L’identité : « Le fait pour une personne d’être tel individu et pouvoir être légalement reconnue pour tel sans nulle confusion grâce aux éléments (état civil, signalement) qui l’individualisent ; ces éléments. » (Le Petit Robert).
L’identité : « Caractère permanent et stable d’un individu, d’un groupe. » (Dictionnaire Antidote).
Selon C. Melman (1990), l’identité est constituée, d’un point de vue psychanalytique, de quatre éléments (l’image, le symbole, le réel et le symptôme). Les quatre éléments représentent respectivement l’identité imaginaire, symbolique, réelle et symptomatique.
Si l’identité personnelle renvoie au caractère de ce qui est identique à soi-même (Le Robert), l’identité imaginaire concerne l’image renvoyée à l’individu par son prochain. De ce faire l’identité imaginaire des immigrés français est logiquement différente à celle des autochtones du fait que leur étrangeté soit visible.
“Même s’ils souhaitent se fondre dans la société environnante, ne revendiquent aucune caractéristique différente de celle des Français de souche, leurs phénotypes les désignent comme étrangers ou français d’origine étrangère et ce dans une société marquée par les rapports de domination passés et présents entre la France et ses anciennes colonies”. (Leconte : 1997 : 162).
Selon Leconte (ibid.), l’image renvoyée par les autochtones n’est pas toujours très valorisante. Le rapport colonisé-colonisateur hérité de la colonisation des pays d’origines continuent en France, l’ancienne puissance colonisatrice. Dans les quartiers populaires, les immigrés sont très souvent montrés du doigt par l’opinion publique comme les auteurs de tous les maux du quartier.
Les éléments de l’histoire personnelle, les origines, la famille, la religion, la formation culturelle et l’identité sexuée considérés comme les traits permanents de l’individu forment son identité symbolique. Nous trouvons forcément les langues et le groupes ethniques dans cette formation étant donné que l’enfant commence à s’intégrer à son groupe par la langue. La langue d’un sujet représente son histoire personnelle, un point incontournable dans la formation de sa culture. La langue du sujet renvoie très généralement à sa famille et à sa souche. (ibid.) « Bien que pour certains la langue ait « un rôle TRES secondaire dans l’aspect culturel d’un peuple », les « déracinés » citadins trouvent en elle un refuge idéal pour définir leur culture d’origine et contrer un processus d’assimilation ». (Canut, 2008 : 122). Au Mali, l’ethnicisation de la langue est ambiguë malgré que selon certains peuples la langue est la marque « d’identité première, l’âme d’un peuple ». (ibid.).
L’identité réelle, le désir et symptomatique, le symptôme névrotique relève essentiellement de la psychanalyse. (ibid. et Chabah, 2006 : 25).
La définition de la langue par Melman (1990) comme un élément de l’identité est partagé par des auteurs tels que Joshua Fishman et Jacqueline Billiez. Pour le sociolinguiste américain (1989), la langue que le sujet parle le relie à un groupe voire même à son groupe ethnique. Il ajoute à la définition de l’ethnicité un aspect phénoménologique « [… ] concerned not only with an actor’s descent-related being (paternity) and behaving (patrimony) but with the meanings that he attaches to his descent-related being and behaving (phenomenology).» (Fishman, 1989 : 30). La langue est pour Fishman l’excellent symbole représentant l’identité. Pour Billiez (1985) la langue est importante dans la définition de l’identité. A la suite d’une enquête menée au des immigrés dans un centre de didactique en France, elle s’était rendu compte que la langue d’origine est plutôt un marqueur d’identité et une composante d’héritage qu’un moyen de communication. Les deux énoncés suivants l’illustrent : «Ma langue c’est l’arabe mais je la parle pas.» et «l’espagnol c’est ma langue mais c’est pas ce que je parle.» (Billiez, 1985 : 101-102). Alors la langue relie fortement le sujet à ses traces, à ses racines… « C’est la langue d’identité », « C’est un héritage », « C’est mes racines »
Selon John Edwards (1985) la langue a à la fois une fonction symbolique (ethnicisation de la langue) et une fonction communicative (la langue outil de communication).
