J’avais en tête d’une part l’ambition de la réunion de travail à laquelle je venais d’assister, notamment en termes de mobilités. Il s’agit d’ une dimension forte du vieillissement, mais qui est gérée par des spécialistes des déplacements et non des experts du social (à qui est confiée la politique du vieillissement). Cela se traduit par des dispositifs peu adaptés traitant la question du vieillissement principalement sous l’angle tarifaire (faire payer les vieux moins cher) plutôt que sous l’angle de la vitesse de conduite, du temps d’ouverture des portes, de l’écart entre le marchepied et le trottoir, etc. Or là, il me semblait que les experts du vieillissement arrivaient à faire entrer leurs collègues des déplacements dans une autre logique. D’autre part, je repensais à une proposition d’article que nous avions envoyé en début de semaine avec ma comparse Frédérique Letourneux, article dans lequel nous soulignions combien la question de la vulnérabilité liée à l’âge a tardé à être prise en compte par les pouvoirs publics dans ses multiples facettes et non comme un enjeu monolithique de santé.
Et donc j’étais contente voire même pimpante. Je me disais que si l’ensemble des acteurs qui concourent directement ou indirectement à sécuriser les parcours de vie des des personnes âgées slash seniors slash retraités commencent à appeler un chat un chat , donc à se sentir à l’aise avec le fait que les personnes plus du tout jeunes sont vieilles et que les prendre en compte dans la construction et la mise en oeuvre d’une action publique ne ride pas cette dernière … cela allait se traduire par une évolution de la manière dont la vieillesse est aujourd’hui construite comme problème public.

Ce qui rend aujourd’hui difficile l’émergence d’un public vieux comme catégorie à part entière d’action publique hors du champ spécifique du vieillissement, c’est qu’en termes de marketing public , tout le monde veut des jeunes, de la Culture au Sport en passant par les Déplacements. Bah oui un déplacement doux en trottinette ça passe mieux qu’en version déambulateur. L’innovation, actuellement au coeur de la communication publique sur les territoires, est associée à un vocabulaire implicite de la jeunesse (dynamique, création, entrepreunariat, agilité…). Cela constitue un obstacle important à la prise en compte des vieux car dés la phase de construction du plan d’actions, les acteurs publics locaux anticipent des difficultés à communiquer positivement des résultats, ce, avec en toile de fond une compétitivité territoriale forte pour capter les jeunes familles d’actifs diplômés.
Donc connaître un moment de pimpant’attitude au sortir d’une réunion sur la prise en compte du public âgé dans l’action publique est suffisamment rare pour être apprécié.
Après il y a bien fallu que je rentre chez moi.
Et chez moi, j’ai lu çà.

Si la vieillesse reste apparemment un naufrage :
“Financement des systèmes de retraite et de santé, défi de la grande dépendance…, les craintes sont nombreuses.” (Le Monde, 19 novembre 2019)
Le verre n’est est pas moins qu’à moitié vide :
“Mais que peut-on espérer en matière d’emploi ou de produit intérieur brut ?” (Le Monde, 19 novembre 2019)
Et eurêka, du coup, il peut être question d’innovation, car si les vieux ne sont toujours pas une catégorie transversale d’action publique, ils sont un marché multi-sectoriel.
“« Tous les secteurs économiques sont concernés par le vieillissement de la population », prévient Sophie Schmitt, consultante chez Seniosphère, un cabinet spécialisé dans le marketing auprès des personnes âgées. ” (Le Monde, 19 novembre 2019)
Les exemples fourmillent dans l’article. Les vieux partent en croisière, achètent des prothèses auditives, adorent changer de voiture et ont besoin de sols anti-dérapants à la maison. Plus encore, ils ont besoin d’applications spécifiques, le passage à la e-administration et le potentiel éloignement géographique des enfants ayant rendu nécessaire la détention d’un équipement informatique et d’une connexion internet. Et s’ils peinent à s’en servir, aucun problème, puisque les vieux permettent aussi à certaines entreprises de revoir leur positionnement et de trouver de nouveaux relais de croissance grâce à des services de veille et d’accompagnement. C’est la stratégie du groupe La Poste par exemple.
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Le marché de l’autonomie fait aujourd’hui des vieux une clientèle spécifique alors que l’action publique peine à en faire un public à part entière de l’ensemble des politiques en direction des habitants d’un territoire.
]]>Signe des temps , l’un des trois articles a préféré dans son titre le mot “autonomie” à celui de dépendance. Ceci dit, dans les trois cas, il s’agit de faire le point sur la nécessité de combiner différentes sources de financement pour répondre aux besoins des personnes dépendantes (ressources individuelles, ressources familiales, ressources publiques).
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Les contributions rassemblées dans l’ouvrage se proposent d’explorer les conséquences de ces mutations d’un point de vue social, économique et éthique.
L’ouvrage est organisé en 5 parties :
Partie I. Progrès de l’espérance de vie et longévité en santé : état des lieux à l’échelle mondiale
Partie II. Longévité et recomposition des temps sociaux et des âges de la vie
Partie III. Longévité : refonder le pacte de solidarité entre les générations ?
