie.
Ceux qui se tiennent à proximité ne sauront peut-être jamais que l’homme portant le récipient en plastique jaune s’est autrefois produit sur les scènes des capitales européennes, sous les applaudissements du public. Ils ignorent peut-être que l’homme au teint pâle qui attend impatiemment son tour exposait autrefois ses tableaux dans des galeries internationales, où il était chaleureusement accueilli par ceux qui cherchaient la beauté à travers l’art.
Ils ne savent pas non plus que l’homme discret au bout de la file, les mains jointes derrière le dos, a composé des musiques évocatrices pour des films et des séries télévisées palestiniens qui ont inspiré des milliers de téléspectateurs.
La guerre ne se contente pas de nous rendre égaux dans la souffrance et le destin. Elle nous dépouille de tout ce qui témoigne de nos longues histoires personnelles et artistiques, ne nous laissant revêtus que de notre simple humanité.
Au sein de cette foule, trois amis ont retenu mon attention. Ce sont des piliers de la vie culturelle de Gaza, des artistes dont les créations ont voyagé bien au-delà des frontières de cette enclave assiégée pour atteindre le reste du monde.
Le premier est le metteur en scène Naeem Nasr, qui a consacré sa vie au théâtre de Gaza en tant que metteur en scène et comédien. Il a participé à des productions théâtrales et artistiques qui exploraient la souffrance palestinienne et la cause palestinienne sous toutes leurs dimensions humaines. Ses pièces ont été présentées dans plusieurs pays et capitales européennes, ce qui lui a valu de nombreux prix théâtraux.
Naeem a toujours su transformer l’espace confiné d’une scène en un ciel ouvert, rempli de questions humaines profondes. Il porte en lui la conviction inébranlable que l’art perd sa légitimité dès l’instant où il cesse de palper le véritable pouls humain.
Je lui ai demandé un jour, alors que les ombres s’allongeaient autour de nous au bord de l’eau : « Qu’est-ce que la guerre a fait à la scène de théâtre ? » Il a soupiré et est resté silencieux un instant avant de répondre, sa voix calme portant le poids de chacune des représentations qu’il avait données.
« La scène n’est plus assez grande pour ses acteurs », a-t-il dit.
« Gaza elle-même est devenue un théâtre à ciel ouvert où se déroule une tragédie. L’acteur a abandonné son rôle dramatique écrit pour jouer son rôle réel et existentiel dans la vie. Il est devenu le père qui mène des combats quotidiens à la recherche d’un litre d’eau, l’homme déplacé portant sa tente sur l’épaule d’une ruine à l’autre, et l’enfant capable de reconnaître les bruits des avions de guerre et des différents types d’obus d’artillerie avec plus de précision qu’il ne se souvient des chansons de son enfance ou des hymnes de ses années d’école. La guerre n’a pas seulement détruit la scène physique et ses décors. Elle a volé le temps lui-même — ce temps qui nous permettait autrefois de jeter un regard en arrière et de célébrer la vie. »
En contemplant les conteneurs vides devant nous, il a poursuivi :
« Parfois, je pense que la guerre a contraint l’artiste de théâtre à jouer vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sans entracte. Le matin, tu incarnes le père souriant qui rassure ses enfants en leur disant que demain sera meilleur, que tout va s’arranger. À midi, tu deviens l’homme déplacé et épuisé qui cherche un coin d’ombre pour protéger sa famille du soleil brûlant. La nuit, tu dois personnifier l’être humain courageux qui cache sa peur intérieure et le tremblement de sa voix, de peur que ceux qui l’entourent ne s’en aperçoivent et ne s’effondrent. »
« La guerre s’est également emparé du public du théâtre. Comment un enfant qui dort en se bouchant les oreilles de toutes ses forces, par crainte des bombardements, pourrait-il s’asseoir paisiblement dans un fauteuil de théâtre et assister à une représentation ? Comment un comédien pourrait-il mémoriser son texte alors que sa mémoire épuisée est déjà accablée par les noms des martyrs et les visages des amis tués lors des dernières frappes aériennes ? »
Pourtant, une lueur apparut dans ses yeux lorsqu’il ajouta : « Malgré tout cela, la guerre n’a pas réussi à tuer le théâtre. Le vrai théâtre, ce n’est ni le décor ni l’éclairage. C’est l’être humain lui-même. Tant que cet être humain se tient debout sur cette terre, affirme son existence et raconte son histoire, le rideau n’est pas encore tombé — et il ne tombera jamais. »
Le deuxième est l’artiste plasticien Abdel Nasser Amer, avec qui j’ai passé d’innombrables heures dans son ancien atelier, un lieu qui ressemblait à une carte miniature de la Palestine et qui embaumait les huiles parfumées et les pigments.
Ses peintures sont réputées pour leur puissante célébration des femmes palestiniennes en tant que premières gardiennes de la mémoire et de l’identité. Ses toiles regorgent de symboles chargés d’histoire : la robe traditionnelle de Majdalawi, la broderie à la main, les champs de blé dorés, les lettres coufiques et les visages burinés par le temps qui ont enduré la première Nakba et tous les ravages qui ont suivi.
Abdel Nasser a exposé à l’international et bénéficié de résidences artistiques en Europe. Il a continué à tenir fermement son pinceau et à peindre la Palestine comme s’il craignait que l’oubli ne l’engloutisse à jamais s’il fermait les yeux.