“[… ] there can be a distinction, within a language, between what l have called communicative and symbolic functions. [… ]. The basic distinction here is between language in its ordinarily understood sense as a tool of communication, and language as an emblem of groupness, as a symbol, a rallying-point” (Edwards, 1985: 17).
Chabah (2006 : 27) souligne que « […] la langue peut tout aussi bien disparaître de l’usage des locuteurs sans pour autant disparaître de la conscience collective et continuer à jouer un rôle symbolique dans l’identité ethnique. » C’est le cas notamment des Peuls de Wassoulou au Mali, malgré qu’ils portent les patronymes peuls : Diallo, Diakité, Sidibé et Sangaré (quatre enfants de pères différents mais de même mère) ne comprennent rien en peul, s’expriment en malinké ou en bambara. Pourtant ils respectent les coutumes peules en n’acceptant pas de se marier pas avec les forgerons ou de ne pas s’assoir en même temps sur la même natte que les « les premiers enfants du monde ».
]]>Il fait partie des marques transcodiques (« des marques dans le discours qui renvoient d’une manière ou d’une autre à la rencontre de deux systèmes linguistiques ») (Lüdi, 1987 : 2). Il consiste, pour le locuteur d’une langue, à introduire un lexique venant d’une autre langue. Par l’emprunt, nous accroîtrons le vocabulaire de nos langues.
« Par exemple un tableau// ou bien un livre// par exemple il transforme le mot il dit libr » (Leconte, 1997 : 220).
Dans ce corpus l’enfant témoigne que sa mère passe par un emprunt avec une adaptation phonologique et morphologique pour dire livre en soninké.
L’emprunt se résume à une substitution, une adaptation ou à une intégration phonologique, morphologique ou syntaxique au terme de laquelle il fonctionne comme un élément de la langue emprunteuse. On parle dans ce cas, d’ « emprunt adapté » pour rendre compte des « mots empruntés qui ont été modifiés conformément au lexique de la langue emprunteuse afin de rentrer dans une catégorie grammaticale déterminé » (Hamers et Blanc, 1983 : 79). « Les éléments lexicaux et grammaticaux nouveaux s’assimilent phonétiquement et rythmiquement. L’effet conversationnel final qui en résulte est celui d’un énoncé parlé dans une seule variété » (Gumperz, 1989b : 64).
« euh / j’suis parti voir maman et pis j’lui ai dit / comment on dit une moto et puis elle m’a dit normalement / moto » (Leconte, 1997 : 117). Ici, l’emprunt lexical moto est adapté dans la langue soninké sans changer morphologiquement et phonologiquement.
Selon Shana Poplack (1988), il ya :
L’emprunt spontané (Le mot emprunté garde sa structure phonologique de la langue L2 en s’intègrant morphologiquement et syntaxiquement à la langue réceptrice L1).
They used to have Friday puujai
(Ils avaient des (nom d’un service réligieux) le vendredi).
In ma mawuludu nya yere. (soninké)
(Je n’ai pas fêté (l’anniversaire de la naissance du prophète paix et salut sur lui) ici.
L’emprunt établi ou intégré (l’emprunt est intégré et est phonologiquement, morphologiquement et syntaxiquement conformé de façon évolutive à la langue réceptrice).
Je vais checker cela (vérifier)
J’ai mixé la sauce (mélanger)
In d’a kitaaben safa (soninké)
(J’ai écrit le livre)
Les raisons de l’emprunt
Elles sont multiples:
Tout d’abord, un signifiant pour un signifié nouvellement apparu peut manquer dans la langue empruntant le mot. Ainsi, quand de nouveaux animaux ou des plantes alors inconnues ont été découverts, leur nom a souvent été directement emprunté aux langues des pays qui les abritaient : puma, d’une manière similaire, remonte au quechua, via le castillan (pour les mêmes raisons) ; café remonte à l’arabe قَهْوَة qahwaʰ, transmis au turc sous la forme qahve et passé en français par l’italien.