Partie IV. Nouveaux risques sociaux : comment protéger et soigner dans une société de vie longue ?
Partie V. Prolonger la vie : quel sens, quel prix ?
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C’est toute l’ambiguïté du chez-soi dans l’expérience du vieillissement, espace de tranquillité et d’intimité dont on filtre les entrées, espace envahi par les professionnels lorsque l’autonomie diminue, espace vide renforçant un sentiment de solitude et d’invisibilité sociale.
Bernard Ennuyer et Mélanie Lépori viennent de diriger un ouvrage consacré à la manière dont les professionnels de l’habitat et de l’aide interviennent sur / dans le chez soi de la personne âgée.
Ils ont également accordé un entretien au RT7 “Vieillesses, vieillissements, parcours de vie” que le réseau publie sur son carnet de recherche. On y perçoit le grand enjeu de prendre en compte le rythme de vie de la personne âgée mais également ses limites notamment dues à la surcharge de travail des acteurs du soin et de l’aide.
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L’UNESCO célèbre aujourd’hui 27 octobre la Journée mondiale du patrimoine audiovisuel. “Chaque jour, des centaines de milliers d’enregistrements sont capturés, conservés et annotés par les archivistes pour permettre la recherche, la découverte, les nouvelles interprétations, les utilisations et la jouissance de l’image animée et des enregistrements sonores.” (page web de Unesco).
Sur la plateforme Hypothèses, Les carnets de la phonothèque proposent de faire découvrir aux chercheurs comme au grand public des archives sonores de terrain. Ce mercredi 26 octobre le billet publié concerne les archives sonores déposées à la MSH d’Aix-en-Provence par l’ethnologue Pierre Laurence. On peut découvrir des extraits de la captation sonore qu’il a réalisé des légendes cévenoles.
Notre projet de recherche sur la Halvèque inclut la constitution d’archives visuelles et sonores. Cela pose des questions matérielles (qualité de l’enregistrement), de compétences (montage de l’enregistrement, stockage, mise à disposition) et éthiques (le consentement de l’enquêté à ce que sa voix soit rendue publique et conservée comme trace mémorielle). Nous développerons ces questions dans de prochains billets.
]]>L’ouvrage “propose également un regard réflexif sur les travaux sociologiques dans le domaine du vieillissement en questionnant, du point de vue historique, leur rôle dans le processus d’invisibilisation des effets de classe dans ce champs d’étude et en montrant comment les perspectives issues des études de genre ouvrent la voie à un renouveau des analyses en termes de classes dans le cadre des approches intersectionnelles“. La présentation complète est à lire ici.
Le pré-programme donne quelques infos sur les quatre grands thèmes abordés :
Plus d’infos sur les activités du GDR Longévité et vieillissement.
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Il faut comprendre la peur de mourir seul comme la crainte de mourir deux fois comme aurait dit Louis-Vincent Thomas. Il existe pour cet auteur deux morts qui peuvent frapper l’être humain, la mort biologique et la mort sociale. La première consiste en un arrêt des fonctions vitales, la seconde consiste à devenir / se sentir invisible aux yeux des autres et c’est des deux et de loin la plus terrifiante.
Les personnes âgées témoignant de leur peur de mourir seules disent leur angoisse que leur corps ne soit pas retrouvé “à temps” c’est-à-dire avant que ne se dégage du corps l’odeur liée au processus de pourrissement. Cela traduit un fort sentiment d’isolement social, de mise à l’écart de la société. Quand vient l’idée qu’on ne sera pas retrouvé à temps, c’est que tout en étant vivant on se sent déjà un peu socialement mort. Cela traduit le sentiment de ne plus exister aux yeux des autres alors qu’on est toujours biologiquement en vie.
Le plus souvent les remparts à cette peur sont des gens qui ne sont pas conscients du rôle qu’ils jouent dans la vie de ces personnes âgées. Le voisin ou la voisine qui dit bonjour chaque matin et ose frapper à la porte si la personne âgée n’est pas sortie. Le boucher, le boulanger ou le propriétaire du tabac/presse qui écoutent d’une oreille plus ou moins patiente et attentive la personne âgée parler du temps qu’il fait.
Les professionnels du domicile, soignants et services à la personne, jouent un rôle plus conscient et tout aussi essentiel. Leur présence régulière, c’est la garantie pour une personne âgée isolée qu’elle existe encore dans le regard d’un autre. D’un autre qui s’inquiètera si elle n’ouvre pas la porte. D’un autre qui “fera ce qu’il faut” si elle est retrouvée morte un matin, c’est-à-dire qui prendra soin de la dépouille. Ce rôle comme celui des voisins et des commerçants peut être difficile à assumer parfois faute de temps.
“Le temps c’est de l’argent”, l’expression s’est imposée. En a-t-on une pour exprimer la valeur du temps passé juste à faire exister l’autre, à lui donner vie par le regard ? Car si la mort biologique ne peut être évitée, la mort sociale tient à la manière dont nous choisissons de faire société.
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