Au milieu de la poussière que soulève la file pour l’eau, je lui ai demandé : « Quel effet la guerre a-t-elle eu sur la couleur et la toile ? »
Sa voix semblait étouffée par la poussière des décombres lorsqu’il répondit : « Les couleurs sont devenues plus tristes et plus dures. La guerre nous a emprisonnés dans une palette sombre et restreinte. Le blanc est devenu la couleur des linceuls que nous voyons chaque jour. Le noir est la couleur de la fumée s’élevant des immeubles surpeuplés. Le rouge est la couleur du sang qui refuse de sécher sur les décombres. Le gris appartient aux tentes défraîchies qui s’étendent à la lisière des villes dévastées. »
« Quant au bleu — cette couleur que j’utilisais autrefois avec tant de passion pour peindre le ciel et la mer limpides de Gaza —, il est devenu un espace agité dans lequel je cherche un avion qui ne bombarde pas et un nuage miséricordieux qui n’effraie pas les enfants. »
Baissant les yeux vers ses mains fatiguées, il poursuivit : « La guerre n’a pas seulement changé les couleurs du tableau. Elle a changé le mouvement même de la main du peintre. La main qui passait autrefois des journées entières à chercher le moindre détail d’un point de broderie sur une robe palestinienne essaie désormais de trouver un sac de farine ou une bouteille d’eau potable. »
« J’ai découvert que les tableaux, eux aussi, peuvent avoir faim, et que les ateliers d’artistes peuvent souffrir d’une solitude mortelle. L’atelier qui débordait autrefois de couleurs, de musique, de visiteurs et de conversations artistiques chaleureuses est devenu un lieu de poussière et d’absence.
Même la Palestinienne que j’avais peinte, debout, fière et provocante au milieu des champs de blé, se tient désormais à mes côtés dans cette file d’attente pour l’eau, portant son enfant au visage pâle et cherchant une tente pour les abriter tous les deux. Les personnages sont sortis de leurs cadres pour vivre cette guerre à nos côtés, pas à pas. »
Puis, d’un ton perçant, il a ajouté : « Pourtant, la guerre ne nous a pas volé les couleurs qui sont en nous. Elle m’a simplement forcé à les chercher parmi les ruines et les décombres. Pour la première fois de ma vie, j’ai appris que la couleur elle-même peut pleurer, et qu’un tableau n’est plus simplement un objet de beauté accroché à un mur. Il est devenu un document — un témoignage humain vivant d’une époque de cruauté et de sauvagerie. »
Le troisième est le musicien et compositeur Jabr al-Hajj, l’un des pionniers de la composition musicale pour les productions artistiques palestiniennes, notamment les séries télévisées, les films documentaires et les pièces de théâtre.
Ses compositions ont accompagné des productions saluées tant par le monde arabe qu’à l’international. Avant que la main de la guerre ne s’abatte sur lui et ne détruise son studio, comme elle a tout détruit, il disposait d’un espace professionnel équipé des dernières technologies d’enregistrement et de composition.
À travers la musique, Jabr a créé un second langage pour la Palestine — un langage qui transcende les mots et peut dire au monde ce que ces derniers ne parviennent pas à exprimer en période de catastrophe.
Alors que le bourdonnement incessant des drones de surveillance tournait au-dessus de nos têtes, je lui ai demandé : « Qu’est-ce que la guerre a fait à la musique ? »
Il a esquissé un sourire las avant de répondre : « La mort, elle aussi, a acquis sa propre musique cruelle. La vie quotidienne à Gaza est désormais rythmée par le bruit des avions de combat, le grondement des obus lourds, les sirènes récurrentes des ambulances et les cris étouffés des enfants au milieu de la nuit.
« La musique ne naît plus uniquement des cordes délicates d’un oud ou des touches d’ivoire d’un piano. Aujourd’hui, elle jaillit de la patience inébranlable des mères et des doigts tremblants des enfants s’agrippant à la main de leur père dans l’obscurité. »
D’une voix plus calme, il a poursuivi : « La musique est devenue plus humble en temps de guerre — plus dépouillée et plus humaine. Au milieu de toute cette horreur, on découvre que la plus belle composition que l’on puisse entendre n’est pas celle jouée dans une grande salle de concert, mais le rire sincère d’un enfant qui a survécu à une longue nuit de bombardements.
« Le rythme le plus exquis est le bruit de l’eau qui coule dans le récipient d’un déplacé après des heures d’attente angoissante. J’ai appris que la musique n’est pas simplement les notes que nous inscrivons sur une partition. C’est ce qui reste de tendresse au fond de nos âmes lorsque la guerre ne parvient pas à nous transformer en pierre muette. »
Puis, d’un air presque rêveur, il a conclu : « La guerre nous a volé ce beau silence dont nous tirions autrefois nos mélodies. Pourtant, elle n’a jamais pu — et ne pourra jamais — nous empêcher d’écouter le battement de la vie qui résiste et s’obstine à perdurer. »
« Je crois encore profondément que la toute première chose qui naîtra lorsque cette guerre prendra enfin fin sera une nouvelle chanson — une chanson qui ressemble à Gaza elle-même, avec toute sa dignité et ses blessures. »
Aujourd’hui, alors que nous nous tenons côte à côte dans cette file d’attente interminable pour l’eau, je comprends que la guerre a fait bien plus que bombarder des théâtres, des maisons, des ateliers d’artistes et des studios d’enregistrement. Elle a placé la culture palestinienne, et toute sa splendeur, dans une file d’attente — en attente d’une goutte d’eau, en attente d’un morceau de pain, en attente du jour où la musique reviendra sur ses scènes, les couleurs sur ses toiles, et où les êtres humains auront à nouveau droit à une vie digne.