Les interférences linguistiques au cours desquelles l’influence mutuelle des langues se manifeste par des emprunts lexicaux. Par exemple, hatyite mot soninké d’origine peul signifie petit déjeuner. L’importance de l’anglais en informatique et en gestion est à la base de beaucoup de mots anglais dans le vocabulaire français : staff, manager, bug, bit…
Le multilinguisme et le multiculturalisme de la société favorisent, sur le plan linguistique, l’introduction d’une variété dans une autre. Cela peut être des mots isolés, des expressions idiomatiques brèves ou figées (Gumperz, 1989b : 64). Par l’emprunt, la langue enrichit son vocabulaire et trouve le signifiant pour le signifié.
Bibliographie
Dabène, L. et Billiez, J., (1987), « Le parler des jeunes issus de l’immigration », dans Vermes et Boutet [dir.], France pays multilingue T2, Paris, L’Harmattan, p. 62-77.
Gumperz, J., (1989b), Sociolinguistique interactionnelle : une approche interprétative, [trad. fr. de l’URA 1041 du CNRS], Paris, L’Harmattan.
Hamers, J., et Blanc, M., (1983), Bilingualité et Bilinguisme, Bruxelles, Mardaga.
Leconte, F., (1997), La famille et les langues : une étude sociolinguistique de la deuxième
génération de l’immigration africaine dans l’agglomération rouennaise, Paris, L’Harmattan.
Lüdi, G., et Py, B., (1986), être bilingue, Berne, Peter Lang.
Poplack, S., (1988), « Conséquences linguistiques du contact des langues : un modèle d’analyse variationniste », in Langage et société, n°43, Paris, Maison des Sciences de l’Homme, p. 23-48.
Carla avec son thème « La relation littéraire en contexte catalan : quel sujet lecteur au lycée ? » prend la parole. Après avoir salué le public, elle ne s’attarde pas à présenter son sujet de mémoire et son projet comme la place de la langue dans la culture, la langue et la littérature en Catalagne. Elle nous témoigne que dans cette région d’Espagne la littérature est étudiée de manière théorique. Les questions renvoyant à la problématique sont la question de méthodologie (quel sujet lecteur ?), la question d’interprétation qui nous renvoie aux chercheurs comme Mireille Naturel.
Naïma intervient. Elle nous fait savoir qu’elle a changé de sujet c’est-à-dire de « La littérature maghrébine comme approche de la compétence interculturelle » à « L’alternance codique dans les interventions verbales». « Mon enseignement en Algérie avec le FLE est un facteur du choix du sujet », déclare Naïma. Elle témoigne que l’alternance codique est une tendance qui existait en Algérie avant l’arrivée du français. Elle se faisait entre l’arabe soutenu et l’arabe dialectal. Selon notre camarade, l’alternance codique, en raison de l’accroissement de son importance, elle a une fonction communicative et une fonction didactique. Comment saisir le fonctionnement de cette pratique en Algérie ? A l’image d’une hypothèse, l’alternance codique serait une pratique ancestrale ancrée dans la société algérienne. Notre camarade se demande encore si l’alternance codique est un bilinguisme et si elle porte atteinte à la L 2.
Héloïse travaille sur « La place paradoxale de la poésie dans l’enseignement des langues ». Elle est la dernière intervenante du groupe. Avant de présenter les différentes parties de son mémoire, Héloïse nous dit comment, à partir des corpus poétiques (treize manuels de niveau A 1 au niveau B 2 sont analysés), il est facile de pratiquer la grammaire pour une compétence linguistique et l’apprentissage. D’après notre camarade, un corpus poétique fonctionne comme un texte. Héloïse planifie son travail sur les points suivants : l’analyse des corpus correspondant aux travaux sur le terrain, l’apprentissage des poèmes et l’instrumentalisation de la grammaire par le poème.
]]>Références:
Dabène, L. et Billiez, J., (1987), « Le parler des jeunes issus de l’immigration », dans Vermes et Boutet [dir.], France pays multilingue T2, Paris, L’Harmattan, p. 62-77.