Je n’ai pas interrogé mes trois amis sur leurs prix ni sur les distinctions qu’ils avaient reçues. Je ne leur ai pas posé de questions sur les grandes représentations et expositions qu’ils avaient présentées dans des villes et des capitales lointaines. Je leur ai seulement demandé ce que la guerre avait fait à leur art.
À la fin de leurs réponses, j’ai réalisé que la véritable question n’avait jamais été le théâtre, la peinture ou la musique. Elle avait toujours été l’essence même de l’être humain.
La guerre a peut-être le pouvoir meurtrier de détruire un théâtre, de brûler un atelier ou de réduire en cendres l’univers d’un artiste. Pourtant, elle reste totalement incapable de vaincre l’idée et l’esprit dont sont nés tous ces arts.
Et c’est précisément pour cela que la culture palestinienne se tient aujourd’hui à nos côtés dans cette longue file d’attente pour l’eau. Elle a soif et elle est blessée, tout comme nous, mais elle reste obstinément vivante.
Elle continue de croire que la première chose qui émergera des décombres lorsque cette guerre prendra fin ne sera pas une pierre muette, mais un chant de défi, un tableau lumineux et une scène de théâtre qui diront au monde entier : Nous étions là — et nous continuons d’écrire, de peindre et de chanter la vie, malgré toute cette mort.
* Hani Al-Salmi est un écrivain palestinien originaire de la bande de Gaza. Il a publié plus de vingt romans et contes pour enfants et a reçu des prix littéraires dans tout le monde arabe.Al-Salmi vit toujours à Gaza, où lui et sa famille continuent de subir les réalités de la guerre, du déplacement et du siège.
4 août 2026 – The Palestine Chronicle – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet
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]]>La décision prise en mai par World Central Kitchen de réduire le nombre de repas distribués dans la bande de Gaza n’était pas simplement une mesure administrative ni une réduction d’un programme humanitaire. Elle a porté un coup dévastateur à des centaines de milliers de familles qui dépendent désormais presque entièrement de ces repas pour survivre.
Dans un territoire ravagé par la guerre, où la plupart des habitants ont perdu leur emploi et leurs sources de revenus, un repas quotidien est devenu le dernier rempart contre la faim.
Aujourd’hui, alors que les opérations humanitaires continuent de se réduire et que les quantités de nourriture disponibles diminuent, le spectre de la famine plane à nouveau sur Gaza. Cette situation ravive le souvenir de certains des mois les plus difficiles que la population ait endurés pendant la guerre.
Selon les estimations humanitaires, environ 1,6 million de Palestiniens — soit environ 77 % de la population de Gaza — sont confrontés à une insécurité alimentaire aiguë, alors que l’aide humanitaire diminue et que les services essentiels se réduisent de jour en jour.
En tant que journaliste parcourant les camps de déplacés à travers Gaza, je suis chaque jour témoin de ce dont les chiffres et les statistiques ne peuvent pas entièrement rendre compte. Des milliers de familles s’endorment sans avoir assez à manger, et des milliers d’enfants se réveillent chaque matin sans savoir s’ils auront leur prochain repas.
Aux carrefours étroits des camps, je vois chaque jour des enfants porter des récipients vides, se déplaçant d’une tente à l’autre ou se tenant au bord de la route, dans l’espoir qu’une initiative caritative passe par là et remplisse ces récipients de suffisamment de nourriture pour apaiser leur faim.
C’est une scène qui est devenue à la fois familière et déchirante, mais qui continue de me briser le cœur chaque fois que je la vois.
Malgré l’entrée en vigueur de l’accord de cessez-le-feu, la vie des habitants ne s’est pas améliorée comme ils l’avaient espéré. L’aide qui devait arriver en grande quantité n’a pas été acheminée à l’échelle nécessaire, tandis que les restrictions sur l’entrée des fournitures essentielles se sont poursuivies, maintenant la crise humanitaire à un niveau critique.
L’organisation World Central Kitchen a annoncé la suspension d’une grande partie de ses opérations alimentaires à Gaza en raison de l’épuisement des réserves essentielles et du carburant, des difficultés croissantes pour acheminer l’aide sur le territoire, ainsi que des pressions financières auxquelles l’organisation est confrontée.
Plus de 500 employés travaillant dans le cadre de ses programmes à Gaza ont également été licenciés.
En conséquence, le nombre de repas distribués chaque jour a chuté de manière spectaculaire, passant de près d’un million à environ 200 000. Ce recul drastique a eu un impact direct sur des centaines de milliers de Palestiniens qui comptaient sur ces repas comme principale source d’alimentation.
Pour de nombreuses familles, ces repas ne constituaient pas une aide supplémentaire ni une solution temporaire. Ils représentaient souvent le seul repas de la journée. Leur disparition ou leur réduction se traduit donc, tout simplement, par davantage de faim et davantage de souffrances.
À Gaza aujourd’hui, l’accès à la nourriture ne dépend plus uniquement de sa disponibilité, mais aussi de la capacité à se la procurer. Préparer un repas simple pour une famille peut coûter environ 20 dollars, une somme bien hors de portée de la plupart des ménages privés de toute source de revenus depuis de nombreux mois.
Le gaz de cuisine reste rare et indisponible en quantités suffisantes, ce qui oblige de nombreuses familles à se rabattre sur le bois de chauffage. Or, même le bois de chauffage est devenu un produit coûteux pour ces familles qui ont déjà du mal à acheter du pain.
Parallèlement, les prix des légumes et d’autres denrées alimentaires ont atteint des niveaux sans précédent, rendant presque impossible pour les familles de subvenir à leurs besoins quotidiens.
Dans les camps, on voit souvent des pères et des mères assis devant leur tente pendant des heures, perdus dans leurs pensées et incapables de répondre à la question récurrente de leurs enfants : « Qu’est-ce qu’on va manger aujourd’hui ? »
Gaza : les Israéliens imposent une pénurie critique de pain, de lait maternisé et d’eau
Il ne s’agit pas seulement d’une crise alimentaire. C’est aussi une crise de dignité et d’humanité.
En tant que personne déplacée moi-même, je connais une famille de neuf personnes qui vit près de chez moi. Le père comptait entièrement sur les repas fournis par World Central Kitchen pour nourrir ses enfants.
Lorsque je lui ai parlé récemment, il m’a dit quelque chose que je n’ai pas pu oublier : « Je n’aime plus le matin. »
Ce n’était pas qu’il détestait la lumière du jour ou le lever du soleil. Il redoutait plutôt le moment où ses enfants se réveilleraient et commenceraient à réclamer à manger. Il redoutait de croiser leur regard sans avoir rien à leur donner.
Cette famille ne fait pas exception. Des centaines de milliers de familles en sont venues à redouter le matin pour la même raison. Le début d’une nouvelle journée signifie devoir faire face à de nouvelles questions auxquelles elles n’ont pas de réponse.
Les opportunités d’emploi étant quasi inexistantes, de nombreux pères partent chaque matin à la recherche d’un travail temporaire susceptible de nourrir leurs enfants, pour ne revenir le soir qu’avec une nouvelle déception.
Comment un père peut-il expliquer à un enfant de trois ans qu’il n’y aura pas de nourriture aujourd’hui ? Comment peut-il demander de la patience à un enfant qui ne comprend pas ce que signifient la guerre, le blocus ou le manque de moyens ?
Dans des moments comme ceux-là, on ressent non seulement de l’impuissance, mais aussi un profond et récurrent sentiment de désespoir. On voit un enfant pleurer de faim, sans rien pour sécher ses larmes ni apaiser sa douleur.
Et même lorsqu’on songe à demander de l’aide aux voisins, on se rend compte que tout le monde vit la même tragédie. Ici, la faim n’est plus un problème individuel ; elle est devenue une expérience collective partagée par toute la communauté du camp.
Dans ce contexte, les avertissements internationaux concernant la détérioration de la situation humanitaire à Gaza ne cessent de s’intensifier.
Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) a averti que le manque de financement obligeait les partenaires humanitaires à réduire ou à suspendre de nombreux services essentiels.
L’agence a déclaré que le financement du Plan d’intervention humanitaire à Gaza et en Cisjordanie n’atteignait que 15 % des 4,1 milliards de dollars estimés nécessaires, ce qui menace la continuité des programmes d’aide et des services vitaux.
Que se passe-t-il dans le « triangle des Bermudes » de Gaza ?
Les données de l’ONU montrent également une baisse significative du nombre de repas distribués quotidiennement dans la bande de Gaza, qui est tombé à environ 678 000 repas par jour, contre environ 1,5 million de repas par jour à la mi-mars.
Bien que l’accord de cessez-le-feu ait prévu l’entrée de 600 camions d’aide par jour à Gaza dans le cadre du protocole humanitaire, les organisations humanitaires affirment que les quantités qui sont effectivement entrées restent bien en deçà des besoins croissants et urgents de la population.
Aujourd’hui, les habitants de Gaza ne se posent pas de questions sur la reconstruction ou l’avenir de l’économie. La question la plus urgente et la plus fondamentale est la suivante : comment trouver de quoi manger pour juste un jour de plus ?
La communauté internationale se rend-elle compte que Gaza se trouve une nouvelle fois au bord de la famine ? Ou bien le monde attend-il que le nombre de décès dus à la faim augmente avant d’agir ?
Dans le camp où je vis, il y a un enfant de trois ans qui demande chaque jour à son père de quoi manger. Le père n’a pas de réponse, la mère n’a pas de réponse… et les voisins vivent la même situation.
Peut-être que la véritable tragédie à Gaza aujourd’hui est que cette simple question posée par un enfant reste sans réponse — non seulement de la part de son père, mais aussi de la part du reste du monde qui regarde la faim se propager jour après jour et continue d’observer en silence.
* Shaimaa Eid est une journaliste indépendante qui couvre l'actualité depuis Gaza, une ville soumise aux bombardements, au siège et à la famine. Depuis le début de la guerre, elle relate, à travers des témoignages poignants, des histoires humaines méconnues de déplacement, de famine et de survie.
Elle écrit pour The Palestine Chronicle et The Palestinian Information Center.
15 juin 2026 – The Palestine Chronicle – Traduction : Chronique de Palestine
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]]>TÉHÉRAN, Iran — Des centaines d’invités s’étaient rassemblés mardi soir dans deux maisons familiales à Kuhestak, un village côtier de la province d’Hormozgan, dans le sud de l’Iran, près du détroit d’Ormuz, pour célébrer un mariage lorsque les missiles ont frappé.
« J’entends encore les voix des femmes qui poussaient des cris de joie, puis soudain, le plafond du salon et les murs se sont effondrés sur nous », a raconté Zeinab Mallahi, une invitée du mariage, à Drop Site News. « Ce bruit me hante nuit et jour. »
Un projectile a transpercé le toit de l’une des maisons, laissant un cratère d’environ 1,5 mètre de profondeur dans le sol. Un autre a frappé un palmier dattier, le projetant contre un mur.