Diagana, S. O., (1996), « Usage de l’emprunt par les castes soninké de Kaédi (Mauritanie) », dans Kachouri et alii, Questions de glottopolitique : France, Afrique, Monde méditerranéen, Rouen, Université de Rouen, p. 178-186.
Leconte, F., (1997), La famille et les langues : une étude sociolinguistique de la deuxième génération de l’immigration africaine dans l’agglomération rouennaise, Paris, L’Harmattan.
Leconte, F., (2001), « Familles africaines en France. Entre volonté d’insertion et attachement au patrimoine langagier d’origine », Langage et société, n° 98, p. 77-103.
Quiminal, C., (1991), Gens d’ici, gens d’ailleurs, immigration soninké
La parole est à la fois source de pouvoir et de faiblesse en Afrique occidentale. Il faut savoir la maîtriser. Un adage africain dit « La parole est un couteau à double tranchant ». Elle est accompagnée par des signes verbaux (le code lui-même), les signes para-verbaux (la force de la voix, la vitesse de la parole, la hauteur de la voix, l’organisation des fonctions de la parole…), les signes non-verbaux (les gestes, les mimiques, les postures et le regard). Ces signes ne sont pas utilisés de la même manière et n’ont pas la même valeur d’une société à une autre, d’une ethnie à une autre, d’un sexe à un autre etc. (cf. Kerbrat-Orecchioni, 1994, 1996).
]]> L’homme en tant que l’animal social, pour le travail ethnographique consacré à lui (l’analyse du discours, les perspectives etc.), la question va concerner deux points : l’universalité et la diversité. Les descriptions avec les gestes, les voix sont remarquables même si elles restent assez marginales. Voir « Les techniques du corps » de Mauss Marcel (1950), sociologie et anthropologie, p. 363-386. Dans son texte, il soutient que le corps et l’esprit sont ensemble. Le corps peut être changé par la nature. Cette situation s’appelle les phénomènes biologico-techniques. Les techniques du corps est une question d’habitude par imitation, apprentissage etc., selon Margaret Mead (1942). L’image est un moyen de fixer l’Homme et de le rendre beaucoup plus attentif.
Marcel Jousse, disciple de Marcel Mauss, voulait faire le lien entre l’anthropologie physique et l’ethnologie. Son approche est pluridisciplinaire à cause de sa biographie : élever dans l’oralité et homme de l’église. Dans le concept universalité, on entend ce qui est commun à tout les Hommes. C’est le contraire du concept diversité. L’ethnie est le résultat de la diversité. L’Homme imite tout ce qui l’entoure. C’est la raison pour laquelle, le bébé n’imite pas seulement sa mère, mais aussi son entourage. Ainsi le mimisme (imitation), le bilatéralisme et l’aspect formulaire sont les trois gestes de Jousse.
Les gestes sont-ils importants d’une société à une autre ? Les gestes et les paroles se complètent-ils ?
La question du geste et du langage est une question d’emportement. (Sacré, 2013: 83-88). Dans ce poème on parle plutôt de ligne que de vers. Tout geste est raté. Le geste comme corps, on le saisit en morceau, mais pas en totalité. Plus on saisit un geste, plus il se défait. Le geste est un silence qui parle. Dans les textes, on ne parle pas pour nommer les choses, mais pour suggérer (Mallarmé).
Henri Meschonnic n’a pas encore trouvé l’anthropologie du corps. Selon lui, pour aller à la critique du langage, il faut passer par la critique du corps. L’anthropologie du langage comprend l’anthropologie du corps dans l’écrit. L’oralité dans l’écrit passe par un mode poétique alors que celle dans l’oral est directe. (Meschonnic, 1982 : 603-742).
Geste n’est pas un mot d’écriture, mais une forme particulière. Le poème représente un ensemble de mots placé. Il est plutôt une machine muette qui parle par le geste qu’il donne que par le sens, selon James Sacré, l’invité de la deuxième séance. Les gestes sont plus intimes. Les gestes vivants (toucher, caresser…) sont fondamentaux aux corps, a déclaré Serge Martin. D’après son invité, le sens tousser est beaucoup plus lié à la relation amoureuse. Pour se sentir bien qu’on touche, on touche dans le noir, a dit monsieur Martin. James a souligné que le poème contient le théâtre.