Les gens se sont mis à crier et à « courir dans tous les sens », se souvient-elle. « C’était quelque chose que je n’avais vu que dans les films. Je n’avais jamais vu de missile. Je n’avais jamais vu d’éclats d’obus. Je ne comprenais pas ce qui se passait. »

2 septembre 2026 – Dégâts causés aux bâtiments à la suite de la frappe américaine contre une fête de mariage à Kuhestak, dans le comté de Sirik, en province d’Hormozgan, en Iran – Photo : Morteza Akhondi
Quatre personnes ont été tuées sur le coup : Amir Ali Karimi, âgé de quatre ans, Mohammad Mallahi, âgé de 16 ans, Kolsoom Mallahi Nezhadnia, âgée de 43 ans, et Zarkhatoun Taheri, âgée de 50 ans.
Deux jours plus tard, Asieh Molaeinezhad, âgée de 22 ans, qui avait été grièvement blessée et placée en soins intensifs, est décédée, portant le bilan à cinq morts. Au moins 60 autres personnes ont été blessées.
Le 30 août, les États-Unis ont repris leurs bombardements sur l’Iran, concentrant leurs attaques dans le sud du pays, après que les deux camps eurent suspendu leurs frappes pendant plusieurs semaines.
Les autorités iraniennes ont déclaré qu’au moins 14 autres personnes avaient été tuées lors de frappes menées à travers l’Iran cette nuit-là. Téhéran a riposté en lançant des attaques contre des cibles [militaires] américaines en Jordanie, au Koweït, en Irak et à Bahreïn.
Ali Mallahi, un pêcheur local et père de la mariée, a déclaré à Drop Site qu’au moins 350 personnes s’étaient rassemblées pour célébrer le mariage de sa fille Maryam lorsque sa maison a été touchée.
« Je ne sais vraiment pas quoi dire », a déclaré Mallahi à Drop Site. « Cela s’est produit dans un quartier entièrement résidentiel. Il n’y avait aucune installation militaire aux alentours de la maison. »
Comme c’est souvent le cas lors des mariages dans la province d’Hormozgan, les hommes et les femmes étaient réunis dans des maisons familiales distinctes, situées à moins d’une centaine de mètres les unes des autres. M. Mallahi se trouvait avec les hommes chez son cousin Mohammad Rasoul, tandis que les femmes s’étaient rassemblées chez lui.
L’explosion s’est produite sans avertissement.
« Ma première pensée a été qu’une bouteille de gaz avait explosé chez moi », a déclaré M. Mallahi. Il s’est précipité pour voir si les femmes allaient bien, et a entendu une deuxième puis une troisième explosion en arrivant sur place. « Quand je suis arrivé, tout le monde courait dans tous les sens. »
Il a poursuivi : « Pendant un instant, je suis resté figé. Je ne savais pas ce qui s’était passé. Je me suis demandé : ont-ils vraiment tiré un missile sur ma maison ? Qu’est-il advenu du mariage de ma fille ? Qu’est-il advenu de mes invités ? De mes enfants, de ma femme, de tout le monde ? »
Huit personnes ont été admises à l’hôpital de Sirik, tandis que six autres ont été placées en soins intensifs à l’hôpital Hazrat Abolfazl de Minab. Vingt-six autres patients ont été admis dans les services de chirurgie de l’hôpital, selon Pezhman Shahrokhi, un responsable sanitaire local.
Parmi les six patients en soins intensifs, l’un se trouvait dans un état critique et avait été intubé. Au total, 36 patients ont ensuite pu quitter l’hôpital après avoir bénéficié d’un diagnostic et d’un traitement spécialisé.
Le Commandement central américain (CENTCOM) a prétendu que la vague de frappes du 1er septembre dans le sud de l’Iran visait les « sites de défense aérienne, les systèmes radar et les moyens maritimes » du Corps des gardiens de la révolution islamique.
Jeudi, le vice-président JD Vance a affirmé que les États-Unis enquêtaient sur l’incident, mais a ajouté qu’il était « extrêmement sceptique » quant aux informations circulant au sujet de cette attaque. « Ce que je peux affirmer avec une certitude absolue, c’est que contrairement à [l’Iran], les États-Unis ne prennent jamais pour cible des civils au combat. Nous ne le ferons jamais. Nous ne l’avons jamais fait, et malheureusement, bien sûr, il arrive parfois que des incidents se produisent », a-t-il déclaré lors d’un point presse à la Maison Blanche.
Une enquête de Reuters a révélé que l’attaque contre le mariage était probablement le résultat d’un tir direct d’un projectile américain et non d’un ricochet provenant d’une autre cible.
« Aucun d’entre nous n’avait quoi que ce soit à voir avec la politique. Je ne connais pas le droit international, mais je sais que ce qui s’est passé ici n’est pas juste », a déclaré M. Mallahi.
« Les États-Unis sont sans aucun doute responsables. Ma maison se trouvait dans un quartier entièrement résidentiel. Je ne sais plus où j’en suis dans ma vie. Le mariage de ma fille n’a pas pu être mené à son terme. Mes proches sont à l’hôpital. Même ma sœur doit subir une intervention chirurgicale en raison de ses blessures. »
« Des petits enfants qui ne connaissaient rien à la politique ni à la guerre »
Selon les médias d’État, des centaines de personnes se sont rassemblées jeudi pour les funérailles des quatre victimes tuées le jour de l’attaque, parmi lesquelles des personnes venues rendre hommage, des proches, des militaires et des responsables civils.
« J’ai honte face à mes invités maintenant », a déclaré Mallahi. « Ils étaient censés venir ici et être à nos côtés pour cette soirée de fête en l’honneur de ma fille. Mais désormais, chaque fois que je les verrai, je pense que je baisserai la tête. Ils sont venus ici pour nous, et certains d’entre eux ont perdu leurs enfants ou des proches. »
Selon les autorités iraniennes, plus de 3000 Iraniens ont été tués depuis que les États-Unis et Israël ont lancé la guerre le 28 février, dont plus de 50 au cours d’une soit-disant trêve de 60 jours avant la reprise des combats en juillet.
Mostafa Taheri, un secouriste du Croissant-Rouge, a expliqué à Drop Site que son équipe était arrivée sur les lieux cinq minutes après avoir reçu l’alerte concernant l’attaque. Ils étaient déjà en état d’alerte en raison des frappes américaines de la nuit précédente.
« Ce que j’ai vu, c’était le bonheur et le chagrin coexistant au même endroit », se souvient M. Taheri. « On aurait encore dit qu’une fête était en cours, les lumières du mariage étaient toujours allumées. »
Plusieurs invités du mariage étaient encore bloqués sous les décombres à l’arrivée des secouristes. D’autres avaient été blessés par des éclats. M. Taheri a déclaré que c’était la première fois qu’il était confronté à une telle scène.
« Nous entendions les cris des blessés », a-t-il expliqué. « Nous avons immédiatement commencé à localiser les personnes, à déblayer les décombres et à évacuer les blessés. »
Les habitants et les invités au mariage ont aidé les secouristes à déblayer les débris et à évacuer les blessés. Certains blessés avaient des blessures aux mains, aux jambes et à la tête. D’autres saignaient abondamment.
« J’ai vu qu’un enfant avait été tué », a-t-il déclaré. « Quand j’ai demandé quel âge il avait et qu’on m’a répondu qu’il avait quatre ans, cela m’a profondément bouleversé. Même maintenant, deux jours plus tard, je pense encore et toujours à lui. »
* Peiman Salehi est un analyste politique basé à Téhéran, spécialisé sur l’Iran, les États-Unis et les changements de rapports de force mondiaux. Ses articles sont publiés dans @thehill, @SCMPNews, @RStatecraft et @DropSiteNews. Il est cité dans : @TheEconomist et @Forbes.
4 septembre 2026 – Drop Site News – Traduction : Chronique de Palestine
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]]>Monsieur le Maire,
Le retour de vacances signifie, pour bon nombre d’entre nous, une reprise d’activités et une mise à jour des événements qui ont eu lieu durant cette période estivale. Cet « ajustement » nous réserve parfois des surprises.
Ainsi nous avons appris, par les réseaux sociaux, que le Conseil Municipal, mis en place à Mulhouse après le 22 mars dernier, avait réactivé le jumelage avec la ville israélienne de Givatayim. Ce jumelage avait été signé en novembre 1991 par Jean-Marie BOCKEL et était en sommeil depuis plusieurs mandats, selon les affirmations de l’ancienne municipalité.
Les recherches sur Internet nous précisent que les objectifs de ce jumelage étaient de favoriser les échanges culturels, sportifs, économiques et le partage de bonnes pratiques, ainsi que le dialogue pour la paix…
Vous le savez très bien, Monsieur le Maire, pendant que votre Adjointe, en charge des relations internationales, Anne-Catherine GOETZ, assistée de Rodolphe CAHN, Adjoint en charge des relations avec les cultes et de la laïcité…, donnaient l’accolade au maire de cette ville israélienne, la destruction systématique de Gaza se poursuivait sans relâche.
Au 24 août 2026, le Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies annonçaient des chiffres terrifiants : 73 407 Palestiniens tués à Gaza, dont 21 283 enfants et 10 983 femmes, ainsi que 174 335 blessés. Une population de 2,1 millions de personnes déplacées de force, affamées, privées de médicaments et de logement est parquée sur 30 % d’un territoire dévasté.
Ces trois dernières années, à Gaza, des milliers de familles ont perdu des êtres chers ou ont été anéanties. Nombreux sont ceux qui n’ont pas pu enterrer et pleurer leurs proches, contraints de laisser les corps se décomposer dans les maisons, dans la rue ou sous les décombres. Ces victimes ne sont pas prises en compte dans les chiffres cités.
Des milliers de Palestiniens ont été et sont encore détenus et systématiquement soumis à de graves maltraitances, à de graves tortures.
Vous savez également, Monsieur le Maire, que sur tout le territoire de la Cisjordanie les violences perpétrées par les milices de colons, assistées par l’armée israélienne, font quotidiennement des blessés graves et des morts.
Incendies volontaires, destructions de maisons, de bâtiments (y compris construits avec des aides françaises et européennes), arrachages de champs d’oliviers, dégradations de puits et de conduites d’eau, vols de bétails : tel est le mode opératoire des colons qui volent, frappent et torturent, assassinent hommes, femmes et enfants palestiniens.
Les militants israéliens, comme ceux du mouvement « Standing together », mouvement qui s’oppose, en Israël, à la colonisation et à l’occupation israélienne des territoires palestiniens, les militants internationaux, les journalistes, ne sont pas épargnés.
Tous ces faits, Monsieur le Maire, vous en avez connaissance parce qu’ils sont documentés, non seulement sur les réseaux sociaux, mais par la presse israélienne, notamment dans le Haaretz. Ils sont démontrés par des enquêtes de médias indépendants et par les plus hautes instances des Nations Unies.