Le geste musical se définit conceptuellement comme un mouvement. La musique consiste à faire un acte non seulement acoustique, mais aussi artistique. On dit plutôt le geste musical que les gestes musicaux. Penser au geste, c’est à la fois le conceptualiser et le faire. La gestualité est une construction de culture. L’art est une formation spécifique de connaissance. Dans l’art, on a des pratiques spécifiques. Nous pouvons pratiquer la musique sans être dedans. Par exemple régler le microphone. Serge trouve que, même si c’est à débattre, l’art n’est pas un objet, mais un processus.
Quand on revient sur Critique du rythme Anthropologie historique du langage d’Henri Meschonnic, nous allons dire que la critique ne signifie pas le rejet et le rythme. Elle est une subjectivité. Le problème de l’oralité avec Jousse est la poésie. Il oppose la production langagière à la poésie tout comme il oppose Jésus à Mallarmé. L’oralité est une physique du langage. Il n’y a pas de l’oralité sans corps. Par exemple il y a une physique langagière dans les arts langagiers palestiniens, a souligné Serge. L’Homme pense avec tout son corps (le primitivisme dans l’art avec les Africains, les Malgaches, les Amérindiens sans écriture). Tout discours en art du langage constitue une écoute.
Tout comme le patronyme, le métier permet d’identifié l’individu au Mali. Le berger se fait classer dans l’ethnie peule. Un commerçant, un aventurier se fait croire Soninké car ils sont les premiers à faire ces métiers. Le cordonnier, le forgeron, le potier…sont des métiers des gens de caste.
Les sociétés en mouvement, les mutations ethniques et l’invention du concept ethnie par les colonisateurs font changer l’identité des locuteurs au niveau de la langue parlée. Les éléments de l’approche objective de Paul Mercier ne sont plus suffisants dans certaines situations pour identifier un individu sur le plan linguistique et ethnique au Mali. Les Peuls de Wassoulou, malgré qu’ils portent les patronymes peuls : Diallo, Diakité, Sidibé et Sangaré (quatre enfants de pères différents mais de même mère), ne comprennent rien en peul, s’expriment en malinké ou en bambara (Amselle (dir.), 1999: 35).Pourtant ils respectent les coutumes peules en ne se mariant pas avec une forgeronne ou un forgeron, en ne s’asseyant pas en même temps sur la natte avec un forgeron ou une forgeronne.
Ce changement et cette irrégularité de relation ethnolinguistique par rapport à l’histoire et la culture des sociétés est fréquent dans les grandes villes où l’enfant qui a pour langue maternelle le soninké, le malinké ou le peul ne la parle pas que dans la famille. Dans toutes les autres situations (dans la rue, à l’école, pendant la récréation etc.), il s’exprime en bambara, la langue véhiculaire. La langue maternelle va avoir le statut de langue vernaculaire (Canut, 2008). A Kayes ville où les langues vernaculaires sont le soninké et le khassonké et le peul, le bambara avec le statut de langue véhiculaire fait que la population kayesienne se sente dans une situation diglossique.
Dans les grandes villes, on revendique la langue correspondant à son ethnie pour s’identifier culturellement. (Canut, 2008 : 120-122). On est fier de son ethnie ou de sa langue lors d’un sanankunya (cousinage à plaisanterie), la tradition orale d’un griot envers son jatigi (maître). Au Mali, dans la plupart des cas, on ne change pas de valeur culturelle, comme on change de langue c’est-à-dire le locuteur garde son ethnie même s’il parle une autre langue différente de la langue de son ethnie. A Bamako, un Doucouré (nom soninké) qui ne parle que le bambara, se fait attaquer, par cousinage à plaisanterie, par un Kéita (nom malinké) qui parle le Bambara.