Les décisions de la Cour Pénale Internationale, de la Cour Internationale de Justice, tous les jugements et arrêts, toutes les décisions de justice prises contre la barbarie des autorités israéliennes, y compris par les juridictions françaises, décrivent la violence qu’Israël déchaîne, en toute impunité, contre le peuple de Palestine et démontrent le génocide, orchestré et perpétré par l’État d’Israël pour éliminer systématiquement ce peuple et procéder au grand remplacement.
Et que ce soit en Palestine, en Syrie ou au Liban, les pratiques de l’armée israélienne sont les mêmes : violence coordonnée, massacres, nettoyage ethnique, déplacements forcés et confiscation des terres. Le génocide et la destruction de la mémoire palestinienne à Gaza représentent l’apogée de cette violence.
Nous avons découvert, sur les réseaux, que Mulhouse a décidé de « favoriser le dialogue, les échanges et l’amitié entre les peuples… dans la continuité de sa politique internationale ». Notre monde compte 195 pays reconnus officiellement et vous choisissez Israël, l’Etat d’Israël accusé de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité pour « vos échanges d’amitié entre les peuples » ? Si nous étions plus véhéments nous pourrions qualifier ce geste d’indécent et d’irrespect de l’humain.
L’Association France Palestine Solidarité Alsace n’est pas née après le 7 octobre 2023. Depuis plus de 20 ans, nous nous battons pour l’autodétermination du peuple palestinien et l’indignation et la colère que nous ressentons aujourd’hui ne sont pas à associer à la haine de l’autre, tout comme les accusations d’antisémitisme ne seraient pas recevables.
D’ailleurs, nos amis israéliens nous rejoignent dans nos luttes et plus d’une centaine d’anciens représentants diplomatiques de la France et du Royaume-Uni, appellent leurs gouvernements à agir à travers une série de sanctions contre Israël pour préserver l’Etat de droit, contre l’impunité sans faille accordée par l’Occident à cet Etat scélérat.
Mais nous voulons terminer notre courrier sur une note positive et constructive. Ce jumelage, en 1991, visait à favoriser le partage de bonnes pratiques, ainsi que le dialogue pour la Paix. Nous vous proposons donc d’inscrire « dans la continuité de votre politique internationale » la signature d’un jumelage entre la ville de Mulhouse et une ville palestinienne.
Nous sommes à votre disposition pour vous accompagner dans la réalisation de ce projet.
Nous vous présentons, Monsieur le Maire, nos salutations.
Résolument.
Pour l’AFPS Alsace, la Présidente,
Mireille PELKA
* L’Association France Palestine Solidarité Alsace (AFPS Alsace) rassemble des personnes attachées au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et à la défense des droits humains. Elle a pour vocation le soutien au peuple palestinien notamment dans sa lutte pour la réalisation de ses droits nationaux.
1er septembre 2026 – AFPS Alsace
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]]>Sara, 12 ans, partageait une seule salle de classe avec plus de 40 personnes lorsqu’elle a eu ses premières règles. Sa famille s’était retrouvée déplacée dans le quartier de Rimal, à Gaza, où elle avait trouvé refuge dans une école réaménagée après avoir fui les bombardements israéliens.
Prise au dépourvu, Sara ne disposait d’aucun produit d’hygiène ni de trousse pour l’aider à faire face à cette première menstruation inattendue. En se remémorant cet épisode, sa mère raconte :
« La surpopulation extrême dans la salle de classe a transformé une étape biologique naturelle en une source de peur, de culpabilité et d’envie de se cacher. »
Le traumatisme lié à ce moment a tellement affecté Sara qu’elle s’est complètement renfermée sur elle-même et « a refusé de manger, simplement pour éviter d’avoir à utiliser les toilettes publiques insalubres ».
Pour Sara, ce moment n’a été source que d’une « terreur et d’une angoisse écrasantes, car elle savait qu’avoir ses règles représentait un fardeau et une pression supplémentaires immenses dans ces conditions de vie ».
De nombreux programmes de santé sexuelle et procréative à Gaza ont été rapidement suspendus lorsque le génocide a commencé, pour des raisons de sécurité du personnel. Mais cela a créé un vide dans l’accompagnement psychologique proposé et affecte la compréhension que les jeunes filles ont de leur propre corps à l’approche de la puberté.
À propos de la suspension de ces programmes éducatifs, la sœur de Sara a déclaré : « Les jeunes filles qui atteignent la puberté en temps de guerre ont besoin d’une intervention humanitaire bien pensée, qui tienne compte à la fois de leur santé mentale et de leur développement physique. »
Au lieu de cela, cette génération de jeunes filles ne peut compter que sur les femmes de leur entourage pour leur apporter le soutien limité qu’elles sont en mesure d’offrir.
La sœur de Sara se souvient avoir confectionné pour elle un substitut en tissu à réutiliser à la place des serviettes hygiéniques, dont les prix étaient rapidement devenus exorbitants sur les marchés locaux – quand on parvenait à en trouver. Elle a également emprunté des analgésiques à des voisins pour soulager ses crampes.
Mais Israa Saleh, universitaire palestinienne et travailleuse humanitaire pour Médecins du Monde, fait valoir que cette « résilience » communautaire ne devrait pas être considérée comme acceptable par la communauté internationale.
« Nous détestons le terme ‘résilient’ car il nous déshumanise », déclare Israa, avant d’ajouter : « C’est tellement triste de dire cela, car nous avons passé deux ans à prouver au monde entier que nous méritons de vivre. »
Elle poursuit : « Ce silence s’explique en partie par le fait que [les règles] ne sont pas reconnues comme un problème de santé publique », ce qui signifie que les projets d’infrastructure ne sont pas conçus pour donner la priorité aux soins liés aux règles.
Mais face à ce que Save the Children qualifie de « siège » visant à semer « le chaos, la famine et la mort », les ONG se trouvent dans l’impossibilité de fournir ne serait-ce qu’un soutien limité en matière d’hygiène menstruelle.
Saffiyah, âgée de 13 ans, a eu ses premières règles dans une pièce bondée, entourée de membres de sa famille. Cette expérience a déclenché « une crise de panique et des sanglots incontrôlables ».
Sa mère l’a calmée, a déchiré un morceau de tissu en coton propre et doux, l’a préparé pour elle et l’a mise à l’abri dans un coin tranquille de la tente.
Mais sans fournitures adaptées ni supports pédagogiques pour aider Saffiyah à traverser ce moment, sa famille ne pouvait pas faire grand-chose de plus.
La détresse liée au fait de traverser la puberté dans une zone de guerre a également laissé de profondes séquelles psychologiques chez Saffiyah. Sa famille a remarqué qu’elle manifestait encore « une peur et une confusion constantes [lorsqu’elle a ses règles], et qu’elle évitait de sortir de la tente ou de se rendre dans les espaces d’apprentissage provisoires par crainte des fuites ».
Non seulement cela a profondément ébranlé la confiance en soi de Saffiyah, mais cela continue d’affecter son avenir en limitant son accès à l’éducation – qui est déjà compromis depuis près de trois ans.
L’éducation n’est pas le seul domaine de la vie touché par ce problème. Pour les jeunes filles comme Saffiyah, les règles et la crainte d’avoir des fuites en public ont commencé à entraver leur capacité à accomplir les tâches quotidiennes les plus simples, beaucoup d’entre elles étant contraintes de rester enfermées dans des tentes jusqu’à ce que les saignements cessent.
La mère de Saffiyah s’est déjà entretenue avec les responsables des centres d’accueil au nom de sa fille pour demander des kits d’hygiène spécialement adaptés aux besoins des jeunes filles. Mais comme l’aide alimentaire et médicale est prioritaire aux points de contrôle, les produits d’hygiène menstruelle restent rares.
La famille de Saffiyah a conclu en dénonçant le manque de soutien aux jeunes filles en pleine puberté, déclarant :
« Il n’existe aucun programme dédié aux jeunes adolescentes proposé par les organisations humanitaires. L’accent reste presque exclusivement mis sur les colis alimentaires, sans tenir compte des besoins spécifiques à chaque tranche d’âge. »
Elles ont souligné que la crise ne se résume pas à un simple problème de produits d’hygiène, mais que « les jeunes filles ont un besoin urgent d’un soutien émotionnel et éducatif, en plus de kits d’hygiène adaptés à leur âge ».
En l’absence d’infrastructures suffisantes, les femmes plus âgées ont dû faire des sacrifices pour aider les jeunes filles à traverser la puberté.
Dina, qui vit dans le camp de Nuseirat avec ses deux jeunes filles, partage une tente avec plusieurs familles voisines.
Avant le début de la guerre, elles jouissaient d’une totale indépendance et avaient chacune un accès privé aux produits d’hygiène personnelle pour chaque membre de la famille, sans avoir à les partager. Mais aujourd’hui, elles dépendent entièrement de l’entraide des autres femmes du camp.
Dina subvient désormais aux besoins de ses filles en réservant des moments précis, à l’abri des regards, pour laver le linge et les chiffons de rechange.
Elle ajoute : « Nous avons mis en place un système de rotation pour laver les chiffons et les faire sécher discrètement dans un coin recouvert de draps », afin de préserver un peu d’intimité même au sein de leur tente commune.
Dina souligne que ce n’est que grâce à la compassion partagée entre femmes que ses filles ont pu bénéficier d’une quelconque protection pendant leur puberté, en déclarant :
« La solidarité entre femmes est le seul filet de sécurité qui préserve la dignité des femmes en l’absence totale de produits de première nécessité. »
Ayah s’est également occupée de ses petits-enfants alors qu’ils approchaient de la puberté en pleine période de génocide et se souvient avoir « partagé le tout dernier morceau de tissu propre entre deux jeunes filles le même jour pour faire face à une urgence et leur éviter une situation embarrassante ».
Ayah ajoute que « l’esprit de solidarité féminine et d’entraide entre femmes reste le rempart ultime contre les rigueurs du déplacement ».
Elle se souvient également avoir prêté des analgésiques et des tisanes, comme celle à l’anis, d’une tente à l’autre pour soulager les crampes et les douleurs menstruelles des jeunes femmes installées dans les tentes voisines.
« Le fait de vivre dans des salles de classe bondées ou sous des tentes a effacé les frontières entre les individus », explique Ayah, « transformant la gestion des saignements et des règles en un effort collectif. »
La reconstruction des infrastructures à travers Gaza reste un défi complexe pour les travailleurs humanitaires, mais la solidarité féminine qui s’est développée pour protéger les jeunes filles ne peut être considérée comme une alternative à un accompagnement menstruel adapté.
* Midnight Adams est une journaliste documentaire écossaise de confession musulmane qui prépare actuellement un master en « Humanitarisme, aide humanitaire et conflits » à la SOAS, Université de Londres.
Elle milite activement en faveur de l’égalité menstruelle : elle a notamment pris la parole au nom de la Fondation WOW et rédigé des articles sur ce sujet pour plusieurs médias arabes.
28 août 2026 – Middle-East Monitor – Traduction : Chronique de Palestine – Éléa Asselineau
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