Au Mali, l’ethnicisation de la langue est ambiguë malgré que selon certains peuples la langue est la marque « d’identité première, l’âme d’un peuple ». (Canut, 2008 : 122). On parle d’ambiguïté où d’une part la langue du locuteur correspond à son ethnie (le Peul parle le peul, le Bambara parle le bambara) et d’autre part elles ne se voient pas (le Peul parle le bambara et le Bambara parle le peul). Cette ambigüité va nous permettre d’employer les termes « relation régulière » quand la langue du locuteur est égale à son ethnie et « relation irrégulière quand » quand l’un des concepts ne représentent pas l’autre.
Dans les villages, les régions rurales le peuple est beaucoup dans la relation régulière. Un Diarra ne parle pas le peul et un Diallo ne parle pas le bambara. Dans cette situation la langue est culturelle et éthique. Contrairement dans les villes, la relation irrégulière des deux concepts engendre très souvent des malentendus. On ne parle pas la langue de l’ethnie, on ne fait pas toujours le métier correspondant à notre patronyme. A Bamako, le cousinage à plaisanterie d’un locuteur bambara avec un locuteur peul est souvent conflictuel avant que le Peul découvre que son interlocuteur est un numu (forgeron) . « Bien que pour certains la langue ait « un rôle TRES secondaire dans l’aspect culturel d’un peuple », les « déracinés » citadins trouvent en elles un refuge idéal pour définir leur culture d’origine et contrer un processus d’assimilation ». (Canut, 2008 : 122).
La neutralisation
Elle consiste à nettoyer le mot « bamana » ou « bambara » de toute connotation péjorative. Etre Bamana ne veut pas dire forcément qu’on est païen. D’ailleurs c’est René Caillié et ses compagnons qui ont fait l’erreur lorsqu’ils ont nommé Bambara les populations rencontrées entre Timé et Djenné. Bien vrai qu’elles étaient païennes, en réalité elles étaient Sénoufos [Amselle (dir.), 1999: 118].
La dissociation du signifiant banbara/bamana
Le bamana n’a pas toujours une connotation péjorative ou négative. A Ségou, avant l’islam, les Bamanas étaient les experts, les connaisseurs, les géomagiciens. Une autre connotation du Bamana/Banbara était celui qui est fidèle à sa parole, qui ne ment pas. A cette période, pour avoir le pouvoir on passe par silameya (rite musulman) ou bamanaya (rite bamana ou animiste). « Bamana » n’est que l’appellation entre eux-mêmes et « Bambara » celle des autres langues et ethnies. Le terme « bambara » est utilisé en français pour représenté l’ethnonyme et la langue. Au lieu de Marka, Sarakollé, le terme « soninké » est employé pour désigner l’ethnonyme et la langue, le « peul » désigne l’ethnonyme et la langue peul, le « malinké » est un ethnonyme et une langue, le « songhaï », le « dogon », le « sénoufo » etc. représentent tous à la fois l’ethnonyme et la langue . [Amselle (dir.), 1999: 119-125].
Références bibliographiques
Amselle, J-L., (1999), « Ethnies et espaces : pour une anthropologie topologique », in Amselle, J-L., (dir.) (1999), Au Cœur de l’ethnie, Paris, La Découverte, 11-48.
Amselle, J-L., (2010), Logiques métisses, Paris : Ed. Payot.
Bazin, J., (1999), « A chacun son Bambara », Amselle, J-L., (dir.) (1999), Au Cœur de l’ethnie, Paris, La Découverte, 87-127.
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Références bibliographiques:
– Ag Muphtah, E., (2003), Alphabétisation en milieu urbain au Mali : Offre de formation et besoins des populations, Thèse de doctorat, Université des sciences et technologies de Lille.
– Amselle, J-L., (2010), Logiques métisses, Paris : Ed. Payot, p.103
– Amselle, J-L., (1999), « Ethnies et espaces : pour une anthropologie logique », in Jean-Loup Amselle (dir.) (1999), Au Cœur de l’ethnie, Paris, La Découverte.
– Bazin,J., (1999), « A chacun son Bambara », in Jean-Loup Amselle (dir.) (1999), Au Cœur de l’ethnie, Paris, La Découverte.
– Canut, C., (2008), Le spectre identitaire : entre langue et pouvoir au Mali, Paris : Ed. Lambert-Lucas.